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B!BLfOTH€CA
M
t
51/
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.
ANTI-BAILLET
CRITIQUE
D U L I V R E
D E Mr. BAILLET,
INTITULE
JUGEMENS DES SAVANS.
PAR Mr. MENAGE.
Nouvelle Edition augmentée I des Observa-
t i o n s de Mr. de l a M o n n o y E fur YAnti-
Baïliet. II. des R e f l e x i o n S fur les Jugemens
des Savais, i IL des R t F L E X i o N S fur la Vie de
Defcartes.
TOME SEPTIEME,
PREMIERE PARTIE. t
Monjieur B aille t fût un aaverjairc w^ne
de moi.
Mais , MONSIEUR, Fous m'avez
remontré qu'il ne s'agiffoit pas de iujlifier
mes écrits ; qu'il s'agiJJ'oit de juflifier mes
mœurs ; & que les Pères de l'Eglife les
flus Saints n'avoient pas dédaigné de Ce dé-
fendre en fembtables rencontres. J'ai défé-
ré à Vos remontrances ; Et je croi , MON-
SIEUR , y avoir déféré de forte que Vous
ferez fait sfaif de moi de ce coîé-là.'Quoi-
* 2 que
'&a*n quia feci ego, quidve fum locutusi
Çurme tôt maie perderent Libellis?
Ex Câtulîo Epïg. xiv.
s'il
.83
■
Hi
A MONSIEUR
BIGOT.
ONSIEUR,
Je prens la liberté de Vous offrir mes
Remarques fur le Livre de Monjieur Bail-*
Ut , étant perfuadé qu'elles ne Vous dé-
plairont pas , putfque l/ous êtes un de ceux
qui m'avez le plus excité à entreprendre
cet Ouvrage. Quelque déférence que je
doive avoir pour Vos confeils , je Vous
avoue , MONSIEUR T que ce n'a pas
été fans répugnance que je les ai fui-vis en
iette occafion. Outre que je fais projejjion
de méprifer les injures , & que d'un autre
côté je fuis devenu comme infenfible aux
Libelles par le grand nombre de ceux qu'on
a faits contre mot , je ne croyois pas que
Monfieur Baillet fût un adverfaire digne
de moi.
Mais, MONSIEUR, Vous m'avez
remontré qu'il ne s'agiffoit pas de jujîifier
mes écrits ; qu'il s'agifjoit de jujîifier mes
mœurs ; & que les Pères de l'Eglife les
plus Saints n'avoient pas dédaigné de fe dé-
fendre en fembiables rencontres. J'ai défé-
ré a Vos remontrances \ Et je croi, MON-
SIEUR , y avoir déféré de forte que Vous
ferez faùsfait de moi de ce côté-!à.~Quoi<-
* 2 que
iv E P I T R E.
que fuffe été outragé par Monfieur B aille?
fans que je lui ujfe fait la moindre offenfe ,
çjf que je fujje en droit de lui dire à mon
tour des cbojes fâcbeufer , fai réfuté fe s
outrages avec toute forte de modération ; En
les réfutant , je l'ai averti charitablement ,
par occafion, d'un grand nombre de fautes
grojjieres, ou plutôt dyun nombre infini de
monftres de fautes , qui font dans fon Li-
vre: afin de le faire rentrer dans lui-mê-
me , ksf de l'obliger , en lui repréfentant fon
néant , de parles une autrefois avec res-
pect des premiers Ecrivains du Royaume
dont il a parlé avec mépris, fai mêlé quel'
qu'érudition à ma juftification , & a ma
'Critique , afin que le Le fleur en lifant mon
Livre apprit quelqu' autre chofe que les fau-
tes & les calomnies de Monfieur Baillet.
Mais comme la méditation fait partie du
jugement , & que dans la paffion ou fétois
de faire promptement ce que vous defiriez
que je fijfe^ fai écrit ces Remarques avec
beaucoup de précipitation: Vous y trouve-
rez quelques endroits négligez , que vous
txcuÇerez S il vous plaît avec Votre bonté
ordinaire.
Da veniam fubïtis: nondifplicuiflemeretur*
Feftinat nimiùm qui placuiflfe tibû
// me refie, MONSIEUR , à Vous fup*
plier de les recevoir comme un hommage
que je rens a Votre vertu , & comme un
témoignage de notre amitié.
MENAGE.
AVERTISSEMENT
Sur cette Edition.
ON ne peut difconvénir que le
defTein qu'avoit Mr, Baiilet de
recueillir les Jugemens des Savans fur
les Auteurs anciens & modernes les
plus célèbres , n'eût été fort utile,
s'il avoit été bien exécuté. . L'En-
trepreneur fembloit avoir pour cela
des talens, 6c des fecours confîdéra-
bles. Outre qu'il joignoit à une gran-
de afîiduité au travail , une grande fa-
cilité de ftyle, quoique fouvent peu
correct , il difpofoit encore d'une
Bibliothèque nombreufe. Par mal-
heur pour lui , s'étant propofé de
rapporter les jugemens d'autrui fans
aucune partialité , il fortit des bor-
nes qu'il s'étoit preferites. 11 s'éri-
gea en juge , 6c en juge paflk>nné.
Il parut lur tout en vouloir à Mr.
Ménage, qui pouffé à bout , fe ré-
folut enfin à lui répondre. Com-
me c'étoit un homme d'une lecture
prefque infinie , fupérieur de beau-
coup à fon Adverfaire en érudition,
plus habile dans l'intelligence des Lan-
gues, 6c mieux verfé dans l'hiiîoire
* 3 des
vi Avertissement.
des gens de Lettres, il ne lui fut pas
difficile de le convaincre d'un grand
nombre de bévues. Cependant com-
me il avoue lui-même avoir écrit
avec précipitation, qu'on fait de plus
qu'il avoit près de (biffante & dix-
huit ans quand il commença Ton
Anti-Baillet, il lui échapa des négli-
gences, 6c des méprilés, dont on a
cru devoir purger un Ouvrage, plein
d'ailleurs, d'un bout à l'autre, d'une
litérature exquife. Les exemplaires
en étant devenus très -rares depuis
la première édition, les Curieux fe-
ront fans doute bien a. (es d'en voir
une féconde plus exacle, & accom-
pagnée des Obfervations dont on fait
ici part au public. L'Obfervateur ne
voulant point être connu , je n'ai
garde de le nommer #. Je me conten-
terai feulement de dire que c'eft ce-
lui-là même, fous les yeux duquel
Mr. Ménage auroit fait paffer en re-
vue les épreuves de fon Livre , s'il
avoit pu obtenir la permifîîon de le
faire imprimer à Paris.
PRE-
* C'eft Mr. de la MoNNorr, Les raifons qu'a-
voit ce (avant homme de ne pas fe nommer, lors-
qu'il compofa Tes Obfervations, ne iubfiftant plus',
©a a cru faire plarûi aux Curieux de le nommer ici.
VII
ïfc£SfcœW^4K®*SZg^
PREFACE
DE Mr. MENAGE.
Onfteur Bai l l e t eft un
Prêtre du Diocefe de Beau-
sais
qui
étcit ci - 'devant
Régent de Quatrième du Col-
lège de la Ville de Èeauvais , £5? qui
eft prefentement Bibliothécaire de Mon*
fieur l'Avocat Général de Lan: oignon 9
& Précepteur de Monficur fin fils. Ce
Monfieur Bailler publia il y a deux ans
quatre Volumes in douze d'un Livre
qu'il intitula Jugcmens des Savaiis fur
les principaux Ouvrages des Auteurs;
ou fans refpecl de mon âge , ni du nom
que j'ai parmi les gens de Lettres , ni
de l'amitié dont m'honore Monfieur l'A-
vocat Général de Lamoignon , fon pa-
tron , ni de celle dont m'konoroit Mon-
fieur le Premier Préfident de Lamoh
gnon^ père de fon patron , il me traita
indignement. Il dit dans ces volumes ,
que je fuis un pédan : que ma Morale
* 4 ^
vin P r e' t a c e
eft une Morale de Payen > qu'il ne fait
•point le Recueil de mes Eloges comme il
fait celui des autres Ecrivains , -parce
que je lui ai épargné cette peine , en
le féfant moi-même 9 pour en régaler le
public ) afin de fat isf aire ma vanité. Il
y dit que le Livre de mes Origines de
la Langue Françoife eft celui de tous mes
Livres qui m'a le plus donné de réputa-
tion , mais que mes Envieux ne croyent
pas que f en fois l'Auteur. Il y falfifie
un pafjage de VHiftoire Philofophique
de Jonfius , pour décrier mes Com?nen-
îaires fur les Vies £5? fur les Sectes
des Philofophes de La'érce. Il y dit que
rma Requête des Dictionnaires a été mal
reçue du public: ce qui eft très- faux.
Et il avôit ajouté * au fujet de cette
Requête , ce que Monfieur le Preftdant
Coufin , Examinateur de fon Livre de
la part de Monfieur le Chancelier, lui
a fait ôter $ que favois poftulé pour une
place de l'Académie , & que j'en avois
été refufé : ce qui eft auffi très- faux,
Monfieur Baillet ne peut s'excufer d'a-
voir dit de moi toutes ces chofes , en di-
Jant que je V avois offenfé : car dans le
temps qu'il publia ces quatre volumes ,
je ne favois pas qu'il fut au monde: je
ne
de Mr. Ménage. tx
m favois pas fin nom: £5? peu deper-
fonnes le favoient. Et à l'heure même
que j'écris cette Préface 3 je n'ai jamais
vu Mon fie ur Baille t. Comme je fais
profeffwn de méprifer les injures , étant
perfuadé qu'elles font plus de tort à ceux
qui les difent , qu'à ceux de qui on les
dit -y & que d'un autre côté on a fait
un fi grand nombre de Libelles contre
moi j que je ne fuis plus fenfible aux
libelles , je lus fans émotion toutes ces
chofes injurieufes que Monfieur Baillet
avoit écrites contre moi. Mais je ne
pus lire fans étonnement qu'un nouveau
venu fur le Parnaffe qui rf avoit ja-
mais ccnverfé avec les gens de Lettres 5
qu'un homme qui ne favoit aucune
Science y qui ne favoit pas le Grec , qui
efi la Langue des Sciences > qui n' avoit
lu aucuns Originaux , £5? qui n'étoit
qu'un Copifie de Copifie , ût la témérité
de juger de tous les jûuteurs en toutes
fortes dt Langues & en toute* fortes
de Sciences \ & Vinfolence de parler a-
vec mépris des plus célèbres Ecrivains
du Royaume. Et comme j'avois ton-
tes fortes a" obligations à Monfieur de
Saumaife & à Monfieur de Balzac j
car ils m'ont honoré non -feulement de
§ f leur
x Pre' face
leur amitié , mais de leur efiime ; £5?
ils m'ont adrefjé de leurs Ouvrages -,
je Jus avec indignation , £5? les injures
atroces qu'il y débitoit contre Monfieur
de Saumaife^ après l'avoir traité d'i-
gnorant en toutes chofes , £5? ce qu'il y
difoit calomnieufemeyit de Monfieur de
Balzac , qu'il avoit -pris par vanité
dans [es Lettres le nom de Balzac,
afin de faire croire qu'il étoit de l'illus-
tre Maifon de Balfac d'Entragues. Et
comme l'indignation fait faire des vers,
je fis ces Hendécafyilabes fur le Livre
de Monfieur Baillet ,
O dirum , horribilem , & facrum libellum \
Donafti , L I N E , quo tuum Sodalem !
Ulefcilicet, ille BAJULETUS;
Ignotiffimus ille Litterator;
Queis aiîurgere débet, eruditos
Carpit , vellicat , & laceffit omnes.
Pindi nomina magna Gallicani,
Ridet Salmafios, Valefiofque;
Ridet Petaviofque , Labbeofque.
Te ludos quoque fecit , Harduine.
Nec, Sirmonde, tibi, ô fcelus ! pepercit:
En cor Zenodoti , en jecur Cratetis.
Sordes, quifquilias, ineptiafque
Omnes, omnia colligit venena.
Et, ô temporal Vindici pudoris,
Csnfori rigido LAMONIONI,
VïCh
de Mr. Ménage. xi
Procaciffimus ille nuncupavit
Tara dirum , horribilem , & facrum libellum.
Plufieurs célèbres Ecrivains qui fe trou-
voient offenfez par Monfieur Baillet ,
ou dans leurs perfonnes ou dans celles
de leurs amis, firent des vers dans le
même temps fur le même fujet. Et en-
tr "autres , Monfieur de Valois, le Père
Lucas , & le Père Commire. Et corn-
me fiétois celui qui avois été le plus
maltraité dans le Livre de Monfieur
Baillet , le Père Lucas & le Père Com-
mire m'addrefferent les vers qu'ils firent
fur ce Livre. Les chofes étoient en
cet état , lorfque Monfieur du Cange
13 Monfieur Petit, qui font des amis
de Monfieur Baillet, & qui font aufli
des miens , me firent Vhonneur de me
venir voir, pour me dire quils avoient
blâmé Monfieur Baillet de la manière
dont il en avoit ufé envers moi-, que
Monfieur Baillet leur avoit témoigné
qu'il et oit fâché d'en avoir ufé de la
forte, £5? qu'il leur avoit promis de re-
parer dans les volumes fuivans V injure
qu'il m'avoit faite dans les premiers.
Feu Monfieur VAbbê de Santeuil, qui
étojt aujjï de fies amis £5? des miens , me
dît la même çhofe dans le même temps :
* 6 {3
XH P R E* F À C E
£5? il me pria de ne point faire imprimer
mes Hendécafiyllabes : ce que je lui pro-
mis. Je fis davantage : je l'avertis d'un
grand nombre de fautes grojfieres , que
j'avois trouvées dans le Livre de Mon-
fieur Bail/et, afin qu'il en avertît fin
ami. Je lui dis qu'il y en avoit plufieurs
autres femblables , mais que pour les
bien examiner il falloit être enfemble le
Livre à la main , en préfence de V Au-
teur-> que je n'étois pas en état d'aller
chez Monfieur Baillet , à caufie d'une
cuiffe que j'avois eue démife £5? mal re-
mife , £5? que je le priois de l'amener
dîner chez moi > lui promettant de le
bien recevoir ^ & de lui communiquer
toutes les remarques que j'avois faites
fur fbn Livre. Ce procédé honnête , &?
le repentir que Monfieur Baillet avoit
témoigné à Monfieur du Cange £5? à
Monfieur Petit , me firent croire que
Monfieur Baillet me traiteroit en effet
plus honnêtement dans les volumes fui"
vans. Et particulièrement Monfieur
V Avocat Général de Lamoignon l'en
niant convié: en lui remontrant l'ami"
tié particulière que Monfieur le Premier
Préfident de Lamoignon avoit eue pour
moi, C'ejl ce que j'ai fu d'un homme
di~
t>e Mr. Ménage. xm
-digne de foi qui éîoit prêfant à ce dis-
cours de Monfieur V Avocat Général de
Lamoignon. Mais Monfieur Bail le t m'a
traité encore plus indignement dans fes
derniers volumes que dans fes premiers.
Il m'y attaque de tous cotez y du côté
de mon âge '9 du côté de mes écrits, du
côté de mes mœurs : £5? avec une rage &
une fureur , qui n'eft pas , je ne dis pas
d'un Prêtre , mais d'un Chrétien. Il
m'y traite de parjure ; il m'y traite de
profane , £5? d'impénitent-, plus profane
& plus impénitent que V Arétin , de qui
on a dit qu'il avoiî dit du mal de tout
le monde excepté de Dieu , (j? qu'il s'en
et oit excufé en difant qu'il ne le connois-
foit pas. Il veut faire croire à fes Lec-
teurs que j'ai dit dans un de mes Ma*
drigaux Italiens ; que Dieu m'a fait
tomber dans le piège , £5? que je l'ai
accufé d'être la caufe de mes péchez.
Il me traite d'un homme pétri de vani-
té £5? de préemption. Il dit que je fuis
a?7ioureux de moi-même : que je parle
de moi fans cejje , £5? que j' 'aime mieux
en dire du mal que de n'en point parler ->
£5? fur toutes ces matières il revient à la
charge contre moi en cinquante endroits
de fon Livre, Et tout cela? parceque
* 7 >
XIV P R E* F A C E
je me fuis loué en vers : 13 que j'ai
fait des vers après avoir protefté pu-
bliquement dans une de mes Epigrammes
que je n'en fer ois plus : 13 qu'aïant une
penjion de quatre mille Livres fur deux
Jlbbayies j'ai fait des vers de Galante-
rie. Veiba meaarguuntur, adeo fao
torum innocens iiim. Si ces chofes
font des crimes , Monfieur Baillet , quoi-
que Prédicateur fans Miffwn , pouvoit
prêcher dans fes Ouvrages contre ces cri"
mes^ tant qu'il lui plairoit; fans nom"
mer les perfonnes. Et s'il me juge oit
coupable de ces crimes , il devoit , félon
le précepte de V Evangile , m'en avertir
charitablement en particulier : me con-
viant de m'en corriger-, & ne me pas
diffamer publiquement par toute l'Eu-
rope. Comment ce procédé fi peu Chré-
tien peut -il s'accorder avec fa qualité de
Prêtre? Monfieur Baillet a- 1 -il pu é-
crire de moi toutes ces chofes de la même
main qu'il levoit dans le facrifice de la
Meffe l'Hofiie & le Calice?
Je n'ai rien à dire à ce que dit Mon-
fieur Baillet contre mes Ecrits. Je les
lui abandonne. Il dit que mes Vers ne
font que des centons : que ma Poefie eft
une Po'éfie a la Mofaique : que la plu-
part
du: Mu. Ménage. *v
part de mes Epigrammes font plates &
infipides. Il donne à entendre que mes
Poèmes ne font que du bouillon d'eau
claire : que du vin à huit deniers le pot.
Il dit que je ne fuis qu'un Traducleur:
que je n'ai point d'invention^ que je n'ai
point d'élévation. Je demeure d'accord
de toutes ces chofes. Je ne me pique
point cl" être Poète : & je n'ai fait des
Fers que par divertiffement . C'eft dont
je me fuis expliqué en termes formels
dans l'Epitre Dédicatoire de mes Poe-
fies à Monfieur le Duc de Montau-
fer.
J'ai fait la même chofe dans la Pré"
face de mes Obfervations fur Malherbe ,
& dans la fegonde Partie de mes Obfer*
vat ions fur la Langue Françoife. Et ce
que Air. Baillet allègue contre moi , que
j'ai dit à un Poète aprentif , fî vous
voulez devenir bon Poète, liiez Vir-
gile & mes Vers, eft une pure calomnie
qui fe détruit d'elle-même. Je le jure
encore ici par tout ce qu'il y a de plus
faint & de plus facré dans le monde ,
que nonfeulement je n'ai jamais rien dit
de femblable à qui que ce foit , mais que
je n'ai jamais parlé avant ageufement de
nies VerS) qu'en vers^ où les^ louanges
de
XVI P R E^ FACE
de foi- même ne font pas feulement per~
mifes , mais bien-féantes.
Mais pour ce qui eft de mes mœurs ,
je ne puis demeurer d'accord de ce que
Monfieur Baillet en a dit. Je n'ai pas
defjein d'accufer ici Monfieur Baillet :
je n'ai deffein que de me juftifier. Je ne
puis pourtant m1 empêcher de dire, que
fi on avoit fait une information de fa
vie £5? de la mienne , je fuis comme as-
Juré que fa vie ne fe trouver oit pas com-
par aile à la mienne en probité, en pu-
reté, enfobriété.
Si f et ois coupable de la centième par-
tie des chofes dont m'accufe Monfieur
Baillet , je ferois indigne de V amitié
dont m'honore Monfieur de Lamoignon
fon patron. Etj'eftime tant V amitié de
ce grand Magiftrat , que cette confidé-
ration toute feule ût été capable de
m 'engager à réfuter les médifances £5?
les calomnies que Monfieur Baillet a pu-
bliées contre moi. Mais outre cette con-
fi dération, j'ai été excité à les réfuter ,
non- feulement par des perfonnes de gran-
de vertu , mais par des Religieux : &
par les Religieux d'un Ordre confidèra*
ble par toute l'Europe.
En les réfutant , j'ai averti par oc-
caftoH
de Mr. Ménage. xvit
cafion Monfieur Baillet d'un nombre in-
fini de fautes groj/leres , ou plutôt de
monfires de fautes , qui font dans fin
Livre : car je puis ajfurer les Lecteurs
de cette Préface , qu'on n'a jamais im-
primé de Livre ou il y ait de fi grojfes
fautes , & en fi grand nombre. Ce que
j'ai fait non- feulement pour déférer à la
prière que Monfieur Baillet a faite à
fes Lecteurs de l'avertir de fes fautes r
mais par charité Chrétienne , afin de le
faire rentrer dans lui-même 9 & de Vo-
bliger en lui répréfentant fin peu de
capacité, de parler une autre fois avec
refpecl des perfonnes de Lettres à qui il
doit refpecl:.
Monfieur Baillet a écrit dans fa Pré-
face fur les Poètes, que je fuis le feul
fui me fuis plaint de lui. Je m'étonne
comment un Prêtre qui fait profejfion de
dire la vérité, a pu dire une chofe fi
contraire à la vérité. 'Tous les Pères
Jéfuites généralement en ont fait des
plaintes : £5? plus de vingt de leur Com-
pagnie ont fait des Vers contre fin Li-
vre. Le Père Bouhours £5? le Père de
la Rué s'en plaignent par tout. Et le
Père Bouhours a cejfé de voir Monfieur
de Lamoignon dans famaifon de cam-
pagne %
xvni P r e' r a c e
pagne , ^«r «'^ />#/«/ iw/V Monfieur'
Baille t. Et Monfieur B aille t n'ignore
pas que le Révérend Père de la Chaife,
Confefjeur du Roi , fe plaignant pour
V intérêt de fa Compagnie du Livre de
Monfieur Baillet à Monfieur de La-
moignon, il lui déclara que fi Monfieur
Baillet continuait à maltraiter les Je'
fuites, il en fer oit fes plaintes au Roir
& lui en demander oit jufiice. Mais les
Révérens Pères Je fuit es ne font pas les
feuls qui fe plaignent avec moi du Livre
de Monfieur Baillet. Madame Des~
houlieres , Monfieur de Benférade ,
Monfieur de Valois , Monfieur Per-
rault , Monfieur Quinault-, Monfieur
VAbbé de Montreuil, Monfieur du Pe-
rler, Monfieur de la Fontaine, Mon-
fieur le Gallois , Monfieur de Court ne-
veu de Monfieur de Saumaife , les amis
de Monfieur de Cerifante , ceux de
Monfieur de Pinchefne, les parens de
Monfieur Scarron , ceux de Monfieur
de Marolles , s'en plaignent avec éclat.
Il eft vrai que je fuis celui qui ai le
plus de fujet de m'en phindre. Il a of-
fenfé les autres -> mais il m'a outragé.
Mais quoi qu'il m'ait outragé, &? que
je fujfe en droit de lui dire à mon tour
des
de Mr. Ménage. xix
des chofes fâcheufes , j'ai "voulu en ufer
plus Chrétiennement qu'il n'a fait. Je
lui ai répondu avec toute la modération
pojjîble. Le Lecteur en jugera.
Je finis ce Difcours , en prote fiant à
Monfieur Baiïïet que je n'ai point û des-
fein de ïoff enfer , lors que j'ai traduit
fon nom en Latin par le mot de Bajule-
tus> 13 en le fuppliant de voir au cha-
pitre 42. de ces Remarques ce que f ai
remarqué à ce propos^ pour juflifier que
c'eft ainfi que le nom de Baillet doit ê-
ire rendu en Latin.
ANTI-
Pas.
ANTI-BAILLET.
PREMIERE PARTIE.
Calomnie de Monfieur Baillet contre Mon*
fieur de Balzac.
E dois à Monfieur de Balzac
une grande partie de ma répu-
tation. Quand je vins dans le
monde, Monfieur de Balzac
tenoit le premier rang dans la
France parmi les gens de Lettres qu'on
appelle Beaux Efpnts. La dillance infi-
nie qui étoit entre lui & moi, ne lVmpê-
cha pas de me donner des marques publi-
ques de ion eilime. 11 fit en diverfes oc-
cafions des Vers à ma louange. 11 m'a-
dreffa plufieurs Lettres Latines & Fran-
çoifes dans le Recueuil de fes Lettres. Il
me dédia fon Barbon :& il avoit pour moi
une amitié tendre. 11 dit dans une de tes
Lettres à Mr. Chapelain , Je vous ai fait
-une infidélité, car f ai brûlé ' d 'un autre feu
que du votre. Vous le connaîtrez far la
Lettre que f écris à Mr. Ménage, qui ejî
toute pleine de pajfion. Et dans une autre:
Torn . VU. Part.L A l^ous
2 Ant i-Baillet. P. I.
Vous ne me mandez rien de mes amours .*
je veux dire de Mr. Conrart & de Mr.
'Ménage. Il me dit dans une de fes Let-
tres Latines , Valc , mi dulciffime Menagi:
ciïjusfafcâius amor tant km mihi crefcit in
horas &c. Toutes ces faveurs m'obligent
à commancer ces Remarques par fa jutli-
fication contre la calomnie de Mr. Bail-
let. Mr. Baillet l'accufe d'avoir pris dans
fes Lettres par vanité le nom de Balzac ;
qui étoic celui de fa Terre; pour faire
croire qu'il étoit de l'illuflre Maifon de
Balfac d'Entragues. Je raporterai ici fes
propres termes ; afin qu'on* ne croye pas
que je lui aye impofé dans une chofe aufli
peu croyable qu'en; l'accufation dont je
viens de parler.
Mr. de Balzac s* imaginant que le nom
de Mr. DE GUEZ n'avoit rien de re-
levé, & qu'il n'étoit point propre à donner
crédit à fes Lettres , a pris celui de fa terre
•prèsd' Angoulefme ,pour tâcher d'en rehaus-
ser le prix: croyant que ceux qui ne con-
noitroient l'Auteur que par ce nom , lepren~
droient atfément pour quelqu'un de l'illuftrt
Maifon d'Entragues.
Mr. Baillet qui eft la vanité même, ac-
eufe tout le monde de vanité. C'eft un
homme qui ne fait aucune Science. Il
n'eft ni Théologien, ni Jurifconfulte, ni
Philofophe, ni Médecin , ni Mathémati-
cien. Il n'eft: ni Poète , ni Orateur , ni
Hittorïen , ni Géographe. Il ne fait point
le
% t. II y 1 Guez.ii dans tous ces endroits & non pas
Cucx.<t\ Cela parait une vétille, & c'eft pourtant
com-
Anti-Baillet. P. I. 3
le Grec; qui eft la Langue des Sciences,
& avec ce peu de capacité , il a la pré-
fomption de croire qu'il eft eapable déju-
ger de tous les Livres qui font au monde :
car il en juge , quoi qu'il protefte qu'il
n'en juge point. N'eft-ce pas être la va-
nité même ? Et cet homme qui eft la va-
nité même, accufe , comme je viens de
le dire, tout le monde de vanité.
Mr. de Balzac n'a pu avoir la penfée
que lui attribue Mr. Baillet. Et la calom-
nie de Mr. Baillet eft fumTamment réfutée
par l'édition des Poefies & des Lettres
Latines de Mr. de Balzac , où Mr. de
Balzac a pris le nom de Guez. Joannis
Ludovici (i) Guezœi Balzacii Poëmata
Latin a. 'Joannis Ludovici Guezœi Bal-
zacii Liber Adopttvus. Joannis Ludovici
Guezœi EpiftoU Seleélét. Cette calomnie
eft refutée de même par les portraits de
Mr. de Balzac gravez de fon vivant , &
par fes ordres, où il eft appelle de Guez:
& par une de fes Lettres Françoifes qu'il
a écrite à fon père , avec cette infeription,
à Moxfieur de Guez , & avec ces mots ,
Monjieur mon très-cher Père. Et par l'E-
loge Latin de Mr. de Guez fait par Mr.
de Girac à la prière de Mr. de Balzac, où
Mr. de Guez eft appelle père de Mr. de
Balzac. Cet Eloge eft imprimé dans les
Ouvrages de Mr. de Balzac. Et par une
Lettre de Mr. de Guez écrite à Mr. de
Balzac , qui commence par ces mots,
JMon
comme d je difois Jwhs Cuj&cxut pour Jacofai Ch*
J4CifiSA
A 2
4 Anti-Baillet. P. I.
Mon très-cher fils , & que Mr. de Balzac
m'envoya en m'écrivant la Lettre 28. du
Livre XVI. de fes Lettres. A quoi on
peut ajouter que le nom de la Terre de
Mr. de Balzac s'écrit par un z , & que ce-
lui de la MaiTon de Balfac d'Entragues
s'écrit par une f.
Que fi Mr. Baillet dit qu'il a Mr. Sorel
pour garant de ce qu'il a dit de Mr. de
Balzac, on lui répondra qu'il n'y a point
de garant à mal faire; & que Mr. Sorel
étoit l'ennemi déclaré de Mr. de Balzac;
& qu'il a écrit plulieurs Livres contre Mr.
de Balzac. Si Mr. Baillet vouloit donc
faire mention de cette calomnie, il de-
voit la rapporter comme une calomnie,
& la réfuter par les raifons que je viens
de dire. Mais Mr. Baillet eft un homme
qui cil; ravi de trouver quelque chofe d'in-
jurieux contre les Ecrivains dans les écrits
de leurs Adverfaires, & qui va ramafiant
tout ce qu'il y a de venin dans les Livres.
Sordes, qui/quittas, mept'iafqut
Omnes, cmnia colligit venena.
IL
Emportement de Mr. Baillet contre Mr
de Saumatje.
LE s mêmes raifons qui m'ont obligé
d'entreprendre dans la Remarque pré-
cédente la défanfe de Mr. de Balzac con-
tre la calomnie de Mr. Baillet, m'obli-
gent de juftifler ici Mr. de Saumaife con-
tre
Asti-Baillet. P. I. ?
tre fa médifance. Car Mr. de Saumaîfe
m'a auffi honoré de fon amitié , & fi je
l'ofe dire, de fon eftime. Pour ne point
parler d'un grand nombre de Lettres La-
tines très-favantes, qu'il m'a écrites, qui
m'ont fait honneur dans le monde, il m'a
adreflé fa Réponfe à Mr. Fabrot, fur la
Queftion de l'Aliénation du Preft, & fa
DilTertation fur YHerodes infantic'ida
d'Heinfïus. De mon côté, je lui ai auiîi
donné plulleurs marques publiques de ma
vénération & de mon admiration. J'ai
dit dans mon Epigramme fur le Phaleg de
Mr. Bochart,
D'iùor m no/iris non Jurgit pagina terris:
Non ip/a heroïs pagina Salmajii,
J'ai dit dans une de mes Lettres à la Rei-
ne de Suéde, par laquelle je lui ai dédié
les Ouvrages Latins de Mr. de Balzac,
que le nom de Saumaife étoit celui de la
Science même. Claudius Salmafius , vir
undecumque doéiijjiyyius , C5"' qui divinis m
omni difciplixa lucubratiombm hoc confecu-
tus efi , ut javn non bominis fed ipfiusmet
Se tenu £ S A L M A S IUSvomen habeatur»
J'ai dit à peu près la même chofedans cet*
te Epigramme Grecque ,
'Eiêuiïe zra^vf^xêij "/ox^/ccto XxXu-cctrtot»
J'ai dit dans cette autre qu'il avoit tout lu,
tout retenu, & tout enfeigné.
A 3 J3*'K
.6 Anti-Ba.illet. P.I.
Hxvt ùvxyvùç, nui -ztxvtcc pecÛàv , Ktct uxnfi
Et j'ai dit la même chofe dans cette troi-
iàéme.
IloùXot hê'cATuof^tvoç yr,fiOCTKt ILoXm , crû Xi >
"Elias 2e«A|tt;6c-/©V> yvpoirKeti , wav7# otiïccrxeov.
Et ainfi je me trouve engagé par mon Ju-
gement, non moins que par mon inclina-
tion , à foutenir que Mr. de Saumaife é-
toit un des plus Savans Hommes du mon»
de; & à réfuter Mr. Baillet qui le traitte
d'ignorant en toutes chofes : en Théolo-
gie , en Philofophie , en Jurifprudence,
en Médecine, en Mathématique, en His-
toire , en Rhétorique , en Poélîe , & en
Grammaire. Voici fes termes:
Qjielques-uns des principaux & des plus
modérez de fa Communion même ^auffi-bien
que les Catholiques , ont fait voir que la
"Théologie n'était nullement Jon fait \ Mr.
Fabrot , le fameux Milton , & plufieurs
autres , ont montré qu'il étoit un fort mau-
vais Jurifconfulte. D^ autres ont fait voir
combien les Obfervations qui ont donné lieu
Sujettes à de croire qiCil étoit bon Médecin ,font fujet-
Verreur, tes à V erreur. Et pour montrer qu'il n'é-
c^n dC fa* tott nt ^0n Philofophe, ni bon Mathémati-
icrl ci en, il fuffit , dit-on, de produire fon Li-
vre des Années Climatériques. Enfin quoi-
que Boxhomius ait écrit qu'il étoit très-bien
verfé dans PHiJloïre , perfonne ne dit au-
jour*
Anti-Baillet. P. f. 7
jourd'hui que Mr. de Saumaife ait été, ni t . .
Hiflorien, ni Orateur, ni Poète. Le voilà „!LnA;efl1C1
aonc redtitt a la qualité de bon Ltrammai- ni ct'Ora.
rien & a" habile Critique: encore #V/? * /7 teur , ni
pas aifé de Vy bien maintenir', car pour ce ^c *oete*
qui regarde la Grammaire , le Père Vavas~
feur remarque qu'il et oit fi négligent & fi
étourdi en écrivant, qu'il a laijfé fou vent
glijfer des fautes contre les règles de la Syn-
taxe , & que fa Latinité n'efi pas toujours
dans une grande pureté.
Peut-on parler de la forte d'un des plus
favans hommes de nôtre riécle ? D'un
homme, à qui tous lesSavans defontems,
à la referve de fes Adverfaires , ont rendu
des témoignages d'eftime, de reipect, de
vénération , d'admiration , d'adoration.
Mr. Baillet lui-même a produit un grand
nombre de ces témoignages. En voici
d'autres qu'il a omis, ou qui ne font pas
venus à fa connoiifance.
Jofeph Scaliger lui écrit , nunquam a
litteris tuis nifi aoéîior recedo. C'eit dans
la 24S. de fes Lettres. En ce tems-là Mr.
de Saumaîfe n'avoit guère plus de vingt
ans. Mr Grotius lui donne encore de
plus grandes louanges. Felicem me plane
arhitrarer ,vir yfuprà quàm nos vel agnofee-
re poffumus , de omni litterarum génère
mérite , fi, ad tuos eeter?iitate digniffimos la-
bores aliquid contribuere pojjem , & inter
opéras faite m tertias confiflere. C'eit dans
la 97. Lettre ad Gallos. Mr. Rickius dans
fa Préface fur Tacite l'appelle virorum
maximus. Mr. de Balzac a dit dans une
Lettre qu'il mfci écrite, non homini,jed
A 4 Scie»"
8 Anti-Baillet. P. L
Scientue deeft , quod ntfcit S aima fins. Et
dans un de fes Poèmes Latins à Monfîeur
Maynard , Président d'Aurillac, il dit que
Mr. de Saumaife rcfîfle lui feul au Père
Sîrmond , au Père Pétau , & à tous les
autres Adverfaires. Quosille, & cunfios,
fuflinet watts. Et il a dit ailleurs, Tôt pe-
netraffe locos , penetrafje tôt abd'tta rerum ,
& ndifje unum quicquid ubique latet , laus
ea Salmafidœ.
Il eft au relie à remarquer que ce que
dit ici Mr. Baillet touchant la qualité de
Poëte, a été réfuté par le Savant & l'Elo-
quent Mr. Bayle dans fes Nouvelles de
la République des Lettres , à l'endroit où
il a donné fon Jugement fur mes Origi-
nes de la Langue Italienne. Ceux , dit-il,
qui ignorent que Mr. de Saumaife fût faire
des 1er s Latins d'un tour délicat & fen-
tant Ï* Antiquité , l'apprendront ici. Car
on y cite les 1er s qu'il fit contre le Père Pé-
tau , qui aïoit fris le nom de Kercoëtius
pour écrire contre lui. Ces vers font en
effet admirables (i). Les voici.
Cum depilatis natîbus % V facie imprêta f
Jdalaque mente , monjïrum Cercopithecium
Miros fe ludos ojlenfurum dixerat
Non
% i. Il me fcmble, que ce que dit ici Saumaife
(car c'eft airiû* qu'il faut dire, fans y ajouter de)
contre le P. Fetau n'eft qu'une paraphrafe de ces
quatre Vers Grecs de Jofeph Scaliger contre Tho-
mas Lydiat.
'Avril iTtts-^xiyuY fyzw ih7rfruyn.
ûfàr
Anti-Bail lé t. P. I. *
' 8on ante vlfos , cr àitm condir.tr at ;
Genveniunt omnes Cercopithtci Simia :
Clurin* pecudes : omne genus Ctregpium :
Qua funt caudati. : qu&Jîne caudis ambulant l
Similes hominibm befîU turpi(pm&.
Tune fimiorum extus cum effet maximus,.
Erat inter ilios ingens exfpeclatio ,
Quidnam editurus z? miri ej? novi foret
Tarn grandium mïnator Me Sifn'ius,
Brgo ut promijfis faceret (5? diclisjidemt.
Proceram cum legijjet in campo arborera ,
Quam vidit unam ctlfiorem CAteris,
Hanc fubito afcenfu aggreffus petere proîinus l>
Altum arrependo ut arriptret faftigium ;
Sperans fe c? cœium pojje-jic contendere.
Verum cum magno nifu , magnis viribus ,
Sudans, îaborans , djîuans , ut feanderet ,
Summum ad cacumen jam venijfet arboris*.
At fe videret non pojfe uhra progredi,
Culum oftentare cœpit çr iurpes nztes ,
Derifuique fpeclatoribus fuit.
Ce diftique Grec qu'il fit fur le même
fujet, ne fent pas moins l'Antiquité:.
C'eft ce que M. Ménage a lui-même remarque' dans-
les modi di dire haliani , mais il n'a pas remarqué'
que dans ces vers de SaiHnaife fur lefqucls il fe ré-
crie, celui ci, Quœ funt cmdat* , n'eft pas fans dé"
faw. CauAatHf û'eû pas Latixw
A -
io Anti-Baillet. P. T.
Ces deux diftiques, qu'il fit pour fon
Epïtaphe , étant dangereufement malade
à Heidelberg, âgé de 19. ans,& qu'il dic-
ta à Mr. de la Miltiere (1), qui me les a
communiquez, font du même caractère:
Cujus fies nondum tôt a , mcfamafub auras
Vtnerat , hoc condor marmort SalmafitH.
I-itiTSCl £Kh*VG-CCi)TOjKu) hôûCOl VSKpOV £êéV7û ,
lîsAAîjv Tsj <r<piTtpr,v «Att/Jos , Secùpuétriov,
J'ai des Hendécafyllabes de lui, qui font
auffi du même caractère. Et Mr. de Bal-
zac dans une de fes Lettres à Mr. Chape-
lain, qui eft la 4. du Livre 23. fait men-
tion d'un diftique, que Mr. de Saumaife
avoit fait à fa louange. Je remarque tou-
tes ces chofes, parce que Mr. Baillet par-
lant des vers que Mr. de Saumaife a faits
fur les Poe" fies de Mr. Huygens , femble
en
«|f t. Il figaoit de la Milleîiére & je le trouve ain-
fi par tour.
% 2. Je ne puis croire que Eucaoan ait jamais e'«
crit menai perfora, l'inadvertance ne va pas jufque-
là, iur tout en vers où il faut nécefTairement de 11
méditation. Il avoit lans doute écrit,
Ma mihi rudibus ftncend.it peiïtra fiammis,
& c'eft ainil qu'on le voit imprime' dans le Livrtf
des Toëlies adoptives de Balzac. Mihi fv.ccendit ,
comme dans lç veis prçcedcftt , mihi difiedtnt, fie
«il-
Anti -Baillet. P. I. iî
en parler , comme fi Mr. de Saumaife
n'avoit jamais fait que ces vers-là.
A l'égard des Solécifmes que le Père
Vavaffeur dit avoir trouvez dans les écrits
de Mr. de Saumaife, fi Mr. de Saumaife
en a fait, c'a été par inadvertance: & de
la même façon qucBucanan a dit dans fon
Defiderium Lut eu ^^
llla me%m rudibus fuccendit jettera fam^
mis (2).
Et à l'égard de fon Livre de l'Aliéna-
tion du Pre(t, fon opinion étant celle de
Charles du Moulin, le plus grand Juris-
confulte des Avocats de fon tems , &
dont les opinions , félon la penfée du
Prélident de Thou, valoient des arrêts,
il ne doit pas être traité, au fujet de ce
Livre, d'un très -mauvais Jurifconfulte,
comme l'appelle Mr. Bailler.
Mais où eil le Jugement de Mr. Bail-
ler, de juger de Mr de Saumaife fur le
témoignage de fes Adverfaires ? Mr. de
Saumaife écrivant contre le Père Pétau ,
dit
cinquante vers plus haut, mihi frigêre feStm congelât*
En profe ce n'eft pas de même, la précipitation j
fait échaper quelquefois de groflèe fautes. Erafmc
dans fon*Cicéronier. a remarqué des Solécifmes de
cette nature dans Cicéron , & l'on n'en fauroit re-
marquer d'un autre genre dans les Auteurs du boa
flécle. Mais pour les Modernes , quelque Savant
d'ailleurs qu'ils foient, il n'eft pas impcfîible qu'ils
faiïent des Solécifmes de pure ignorance. Sciep-
piusen a trouyé pîuficurs de tels dans Scaliger, dans
Lipfe , dans Cafaubon , dans M. de Thcu, dan»
Strada &c.
A 6
il Anti-Baillet. P. I.
dit que c'eft un ignorant. Mr. Baillée
ira-t il conclure delà que le PerePétau eft.
un ignorant ? Je renvoyé là-deilus Mr.
Bailler à fon Traité des Préjugez.
Mais Mr. Baillet ne fe contente pa*
d'acculer Mr. de Saumaife d'ignorance,
il le fait accufer de vanité, d'orgueil, de
préfomption , de malignité , d'envie, de
haine, de tyrannie , de médifance, d'in-
juitice, de malhonnêteté, de furie, d'in-
civilité , de barbarie. Et il ne fc contente,
pas d'avoir recueilli toutes ces injures con-
tre Mr. de Saumaife, il veut encore farre
croire qu'il eft damné , pour n'avoir pas
voulu pardonner en mourant à fes enne-
mis. Et ce qui eft £ extraordinaire , dit-il,.
c'eft que cet illuftre Chrétien fut affez mal-
heureux pour n'avoir -pas voulu, même à
la mort, relâcher quoique ce foit de la hai-
ne implacable qu'il avoit injuftement conçue
contre quelques-uns. C'eft- ce qu'on peut
voir dans Monfieur Spizélius Proteftant.
Et fes Panégyrifîes mêmes n'ont pâ pallier
wufin fi pitoyable, &Jï confirme a fa vie
Ê5J5 à fes écrits.
Cette particularité touchant la mort de
Mr. de Saumaife eft une pure médifance
fe
^T i. Sans renvoier à cette Vie qui n*eft pas en co-
te imprimée, Se qui peur- être ne Je fera J2mais, on
pouvoit recourir à la 54. page de Ja Préface qu'An-
ton. Clementius a mife au devant des Epitres de
Saumaife. Voici l'endroit. Injunxit r.xori ut <p<e baiebat
domi Çcripîa jarn confecia & fepofaa in cjutxdam arca adver-
fvs maximts viras dudxm prxlo parafa , omnia ac Jîngul*
fiammis traderet , ne , fi fart» in atiorum manus devenirent t
ifi publicHm erumferent , i? magiorHm virvrffw famnm
ptréc*
Anti-Baillett. P. I. 13
& une pure calomnie, qui ett détruite dans
la Vie de Mr. de Saumaife faite par Mr.
de la Mare Confeiller au Parlement de
Dijon , homme d'une probité égale à fa
grande érudition (1).
Mr. de Balzac en a ufé plus Chrétien-
nement que Mr. Baillet. Voici comme il
parle de la mort de Mr. de Saumaife,.
mort dans la Reî:gion prétandue Réfor-
mée: Bien- foin de damner Mr. de Saumai-
fe dans mes vers, je veux croire d'abord
qu'il efl mort de la mort des Jufles. Je
veux croire enjuite , qu'il ne fe peut pas
qu'un fi grand nombre de qualitez , natu-
relles & acquifes\ que tant de richt-ffes ,
tant de dons du Ciel, ayent été la proye &
le butin de l'Enfer : qu'il n\> a point d'au- S&lm*Ji*
•) « 7 ••##••• denne meum
parance qu un même homme qui éclaire ici ngx 0yriidt
toute la Terre , Joit là bas dans les Tenc- infer*. > ?«•
ères. C'eft dans la dernière Lettre à Mr. non LtKim
Conrart. f^fiT
r-y, s • n v , « , / plendét m
C etoit au relie un tres-honnete hom- trbe juter?
nie que Mr. de Saumaife. Il étoit civil,
obligeant , officieux. Et c'étoit un des
hommes du monde dont la converfation
ctoit la plus agréable : car il avoït une
grande le&ure: & il fe fouvenoitde tout
ce
ferderent , cum us grAviffimos eorum emres confutajfet.
Madame Saumaife obéit à ces ordres, comme il pa-
roit par les reproches que lui en fait la Reine de
Suéde dans une Lettre qu'elle lui écrivit. Il n'eft
icfté en effet de tous ces écrits que l'Apologie con-
tre Milton, & cela apparemment à caufe du Roi
d'Angleterre , de la défenfe duquel auffi bien que
<àc celle de Saumaife il s'agiiïbit en cet Ouviagc,
A7
14 Anti-Baillet. P. I.
ce qu'il avoit lu: & il le débitoit élégam-
ment. Et il étoit même plus agréable
dans fa converfation que dans Tes écrits :
car dans fes écrits la vaile étandue de fon
érudition lui fefoit dire des chofes hors la
chofe: & dans fa converfation fa mémoi-
re ne lui répréfantant que ce qui étoit du
fujet, il ne fefoit point de digreiîïons : qui
eft le défaut qu'on a remarqué dans les
Ouvrages.
C'étoit d'ailleurs un homme de bonnes
mœurs, & qui avoit de bons fentiments
de la Religion dans fa Religion. Voici ce
qu'il dit de lui dans fa Préface fur Simpli-
cius. Id fané femper ftudui laboravique y
ut non folum à Stoicorum libris , fed etiam
à quibufcunque , melior , fi poffem , exirem
potiits quàm doéiior. Quid fecerim , aut
quantum proj "eccrim ^aliorum cflo judicium.
lylaîo id ex operibus mcis,fi tait a ullafunt9
éefiimari , quàm verbis vendit art. Non an-
fim profeéià id de me profiîeri , me bac ipfa
eorum fcripta , quce illufirare fum conatus ,
cum voluptate pervohttaffe. Cruciavit hoc
me fepe in il lis evolvendis , cum viderem
tôt me adhuc vitiis fcatere; eaque amare\
hominem melior e Chrifti difciplind imbu
tum\ quce homincs Chrifti ignari, & ' folo
ttaturali lumine prcediti , tant opère averfati
funt : ut non contenu eorum odium intrafe
ccncepiffe^ et'tam odiofa porro aliis ac invi-
fa reddere ejficacijfimo fermone tentav'erint.
Pudebat in fchola Chrifti natum & educa-
tum\ qui non minus Ce ver a fuis ad emen-
dationem vitœ mandavit ; fer in Stoïccruxi
fcriptisfiç verfatum^ ut ea ici pcjjit emen-
dare ,
Anti-Baillet. P. I. iy
dare , tironem tamen adhuc in utraque mi-
lit ia deprehendi ; necdum pojj'e caprœflare
aâ quœ fuifmet ipfe viribus fultus adfpira-
'vit unut homuncio , Chrifti nefcius , corpo-
re mutilus , conditione fer vu s , l^1 lrus paw
pertate.
Mais Mr. Bail I et ne fe contente pas de
recueillir tout le mal que les Adverfaires,
ou les Ennemis de Mr. de Saumaife ont
dit de Mr. de Saumaife; il en invante; il
fallïrle des partages pour le décrier. C'eft-
cc que je vais faire voir dans la Remarque
fuivante.
III.
Falfification de Mr. B aille t d'un pafj âge de
lai/ te de Mr.de Peirefc, pour décrier
Mr. de Saumiafe.
M On fîeur Baillet: Mr. Peirefc Tom. 2}
avoit rai fin de dire que la France Partie 2.
irouvoit de quoi fe confoler de la perte de PaS»*4*
Mr. de Saumaife dans Vacquifition qu'elle
faifbit de Mr. G rôti us : puifque celui-ci va-
lait bien le double de Saumaife en tout: ayant
même plus d'un avantage fur le Prince des
Savans Jofcph Scaliger.
Ménage. Lorfque je lus cet endroit
la première fois, je crus que ce raisonne-
ment, puifque celui-ci valait bien le dou- Vie de Mr.
lie de Saumaife, étoit de Mr. de Peirefc: dc Peirc^
& quelque vénération que j'aye ue pour Gafl^ji#dc
3a perfonne de Mr. Grotius; quelque ad-
miration que j'aye pour fes Ouvrages;
quelque obligation que j'aye à fa mémoi-
re
t6 Anti-Baillet. P. î.
rc à caufe de l'amitié particulière dont il
m'a honoré ; je trouvois étrange que Mr.
de Peirefc l'eût comparé avec tant d'a-
vantage à Mr. de Saumaife. Je trouvois
même qu'il y avoit quelque efpéce d'in-
grat: tude du côté de Mr. de Peirefc: fa-
chant la vénération & la tendreiTe que
Moniteur de Saumaife avoit pour lui; ce
qui r>aroît par ces paroles que Mr. de Sau-
maife écrivit à Mefïteurs du Puy fur la
mort de Mr. de Peirefc : Impar fum ani-
mo firmando : qui animo plane defpondeo ,
ftudiâque nullo habeo loco , ex quo Me non
fupereft , qui illorum fautor promotorque
erat. Ac temperareiîtr qu'idem defiderium*
fi licuijfet fuperfiiti teftatum facere affec-
tum , quem ob collata bénéficia merito jure
conceperam. Nunc autern eft m'ihi morien-
dum ingrato , quando Me eft grati animi fig-
nificationi%prtemortuus. Quod poffum, il-
lud fupereft , ut ipfius memoriam vénéra-
t'ione profequar , & fcriptis mets eatrans-
rn'tttam teftimonia in pofieros , qnte incom-
parabilis virtus , meritâque nunquam fatis
4e fit manda depofcunt ab homine qui illum ,
dum vixit , fufpexit ; pluraque ab Mo bé-
néficia, quàm abs quoquam mortalium tu-
Ut. Sed die ère pi ara non pofifum , quin
effluam tôt us in lachrymas : & necejfe ejl
jîylum hîc alrumpam. Mais comme je
ne me fie que de bonne forte aux citations
de
% î. Rien n'efl: plus vrai qu'en matie're d'érudf-
îioa Saumaife ne vouioit de comparaison arec qui
que ce Toit. Une marque de fa délicateiTe fur cet
article elt que le Conleiller Sarrau fon intime ami
lui aianc écrit ççs mots d*as tiac Lcttie après la
naoxr
Anti-Baillet. P. I. 17
de Mr. Ballet , ayant été voir l'endroit
de la Vie de Mr.dePeirefc,où je croyoïs
qu'il fût parlé de ce Jugement de Mr. de
Peirefc touchant Mr. Grotius & Mr. de
Saumaife 7 je trouvai qu'il n'y étoit du
tout point parlé de Mr. de Saumaife. Et
je n'y trouvai autre choie, finon que la
France avoit de quoi fe confoler de la per-
te qu'elle avoit faite de Scaliger par l'ac-
quiiition qu'elle fefoit de Mr. Grotius.
Tanti Groùum duc ébat, ut in uicem Sca-
ligeri ajfertum Galliœ dïceret. Qui eft à
peu-près ce qu'a dit depuis Mr.de la Pey-
raréde:
G allia Scalîgerum dederas malt fana Bat avis"; \
Grotiaden reddit terra Batava tib'u
Ingratam expertus patr'iam ventrandus uter»
que eji.
Félix mutato crevit utérine file.
Voilà comme Mr. Baillet corromp les
palTages, pour décrier les perfonnes qu'il
n'aime pas. Il a de-même falfifié un pas-
fage de Jonfius pour décrier mes Com-
mentaires fur les Vies , & fur les Sectes
des Philofophes deDiogéne Lacrce, com-
me je le fais voir au Chap. 22,. de ces Re-
marques. Mais pour revenir à la compa-
raifon de Mr. Grotius avec Mr. de Saumai-
fe (0 , ces deux grands hommes font
com-
mort de Grotius. Solas ille (Grotius) de principatu li-
terarum tecum contendere pejfe videùatur, [oins ergo jam
régnas &c. peu s'en falut queSaumaile ne rompît en-
tièrement avec lui. C'eft ce que je reconnois par
deux Lettres qu'il lui écrivit l'une du 30. Oclobre,
l'autre
îS Anti-Baillet. P. I.
comparables en ce qu'ils font incompara-
bles, chacun en fon efpéce. Pares magis
quamfimiles.
IV.
Réfutation de la Critique de Mr. Baillet , au
fujet dun de mes Madrigaux Italiens.
MOnfleur Baillet. Mr. Ménage
a fait une componction a Dieu: oh il
témoigne en termes tout-à-fait touchans re-
connoitre fe s fautes. Il condamne Ces enga~
gemens : £3? fur tout , V infidélité avec la'
quelle il dit qu'il avoit abandonné Dieu four
Pkilis. Il pleure avec des gémiffemens &
desfoûpirsy mêlés de fanglots , ce qu'il ap-
pelle fes defordres : C53 il syen aceufe de la
meilleure grâce du monde. Car quoi qu'il
ne prétende nullement s^exeufer, il efpére
que Dieu aura pourtant la bonté de Fexcu-
fer : d'autant plus volontiers que ce Divin
Créateur fembloit avoir contribué a le faire
tomber dans le piège , en créant Ça Philis fi
belle & fi aimable. Ceft franchement vou-
loir nous perfuader que Dieu eft un peu
caufs
l'antre du 20. Novembre 1 645. aue j'ai lues manus-
* Elles ont Cl'tcs *> dans la dernière defquelles après avoir dé-
depuiseté claré par une fauiïe modeftie & au plus loin de fa
publiées W pcnlée, qu'il confent qu'on lui préfère Grotius, il
par Cre- témoigne enfuite le peu d'eftime qu'il en fa;t Toit
nius Pour ^a Théologie, foit pour la Philofophie , foit
pour la Jurifprudence, ne faifant nulle difficulté de
le mettre fort au-delTous de Vofïïus le père, & de-
meurant feulement d'accord que c'eft un grand Poè-
te, qualité, à fou avis, de nulle confidération pour
don-
Antj-Baillit. P. I. 19
caufe du mal dont il s^accufe. Et un trait
fi feu attendu , nous fait affez connoître
combien les Poètes , que le zélé emporte ,
font quelquefois dignes de compajfion : £5?
combien ils ont befoin d? indulgence dans
leurs meilleures intentions, comme dans les
plus mauvaifes.
Ménage. Voici le Madrigal dont elt
queilion.
Oime ! pavento e tremo
11 tribunale tuo giuflo e fupremo i
Paire del Ciel ; che da fielUnli ch'ioflri
L'interno m'irï de gli affetti noflri.
Ter ternna belta, caduc a, e fraie,
Lm tua celefte , etertia , ed immort dit ,
Infelice obliai.
Te, per Filli, lafeiai.
Ver le'i ; qutntunque dura ;
Arfi\ ilconfejfo; nelï eldfiorita;
Arfi; nol niegt; ndï ttà mntur*»
O ffortunata vitaf
Tutti ï miei glornï , oime ! v'ijft ml fango
Tra lit amorofi inganni;
Tra
donner le premier rang dans l'empire des Lettre»,
êc commune d'ailleurs à Grorius avec Heinfius £»:
Barlarus, plus grands Poètes encore, dit-il, au fen-
timent de bien des gens. Tout ce que je viens de
rapporter Te trouve à la lettre dans cette Epitrede
Saumaiie , qui n'accordoit, comme il eft aifé de
roir, la préférence à Voffius qu'afin de la retenir
pour lui-même, fâchant bien qu'il auroit toujours
inconteftablement l'avantage fur celui-là , au lici;
qu'à l'égard de ii. Grotius la chofe fcioit affez pro-
blématique.
io Anti-Bail le T. P.I
Trd gli amorofi ajfanni.
Or ne fofpiro e piange.
jimmollifcano i pianti il tuo rigorf.
Muovan la tua put aie i m'iei fofpiri.
G'ik mille volte daW Amor delufa ,
Dell' aima a te rubella
I conofco l'errore, e non lo fcufç.
Seufa lo tu , Signore ;
Ch' a par d'Aiba novella ,
Till't formajli Ji lucente e bellti
Qu'eft-ce qu'il y a à dire à ces vers ? Ils
ont été approuvez généralement de tous
ceux qui les ont lus : à la referve de nô-
tre Prédicateur fans Miiïion :qui pour me
décrier dans la Caballe des Dévots de
Profelîion , m'accufe ici d'avoir dit que
Dieu a contribué à me faire tomber dans
le piège: d'avoir dit, que Dieu eft la cau-
fe du mal que j'ai fait. Où eft-il dit dans
ces vers que c'eit Dieu qui m'a fait tom-
ber dans le piège ? Que c'efl: lui qui eft
caufe du mal que j'ai fait ? Mais quand
j'aurois dit que Dieu , pour avoir créé
Philis fi parfaite, eft la caufe indirecte, de
ma faute , feroit-ce une impiété? Il y a
cinquante ou foixante ans , qu'on chante
à Paris & à la Cour, dans les compagnies
des perfonnes les plus vertueufes de l'un
& de l'autre Sexe , des vers qui di-
fent une chofe femblable en termes ex-
près. Les voici:
Si c'eft un crime de l'aimer;
On n'en doit juftement blâmer
Que
Anti-Baillet. P. I. 2.r
Que les beautez qui font en clic,
La faute en eft aux Dieux
Qui la firent fi belle,
Et non pas à mes yeux.
Le vieux Boiflet fit fur ces paroles un
air merveilleux : & je me fouviens que
Lambert le chantant un jour devant Mr.
le Cardinal de Retz, alors Coadjuteur de
Paris, Mr. le Cardinal de Retz le lui fit
répéter plufieurs fois : ce qu'il n'uft pas
fait, s'il uft jugé ces paroles impies. Et
je me fouviens encore que Mr. le Cardi-
nal de Retz me dit en ce tems-là que ces
vers étoient du Poète de Lingendes. Mr.
de Charleval m'a depuis confirmé la mê-
me chofe. Et ce Poète étoit un homme
de beaucoup de vertu , & digne parant du
Père de Lingendes Prêtre de la Compa-
gnie de Jefus , & de Mr. de Lingendes E-
vêque de Maçon. Il eft au-refte à remar-
quer, que le mot de Dieux; même par-
mi les Auteurs Chrétiens, tant Profateurs
que Poètes; (îgnifie Dieu, Mr. de la La-
ne dans fon Eglogue fur la première de
mes Eglogues;
Les Dieux juftes & bons ont mis vôtre A-
marante
Au-defius des flambeaux de la voûte éclai-
rante.
Lambin dans une de fes Lettres à Mu-
ret : Quod Dit immort ailes omen alertant.
Léonard d'Arezzo dans une des fïennes
au Pogge: 0 DU immortelles, çudeat me
levi-
ai Anti-Baillet. P. I.
levitatem hominis referre* Le Cardinal
du Perron dans fa Conreffion Amoureufc
a dit quelque chofe de femblable à ce que
j'ai dit dans la conclufion de mon Madri-
gal. Voici l'endroit:
Pour les vaines douceurs d'un vain conten-
tement
(Il parle à Dieu.)
J'ai péché, j'ai parlé, j'ai fait injuftement.
Mon penfer,ma parole, & mon effet m'ac-
cufe.
Mais las! tous ces penfers, ces propos, &
ces faits,
Procèdent d'un fujet qui parmi mes forfaits
Sans fa déloyauté me ferviroit d'excufe.
Bertaut Evêque de Sais , a dit aufîî a
peu-près la même chofe dans ce Sonnet à
Dieu:
De poftpofer ta gloire aux loix de fonfervice:
De n'avoir dans le cœur rien que fon nom
écrit,
Et pour charmer un mal qui tous les jours
s'aigrit ,
Lui faire ineefTamment de mon cœur facri-
fice:
Seigneur , c'eft un péché bien digne du
fupplice;
Mais procédant d'un cœur que l'Amour at-
tendrit ,
Ma foiblelTe en ce crime eft ma feule com-
plice.
Tu
Anti-Baillet. P. I. 23
Tu fais bien , ô Seigneur , que , fi je
l'eufle pu',
Depuis maintes faifons ce lacq j'euffe rompu,
Tirant ma liberté d'une main ii cruelle.
Comme donc en l'aimant & fervant mal-
gré moi ,
La contrainte amoindrit mon mérite envers
elle,
Elle amoindrit aufïi mon offenfe envers toi.
Mon Madrigal n'eft donc criminel que
dans le Livre de Mr. Baillet. Moniieur
Baillet , au refte , demeurant d'accord,
comme il fait, que mon intention eil bon-
ne, quand même il y auroit quelque cho-
fe à dire à mon expreffion, il n'a pas dû
me diffamer pour cela ; puifque Dieu en-
tent le langage du cœur : qui eft ce que
j'ai dit dans mon Madrigal:
Padre del Ciel , cbe da JlelUnti chioftri
L'interno mirï de gli affetti nofir'u
& la Critique de Mr. Baillet ne s'accorde
pas en cet endroit avec la charité Chré-
tienne. Mais elle ne s'accorde pas non*
plus avec fes Jugemens des Savans fur les
principaux Ouvrages des Auteurs; aucun
Ecrivain n'ayant formé cette aceufation
contre mon Madrigal. Et en cet endroit,
comme en plusieurs autres où Mr. Baillet
me critique , Mr. Baillet ne s'eft pas fou-
venu du précepte de Pline le Jeune: Pri- Lir. v«
mum ego officium Script «ri s exijlimo , ut Epift. tx
titti*
24 A N T I - B A I L L E T. P. T.
tttulum fuum legat : atque identidem inter*
roget fe quid cœperit fer ibère. Il a aban-
donné le titre de fon Livre. Et en cela,
il n'efl: pas à blâmer: ce deflein de ramas-
fer toutes les injures, toutes les médifan-
ces , & toutes les calomnies des Auteurs
contre les Auteurs, étant un étrange des-
fein pour un homme qui fe pique de dé-
votion.
V.
Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue
Grecque , dans la Latine , ÊjT dans
PHiJloire des Livres d'Hippocrate.
MOnfieur Baillet qui fait profes-
sion de parler de tous les Auteurs
Grecs & Latins, fait peu de Grec; & il
ne fait guère davantage de Latin.
Il dit à la page 35-3. du fécond Tome Part.
3. de les Jugemens des Savans '.On a de la
traduction de Jules Scaliger le Livre d'Hip-
pocrate des Infomnies. Il dit la même cho-
fe à la page 5-0. de la 2. partie du 2.
Tome.
Mr. Baillet me permettra de lui dire,
qu'Hîppocrate n'a point fait de Livre des
Infomnies. Le Livre d'Hippocrate que
Jules Scaliger a traduit, eit intitulé vepï
êwnvluv: c'efl-à-dire, des Songes. Ivur-
viov 'lignifie Songe ; qui eft un mot compo-
fc du fubftantif vitvoç qui lignifie Sommeil;
d'où vient Somnus; & de la particule ev,
qui lignifie dans. Et les Grecs ont ainfî
appelé
Anti-Bail le t. P. I. if.
appelé le fonge parce qu'il fe fait dans le
fommeil. Infomnia, au plurier , lignifie
fonge s. Virgile;
Qua me fuftenfam infomnïa terrent:
Et infomma^xi fingulier, fîgnifle infomniel
Mr. Bailler, qui ignoroit la différence de
ces mots, & qui n'avoit lîi que le Titre
Latin de Lnfomniis de ce Livre d'Hippo-
crate , a traduit ce titre par ces mots Fran-
çois des Infomnles.
Quels jugemens peut -on attendre fur
les Auteurs Grecs & Latins d'un Critique
qui fait ft peu de Grec & de Latin? Mais
comment nôtre Ariltarque pourra-t-il ju-
ger des anciens Médecins Grecs; de Ga-
lien, d'Arétée, d'Aêtius; étant fi étran-
ger dans la lecture d'Hippocrate, le Prin-
ce des Médecins, qu'il ne fait pas même
le Titre de fes Livres.
Il eft au refte à remarquer que ce Juge
Souverain de tous les Auteurs juge fur
l'étiquette du Sac. Je veux dire, qu'il ne
lit que les Préfaces, & les Tables des Li-
vres, avec les Eloges & les Vies des Au-
teurs. S'il avoit feulement lu les trois"
premiers mots du Livre d'Hippocrate que
Scaliger a traduit , il auroit vu qu'il y eft
traité des Songes & non pas des Intbm-
nies.
J'avois dît à Monfîeur l'Abbé de San-
teuil d'avertir fon amiMr.;Baillet de cette
bévue. Il l'en a averti : & Monfieur Bail-
let l'a corrigée dans fon premier Tome
des Jugemens des Poètes. Mais il elt
STw». VIL Fart. I. B tou-
ad A-kti-Baillet. P. I.
toujours vrai de dire, que lors que Mr.
Maillet a publié fes quatre premiers volu-
mes, il ne favoit ce que vouloit dire êvfo-
viov en Grec, & infomnium en Latin, &
qu'il n'^voit aucune connoiflance des ti-
tres des Livres d'Hippocrate.
VI.
Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue
Grecque, dans la Chronologie^ dam
VH'îJloire des Philofophes.
MOnficur B A i l L E T dit à la page
423. de fon premier Tome: Cbrf-
Jippe 7? et oit proprement que le Singe d'Epi-
iffeàoit deft
qu'il v oy oit faire & écrire à Epicurc. Ceft
pourquoi il le copioit Couvent ; {£ quand il le
vouloit furpajfer , il alloit mendier divers
paffages des autres Philofophes. Ce qui a
fait dire à Zenon & à Ariftote , que tous
fes Livres h oient pleins de témoignages &
de paroles d? autrui.
Cette faute eft -épouvantable. Car ou-
tre qu'elle fait voir l'ignorance de Mr.
Baillet dans la Langue Grecque , elle le
convainc d'une ignorance extrême dans
l'Hiftoire des Philofophes , & dans la
Chronologie. Ariftote n'a pu parler des
Livres de Chryfippe (1). Il étoit mort
avant
5 2. IJ n'j a guère d' apparence non plus que Ze-
non
àhti-3aillet. P. T. 27
avant que Chryfippe fût au monde. Aris-
tote mourut Tan troifiéme de la cent
quatorzième Olympiade ; & Chryfippe
mourut dans la cent quarante -troiliéme.
Mr. Baillet cite pour ïa confirmation
de Ton opinion Diogéne Laërce dans la
Vie d'Epicure , à la page 273. de l'Edi-
tion d'Angleterre. Pvlr. Baillet n'a point
la le Grec de cet endroit de Laërce ;
car il n'entent pas affez le Grec pour
entendre un fi long paiïàge Grec: maisr
en ayant lu la verfion d'Aldobrandus;que
voici: Epicuri multam feriptionem Chry-
fippus œmulatus eft : quemadmodum Car*
neades ait, parafitum ejus librorum ipfum
appellans : Ji qu'td entra Epie ur us feriberet,
tantumdem feribere Chryfippus ob amula-
tionem ftudebat : quoeirca & eadem fœpc
& ea quœfibi in mentem illico veniebant ,
& feftinatione parum emendata : teftimo-
maque tôt infant, ut eis folis libri referti
fwt, quemadmodum & apud Zenonem &
apud Ariflotelem invenire lie et \ & l'ayant
lue ponâuée de la forte que je viens de la
repréfenter, & telle qu'elle eft imprimée
dans l'édition d'Angleterre ; il a crû que
ce que difoit Laërce de Chryfippe. avoit
été rémarqué par Zenon & par Ariftote;
& ces mots , quemadmodum & apud Ze-
nonem & apud Ariftotelem invenire lie et ,
veulent dire que ce défaut de rapporter
trop de témoignages dans desTraitez Phi-
lofophiques , qu'on blâmoit dans les 6-
crits
non en ait pu parler, puifqu'il mourut que Chqr-
iïppe u'aroit encore que dix-lept ans,
B 2
28 Anti-Baillet. P. I.
crits de Chryiippe , fe rencontroît aufïï
dans ceux de Zenon & d'Ariftote : ce que
j'ai expliqué amplement dans la Note que
j'ai faite fur ce païfage.
Voilà le Critique, qui a entrepris déju-
ger de tous les Savans; & qui traite Mr.
de Saumaife d'ignorant en toute forte de
Sciences: En cor Zenodoti , cnjecurCra-
ietis.
J'avois dit au même Monfieur de San-
teuil d'avertir fon ami de cette faute hor-
rible. Mais foit qu'il ne l'en ait pas averti,
ou foit que Mr. Baillet ait négligé ma ré-
marque, Mr. Baillet n'a pas corrigé cette
faute dans fes Rétractations.
VII.
Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue
Latine. Faute de Jugement de Mr.
Baillet.
MOnfieur B a i l l e t eft un grand lî-
feur d'Eloges , comme je l'ai déjà
remarqué. Ayant lu quelque Eloge La-
tin de Lopé de Véga Carpio, Gentilhom-
me Efpagnol, Prêtre, & de la Congréga-
tion de S. François, ce Eccléfiaftique de
l'Ordre Militaire de S. Jean; dans lequel
Eloge cet Auteur étoit appelle Magnus
Comicus , à caufe d'un nombre prodigieux
de Comédies qu'il a faites : 11 en a fait
dix-huit cens; (i on en croit Nicolas An-
tonio, Auteur de la Bibliothèque des E-
crivains Efpagnols; & plus de quatre cens
Amqs Saçramentaks. On appelle ainiî en
Efpa-
Anti-Baillet. P. I. 29
Efpagne ces Pièces Dramatiques qu'on
récite le jour de la fête du S. Sacrement.
Mr.Baillet, ayant lu, dis-je, quelque E-
loge Latin où Lopé de Végà étoit appelé
Magnus Comicus , il a crû que ce mot
Comicus figninoit un Comédien. Et dans
cette créance , il l'a appelé le plus grand
Comédien de la terre. C'e/t à la p^ge
80. de fa Préface fur les Poètes, au fujet
d'une grande inveclive qu'il fait contre
moi, parce que j'ai fait des vers de galan-
terie. Voici fes termes : Nous pourrions
en dire autant du fameux Doéleur , Frère
Lope de Véga, Religieux Ejpagnol, le plus
grand Comédien de la terre : qui ne fe défit
peut-être pas entièrement de fes habitudes:
mais qui tâcha du moins de les régler, ou
de les réformer par des Ouvrages de pieté*
Je pardonne à Mr. Baillée d'avoir ignoré
que Comœdus (Tonifie un Comédien , &
que Comicus, fubttantif, fignirie un Poè-
te Comique. Mais je ne lui pardonne
pas la faute de Jugement qu'il a faite, en
refant monter fur le Théâtre un Religieux J*r- Bli11*'
du Tiers Ordre de S. François, un Doc- te°snCçs qua"
teur , un Prêtre, un Gentilhomme, & lirez à Lo-
un Chevalier de Malte. pcdeVcga,
Voilà l'homme qui eft venu juger les
vivans & les morts. Il n'eit point vrai,
au relie, que Lopé de Yégaait été Reli-
gieux. 11 eft vrai que Nicolas Antonio
dit de lui , Tertit quoque Ordinis Santfi
Francijci Regulam profeffus. Mais cela
ne veut pas dire qu'il ait été Religieux du
Tiers Ordre de S. François , mais ce qu'on
B 3 de.
gp Anti-Bail let. P. P.
appelle en Efpagnol Tercero. C'euVà-dire,
de la Congrégation de S. François. En
Efpagne la plupart des gens mariez & de
qualké, font de cette Congrégation. Et
quand Lopé a pris, au titre de quelques^
uns de fes Livres, la qualité de Freyîe ,
cela ne veut pas dire Frayle: qui en le
nom qu'on donne aux Môkies en Efpa-
gne : mais un Eccléiîaftique d'un Ordre
Militaire. Lopé de Véga étoit Eccléfias-
tique de l'Ordre de S. Jean. Mr. Baillet
nTa pas la cette differance entre Freyîe &
Frayle.
Il me refle à ajouter, que Lopé de Vé-
ga n'ignoroit pas les règles du Théâtre.
Ce qui paroit par la Comédie UGuante de
Doîia B lança \ intitulée autrement, Quatt-
do Lofe quiere\ & qu'il a intitulée de la
forte, pour faire voir qu'il ût pu toujours
écrire régulièrement s'il ût voulu. Et ainfi
on peut dire de lui ce que Sénéque le Père
a dit d'Ovide; Non ignoravit vitia fua ,fed
amavit. Et à ce propos, je ne puis m'em-
pêcher de rapporter ici cet endroit de fcn
Arte nuevo de bazer Cowedias en ejïe tïcmpo<
Verdad es , que yo ht efcrlto algunas vez.es. .
Siguiendo el arte que conocen pocos.
Mas luego que falïr por oira parte ,-
Ve$ Us monflrues de apparencïas llenos,
A donde acude el vulgo , y las mugtres , .
Que ejle trifle exercïào canonizan ,
A aquel habito barb.iro me buelvo ;
T quando ht de efcriv'ir, una Ççmedia ,
En*
Anti-Baillet. P. I. Ji
Encierro los precetos cen fty llaves :
Saco a Terencio , y Plaut» , de mi efludi».
Para, que m me den voz.es , que fuelt
t)ar gritos la verdad en libros muthos.
y efcrivo pvr el arte que inventaron
Los que el vttlgar aplaufo pretendieren:
Porque como las paga el vulgo , es jujl*
Mablarle en nech t para darle gujio.
Voyez de plus ci- deflb us ch. $s*
VI IL
Ignorance de Mr. Bail Ut touchant la Lan*
gue Italienne,
MOnfieur Baillet fait de l'Ita-
lien: mais il ne fait pas l'Italien.
Cette Remarqué le va faire connaître ;
A la page 388. de fon premier Tome,
il appelle Lilius Gyraldus Le Gyraldi ,par
un i Grec. La Langue Italienne n'a point
d'i Grec. Et c'eft pourquoi Meffieurs de
Reu, du nom de Gondi , n'ont pas û
raifon d'écrire leur nom par un i Grec:' pagef$
dont j'ai fait demeurer d'accord Mr. le
Cardinal de Reu : comme je l'ai remar-
qué dans la Vie de Pierre Àyrault Lieute-
nant Criminel d'Angers. Sed &Joanner
Francifçus Paulns Gandins , Car âtnalis Ra-
defianus , Gondii nomen per y femper ferip-
fit : quemadmodurn & pater ejus , C5* avusy
C£f patrui\ donec monitus à me fuit, prê-
ter rattonem id fieri ; cum Italid ejjent o-
B 4 riu**
3a Anti-Ballet. P. I.
riundi Gondii ; Italie a autem Lingua eam
liieram non haberet. Nunc vero cum ita
feribat ut fribendum fuit ,idcircone alterïus
fam'tl'tœ dicetur quam pater ejus , ç^ avus,
& patrui fuere ? Minime fane.
Aux pages 107. & 12?. du To-
me IL Part. I. & aux pages 130. ijï.
15-4. 160. 231. du Tome II. Part. IL
& Part. III. du même Tome, pag. 44.
393. 404. 580. il appelle Giovan Vit-
torio de' RofTi Le Vittorio de' Rojfi &
à la page 125-. Tome IL première Partie il
l'appel le Jean Vincent le Roux. Et ailleurs
il l'appelle Jean Viéior le Roux. Premiè-
rement ; il s'appeloit le Rouge , & non
pas le Roux : comme il paroît par fon
nom Latin Erythrœus : Joannes Viéîorius
Erythraut: qu'il a tourné de la forte en
Latin à l'imitation deNicolausErythrœus,
Auteur de l'Indice fur Virgile , un des
plus favans hommes d'Italie; qui s'appe-
loit auïïï Le Rouge. Puto ego iftum ejje
ex familia Rubeorum , five de Roffi , quee
ijlhic honeftijjima, C23 à Senatus Secretis%
dit Ottavio Ferrari , ProfciTeur'célebre de
Padouë , dans une de fes Lettres au Sei-
gneur Daniel Juftiniani, Sénateur de Ve-
nife,
^J t. Nous ne mettions point autrefois l'article
devant les noms propres Italiens, & cette coutume
s'eft confervée à l'égard de Machiavel parce que
cet Auteur ayant de tout tems été fort commun
parmi nous on s'eft fait une habitude de prononcer
fon nom fans article comme originairement on le
prononçoit. Il en eft ainiî de Pétrarque 8c de Bo-
cace dom les noms par la même raifon s'écrivent
plutôt fans l'amcle qu'avec l'article. Qui a jamais
ouï
Anti-Baillet. P. L 33
nife,. en parlant de ce Nicolas Erythrée.
Le mot italien Rojfo , dans là plus ordi-
naire lignification, fignifie rouge. D'ail-
leurs, Vittorio étant un nom de batême,
il n'y faut point d'article. Les Italiens
mettent des articles devant les noms de
famille : mais ils n'en mettent point de-
vant les noms de batême. Ils difent Tor-
quato "Tajfo^Giovan Batùfta Guarini , .P/>-
troBembo, Lodovico Ariofto: mais ils ne
difent point, il 'TorquatoTaffo , il Giovatz
Batùfta Guarini, il Pietro Bembo, tl Lo-
dovico Ariofte;ôc en traduîfant leurs noms-
en François , nous fuivons cette règle.
Nous difons Le Tajfe, Le Guarin, Le
Bembe, V Ariofto: & non pas, Le Tor»
quat Tajfe, Le Jan Battifte Guarin, Le
Pierre Bembe , Le Louis Ariofte. Il faut
excepter de cette règle le nom de Àlacbia-
vel. On ne dit point Le Machiavel (i)z
ou du moins on ne le dit guère. Il faut
encore en excepter le nom de Pétrarque^.
& celui de Bocace, & celui de Sannazar,
& celui de Politien. On dit inditferam»
ment Pétrarque & le Pétrarque , Bocace
& le Bocace, Sannazar & le Sannazar,
Mr de Balzac dit ordinairement Le Pe-
trar-
OUÏ dire les Sonnets du Pétrarque? Le De'cume'ron àt*
Bocace!' Oi ne dit pas non plus le S*nnazAY) en par-
tie par cette raifon, en partie à caufe de fes Ouvra-
ges Lat:ns par lefquels il cft pour Je moins autant
connu que par fes Ouvrages Italiens, & je m'eton-
ne que M. Ménage permette de dire le S<*nnaz_ar\9
lui qui ne veut point abfolument qu'on le dife pag.
529. de la t. paît, de fçs Obfervations fm IzLAnga^
Fiiàflcoifc.
54 Anti-Baillet. P. R
trarque, & Mlle deScudéri, Pétrarque',
Pétrarque & Sannazar font aujourd'hui
les plus ufités. Mais on ne dit que Pc-
litien , & la raîfon pour laquelle on ne
dit que Poli tien , eft que cet Auteur ne
nous eft guère connu que par Tes Ouvra-
ges Latins. Et à ce propos il eft à remar-
quer, que nous ne mettons point ordinal
rement d'article devant les noms de Fa-
mille des Auteurs Italiens, qui n'ont é-
crit qu'en Latin , ou qui ne nous font
connus que par leurs Ouvrages Latins.
A l'égard de Dante (i), comme c'eft un
nom de batême, & non pas-un nom da
Famille, il faut toujours dire Dante, Et
ceux qui difent il Dante en Italien , & le
Dante en François, ne parlent pas régu->
liérement.
Pour revenir à nôtre Vïttorio de Rofîl -s
cet Auteur s'appelant Jan Vider en ion
nom de batême, il faut donc l'appeler en-
François Jan Vittorio de RoJJi (2) , &
non pas Le Vittorio de RojJi : dont j'avois
averti Mr. l'Abbé de Santeuil , afin qu'il
en avertît Mr. Baillet; ÎH'en a averti;
& Mr. Baillet s'eft corrigé de cette faute
en quelques endroits de fes derniers To-
mes, je remarquerai ici en paiTant qu'à
l'Imitation de Gîovan Vittorio Roffi, qui
a rendu fon nom en Latin Jaxus Niciiti
Ery~
^ t. Volaterran livre 21. dit que l'Italien Dante
eft corrompu de Durante. Dantes PohtaFlorentinus , è
lente xAlahtti&% Durantes ab initio locatas , intercif»
deinde , «r fit in pueris vtcAbulo.
% z. Si J*n Vittorio eft le nom François en quel-
le Langue donc dit-on J*n Yifl«r? Ce fl'dt pas ea
A N T I - B A I L L É T. P. I. ff
Ërytbrœus, Gomberville, de l' Académie'
Françoife , qui s'appeloit Marin en fon
nom de batême& le Roi en fon nom de Fa-
mille, s'eft appelé de même, autour de fa
Tailledouce, ThalaJJius Bafilides.
Autre erreur de Mr. Bail le t dans là
Langue Italienne. Mr. Baillet dit à là
page 15-5". du premier Tome '.Un permet-
tre au nombre des premiers , tous ces ridi-
cules [crapuleux , qui rfofoient lire PEcr;~>
ture Suinte de peur de r gâter leur beau La-
tin: ceux qui empe choient leurs amis de lire
les Epi ire s de S. Paul pour le mêmefujet:
non contens de ne les pas lire eux-mêmes ,
& qui les traitoient de petites Lettres de
néant. Et il meta la marge de ces der-
niers mots , epijljlaccias. Si Mr. Baillet
fàvoît l'Italien , il fauroit que tous ces
mots Italiens terminez' en accio, baccia,
Cbiefaccia, capcllaccio% cavalaccio, librac-
rio, &c. font des augmentatifs : & quV-
pifiolaccia , ou plutôt piftolaccia, (car on
ne dit plus epiflola) fignifie une grande vi*
lame Lettre. Mr. Baillet, comme je l'ai
àé\ï remarqué pluileurs fois, eft un Copine
dé CopiiTe. H cite pour fon garand, Koiii-
gîus dans fa Bibliothèque ancienne & nou-
velle, qui cite Scipio Gentiîis dans fon
Commentaire fur l'Epitre de St. Paul à Phi-
k'mon. Mais , ni Konigius, ni ' Scipio
Ger**
Latin , il faudroit Jiannes Vifior. Ce n'eft pas en -
Italien, il faudroit Qi*n ou Civz-an Viitere. Ce n'eft
pas en François, pu'.fque, fclon M. Ménage» c'èft
Jén Vittorio qui eft le nom François & noû pas J*ii
Vicier. 11 y a fans doute jci de l'embarras. Viilt*
rini d'âiJkiis et VOitr lent deux Saifiis-di^içc^
B 6
$6 Anti-Baillet. P.I.
Gentilis, ne parlent point de petites Let-
tres. Voici les termes de Konigius : De
piet.Je hominis ; il parle du Cardinal Bem-
bo ; ex hoc faéïo judica : quando amico a-
liquando auéior fuit , ne Epifîolas S. Pau-
li , qnas contemptim Epiilolaccias appella-
bat ; attingeret: vel fi cœpiffet légère, de
manibus abjiceret ; fi elegantiam fcribendi
& eloquentiqm adamaret: quemadmodum
laudatus Scipio commémorât (i). Voici
ceux de Scipio Gentilis : qui font du cha-
pitre 1 y. Nam quid de Petro Bembo di~
cam"\ Is quidem Epifîolas omnes Pauli pa-
lam condemnavit : eafque y deflexo in con-
tumeliam zwcabulo, Epiilolaccias efl anfus
appel/are : cum amico audor effet , ne Mas
attingeret ; Tel fi cœpiffet légère y de mani-
bus abjiceret , fi elegantiam fcribendi &
eloquentiam adamaret. Ce qui a fait croire
à Mr. Baillet qu'Epiflolaccia vouloit dire
une petite épître, c'eft que l'Epure de S.
Paul à Philémon eft fort petite, c'eft la
fource de & bévue".
IX.
Erreur de Mr. Baillet touchant un pafjage
de Gerfon , ou il efl fait mention de
Rabbi Mofes , fils de Maimon.
M
Onfïeur Baillet. C 'efl ce qui a
porté Gerfon à mettre au nombre des
igno-
% 1. Cet ami qu'on dit que le Cardinal Bembe
vouloit détourner de lire St. Paul étoit Jaques Sa-
dolet qui travaillent en cetems-'à fur PEp-.tre aus
B»Qruaius, Ni Tua ai i'iUîis û'çtoit alejs;Caidi-
Anti-Baillet. P. I. 37
ignorans Critiques ceux qui n'étaient habi-
les qtCen une forte de fctence : parce qu'il
efi difficile qu'un ne trouve à examiner que
des chofes dïune même efpéce dans un Li-
vre. Et il prétend que c,efl avec raifon que
Galien ,tout bon Critique qu'il et oit en cer-
taines chofes r fut raillé par un R ùin ^tom-
me Moife , pour s'être mêlé de porter f on
"Jugement fur ce qui étoit hors de fa fphére,
& qui paffoit Ces connoiffances.
Ménage. Ce conte de Gerfon eft
un conte; c'eft-àdire , une pure fable.
Car comment Rabbi Moïfe auroit il pu
railler Galien, puifqne Galien & lui n'ont
pas vécu en même tems. Galien vîvoit fous
Marc Auréle qui eft mort en 180. Et Rab-
bi Moïfe, Juif Efpagnol fils de Maimon,
d'où il a été appelé Rambam , des Lettres
initiales de fon nom Rabbi Mofes Ben
Maimon , (c'eft - à - dire , Rabbi Moïfe , fils
de Maimon) naquit à Cordoué" en 113T.
félon l'opinion commune, & il mourut
en Egypte l'an de l'Hégire 605". & de nô-
tre Seigneur 1 209. Car il ne faut pas douter
que ce que dit ici Gerfon de Rabbi Moïfe,
ne doive s'entendre du Maimonide. Rabbi
Moïfe appelé Moife de Gironde, de fa
patrie ou de fa demeure de Gironde , &
Rabbi Moïfe fils deNachman, étant des
hommes obfcurs en comparaison de nô-
tre Maimonide : duquel on a dit , à Mofe
ad
nal. Voicz Vi&orinus Strigelius fur le Jfeaume 4.
pag. 30. ôc Melander qui le cite r.h. 134. de fon
Jico-rerin. Ces petits contes cependant me font ua
peu fufpe&s venant de la part des Protcûans*
gS Aktî-Baillet". P. B
ad Alofcn non furrexit fie ut Mofes. Oc-
toit en effet un des plus favans hommes
de fon tems, C'étoit un grand Phi'ofo-
phe, un grand Médecin, un grand Juris-
confulte, & un grand .Mathématicien : &
qui au jugement de Scaliger & de Cafau-
bon , eft le premier des- R-abbins qui a
ceifé de dire des badincries. Ht iî Mr.
Baillet avoit û l'honneur de le connoître,
il n'auroit pas dit en parlant de lui, un
Rabbin*, nommé Moife. Ce qui me fait
fouvenir de ce Provincial, qui difoit i.n
nommé Tîirenm.
Du relie, le Sr. Faret, de l'Académie
Françoife , étoit allez de l'avis de nôtre
Rabbin , ayant écrit dans fon Honnête
Homme , qu'il vaut mieux être fuperfl-
cieîlemcnt imbu de plulîeurs chofes, que
d'en favoir une feuîe à fonds : un homme
qui ne fait parler que d'une chofe, étant
obligé de fe taire trop fouvent.
J'avoîs fait cette Remarque contre Ger-
fon, lorfque m'étant tombé dans fefprit
que Mr. Bailletpourroit bien n'avoir pas
entendu le paffage dé Gerfon, je fus con-^
fuiter l'original : Et je trouvai en effet que
Gerfon ne difoit rien moins que ce que
Mr. Bailler, lui faifoit dire. VoicMes pa-
roles de Gerfon : Fuit 'Gaïemts in arte fua
feritiffimns MedÀcin-c. Ce qui veut dire,
que Galien étoit excellent Médecin Pra-
ticien ; & non pas, comme Mr. Baillet
l'explique, bon Critique en certaines cho-
fes. Memtni dum pueruîus fi'udcrem ïrt
Artibus , ipfutn der'ifum , quia pofuit quar-
tam figurant in f) llogi[mi$% Mittit , in~
quiuflty
Aïnti-Ba-illet. P. L q
fiflunt , falcem in meffem aliénant , quia
non Logicns , fed Aledicus eft. Remar-
quez que ce ne fut pas Rabbi Moïfe qui
fe moqua de Galien. Gerfon ajoute: Lo*
quitur adverfus Galenum Rabbi Moyfes
medicut:-ct Rabbi Moïfe ctoit Médecin
du Roi d' Egypte: quia prœfnmens de f ci en-
ùa Mediiinxe , prœfurnpfit confequenter de
multis : tanquam Ma fient Medicinam cog-
ret : tn quibus ipfunt errajfe notavit.
Etbic errer familiaris efl admodum fapien-
tibus bujusféeculi: qui du*» Je vident bond;
rari pro aliqua fcientia\ fit Legumjit Ca-
nonum, fit induftriœ mundialis y laxant fa-
ciliter ora de fermonibus quos nefciunt\ ut
de Theologia : quafi verecundarentur ali-
qjtid ignorare. Où eft-il dit en ce paiTaga
que Galien fut raillé par Rabbi Moïfe?
Il y efl dit feulement que Rabbi Moïfs
biâmoit Galien de ce que fâchant la Mé-
decine, il croyoit favoir- une infinité d'au-
tres chofes. Loquitur autem adverfus Ga*
lenum Rabbi Moyfes , Medicus , - quia prœ-
fumens de feientia Medicinœ , prœfumpfit-
confequenter de multis. On peut blâmer
une perfonne après fa mort. Mais quand
on dit qu'un tel fut raillé par un tel , cela
emporte îa préfence du railleur & du rail-
lé: ou du moins l'exigence de l'un & de
l'autre en même tems. Ce qui a trompé
Mr. Baillet, c'eft que Gerfon s'étant ex-
primé par le prêtent^ loquitur autem ad-
verfus Galenum Rabbi Moyfes , il a cru
que Galien & Rabbi Moïfe étoient con-
temporains.
40 Anti -Baille T.- P. E
X.
Le Livre des Allégories d'Homère attribue
■par Mr Bail /et àHéracl des Ponticus ,
n'eft point £ Héraclide s Ponticus,
MOnfieur Baillet àlap3ge 35-8.de
fon fécond Tome, Fart. III. parlant
des Traductions de Conrad Gefner,ditque
Conrad Gefner a traduit le Livre des Al-
légories £ Homère par Héraclide du Pont.
Il faut dire Héraclide d* Pont. Mr. Bail-
let a fait la même faute en plufieurs autres
endroits de fon Livre.
Ce I livre n'eft point d'Héraclidés Pon-
ticus , quoiqu'il foit imprimé fous fon
nom. Je l'ai montre dans mes Obferva-
tions fur Diogéne Laërce , à l'article
d'Héraclides Ponticus. Voici ma Remar-
que: Exilât hodte fub nowine Heraclidis
Pontici liber 'AMvjycp/«i 'O^pMctt inferip-
tus , & q tient Gefnerus , qui eum vertit ,
noflri Heraclidis Pontici genuinum ejfefœ-
tum ex::fiimat, atque olim Avcsuv 'O/z.vjp*-
X«v inÇcriptum , fed omnino eum falli cons-
tat : Jiquidem in eo libella mentio fit multo-
rum , qui pofi Heraclidem Ponticum vixe-
runt : Arati , Callirnacbi , Apollodori , Cra-
tetis ; & Herodici, Cratetis difcipuli , £5*
aliorum. Fuit alter Heraclid.es Ponticus ,
qui Caii, Claudii , & Neronis temporibus
lixii : de quo Suidas in 'Avréçoeç, & in
'Hpay.Xsl^ç. C53 tertius Hijïoricus , cujus
meminit Stephanus in 'Oovjzqç. Secundi
iiliîiS) vel Tertii, Heraclidas Pontici effe
iilu'ûi
Anti-Baillet. P. I. 41
illum librum cui titulus '>KKhv)yoplcti 'O/jlvj-
p/x«/, exiflimabat Vojfius. Ex Bibliolhe-
câ Vaticand. prodiit nuper , opéra Leon'ts
Allatii , Heracïiti cujufdam libellas Ylspl
ùtt/çcov infcriptus. Exiflimabat vero vir
ille dodus , non alium effe Heraclitum /'/-
lum ab Auéiore Allegoriarum Homerica-
rum. Idem & Lucœ Holftenio videbatur ;
qui osf ipfe ad Porphyrium , in Vita Py-
th agora , tefiatur ita hune Allegoriarum
Scriptorem appellari ab Euftathio adlliados
alpha: neenon in quibufdam harum Aile'
goriarum feriptis Codicibus.
' Mr. Bigot a quelque penfée que le Li- di§%*gftim
vre des Erreurs d Ulyfïe, intitule 'Lx/ta- caxio z„;r.
fLoç Aiv,yy(jiç itç Tàçytaù^Ofiypov nhcivctç rë rares viyffit
'OÏvcfféuç llstûù rlvoç Qeupittç yÛMurépctç oà^e* Ho"
QiXQKOvvfieLGu. , & publié 2 Haguenau en conteMpu-
1^31. par Opfopœus , eft de ce même »»»« w«r4/i
Heraclite. *****
XI.
Fauffe aliénation de Mr. Baillet du Livre
de Mr. Huet de Claris Interpretibus.
MOnfieur Baillet. Lipfe avoit une „ Tom« 2»
j t *» > / / /• / Partie 2.
demangeaijon plus qu échouer e pour _a„ I$_
faire paraître qu'il favoit du Grec : & il
faifoit gloire d'en inférer fouvent parmi fon
Latin. En quoi il e[i blâme' avec beaucoup
de jufiiee par Cafaubon : c'efî -à- dire par
Mr. Huet : quoique cette bigarrure parût
belle aux yeux de plufieurs dans le tems de
la nouveauté.
Ménage. Il devoit dire , en quoi il
m
4* Anti* Baillet. P. ï.
a été blâmé, puis qu'il ajoute, quoique cet*
te bigarrure parût belle. Mais il n'eft pas
ici queition de fautes de Langue. J'en
traiterai dans un Chapitre à part, où je
ferai voir qu'il y en a plus de cinq ou fix
cens dans les quatre premiers volumes de
Mr. Baillet. 14 eft queftion de faulTe cita*
tion. Cafaubon ne dit rien de femblable
de Lipfe dans le Dialogue de Mr. Huer.
Et Mr. Huet auroit û grand tort de faire
blâmer Lipfe par Cafaubon pour ce mé-
lange de Latin & de Grec ; puifque c'é-
toit le défaut dont on accufoit Cafaubon ;
comme Cafaubon le témoigne lui - même
dans fa première Exercitation contre Ba-
ronius. Voici fes termes: Quod Latinis
Grceca immifceam : Il parle d'Eudœmon
Johannes , Candiot Jéfuite-, qui Pavoit
blâmé de cette bigarrure : Novum crimen,
Cale Ccefar. Nolo eruditorum noftri fœcu-
li; T'urneberum , Lipjiorum ,Scaligcrorum%
exemplo fa£tum tuer'u Nolo Panigarolcc
Conc'tones in médium afferre. "Taceo mo-
rem multïs àlits Conclonatoribu* partiurd
Romanarum ho die ufurpatum ; qui apud
indodam plebeculam Latina, Grœca (ali-
quando & Hebraïcaj recitant fepe : Laii-
na prœfertim , fine- interpretatione. Certè
eh m Cicero ad Poœponium' Atîicum , Grce-
cJ doSium %.ita fcripfit , ut ego ad Front o--
nem Ducœw.n , Grœci Çermonis intelligen-
tem. Mr. Manjot, très-célébre & très*
favant Médecin de Paris, qui mêle ainri-
beaucoup de Grec parmi le Latin , s'en
excufe aulîi par l'exemple de Cafaubon,
Tout cela faitvoir que Mr. Baillet n'a ja-
mais-
ânti-Baillet. P. 1. 43
mais lu les Ouvrages de Cafaubon, &
qu'il a lu avec peu d'attention le Dialogue
de Mt. Huet de Claris Interpretibus.
XII.
// n'efi point vrai que les Oeuvres de Quin-
tilien ayent été trouvées far le Pogge
Florentin dans la boutique d'un Char-
ctitier,
MOniïeur BAiLLET5page34f.de fa
1. Partie du 2. Tome: Pauljove té-
moigne qu'on eft particulièrement obligé au,
Pogge de Florence d'avoir déterré & mis au
jour les Livres de Cicéron de Finibus , &
deLegibus: cjf A? Quintilien^ qu'il fauva
de la boutique d'un Charcutier.
Ménage. Il eft vrai que Paul Jov*
a écrit que le Pogge avoit trouvé les Oeu-
vres de Quintilien , & qu'il les avoit trou-
vées dans la boutique d'un Chaîrcutier ou
Charcutier; car on dit l'un & l'autre,
quoiqu'on ne dife que charcuter. Mais
cette dernière particularité n'eft pas véri-
table. Ce fut dans le fonds d'une tour
du Monaftére de S. Gai que le Pogge
trouva ce tréfor. 14 le témoigne lui-
même dans une de Tes Lettres à Guérln
de Vérone, écrite le 17. de devant les
Calendes de Janvier de l'année 1417. &
datée de Confiance, où il fe trouvoît a-
lors au fujet du Concile. La Copie de
cette Lettre fe trouva à la tête d'une
Copie du Quintilien trouvé par le Pog-
ge- Laquelle Copie de Quintilien pa-
raît
44 Anti-Baillet. P. I.
roît avoir plus de 200. ans. Et cette Co-
pie, qui étoit de la Bibliothèque de Mr.
Heinfîus; comme il paroît par ces termes
de la page f. de la 2. partie du Catalogue
de cette Bibliothèque, imprimé à Leyde
en 1682. Quintiliani Inflttutiones Ora-
torio MS*. è Bibliotheca Monafterii Sanc-
ti Galli à Poggio Florent i no erut<t ; eft
aujourd'hui dans celle de Mr. Colbert
de Seignelay , nombre 1217. où le la-
vant & l'obligeant Mr. Baluze me Ta
fait voir. Voici les termes de cette Let-
tre Ci) qui regardent cette particularité:
Efl autem Monafterium S. Galli prope ur-
bem bine mil. pas. viginti. Itaque nonnul-
li\ animi laxandi, & fimul perquirendo-
rum librorum , quorum magnus numerui
ejfe dicebatur , gratin , eo perreximus. Ibi
inter confertijjimam librorum copiam , quos
.longum ejjet recenser e , Quintilianum com-
.perimus, adhuc falvum & incolumem , plé-
num tamenfitu & pulvere jqualentem. £-
rant enim non in "Bibliotheca l'tbri illi ; ut
eorum dignitas poftulabat ; fed in teterrimo
quodam £9* obfcuro carcere : fundo feilicet
wnius turris : quo ne capitales quidem rei
damnât i retruderentur.
Léonard Axétin, dans une de fes Let-
tres au Pogge, qui eft la 4. du Livre 4. de
fes
% t. Le T. Mabillon pag. z\ r. de Ton Iter Itali-
eum imprime en 1687. & que par confequent M.
Ménage pouvoit avoir vu, cite cette même Lettre de
loge adrefiee non pas à Guérinde Vctoixc,Guarinum
Verenenfe/n i mais ad Johanntm amknm (hum , laquelle
étoit dans la Bibliothèque Ambioiiennc à la fin
Anti-Baillet. P. I. 45*
fes Lettres, lui parle de la de'couverte de
ce tréfor , en ces termes : (Juintiltanus
prias lacer atque dtfcerptus , cunéla mcm»
bra parte (z) recuperavit : vidi eniyn capi-
ta librorum. T'otus eft : cùm vix nobis mé-
dia pars ; & ea ipfa lacera fupereJJ'et. 0
iucrum ingens ! in/peratum gaîid;um ! Ego
te , Marce fabi , totum , tntegrumque afpi-
ciam , cfT quanti tu mihi tune eris , quem
ego quamzis lacerum crudeliîer or a, oray
manufque ambas , populataque temporay
ruptts aunbus & truncas inhoneflo z-ulnere-
nares , tamen pr opter décorera tuum in de-
litiis habebam. Oro te , P°gg* •> fac me
quam cita hujus defiderii compotem: ut fi
quid humanitus impenderit , hune priùs vi-
deri m quam è vit a difeedam. Nam de
Afconio quidem & FL:cco , h cet uterque
placent, tamen non ufque adeo laborandum
cxîflrmo ; quorum fi neuter unquam fuijfet,
nihil ferè minus Latinitatis haberet. At
Quintilianus , Rhetoricce pater eff Oratoria
m agi fier , ejufmodi eft ut cùm tti illo diu-
turno ac ferreo barbarorum c arc ère liber a-
tum hue miferis , omnes Hetrurice populi
gratulatum concurrere debea?it. Mirorque ,
te , & illos qui tecum erant , non ftatim in
hune manus avidas injecifie : quem ego pojl
Ciceronis de Republiea libros , plurimum à
La-
d'un Quintilien manuferit. Les termes de cette Let-
tre , ne font pas tout- à-fait rapportez de même pat
Mr. Ménage que par le P. Mabiilon.
^J 2. Parte au lieu de per te, eft une. faute qui
fe trouve dans l'édition de Bile des Epitres de Léo-
nard d'Aiezzo pag. i^y, & qu'il «oit à propos de
corrige*.
46 Anti-Baillet. P. î,
Latinis defideratum , & prœcunâïs déplora-'
tum , affirmare aufim. Ces paroles , diuturns
ce ferre o barbarorum carcere liberatus , font
voir que ce manuferit de Quintilien n'a
pasétc trouve dans la boutique d'un Chair-
cutier , mais dans quelque Bibliothèque
de Moines. Cette Lettre de Léonardo
d'Arezzo eft écrite de Florance en 1416.
aux Ides de Septembre. Il me relie à re-
marquer, que dans la Lettre 7. du même
Livre, écrite au même Pogge, il y a,
Quint ilianus tuus laboriofiffimè emendatur.
Perrault a funt entra innoflro vetujlo codice,
quœ addenda tuo lideantur: fed in qu'tbus
locis vetuflas deerat, hoc eft infyncopis ii-
lis grandi orib us pi erij que in lucis infanabilis
morbus eft. J'apprens de la Lettre précé-
dante de Léonard Aretîn écrite du 4. des
Nones de Janvier 141 $\ au même Pogge,
que le Pogge avoît trouvé en France des
Oraifons de Ciceron : dont Paul Jove n'a
point fait de mention. Infuper^ ut tu nu-
p.er in G allia Orationes duas Marci Tull:i,
quas noftra fecula nunquam vider ant , tua
diligent i a perquœfita^ reperijli: fie ego nu-
fer Areti Epiflolara (1) quandam reperi ,
quâra te nunquam vld'ifje certè feio. In ea
non fine ftomacho Tullius Petrarce refpon-
det. Cette reponfe de Ciceron à Pétrar-
que eft une raillerie fur la Lettre que Pé-
trarque a écrite à Ciceron. Et j'aprens
du Pogge dans fon Dialogue de Infelicita-
te
ç t. Après Sic ego il me paroit qu'il auroit falu
mettre un &c. qui auroit été fuivi immédiatement
4e ces mots: Et forint du Fo^e d*ns fon L>i*>o*ne
Anti-Baillet. P.ï. 47
fc? Principum, page 394. qu'il en avoit
trouvé huit en Allemagne, outre leQuin-
tilien & le Columelle. Voici l'endroit:
Sufcepit hic me intuens : C'eft Nicolas Ni-
colo qui parle au Pogge: olim diligenùam
& laborem pergrandem Alemamœ librorum
perquirendorum gratta , qui in ergaftulis
apud illos reclufi detinentur in tcnebris, &
carcere cœco : qua in re multitm profitât
Latinis Mufis ejus indu/tria. Nam ocîo
Citerons* Orat.ones ; integrum Quintiiïa-
num ; Columellam : qui antea detrunc ati
& déformes apud nos erani : & item Lu-
cretii partem: plurefque alios Latine Lin'
gux Auéiores prœciaros , reftituit nobis :
plurâque ex diris carceribus ,quibus v/rviti ,
ohfoleîique opprimuntur, cruijfet : ftfnt e-
nim multis vinculis & fiedo carcere abftru*
fi, : nifi frrtuna defuijfent. H.ec cùm ab
eo fuijfent in lucem édita, cumque uberior ,
C55 quafi certa fpes propdjita effet ampliora
inveniendi , nunquam poftea aut Princeps^
aut Pontife x , minimum operœ^ atit auxi-
lii , adhibuit , ad liber an dos prœclarijfimos
illos viros ex ergaftulis Barbarorum.
J'oubliots à remarquer, que le Poccian-
2.10 dans Ton Catalogue des Ecrivains
Florentins , au chapitre du Pogge, a écrit
que le Pogge avoit trouvé le Quintilien
dans un Monaftere de Confiance (2). Il
s'ell trompé à l'égard du lieu du Monas-
tère.
Je
&c parce que tout ce qui eft entre deux eft entle're-
ment hors d'oeuvre, & ne fait que brouiller.
% z. U fuffifoit d'avoir, de'courcrt en quel ]jcu
48 Anti-Baillet. P. I.
Je remarquerai ici en pafTant, que le
Poccianzio , au lieu allégué , appelle le
Pogge Poggius Brandoltnus \i) : ce qui
pourroit donner fujet de croire, que Pog-
gius auroic été le nom de Batême du l og-
ge, & Brandoltnus fon nom de famille.
Mais un de Tes rils tétant appelle lui-mê-
me Baptifta Poggius à la tête de la Vie
qu'il a écrite du Cardinal Dominico Ca-
pranica, imprimé dans le 3. volume des
Mélanges de Mr. Baluze, & un autre é-
tant appelle Jacopo Poggio dans la Lettre
de Sehaftiano de RoJJi touchant la querelle
d'en-
Toge trouva le Quintilien fans s'obliger à relever
toutes les fautes des Auteurs qui ont rapporté au-
trement cette Hiftoire Gabriel Naudé n'eft pas
bien d'accord avec lui-même fur ce fait. Dans Ion
Avis pour dreffer une Bibliothèque, il veut comme
Taul Jove, que ce foit dans la boutique d'un Char-
cutier que Toge ait trouve le Quintilien, & dans
fon Addition à l'Kiftoire de Louis XI. pag. 201. il
veut que ce foit dans une Bibliothèque de Paris,
ajoutant que Poge vint étudier en cette Ville quel-
que tems après Philippe Béroalde, bien qu'il foit
fur que Béroalde au contraire ne vint à Paris que
vingt cinq ans après la mort de Poge. Marc An-
toine Sabellic , qui étoit de ce flecle-là , dit, ce
femble, dans fon Dialogue de reparaît -■ne Lingua La-
tin* que ce fut en France que le Quintilien fut trou-
vé. Confions fama efl Jluintilianurn altemm Lingua La-
%in& lumen fub tempus Cew1a.ntia.ci Conventus ab e»
(Pogio) ex Gallia^omam déport atum. Mais il eft vi-
fible que par le mot G allia, il faut, fuivant l'an-
cienne divifîon, entendre laGauleCeîtique, oùl'on
comprenoit la SuilTe, & par conféquent le payig
qu'on appelle aujourd'hui Saint- Gai.
% r. Francefco Albertini Ecrivain beaucoup plus
ancien que le Poccianzio appelle de même loge
Poggius Brandslinus , mais Chriftophe Landin plu*
ancien que l'Albertini , dans l'Apologie qu'il a
mile au devant de fon CommcûWuc fui Dante , ap-
pelle
ânti-Baillet. P. I. 4£
d'entre le TaiTe & l'Académie délia Crus-
aï, il eft confiant que fon nom de famille
croit Poggius.
XI II.
Erreur de Mr. Bai Met touchant les infcr lo-
tions des Dialogues de Platon*
MOnfieur BaillET. Platon n'a Tom. i
point donne' d'autres titres à Ces Dia- pag. 502.
logues que les noms des personnes qui y a>
voient
pelle Poge Po:gio Braccielini, & je croirois rolon-
tiers que c'eft ainfi qu'il doit être appelle. La res-
femblance des deux mots a donné lieu à l'équivo-
que d'autant plus aifément qu'il y avoit en ce teras-
là une famille de Brandoli'ni à Florence, témoin
Lippo Brandolini Rehgicux Auguftm, dont nous
arons plulleurs Ouvrages en pxofe Se en ven. Poge
au refte étoit véritablement le nom de batême de
cet Auteur. Si ç'aveit été fon nom de famille, il
n*y auroit pas joint le furnom de Florentin , ces for-
tes de furnoms ne fe joignant jamais aux noms de
famille. On a dit Leonardas ^iretinns, Barthohmtus
PUxina ou Platintnfit (ceux qui le nomment Baptijl*
fe trompent) ^ntonius Pdnsrmita , Bdptijl* Mantuanus,
ficc. ÔC non pas Brunv.s *Arexinn: , Saccas Plat in* ou
Pidtinenfîs , Bononim Pdnsrrnttd , Spugnclus Muntudnus ,
crc. Rien n'étoit plus ordinaire'en ce tems-là. Il
eft vrai qu'il y a ceci de particulier à l'égard de Po-
ge que ce nom de batême étant devenu illuftre en
la perfonne de Poge Florentin , il a pafle enfuite
pour nom de famille en la perfonne de fes enfans,
Se ce qui ne permet pas d'en douter eft que Giaco-
po Poggio un de fes fils, fi connu par la fameufe
conjuration des Pazzi contre les Médicis.de laquel-
le il ctoit un des Chefs, eft toujours appelle par
Machiavel , Giacopo di Mtjfer Piggio. Il eft parle
d'un Joannes Francifcus Poagii Oratoris fîlius, dans
Pau lus Cortcfius 1. 3. de CdrdinaUtH fol. Ij»8.
Tom. VU. Part. L G
5*o Anti-Baillet. P. I.
voient quelque part ; ou quelque rapport ^
quel qu'il pût être.
Ménage. Il eft très-faux que Platon
n'ait point donné d'autres titres à fes Dia-
logues que le nom des perfonnes qui y
avoîent quelque part. Il leur a donné
double titre: l'un tiré de la perfonne; &
l'autre de la chofe. Ce qui a été remar-
qué par Laérce, en ces termes : hnhscTç
àè %pvj7#/ tuTç èTtiyçuOaïç £KaC8 t«v $l-
£A/&v, 7vi /xiv, àvà 7g ôvôfxctTOç , tvj £é,
«Vo T8 ^puyfxdTog. Il paroît par ce qu'a
dit ici Mr. Baillet qu'il n'a pas même lu
les titres des Dialogues de Platon.
XIV.
^ f . Il faut écrire Scitpplm comme Sciappius lui-
même récrit. Les Latins de même que les Italiens
prononçant le CH comme un K^ 11 s'enfuivroit 11
on écrivoit Sch ioppins qu'il faudroit prononcer St^op-
pius cequireprefenteroit mal la véritable prononcia-
tion du nom de cet Auteur. Il nous apprend pag.
64, du Scaliger hypobolim<ttis que fon nom etoit ori-
ginairement Sch$ppi, où le Cti. fe prononçoit à
l'Alemande ôc à la Françoife, mais comme en Ita-
lie où Scitppius fe retira depuis , chacun au lieu de
Schoppi difoit Scoppi, il fut obligé afin qu'on pro-
nonçât moins mal fon nom, de l'écrire Stiuppi, &
en Latin Scioppim , les Italiens prononçant Sciop à
peu près comme les Alemans Schop.
H z. Voflîus le Père dans fon Livre des Hifta-
liens Latins elt le premier que je fâche qui fe foit
avifé d'écrire que le nom de famille d'Ange Poli-
tien étoit Bajfus. Scioppius l'a tiré delà , fes Para-
doxe* litéiaiies n'ayant paiu qu'un an après l'Ou-
vrage
Anti-Baillet. P.'I.
r*
XIV.
Le véritable nom de famille de Politieti
ignoré 'par Mr. Baillet.
MOnfieurBAiLLETa intitulé le 817. ?*ge m.
Chapitre de fon Livre des Jugemens ^rztTomc'
desbavans, Poli tien {Ange Bas s.) du art* 3"
Mont Pulcien : mort en 1494. Et il a é-
crît dans la Table des Auteurs dont il .^J^"
parle dans fon Livre , POLITIEN, rôn voyage
'Ange Bajfien. Qui a jamais dit que Po- d'Italie p.
litien s'appellât Bas;, ou BaJJien ? On a i7t.lcfait
dit qu'il s'appeloit Baffo en Italien, & ™u9ricr,cc£
BjJ/us en Latin. (1) Schioppius l'appelé Une faute
Baffus (2) dans une de les Lettres à Jule d'imprcs-
Céfar Cappacio, imprimée dans fes Para- fion*
doxes Litéraires, qu'il a publiez fous le
nom
vrage de Vcflïus, mais il eft difHcile, comme dit
M. MagHabechi , de déterrer l'origine de ce Bajfns.
Voici ma conjecture. Le fameux Pomponius Lae-
ïus, admirateur outré de l'antiquité , ayant inftitué
à Rome une Académie de gens de lettres, invita
ceux qui la compofoient à iubiiituer ou ajouter
quelque nom ancien à celui de leur famille. Marco
Antonio Coccio prit le nom de Sabellicus, Filippo
di fan Gemignano celui de Gallimachus , Angelo
Colocci Gentilhomme de Je 11 , depuis Evêque de
Nocére , un des plus habiles d'entre eux, quoi
qu'il n'ait prefque rien écrit , fe fit appeller ^inge*
In s Baffus, 6c comme c'étoit un homme très-poli,
d'une érudition diftinguée , 8c que les Savans lui *
ont donné beaucoup de louanges dans leurs écrits,
il fe peut faire que Voulus voyant cet ^An^elus Bas~
fus tant loué, fans néanmoins qu'il parût aucun
Ouvrage fous ce nom, le (era imaginé que l'^nçr-
lus de queftion n'étoit autre qu'Ange Politien , d'où
il concluait que JîalTus étoit le nom de famille,
C 2
fl A N T I - B A I L L E T. P. I.
nom de Pafcafius Grolïppus. Hic famen,
(il parle de Sannazar) prœ fe Angelum
Baffum ; à patria , Polîtiani nomine notio-
rem ; non aliter quàm fi vix ultima nota
Grammatifta foret , contemnere, & verfi-
bus infediari aufus eft : quôd eum fermonis
puritate minime fibi parera ejffe, reftè judi-
caret. Et Voflius le père , l'Auteur delà
Bibliographie curieufe, & plufieurs autres,
l'ont appelé enfuite de ce nom. Cepen-
dant il ell certain qu'il s'appeloit Cino , &
non pas Baffo. Ce qui fe juftîfie par ce
fragment d'une Lectre de Mr. Maglia-
bechi à Mr. Bigot, que j'ai produit dans
mes Origines Italiennes au mot Poltziano:
Nello feorrere per tanto alcune feritture di
Monfignor Sommai , è veduto che effo arc
va. notato che'l Poliziano era de' Cini.
Il che parendomi uno fpropofito , per averlo
fempre veduto , citato per de' Bajfi , moflrai
tal cofa al Signor Capitan délia Rena , che
<ra àa me. Et il Signor Capitan* fubito mi
rifpofe , che veramente il Poliziano era de*
Cini: delche ne ave-va una prova certijfima
& evidentijjima, allaquale non fi puô ris-
fondere. Cioè che'/ medefimo Poliziano cosi
appunto fi fottofcrïve nel Teftamcnto del
Pico délia Mirandola, veduto e letto dal
medefimo Signor Capitano. Mi rnaraviglio
del Vojfio , ed univerf aiment e di tutti glt
altri, che concor démente lo chiamano An-
gélus Baflùs: non fapendo di dove fi cavino
fuel Bafïus. Pour ce qui eft du nom de
^olitien , il ne fe révoque pas en doute
que Politien n'ait été appelé Pulcien > de
la Ville de Montc-pulciano, fa patrie. San-
nazar
An ti- Baille t. P. I. 53
nazar l'appelé Pulicianus, par mépris, au
lieu de Pulcianus , ou Politianus. Ma-
chiavel dans fes Hïftoires de Florence l'ap*
pelé Agnolo Montepulciano. Il changea en-
fuite le nom de Pulciano en celui de Po~
litiano. C'efr ce que j'ai appris de cet en-
droit de T Apologie de Majoragius fur le
changement de fon nom Antoine le Comte
en celui de Marcus Antonius Majoragius :
Quid Politianus y vir ita facundus & or a*
tione politus , Ht non fine cauffa nomen il*
lad âdfciviffe fibi videatur , an non Ange»
lus ar.teà Ide Monte Pulciano fuit ? & à
propos de cette polîteiTe, il eiï à remar-
quer qu'Erafme difoit en parlant d'Angc-
lus Politianus , Mallem effe Politianus
quam Angélus. Mais comme Montépul-
ci (i) s'appele en Latin Mons Politianus^
Politien en prenant le nom de Politianus.,
n'a point apparemment, fongé à fa politelfe.
Mr. Baillet peut bien juger par cette
Remarque & par la précédante, qu'il n'ût
pas mal fait de me confulter fur fon li-
vre, comme quelques-uns de fes amis lui
confeilloient.
XV.
Ce que dit Mr. B ai Ut 't que Jules Scaliger
a- dédié fes livres des Caufes de la Lan-
gue Latine à Sébafiien Gryphe Imprimeur
de Lyon, n eft pas véritable.
M
Onfieur Bai LLET. Jules Scaliger y Tome 1,
pour témoigner Veftime qu'il faifoit Pait* II§
1 & J V J '^fc page 45.
%. i. On ne dit point MontepuUi pour MontepHUiant*
C 3
74 ànti-Baillet. P. I.
de r habileté ^j3 du mérite de Sébaftien Gry-
phe , plutôt que -pour l'engager à imprimer
Je s Ouvrages, lui dédia les treize Livres
qu'il fit des Caufes de la Langue Latine
en I5"40. Dans l'Eritre qu'il lui adrejfe ,
H dit qu'il avoit voulu mettre fon Ouvrage
fous fa protection y & lui en confier la pu-
blication y afin que comme la Poftérité ne
manqueroit pas d,' avoir une eftime & une
vénération particulière pour fa piété fine ère *»
pour fa doéîrine plus que commune ; pour
fon infigne honnêteté y& pour Ces autres qua-
litez excellentes : on put juger de l'utilité
& de l'importance de fon Ouvrage , non
feulement par le crédit qu'il plaïroit a Gra-
phe de lui procurer , mais encore par la ré-
putation & les ornemens qu'il voudrait lui
donner en le mettant au jour..
Ménage. Il n'eft point vrai que Ju-
les Scalïger aît dédié Tes Livres de Caufis
Linguœ Latin<e à Sébaftien Gryphe, Im-
primeur de Lyon. Il lui a feulement écrit
une Lettre au fujet de ce Livre qu'il devoir.,
imprimer (i);par laquelle il lui cX\t,Tuam
vero, mi Gryphi , veram pietatem, exceU
lentem eruditionem , infigne m humanita-
îem , his nofiris lucubratiunculis & prœeffe
liolui , & moderari: Ji id tibi ita collibuis*
[et:
% i. Jaques SadoJet écrivit auiTï tme Lettre à
Sébaftien Gryphe pour lui recommander l'impres-
fion du Poème d'Aonius Palearius de anim$rtnn imm
mortalitute. Cette recommandation ne fut pas in*
utile, Gryphe imprima le Poème avec tout le foin
pofllble, ce qui lui attira de la part dePalearius un
lemerciment qui eft auiïi imprimé au devant de ics
Oeuvres en profe chez le même Gryphe. Dans l'u-
ne ôc dans l'autre de ces Lcures, cet Imprimeur eft
ex-
Anti-Baillet. P. I. f/f
fet : ut Pojîeri intelligcrent , ejus frugis
proventum, fi qua ad eorum commoda per
nos exculta effet , a nolns tantkm commen-
dar'i^ quantum ex diligent i a tua, atque
auiiorttate gratta confequi potuijfet. Eft-ce
là une Dédicace ? Jules Scaliger a écrit
de même une Lettre à l'Imprimeur Vas-
cofan, pour lui recommender l'édition de
fon livre de la Subtilité. Outre que Jules
Scaliger étoit trop glorieux pour dédier un
de Tes Livres à un Imprimeur y il n'avoir
garde de dédier à Gryphe fes Livres des
caufes de la Lingue Latine, puis qu'il les
avoit adrefTezà fon rl!s aîné Silvius Cœfar
Scaliger: auquel il a auflï adreffé fa Poé-
tique. Jules Scaliger a écrit à Sebaftien
Gryphe de la même façon que Quintilien
a écrit à Tryphon le Libraire pour lui re-
commender fes Inftitutions Oratoires qu'il
avoit dédiées à Marcellus; & de la même
façon que Sccvoîe de Sainte Marthe a
adreffé des Hendécafyllabes à Mamert Pa-
tiffon , pour lui recommender l'édition de
fes Ouvrages.
Mais il eft vrai que Sébaftien Gryphe
étoit un homme favant. Majoragius l'ap-
pelle vir infigms ac Utteratus* C'eft dans
fon Apologie touchant le changement
du
extraordinairement loué, de même que dans une
Lettre de Dolet à Jean de Boyfïbnné, & dans les
Phaleuques qui commencent,:
Gryphi nobilium lypographortim
Nobilijfme ttqut in artt princeps ;
imprimez au revers du premier feuillet de la bellis-
iime édition des Odes Sdlmtmi Macrini in t. 15 57»
C4
f6 ànti-Baillit. P. Z.
du nom tiAntonius Maria Cornes en ce*
lui de Marc us An tanins Major agi us. Et
Jean Voûté de Reims , dit en Latin Vul-
têtus , a écrit dans une de fes Epigram-
mes . qui eft du livre premier , que Ro-
bert Etienne corrigeoît fort bien les Livres,
que Colinet les imprimoit fort bien , mais
que Gryphe favoit fort bien & les impri-
mer & les corriger.
Inter tôt norunt l:bm qui cudere , très funt
Infignes. Languet utero, turba famé.
Cafiigat Stephtnus , fculfit CollnAUS, utrttm-
que
Gryphius edcfta mente manuqut facit,
Sébaftien Gryphe a fait une Préface à fon
Virgile , qui eft tout-à-fait bien écrite (i).
Celle qu'il a mife devant fon Politien, eft
auffi fort belle.
Il y avoit à Venife en 1557. un Impri-
meur du nom de Jean Gryphe.
XVI;
% t. Toutes ces louanges outrées que les Auteurs
©nt données à Sébaftien Gryphe ne kmr pas de fars
gaians de fon érudition. L'on Tait allez de quoi uu
Auteur eft capable, quand il a befoindufecours d'ua
Imprimeur ou qu'il veut lui témoigner fareconnois-
fance. Je veux croire que Gryphe n'étoit pas igno-
rant, mais qu'il ait été auffi (avant qu'on voudroit
nous le faire croire, c'eft dequoi je doute fort.
N*eft-ce pas one flatene ma ;ifefte que celle de ce.
Poète croté qui ofe le préférer à Robert Etienne le
plus habile Imprimeur & l'un des plus favans hon>
mes de fon tems. Les éditions de Gryphe font 3
la
Ànti-Baillet. P. I. si
XVI.
Ce que dit Mr. Baillet que Grégoire de Na±
zianze a été appelé le Jeune Théolo-
gien , n'eft pas véritable.
MOnfieur Baillet. Le fécond a Tome.?;
qui on a donné par honneur le titre Pa8* *74«
particulier de Théologien dans FEglife ,
eft S. Grégoire de Nazianze : qui Fa mé»
rite par l'excellence defes écrits en général',
& en particulier , par les quatre ûifcours
admirables qu'il a faits fur la Théologie: ou
H prouve a fonds la Doctrine Catholique fur
la Trinité, & ruine tous les faux rafonne-
mens des Hérétiques. Et quand il eft ap-
pelé par terum le Second Théologien , &
le Jeune par les autres , il faut entendre
félon la penfée de ceux qui Vappe'ent aïnfi\
que c'eft toujours par rapport a Si Jean
V Evangelifte : qu'ils appeloient le premier
& l'ancien Théologien.
Mhmge. Mr. Baillet s'eft tout-à-fait
mé-
la vérité nettes; 'il y en a même quelques-unes d'u-
ne beauté fans égale, mais elles r.e font ni û belle*
généralement ni fi corre&es , que celles de Rob.
Ltienne. Qu'on y regarde même de pies, j'ofe di-
re qu'on les trouvera la plupart toutes pleines de
fautes Je n'ai point vu la Piéface de cet Impri-
meur fur Virgile, j'ai feulement vu celle qu'il a mi-
le fous fon nom au devant de fon Politien de la i.
«dit. Elle eft des plus courtes oc n'a rien, ce me
femble, que d'allez commun. J'y ai même remar-
qué un certain Siabrofus, wict conftamment barba-
ic, & qni feul devoit empccùcr M,^ Ménage -de
nouvel cette Préface fi belle.
$8 Anti-Baillet. P. T.
mépris en cet endroit. Il eft vrai qu'on
ût pu appeler Grégoire de Nazianze véoç
GsoKoyoç: de la même façon qu'on a ap-
pelé novus Bacchus , ou novus Liber, ou
novus Dionyfius , Marc Antoine le Trium-
vir, & l'Empereur Caracalla; & l'Impé-
ratrice Julie, & Sabine, via A^vjy^ : &
la fille de Germanicus , via 'IsA/« : &
Clcopatre, via "lciç\ Mr. du Cange a ra-
porté tous ces exemples dans fon Glos-
saire Grec; où il a enfuite remarqué , que
plufieurs Empereurs deConftantinopleont
pris le titre de Nouveau Confianîin, &
qu'Arrien de Nicomédie fut appelé véoç
Sevo^wv: & qu'on a ajouté le mot de véoç.
aux noms propres de plufieurs Saints ,
pour les dîftinguer des autres Saints de
leurs mêmes noms, lefquels les ont pré-
cédez: comme à S. Eftienne, qui vivoit
fous Copronyme : à S. Paul Patriarche de
Conftantinople: à un S Bafîle: à un S.
Barthelemi: à un S. Luc Stylite: à un S.
Acharion, &c Mais jamais S. Grégoire
de Nazianze n'a été appelé ni le Jeune ni
le Second Théologien. Et quand quelqu'un
eft cité fous le nom de véoç Qëôhoyoç c'eft-
à-dire , de Nouveau Théologien ; s'il eft
vrai que quelqu'un foit cité de la forte
Amplement ; cela doit s'entendre , non
pas de S. Grégoire de Nazianze; maison
de Siméon le Métaphrafte , félon l'opi-
nion de jofeph Evêque de Modom, dans
fon Apologie pour le Concile de Florance
contre Marc d'Ephéfe: dont voici les ter-
mes; Kai S/pLéwv $6 ê véoç Qsokoyoç ô netl
Mer«$p«ç% HtttânevQÇf qui eftauûi celle
du
Anti-Baillet. P. ï. f$
du Père Théophile Renaud dansfon Trai-
té de Theophilis : ou bien de Siméon Pré-
voft de S. Marnez de Xérocerque, félon
l'opinion de Léo Allatius dans fa Diatribe
de Simeonum Scriptîs , page 143. Maie Ju-
niorem Theologum cîim Metaphrafle con-
fondit Methonenfis , aliquorum Codicum
Manufcriptorum auéioriiate deceptus y qui
Traclatulos Symeonis Prœpofiti Sanéii Ma-
mentis fub hocùtulo notant ,tS NleTcttypeiçis
nui vis Qeohôyg srspa •AeQuX&Tce. Ce font
les termes de Léo Allatius. Le Cardinal
Bona dans fa Notice des Ecrivains citez
dans fus livres de la Pfalmodie, eft de l'o-
pinion d' Allatius. S. Grégoire de Na2ian»
2e a été appelé Amplement Le 'Théologien,
C'eft ainfî qu'il eft qualifié à la tête de tes
Ouvrages, ^naftafe le Sinaïte dans fes
Queftions & Réponfes fur l'Ecriture Sain-
te, page 62. & 15-2. l'apele du même nom,
Ta ccyla Tp^yopis t£ ésobôys, & l'Auteur
de fa Vie a écrit , qu'il eft le feul qui après
S. Jefuil'Evangélifte, a été appelé Qsôhoyoç.
Voici la fource de l'erreur de Mr. Bailler.
Le Cardinal Bona a dît au lieu allégué:
Simeonis Prœpofi ; Monaflerii Sanéii Ma-
mantis : quem Grœci Novum Theologum
pofl^ Nazianzenum vocant. Ce qui doit
lignifier que S. Grégoire de Nazianïe
aïant été appelé le Théologien , on a appe-
lé enfuite ce Siméon, le Jeune Théologien,
Cela paroît par ces paroles du même Bo-
na, à l'article de Grégoire de Naïianîe:
Gregorius Nazianzenus , diclus Theolo-
gus. J'oubliois à remarquer que S. Jean
Climaque dans fon Degré XXI. aïant
C 6 cité
60 Anti-Baillet. P. î.
cité Grégoire le Théologien ; P Auteur
des Eclairàilemens fur le livre de S. Jean
Climaque; qui eft Mr. le Maiftre; a crû
^ue ce Grégoire étoit le Pape S. Grégoir
rc. Voyez fes raifons.
XVII.
Ce que dit Mr. Baillet, que quelques-uns
ont crû que Cajfiodore avuit fait perdre
VHiftoire 'Tripartite d? Epiphane le Scho-
laftique, eft' dit contre toute forte d'ap»
parancei
Toftî. t. *\ fC R. B A I L LE T. Plufteurs ont cru ques
pag.46;. xS/xCaffiodore nous avoit fait perdre
PHiftotre Tripartite £ Epiphane le Scholas*
tique , en l'abrégeant. Mais on n'a point
grand fujet de croire que la Compilation de-.
Caffiodotv nous ait fait faire une perte fort
confidérable , puifque l'Ouvrage d'Epipbane-,
le Se icolaftique n* étoit qu'une verfion pitoya-
ble de S oc rate , S^zoméne & Théodoret de
laquelle on peut dire que la privation nous
eft plus utile que la poffejjion ne nous en Je-
roit avantageufe.
Ménage, Mr. Baillet ne fait pas
PHiftoire de cette Hitfoire Tripartite de.
Cafllodore. La voici: Socrate, Sozomé-
ne, & Théodoret, aveient compofé cha-
cun une Hiftoire Eccléfiaftique. Ces His-
toires n'étant point tradui es en Latin du
tems de Cafllodore , Cafllodore pria fon
ami Epiphane leSchoIaftique de les tradui-
re. Epiphane le Scholaftique les traduifit.
Et Cafllodore aïant enfuite range par l'or-
dre des tems ce qui étoit dans ces Hiftoi-
res
ànti-Baillet. P. ï. 61
fes; il en compofa une Collection, qu'il
appela fHifloïre Tripartite , parce qu'elle
étoit compofée des Hiftoires de ces trois
Auteurs, Socrate , Sozoméne, & Théo-
doret. Comment donc Caffiodore auroit-ir
pu faire perdre l'Hiftoire Tripartite d'Epi-
phanc le Scholaftique, puifqu'Epiphane le
Scholaftique n'a point fait d'Hiiioire Tri-
partite; & que c'elï au-contraîre Caiïiodo-
re qui l'a faite; & que c'eit lui qui l'a
nommée de la forte.
XVIII.
JMeprîfe Ae Mr. Baillet touchant un Ecrit
du Cardinal Bon a.
MOnfieur Baillet. Le Cardinal Tom.
Bona a fait voir qu'il et oit ajfez judi- PaS- sv
deux Critique da?is le 'Jugement des Au-
teurs Liturgiques qu'il a mis à la tête de
fes livras de la Pfalmodie.
Ménage. Mr. Baillet n'a pas lu ce
Jugement du Cardinal Bona. S'il l'avoit
lu , il y auroit vu que ce Jugement com-
prend généralement tous les Auteurs ci-
tez par le Cardinal Bona dans fes livres de
la Pfalmodie, tant les profanes que les
Eccléfîaftiques: & que le Cardinal Bona
y donne fon Jugement fur Anacréon , fur
Pétrone, fur Ovide, fur Perfe, &c. Voici
le titre de ce Jugement : Notifia Auéîorunr
& librorum qui in hoc Opère citant ur , no-
tantur , illuflrantur ; & dans ce livre de
la Pfalmodie, du Cardinal Bona, il n'eft
point queftion d'Auteurs Liturgiques.
Mais comme ibng-tems après avoir fair
C 7 ' le
6*2 Anti-Baillet, P. ï.
le livre de la Pfalmodie, le Cardinal Bons
en fit un intitulé de Re Liturgicd; qu'on
appelé en François Liturgiques du Cardi-
nal Bona ; cela a brouillé notre hom-
me, & lui a fait parler d'Auteurs Liturgi-
ques.
XIX.
Ce que dit Mr. Bailkt que Bodin a volé-
fa Traduction des Cynégétiques à Turné-
be , rf eft pas véritable.
c'eft aînfi TfcOdin a &** des Notes fur les Cynégé-
gu*i faut ^tiques d'Oppian: & il les a traduits en
dire, & vers Latins. Mr. Baillet dît que Bodin a
Bon pas j0i£ cette Traduction & ces Notes à Tur-
Tomez. Rcbe. Cejl dommage , dît-il , que Bodin
Partie 2. avoit volé cet Ouvrage à "ïurnébe. Quelle
pag. iij. conftru&ion ? Maïs il n'eft pas ici queftion
de fautes de Langue. Pour juftifier que
cette Traduction eft de Tumébc, Mr.
pag. 7S. Baillet nous renvoyé à la France Orienta-
le de Mr. Colomiés: mais où iln'eft rien
dit de femblable. On y rapporte feulement
une
«0 1. On cite en marge Tutnébe dans fa Préface
fur Oppien (car j'aime mieux Oppien qu'Oppian
qui ent trop le vieux) comme fi c'étoit dans une
Préface que Turnébe fe fût plaint du vol de fes cor-
reAions. 11 n'a point fait du tout de Préface fut
Oppien. On ne vo:t de lui qu'un avis au Letteur à
la fin de cej> Coire&ions, & cet avis eft fi court
qu'à trois lignes ptès M Ménage l'a prefque cité
tout entier. Ce qui peut avoir donné lieu au foup-
çon qu'0.1 a eu de Bodin , eft qu'il ne paiîbit pas
poux un fort habile homme en Gicc. Grotius dans
la
ànti-Baillet. P. F. 63
une Lettre de Bongars à Rittershufius, ou
Bongars dit qu'on ne doutoit point que
les corrections de Bodin fur Oppian ne
fuiïènt de Turnébe. L'édition de ce livre
de Bodin a précédé la mort de Turné-
be de plufieurs années Et Turnébe qui ~ «
f a. 1 • / \ » 1 * ' -, , Dans fa
s'elt plaint (1) qu'on lui avoit vole Préface fia
quelques-unes de fes corrections fur Op- Oppian,.
pian ne s'eft point plaint qu'on lui uft volé
cette Traduction Sepiem abhinc punis
leitter emcndaterarn Oppianum de Vena-
t'tone , partim animi conjectura , partira
libri veteris ope : Eas emendationes quidam
ufurpavit , rǣ fibi donavit : quas tamen non
putabam tanti ut in furtivis rébus ejfe de-
berent. Eas à nobis vindicatas & recupe-
ratas cffe , nemo conqueri debebit : Nam
rerum furtivarum tege ceterna eft au et or i'
tas. Scaliger dans fon premier Scaligera-
na, dit auiïi que Bodin lui a pris de pages
entières de fon Varron. Et il eft allez
vrai- fcmblable que Bodin ait pris à Turnébe
quelques-unes de fes Emendations fur Op-
pian. Mais il n'eft ni vraifemblable ni véri-
table qu'il lui ait pris cette Verfion en vers.
XX,
la |j3. Lettre de Tédition in fol appelle Bodin GV<-
cis littrit vix imbut"7n. Je ne fais au refte 11 Tur-
nébe a eu Bodin en vue dtns la plainte rapportée
par M Ménage j tout ce que ie fais eft que Bodin
lui-même s'eft plaint de Turnébe fans le nommer
quand il a dit chap. 5. de fa Méthode. Quo: ego
lilr»s (Oppiani de Vei.atione) cum Lixint veru, &
Commentariis i/lujhnjjè/n , quidam Crammaticuj tes-
dtm libres Oratitne fottttâ , quantum lituit de meo Ubt-
rt derrabens , iitrum pervul^xi). Ce qui eft unt
plainte ridicule , ôt qu'il n'auroit ofe faùc du yî-
varjt de Turacbc,
64 Anti-Bàillet. P. I.
Mr. Baillet n'a point lu les Originaux*.
Plujieurs partie ularitez de Démojlhéne
de Marseille Médecin Gaulois , ignorées
par Mr. Baille,:
Tome t. \Jf Onfieur BaiLLET. Un des plus re*
?ag. 310. J\jL nommez d'entre les Médecins Gaulois
a été fans doute Démoflhéne , dont il nous
eft refté quelques fragmens dans les Oeu-
vres d'Aëtius dFAmtae, Cétoit un homme
d'une induftrie toute extraordinaire , &
que Galien admiroit particulièrement pour
fa grande expérience & fon exactitude
achevée.
Ménage. Il eft vrai qu'il y a divers
fragmens des livres de ce Démofthéne
dans At-tius : & tous ces fragmens fe
trouvent inférez dans le 7. livre d'Aètius.
Il eft vrai auffi que Galien a parlé de ce
Médecin Gaulois en pluiieurs endroits de
fes Ouvrages. Mais il eft faux qu'il en a t
parlé avec cette admiration , dont parle
Mr. Baillet. Cette admiration , & cette
grande expérience , & cette exactitude
T«UéSi°n ^hevee , font de l'invention de Céfar
^AcAdemi- EgaiTe du Boulay *, Greffier de l'Univer-
ww«r>- ficé de Paris, que Mr. Baillet a cité pour
fon garand. Mr. Baillet, comme je l'ai
déjà remarqué , eft un Copifte de Copifte.
mence- J'ai
ment du
i.Tomede ^ 1. M. Colomiez pag. 113. de fon Recueil de
FHiftoiie particularitez, 1668. de l'édition de Paris, parle
del'Uni- bien d'une ébauche Que M, Ménage lui aveit fart
ywûté, vois
bus Gallia
imprimé
au corn-
À nti-Baillet. P. I. 6$
J'ai écrit l'Hiltoire des anciens Méde-
cins, & afin que Mr Bai'llet ne m'accu-
fe pas d'impofer en cela à mes Lecteurs,
je veux bien l'avertir qu'il eft fait mention
de cette Hiftoire non imprimée dans la
Préface de la Bibliothèque des Médecins
de Martînus Lîpénius , & dans une Let-
tre de Henri Mcibomius fils de Jean, à
GeorgeJérômeWolfchius Médecin d'Aus-
bourg. & dans les Mélanges Hiftoriques
(pa^e 86.) de Mr. Colomicx (i).
Voici ce que j'ai remarqué dans cette
Hiftoire à l'égard de notre Démofthéne;
11 étoit de Marfeille, comme nous l'appre-
nons de ces mots de Galîen, vupà à^y-oa-
bévei tûj Mflrcc-aAf «Ty , qui font du livre
cinquième des Compoiitions des Médî-
camens par les genres, à la page 391. li-
gne f%. de l'édition Grecque de Bifle. Il
vivoit fous Néron: car félon Galien, li-
vre 4. de la Différence des poux, page 46.
de la même édition, il étoit difciple d'A-
lexandre furnommé le Philaléthe, lequel
vivoit du tems de Strabon fous l'Empereur
Tibère. Strabon livre 12. vers la fin:
cvvêçy hê vub yuâç hùaMa'Keïw 'HpaCp/-
hsiov îuTpïiv u,êyu vzo "Zevhloç, ttétrfAsfûè
TdVTa 'Ahe^hx T£ <fc/«^A8ç. Et il fut
furnommé Philaléthe comme fon Maître
Alexandre, rë Av^ccrrlivas, farWTÛçTu h-
^«7KaAo) Qila'/s/fîsç êwmlvi&évrùç , dit Ga-
lien à l'endroit ci-defTus allégué du livre 4.
da
roir du deflein qu'il avoit d'écrire l'hiftoiic des an-
ciens Médecins , mais il n'en dit pas un mot dâRS
fçs Me'la/igcs hiftoriques.
66 Anti-Baillet. P. J.
de la Différence des poux. Galien produit
une des fes emplâtres au livre 5-. des Com-
portions des Medicamens par les lieux, à
la page 228. ligne 21. de l'édition dont nous
avons parlé. Il avoit fait trois livres des
Maladies desyeux: ceque j'ai appris du li-
vre 4. de la Différence des poux page
46. Et c'eft: de ces livres que font pris les
fragmens citez par Aëtius , dont il a été
parlé. Et ces livres, félon le témoignage
de Galien , dans fon livre y. des Compo-
sitions des Medicamens par les genres,
page4i5". étoient fort eftimez. LeMazzo-
né, dans Cm Commentaire fur la Comé-
die de Dante , le fait Auteur du Poème
des Bithyniaques. Le cofe di Bitinia rac-
contate in un Poëma da Demojîene , non
Oratore , ma Medico, corne àfcritto Stefa-
no. Ce Mazzoné étoit le premier Critique
d'Italie de fon tems. Et le Saîviati en a
parlé comme du plus grand homme du
monde, en ces termes: Uomo^fe mai ne
fh akuno , fcienziato infupremogrado; cit-
tadino in tutti l îinguaggi ; maeftro perfet-
tijjimo in tutte le facuîta : che tanto Ça di
quanto fi rammemoria\ di tanto fi ramme-
rnoria quanto egli a letto ; cotanto à îetto ,
quanto oggi fi trova fcritto. Cependant ce
grand Critique s'eft tout- à-fait trompé en
féfant Démofthéne le Médecin Auteur
du Poème des Bithyniaques. L'Auteur de
ce Poème c'eft Démofthéne de Bithynie ,
comme il paroit par plufieurs endroits de
Ste-
f. 1. C'eft le même apparemment qui avoit fait
ua Tiaiîé dei Ports trt/j À/^tva», 6c que le Scholias-
te
Anti-Baillet. P. I. 6f
Stephanus le Géographe ; duquel nous
aprenons , au mot 'O^Çwv, qu'il avoit
aufli écrit des Origines des Villes (i).
J'oubliois à remarquer que nôtre Dé-
mofthéne étoit de la Se&e d'Hérophile:
car fon Maître Alexandre le Philaléthe
étoit de la même Secte , comme nous
Paprenons de Galien au lieu allégué da
4. livre de la Différence des poui.
XXI.
Faûjfe citation de Mr. Baillet du livre de mes
Observations fur la Langue Françoife,
MOnfîeur Baillet. V Amiral de Tome?.
Joyeufe donna une Abbaye pour un ?ag" s 1%
Sonnet , au rapport de Mr. de Balzac. Et
Mr. Ménage ajoute , que le même Amiral
ne fit point de difficulté de donner dix mille
/eus pour uneptécè î'/ûperttnente qui lui avoit
plû. Et là-defius il cite , dans fes Preu-
ves, la féconde partie de mes Obfervations
fur la Langue Françoîfe, à la page 26.
Ménage. Je ne fai ce que c'eft que
cette Hiftoire de l'Amiral de Joyeufe,
dont Mr. Baillet me fait PHiftorien. Et
je n'en ai jamais parlé , ni dans l'endroit
de mes Obfervations fur la Langue Fran-
çoîfe cité par Mr. Baillet; ni dans aucun
autre de mes Ouvrages.
Mr. Baillet m'a pris pour Mr de Bal-
zac: car c'eft Mr. de Balzac qui a écrit
cette particularité de l'Amiral de Joyeufe:
&
te d'Apollonius cite furie 257. & 534. vers du 0.
livre des Argoruutiqucs.
as x\nti-Baillet. P.î.
& c'dt dans (à DifTertation fur les deux
■Sonnets qu'il Ta écrite, au Chapitre vnr.
XXII.
■Faujfe citation de Mr. Bat II et du Vivre de
PHiftoire Phdofophique de Jov/ius. Ca-
lomnie de Mr. Baille t au fujet de mon
Laërce.
Tome i. *\\ Onfîeur BailleT. Le dernier y
lage 196. jlVJ. le plus confidérable de ces Critiques
(il parle des Commentateurs de Laërce)
eftfans doute Mr. Ménage : qui paraît néan-
moins n* être pas encore entièrement fatisfah
de ce fruit de fes veilles : & qui témoignait ,
il y a quelque tems , être en difpojition de
le retoucher pour une nouvelle édition. Et
de fait , Jonjius prétend que nonobftant les
foins & les obfervations de Mr. Ménage
(il falloit dire , nonobftant les correâion-s
(sf les reflitutions) il ne laiffè pas d'y avoir
emore des endroits Corrompus , de f uni s y
tranfpofez , & mutilez , dans les livres de
Diogéne Laërce. Et là-deffus il cite Jon-
fîus à la page 278. du livre troifiéme de
fon Hiftoire des Philofophes.
Ménage. Qui" n'y feroit trompé?
Quand mon Diogéne Laërce a paru, Jon-
iius étoit mort il y avoit déjà quelques an-
nées : & ainlï Jonfïus ne peut avoir fait
me ition de mes Commentaires fur cet
Au eur. Le livre de Jonlïus fut achevé
d'imprimer en 165-9. & mon Laërce en
1664. Et Joniius mourut avant la publi-
cation de fon livre. Ce que Joniius a dit
dans fon Hiftoi-re Philosophique, au lieu
allégué, que dans les écrits de Diogéne
Laë'r,-
Anti-Baillet. P. I. 6$
Laérce il y avoit encore des endroits cor-
rompus , deiunis , tranfpofez , mutilez ,
doit donc s'entendre des éditions anté-
rieures à la mienne. Mais Mr. Baillet qui
attaque ma réputation de tous cotez, a
été bien-aife de faire croire que mes Ob-
fervations fur Laérce ne méritoient pas
les louanges que leur adonnées Mr. Péar-
fon Evêque de Chefter, le plus favant des
Angîois. Il eit vrai qu'elles ne les méri-
tent pas ; mais comme Mr. Péarfon me
loué de modération & de candeur, & que
Mr. Baillet m'attaque de ce côté- là à ou-
trance, je demande permiiïîon à mes Lec-
teurs de raporter ces louanges dans la Re-
marque fui van te, afin de les oppoftr à la
calomnie de Mr. Bailler.
XXIII.
Ignorante de Mr. Bai II et dans fon meùer
de Bibliothécaire , au fujet de Mr. Pe'ar-
fon , Evêque de Chefter en Angleterre.
MOniîeur Baillet a écrit à la pa-
ge 348. de la fegonde partie de fon
fegond tome, que Mr. Péarfon a donné
des Notes & des Corrections fur Diogé-
11e Laérce : ce qui e(t rres-faux fauf le res-
pect que je dois au caractère de Mr. Bail-
let Mr. Péarfon n'a rien fait fur Diogéne
Laérce: mais il a fait imprimer Diogéne
Laërce Diverforum : qu'il a dédié au feu
Roi d'Angleterre Charles IL Et au fujet
de mes Obfervations fur cet Auteur, il a
ajouté à fon Epître Dcdicatoire une gran-
de
70 Anti-Baillet. P. L
de Lettre qu'il m'a fait l'honneur de mV
drefTer. C'eft dans cette Epître Dédicatoi-
re, qu'il m'a appelé ttn grand ornement de
PEglife Gallicane: aïant remarqué quel-
que forte d'érudition dans mes écrits, &
croyant que je fuife véritablement Abbé,
parce -qu'on m'appeloit l'Abbé Ménage.
Harum reliquiarmn (Il parle de l'Hiftoire
des Philofophes) locupletijjiynus penus , ac
pane folus% eft Ûiogcnes Laërtius; in quo
illuftrando cum nonnulli operam fuam haud
maie collocajfent, noviffimè JE G l D l U S
M E N A G I U S , fngevs Ecclefiœ Gallicanes
ornamentum , pro eo quo eft ad bonarum
lit er arum ftudia promovenda libérait animo^
Obfervationes fuas ,fanè doèJiJJimas , in ha?ic
Ixfulam nofltam imprimendas , edendafqne
mi fit. j'ai fait le premier des railleries de
cette nréprife. Mr. Baillet a pris la cho-
fe férieui'ement. Il a appréhendé que la
Poftérité fur le témoignage de Mr. Péar-
fon ne me prît pour le plus grand or-
nement de l'Eglife Gallicane de nôtre
iîécle , au préjudice de Mr. de Harlay
Archevêque de Paris. Et là-dellus, il a
averti le Public que Mr. Péarfon Prélat
Protefhnt , en me donnant cet Eloge,
avoit û feulement égard à mon bénéfi-
ce : qui eft le feul endroit par où j'ai
quelque rapport à l'Eglife Gallicane. Et
parce qu'il a fû dépuis que je n'avois
point de bénéfice, il en a auflî averti le
Public dans fes Rétractations : tant il
eft homme de bonne foi.
Il me refte à parler de la Lettre que
m'a écrite Mr. Péarfon au fujet de mon
Laêr-
Anti-Baillet. P. I. 71
Laërce. Il me dit dans cette Lettre:
Quid enim ? Qualis illa efl d:\igentia tam
varium Scriptorem ubique prejfis vefligiiï
fequi\ non defultoriè , ut amant plerumque
Critici , fed tenore perpetuo explicare: ad
'ûùnima quœque anïmum advertere : difficul-
tatem nullam dijftmulare ! Quàm infinité
ieclionis indicium , Catalo^os ictères Jup-
plere: Autores cognomines addere : opéra &
fcripta Philcfophorum omiffa eruere , adno-
tare , congerere : un'tus cujufque feclarum
Principes Difcipulos hinc inde colligere , &
fimul Lcâoris adfpectui exhibere : Id deni-
que facere quod La'értius , tôt veterum vb-
lumintbus ftipatus , voluit , ne que fecit ;
Quanta vis ingenït , tôt loca plané dejpera-
ta rejlituere : tôt mendofa repurgare : toi
obfcura illuflrare : tôt mutila refarcire : tôt
errores colligere : omniaque , aut ex Manus-
criptorum fide , aut certifjimis conjecluris
fanare ! Quantum vero Judicium i?i ape-
riendis Antiquorum placitis, dijud. candi s-
que fententiis t plerumque obfcuritate in-
volutis , & prœ affeéiata brevitaie , aut
methodi negleéiu , confit fis : in deligendis ,
excerpendis , afferendifque , iis pracipuè
ex optimis antiquijfimis Scriptoribus eiiam-
num exjiantibus qu<e ad utilitatem potiùs
quàm ad pompant fpeciant. Je ne re-
connois de toutes ces louanges que cel-
les qui regardent le travail & la diligen-
ce : car pour celles qui regardent l'es-
prit & l'érudition, je ne les mérite point.
Mais je croi mériter celles que me don-
ne enfuite Mr. Péarfon touchant ma mo-
dération & ma candeur. Les voici: Quan-
ta
fi Anti-Baillet. P. ï.
ta déni que animi modérât toi quant us can~
dur ! ver ara Criticam cum nuliius fam<e
difptndio txertere ; nuliius extftimationem
lœdere ; nuliius erroribus injultare ;nus-
quam ex muftaceo Laureolam quœrere :
per quos profeceris , tara apertè profiter! :
à viris doBijfimis non n'tjl faho ipforum
honore unquam difientire : ut exclamare
cogar , 6 jfecur verè Criticum fine fplene]
C'eft le témoignage qu'a rendu de mes
mœurs & de mes écrits un grand Evêque
d'Angleterre , & le plus favant des A-n-
glois; que j'oppofe à ce que Mr. Baîllet,
qui elt un fimple Prêtre, & qui n'eft pas
fans doute Le plus favant des François,
a dît contre mes mœurs & contre mes
écrits.
Mr. Baîllet ne manquera pas de m'ob-
jedler ici que je parle de moi , & que je
me loue. Et je lui répondrai que cVft
lui, qui par les chofes défobligeantes qu'il
a dîtes de moi rauffement, m'a obligé de
rapporter cet endroit de la Lettre de Mr.
Péarfoq, Evêque de Cheiter. C'eft ainfî
que fe juitifie Démofthéne devant fes Ju-
ges, dans l'éiorde de fon Oraifon pour la
Couronne contre Efchines. // eft , dit-il,
naturel aux hommes d'écouter avec plaifir
les médifances d? autrui, & avec indigna-
tion , les louanges de foi-mcrne. Mon ad'
verfaire s* étant fait écouter agréablement
par le mal qu'il a dit de moi , */ m'a laijfé
le difcours odieux de mes louanges. Mais
comme c'efi lui qui me contraint à parler
de moi , & à en parler avantageufement ,
ftfpére , Mejfieurs , que vous ne r/?atcufe-
rez
A nt i -Bail le t. P. I. 73
rez point de vaine gloire , fi je dis pour ma
jufttfication des chofes qui me font avanta-*
geufes. Que fi cet exemple d'un Payen ne
luffit pas auprès de Mr. Baillct; car Mr.
Baillet dit que ma Morale eft d'un Payen;
je lui alléguerai l'exemple de S. Paul: qui
parle de lui , en ces termes , dans fa fe-
gonde Epître aux Corinthiens : je ne croi
pas avoir moins fait que les grands Apôtres.
Et enfuite : Quand je dévrois paffer pour
imprudent, fofe dire que je fuis encore plus
qu'eux Miniftre de Jefus-Chrit. J'ai plus
foîiffert de travaux , plus reçu de coups ;
plus enduré de prifons. "Je me fuis vu fou-
vent tout prêt de la mort. J'ai reçu dts
Juifs cinq différantes fois trente-neuf coups
de fouet. J'ai été battu de verges par trois
fois. J'ai été lapidé une fois. J'ai fait
naufrage trois fois. J'ai pafjé un jour &
une nuit au fond de la mer. J'ai été fou-
vant dans des voyages ; dans des périls fur
les fleuves ; dans des périls de voleurs ; dans
des périls de la part de ceux de ma nation \
dans des périls de la part des Payens; dans
des périls au milieu des Villes ; dans des
périls au milieu des déferts; dans des périls
Jur la mer ; dans des périls entre les faux
frères. J'ai fouffert toutes portes de tra-
vaux cf de fatigues : des veilles fréquen-
tes ; la faim, lafoif, des jeûnes réitérez, le
froid eT la nudité Et ce qui fuit. Et après :
J'ai été imprudent en me glorifiant de cette
forte : c'efi vous qui m'y avez contraint.
Car c'étoit à vous à parler avant âge ufe ment
de moi : puifque je n'ai été en rien inférieur
Tom, FIL Part. I. D aux
74 Ant i-Baillet. P. I.
aux plus éminents £ entre les Apôtres : en'
çore que je ne fois rien.
XXIV.
Ce que Mr. Bai lie t dit que Jofepk Scàliger
dit que toutes les Lettres attribuées par
Laerce aux Philosophes , font fuppofées ,
tfejïpas véritable.
MOnfieur Bail le t. "Enfin S câliner
dit que toutes ces Lettres que Dlogéne
Laerce attribue aux PhVofophcs , font au-
tant de pièces Juppofées , ^ que ce font des
Grecs pofîérieurs qui les ont forgées.
Ménage. Il n'efl: pas vrai que tou-
tes les Lettres attribuées aux Philofophes
par Diogéne Laerce , foient fuppofées.
Les trois grandes Lettres d'Epicure qui
contiennent toute (à Philofophie, font in-
conteftabîement d'Epicure. Et il n'elt
point vrai non plus que Scàliger ait dit ce
que Mr. Baillet lui fait dire. Voici fes
termes : qui font, non pas de la 36.. de
fes Lettres, comme l'a écrit Mr. Btlilet
dans fes Preuves , mais de la 306. clç Epis-
t'Ais Hippocratis quod ex me quxris\\\ par-
le à Voiilius, antiquas effe fcio , ut Demo-
criti , S Aon: s , Pitiaci Mityjemçi , qu,#
apud Laertium leguntur. Sed quia omnes
qx*
«Çf 1. Je ne le croïro's pas. Sc:'.!;ger a voulu di-
re lèukment que les Epitres attribues à Hippocra-
te éto;ent anciennes au il] bien que celles de Démo-
crire, & aufïï bien nue celles de Solon, de Thaïes,
& de Fit-tacus, cjui ie lifent dans Diogéne Laè'rcç,
Cn ibïte que ces mots: qu* apud LaUrtihût legun'nry
ne
Anti-Baillet. P. I. y s
qux iîiis Philofpkis àLaertio attribuuntur%
miiltis argumeutts confiéîas à Grœcis ,
quibus n un au ara raentïendi voluntas aut
facilitas de fuit , probare pofftm , ideo eur
& de iftis llippvcratis dubitera , juftijjir/ia
caufa eft. Ce qui ne veut pas dire que
toutes les Lettres généralement queLaér-
ce a attribuées aux Phîlofophes dont il a
écrit les Vies, font fuppofées: mais feule-
ment celles qu'il a attribuées à Démocra-
te, à Solon, cv à Httacus. Voilà com-
me notre Critique cite & interprète de
travers les palfàges. je remarquerai ici
par occafion , que dans Lae'rce il n'y a
point de Lettres de Démocr'te. Ce qui
donne fujet de croire que dans celle de
ScaJiger ci-deffus alléguée il faut lire He-
racliti , au lieu de Demccriti (i). Dio-
géne La j'rce a rapporté une Lettre de Da-
rius à Heraclite , & la Réponfe d'Hera-
clite à Darius.
XXV.
Ignorance de Mr. Bal! Jet touchant
Arifîarque.
MOnfïcur B A i l l e t. Le célèbre
Arïfl&rqve de F Antiquité érigea chez.
lut un bureau-pour c en f tirer les écrits des
ait'
ne fe rapportent qu'à Selon' s, Thatetts, (mot que M.
Ménage ne deroit pas omettre) cr Pittici. S'il y
avoit quelque choie à refoimer dans le texre de
cette Epitre de Scaligcr, ce fcroit en cet endroit ,
; tffe, où je croirois qu'on liroit avec
plus de juitefle, critiquas Mi feito ejptt
D 2
76 Anti-Baillet. P. I.
autres , fans vouloir jamais rien écrire lut*
même : pour ne point laifjer de matière de
cenfurer aux autres.
Ménage. Nôtre nouvel Ariftarque
n'a pas l'honneur de connoître l'ancien
Ariftarque, quoiqu'il fût iï célèbre Criti-
que que fon nom a été employé par Ci-
céron & par Horace pour celui de Cri-
tique. Qui a dit à Mr. Baillet qu' Ariftar-
que avoit érigé chez lui un bureau de Cri-
tique ? ne feroit-ce point celui qui lui a
dit que j'avois chez -moi une Ecole de
Poë'fie, & que Mr. de Pinchefne avoit été
un de mes Ecoliers ? C'eft une parti-
cularité que ce bureau de Critique, qui ne
fe trouve en aucun Auteur. Mais qui lui
a dit qu'Ariftarque n'avoît rien écrit? Sui^
das dit qu'il avoit écrit plus de huit cens
volumes de feuls Commentaires ; & fi on
en croit Libérius dans fa Bibliophilie, qui
eft un des Auteurs favoris de Mr. Baillet,
il en avoit écrit plus de mille. Mais il
ne faut pas l'en croire. Il faut s'en tenir
à ce qu'en a dit Suidas. Et comment A-
riftarque n'auroit-il rien écrit, ayant fait
une nouvelle édition des Livres d'Homé-
re, & les ayant divifez de la façon que
nous les avons aujourd'hui , fî nous en
croyons Plutarque; car félon Elian , cela
eft dû à Pififtrate. Cette nouvelle Edi-
tion eft fouvant citée par Euftathius. Au-
roit-il fait cette nouvelle Edition fans
rendre raifon de fa divilion ?
Il avoit aufîi fait des Remarques fur
Pindare (& ces Remarques font citées plus
d'une fois par le Scholiaftc de ce Prince
des
Anti-Baillet. P. Il 77
des Lyriques, vhvivêt /xjj K«Tà'Ap/'ç«p%ov,
vbAa wtTi Tôt eny toajtu. C'eft fur la pre-
mière Olympionique , page 15*. de l'édi-
tion de Rome Et fur la fegonde, page
24. \-\p/çtfp%oc ti}v xcAiv, omvffia iroTaixë
rp$*T\ry6psvé (prçs-/. Et page 34. Y.pvQiov y
'Âp/çapfcOÇ, %«p#ST8 ypâQsfApvtycv, actî
àxoàliïuci Kpu4//v. Et page 36 fur la troi-
iieme Olympionique : d £f ' Ap/çap%ojCp^<7?;
sr^pà tc?; 'AypwyzvTt'voiç àià Tiy.vfi thaï
ûiocAÔpzç. Et fur la cinquième, page 47.
'Api'çapxoç dvAei Qzeuviïùir/UTypeiiKctustpt-
Vffi T/JV KlfJLVW, ÙQj <A.Ç'AUÎ TtÔhlV &vo[Lcicbut.
Comme cette faute eft une des plus
grandes de Mr. Bailler, elle a été remar-
quée par tout le monde: & tout le mon-
de l'en a averti. Il a voulu la pallier, en
difant dans fes Corrections : Je ne fuis
pas fortement perfuadé qu'il faille dis-
tinguer le célèbre Critique Arifiarque d'a-
vec le Grammairien , à qui Suidas donne
plus de 800. volumes de compofition j com-
me je Vai remarque' à la page 42T. c'efi
pourquoi f abandonner ois volontiers les ga-
rantis fur la foi defquels f ai dit que ce Cri-
tique s'/toit contenté de cenfurer les écrits
des autres fans vouloir rien écrire lui-même.
Qui font ces garands ? Mr. Baillet a û
honte de les nommer. C'eft Chriftianus
Libérius, Auteur de nulle autorité en ces
fortes de matières. Voici fes termes , qui
font de la page 21. de fa Bibliophilie : Sic
Ariflarcbus Grammaticus nulles non repre-
hendebat , nihil ipfe feribens, ne ab aliis rè-
prehendi pojjet. Mais qui a jamais diftîn-»
gué le Grammairien Ariitarque d'avec le
D 3 Criti-
78 Anti Baillet, P. I.
Critique? Et qui a jamais appelé Ariftarque
le Grammairien, Arijlarque le Critique"1.
Qu iqu'il tût Critique, on ne l'appeloit
point le Critique: on l'appeloit le Gram*
mair':en: le métier des Grammairiens n'é-
tant pas diitingué de celui des Critiques.
xxvi.
Ce qu'a écrit Mr. Baillet que Platon avoit
80. ans l.rJjLiiil mit au jour fes Dialo-
gués , n'e/l pas véritable.
MOnfieur Baillet.E» effet , Pla-
ton avoit %o.ans quand il mit au jour
fes Dialogues qui renferment toute [a Phi-
lo fophie : après les avoir long-tems Suppri-
mez dans Vobfcurité de fon cabinet.
Ménage. Il eft vrai que Platon fût
long-tems avant que de publier fes Ouvra-
ges. Mais aucun des Anciens n'a dit qu'il
ne les publia qu'après la quatre vingtième
année de fon âge: qui étoit une circons-
tance à ne pas oublier li elle ût été vérita-
ble. En ce cas, il les auroît publiez l'an-
née de fa mort : car félon Hermippus dans
Laërce , il mourut dans la quatre vintié-
me année de fon âge. Jonlius , qui eft
mi des Auteurs favoris de Mr. Baillet , a
écrit au chapitre 8. du livre 1. de fon His-
toire des Philofophes, que le Gorgias de
Platon fût publié la 100. Olympiade. Et
ainiï ce Dialogue auroit été publié huit
ans avant la mort de fon Auteur : car
Platon mourut la première année de la
joS. Olympiade.
Il elt au relie très-faux que Platon ait tenu
fes
Anti-Baillet. P.I. 79
Tes Dialogues fupprimez dans robfcurité
de fon cabinet. 11 les lifoit, & les don-
noit à lire à tout le monde. Athénée a
écrit au chapitre dernier du Livre il. de
fes Dipnofophiiles, que Gorgias ayant lu
dans une aflemblée le Dialogue de Platon
intitulé le Gorgias, il dit à ceux qui étoient
préfents à cette Lecture , qu'il n'a-
voit rien dit de tout ce que Platon lui fé-
foit dire dans ce Dialogue. Et il ajoute,
que Phsedon avoit dit de lui la même cho-
fe après avoir lu le Dialogue de l'Immor-
talité de l'Ame, intitulé le Phalon. Le
même Auteur a écrit que Protagore ayant
lu le Dialogue qui porte fon nom, dît
quePlatonfavoit bien brocarder, ù:ç y.aKZç
fïSs nAarwv lctfjL&i%£tv. Et Diogéne dans
Ja Vie de Platon dit que Platon ayant lu
fon Dialogue de Lyfis à Socrate, Socrate
dît en s'écrîant, Quels menfonges ce jeune
homme dit de moi! Il dit aufïi queFavorin
avoit écrit, que Platon lifant fon Dialo-
gue :Je l'Ame, tout le monde fe retira, à la
referve eTAriûote qui l'entendit tout entier.
XXVll.
Ce cjue dit Mr. Baillet que y nies Scaliger
"il ûî mieux aimé avoir fait PO-
de crfioracz Donec gratus eram tibi,
que d'être Roi de Perfe, ifeft pas viri-
le. Mr. B aille t n'a jamais lu toute
entière la Poé:ique de Jules Scaliger qu'il
cite fans cefj'e.
On fîeur Bail le t, qui cite fans
celle la Poétique de Jules Scaliger ,
D 4 ne
M
So Anti-Baillet. P. I.
ne Ta jamais lue toute entière. Il dit à la
page 305". de la troifiéme partie du qua-
trième Tome : Jules Scaliger témoignait
qu'il auroït mieux aimé être l'Auteur de la
neuvième Ode d'Horace du 3. livre > que
d'être Roi de Perfe ; ou même avoir fait la
3. du 4. livre, que d'être Roi d Arragon:
comme font remarqué a V envi Mr. Guéret,
Mr. D acier , Mr. Teiffier ; es5 d'autres per-
fores de Lettres. Et à la Note fur cet endroit
L'Ode qui au goût de Scaliger vaut mieux
que le Royaume de Perfe , efl la 9. du 3. li-
vre. CTft un Dialogue d'Horace & de Ly-
dla, qui commance par Donec gratus eram
tibi. Celle qui vaut mieux que le Royaume
d'Arragon, eft la 3. du 4. livre a Melpo-
rnéne , qui commence par Quem tu , Mel-
pomene.
Jules Scaliger n'a point parlé de ce
Royaume de Perfe. Voici fcs termes :
qui font du chapitre 7. du livre 6. de fa
Poétique : Inter cœteras vcro , (il parle
des Odes d'Horace) duas animadverti ,
quihus ne ambrofiam quidem aut neéiar
dulciora putem. Altéra , efl tertia quartl
libri ;
Quetn tu, Melpomene, femel
JSafcentem placido luminc vidcris,
Altéra , nona ex tertio ;
Donec gratus eram ttbi.
Quarum fimiles ntalim à me comportas ,
quàm Pythionicarum multas Pindari, &
Ne-
Anti-Baillet. P. I. 82
Nemeonicarzim: quarum Jimiles compofuis~
fe , quàm ej]'e toùus Tarracor.enfis Rex. Et
Mr. Dacier tur l'Ode Donec gratus eram
tibi , n'a fait mention ni du Royaume de
Perfe ni de celui d'Arragon. Il a fait
feulement mention de ce dernier Royau-
me fur l'Ode Qjtem tu, Melpomene. Mr.
Teilïier n'a point non plus parlé de ce
Royaume de Perfe. Oeft dans fon Elo-
ge de Bucanan par Mr. de Thou , où il a
parlé de ce jugement de Jules Scaliger
touchant ces deux Odes d'Horace: mais
où il n'a fait autre chofe cfue de citer l'en-
droit de mes Obfervations fur Malherbe,
où j'ai dit que PalTerat difoit qu'il ût mieux
aimé avoir fait l'Ode deRonfard au Chan-
celier de l'Hôpital que d'être Duc de Mi-
lan, & que le Père Bourbon difoit qu'il
ût mieux aimé avoir fait les Séaumes de
Bucanan, que d'être Archevêque de Pa-
ris : de la même façon que Scaliger difoit
qu'il ût mieux aimé avoir fait les deux O-
des d'Horace dont nous venons de par-
ler, que d'être Roi d'Arragon. Pour
Mr. Gucret, il eft vrai que dans fon Li-
vre de la Guerre des Auteurs, à la page
97. il a écrit que Scaliger préféroit l'Ode
d'Horace Donec grat us eram tibi au Royau-
me de Perfe. Ce qui confirme ce que j'ai
dit tant de fois que Mr. Baillet ne cite pas
les Auteurs de la première main , pour me
fervir de cette expreffion de feu Mr. de la
Thibaudiere. Ce qui a brouillé îa mé-
moire de Mr. Guéret, c'eft ce vers d'Ho-
race, Perjarum vigut Rege beatior.
Mais qne veut^ dire Mr, Baillet en di-
D 5 fant :
S 2 An ti-Baillet. P. I.
fant que d'être Roi de Perfe , ou même que
d'être Roi dArragon ? Comme fi le
Royaume d'Arragon valoit mieux que
celui de Perfe. Il efi à remarquer que
Rex totlus Tarraconenfis, lignifie propre-
ment Roi de toute l'Efpagne Tarracon-
noîfe (i).
J'ajoute à toutes ces remarques, que le
Pcre VavaiTeur dans ion Livre de î'Epi-
gramme page 141. préfère l'Ode Donec
gratus eram à celle de Quem tu Melpome-
72e: parce que c'eft un Dialogue: & qu'il
s'e'tonne que $caliger n'ait pas fait cette
remarque.
XXVIII.
Ce que dit Mr. Baiîîet que le Livre de
Milïjîa Romana imprime' fous le nom
de Lipfe , jfefl pas de Lkfe , cft très-
faux.
M
Onfîeur Baillet dit à la page
157. de la fegonde partie de fon îe-
gond
*f 1. J'airnerois mieux Tdrra^tnnoïfe.
^J 2. Quoique dans le fend Lipfe r.'a't pas été
en plagiaire , £c que res raifons qu'il produit pour
fa juiîiiication dans l'Epitre 10. de la i. Centurie
;J j puifTent iei'v:r de réponleà toutes les ac-
eufitions non feulerfieni du fréfidént du Faur ,
mais eucoxe de Muret, de Giphauius , de Sciop-
pius, de Scaliger, deRichaid Montaigu , de Bou-
Jenger, de Saumaiie, &c. (P. Faber in ^4î»niftic«m
Muret, èpift. c.d L ;f G:phan. epîfi. tdMuret. Scioppius
inPnap.carm. 8. Scal'gcrana pofîeriora , V. L'pfas, &c
V. Muret tu, Buleugems Uk. \z, bijhfui tcmporu.Gun-
thç-
Anti-B aillet. P. I. S*f
gond Tome que le Livre de Militia Ro-
marna publié par Lipfe fous le nom de
L/pfe , n'cft pas d~ Lipfe. Il eft très-
faux eue ce Lhvre ne foit pas de Lipfe.
Lipfe n'étoit point un plagiaire (2). Et
tous ceux qui ont parlé de cet Ouvrage,
en ont parie comme de fon Ouvrage.
Daniel Hl indus, contemporain de Lipfe,
dans la Lettre qu'il a écrite à Calaubon
fur la mort de Scaliger, en parle comme
d'un Ouvrage de Lipfe. Exijlimo poflre-
: morPem ufus eji Aitéîores^
n , CT Lipfii de Militia Romana
libros fuijj'e. Ce qui a fat faire cette fau-
te à Mr. B.iil:t. c'dr cet endroit du Se-
cond ScaKgerana, pa<e 143 hipjius libro
de Militia Ros/iana, omnia cepit ex fran-
fifeo Piitritio, qui Italie è fcrijpjit ea de re,
Eiî-ce à dire que Lipfe n'eft pas Auteur
dç ce Livre? Par ce raifonnement .\»r.
B.iîllet ne feroit pas Auteur d'un nombre
infini de Chapitres de fon Livre, qu'il a
pris des Féfeurs d'Eloges.
XXIX.
theridj de Jure M*ni«m 22 Saîmidus tpijl. 93. fur
quoi l'on peut voir Tli»haafîui <!e v'f.r'o, ?c Jean Al-
bert Fabrice dans fa Decus decadura.) il faut pour-
tant uvouër qu'il auro:t mieux fait d'éviter ces for-
tes de reproches en faliant quelque mention des Au-
teurs , à qui il ne pouvoit difeonvenir qu'il n'eût
quelque obligation. Ce que perfo:i->e n'a rémar-
qué de Lipfe eft que pour illuftier pluiîeurs endroits
du Traité de Sei.e ;'-ic 4e Clément fa, il s'ot fervî des S
mêmes citations dent Calvin alors Catholique, Se
qui n'avoir pas v:ngt-H'ois ans complets, Vetoit
lervi a.'ant lui dans ie Commentaire qu'il lit in*,
fumer à faiis fur ic même Traite l'an ijj**
D 6
84 Anîi-Baillet. p.L
XXIX.
J unification des quatre vers que j'ai faits
fur le Poème intitulé Afinus in Parnatïb.
MOnfieur Bail le t. Mais nous ne
pourrions pas produire un Poète plus
zélé four la gloire de Mr. Ménage que T 'Au -
teur du Songe appelé A fi nu s in Parnafïb ;
fi toutefois l'on peut dire que Mr. Ménage
ne nous ait pas trompé en nous révélant j'on
nom , & en voulant nous perfuader que
c'efl un François. Cet Auteur adjuge à Mr,
Ménage le premier rang d'après Phébus <
immédiatement i fur le Parnaffe , & lui
donne la préféance généralement fur tous les
Poètes fans exception. Mr. Ménage dont la
modeflte afouffert prodigieufement en cette
rencentre , s'eft cru obligé d'aller prompte-
ment au devant de la colère de Mr. de San-
teuil & de Mr. du Périer -, à qui on f ai foi t
fine injure fi vifible: es3 pour les appaifer j
il fit cette Epigramme Latine , qui eft en',
çtre un monument de fa vertu:
Sacro in vertice , qui C h or ut fedtbaï
Vatum , ultro mïhi detulijfe primas
Dixit Ctmmirius. Quid invidttu ,
Santoll, Pererlque ? Somniabat,
Nous avons toujours oui dire qu'on ne té-
moigne jamais mieux que- Ton mérite une
Dignité ' , ou un rang de diftinètion , que
lorfqu'o'n le refufe par un véritable fenti*
mert£
A'nti-Baillet. P.K 8?
ment de modeftie. Mais on n'a point donné
lieu à Mr. Ménage de mettre cette belle
vertu dans tout fon jour , puifqu 'il n'a point
fouffert de tentation , & qu'on ne lui a pré-*
fente ce premier rang qu'en fonge.
Ménage. Comme je fuis celui que
Mr. Baillet a le plus maltraité, dans fon
Livre, plufieurs de ceux qui ont fait des
vers contre ce Livre, me les ont adres-
fez : & entr'autres , le Père Lucas & le
Père Commire de la Compagnie de Jefus.
Celui-ci m'a adreilé un Poème intitulé
Àfinus in Parnajfo. Il dit dans ce Poème
qu'étant endormi , il fongea qu'il étoit
dans une Colline de la Montagne au. dou-
ble fommet, où étoient les pins célèbres
Poètes Grecs, Latins, & François: que
j'y étois aum* : & que tous ces Poètes
d'un commun confentement, me donner
rent le premier rang après Apollon,
In ait ero fédère Parnaffi jugo
Videbar. Adtrant ingénu V fc'ientU
Quos lande claros fama fuper aftra extulit ;
Gr trique , Rcmanique ; çr utriufque Amuhs
Quos Litterarum Gallia eduxit parens :
Otnxes décorum floribu s vincli caput.
Jiis miftm aderas tu quoque ; ct" Phxbo Ucum
Tibi omnU ultro proximum dederat Chorut.
Je fai bien que je ne mérite pas ces
louanges: & celui qui me les a données,
le fait bien auffi. Mais comme la Poëfie
aime l'Hyperbole , les Poètes ont accou-
tumé de donner de ces louanges hyperboli-
D 7 ques
86 Anti-Baillet. P. I.
ques aux perfoimes qu'ils louent. Dans
leur langage, tous les vaillans font auili
vaillans que Mats; toutes les Belles auffi
belles que Venus; & tous les Poètes font
des vers comme Apollon. Plus Mars
que Mars de la Thrace: Telle tfefl point
sa Cythéree : Proxima Phœbi verfihus ille
fach Le Père Commire ne doit donc
pas être blâmé de m'avoir donné ces
louanges : & je dois être loué de les a-
voir rejtrttées , par ces vers , que Mr.
Baillet a mal repréfencez.
Sacre in vertice qui fedent Pott&t
Vitro omnes mihi dttulijjs primas ,
Dixir Commirius. Quià invïdetis,
Smtoll, Pererlque? Sommabat.
Y-a-t-ilau relie quelque chofe à dire à cet-
te Epîgramme: foît du côté du lens : foît
du côté de l'expreffion: Toit du côté de la
modeftie ? J'avoue ingénument que je
n'ai pas afiez d'efprit pour comprendre la
flnelle de la raillerie que nôtre Arrftarque
a faite de moi en cette occifion.
Le Père Commire, après avoir faft fon
Afiinus in Parnaffo au fujet ces fgnoran-
ces groffiércs de Mr. Bailiet, rît en fuite
au fujet de fes jugemens cornus, fon -.'-
finus judex. Ce Poème fera produit au
chapitre 30. il fît enfuite fon Afinus ad /y-
ram , & un de fes Confrères , dont le
nom n'eft pas venu à ma conno-'{]ànce,fit
depuis à fon imitation, fur le même fu-
jet , un Poème intitulé Afinus Piâor. Et
c'eù
Anti-Baillet. P. I. 87
c'eft à l'occalion de ces quatre Poèmes
qu'on a fait cette Epigramme, par laquel-
le on donne avis aux Grammairiens de ne
plus offanfer les Poètes, comme a fait
Mr. Baillet.
Crammaticâm de pUbt unus , ludique Mai%fler,
Expers judicii , Doclrin& B AjUL US exfers,
Vattsque, ty Vatum Janftos cirpthat ameres.
Non tulit Vatum pr inceps COMM1RIUS.
Jp/um
Carminé fukUmi , vifluro Carminé in £vum ,
Jiicet in ftohdum v'mdtx mutavit Afelîum.
Et nunc ecce i>«cat Lutecia tôt ci Rudentem ,
Centtmptorem illum Vatum , Vatum illum
inimicum.
Vijcite , Grammaticl , dafios non temnere Vates,
XXX.
Répotify a la Réponfe de Mr. Baillet, au
fujet des Âbe'ùles du Parnafje , dont il
e/i parle dans l'Aii nu s in ParnaflTo du
p. Comm.re.
MOnfieur Baillet, dans fes E-
clairciiremens à la page 14. Quoique
ers (il parle des vers qui ont été faits
contre lui , par le Père Lucas, par le Pè-
re Commire, par Mr. de Valois le jeune,
& par Ménage) folent du nombre des cho~
fes que F on doit abandonner à la ri fée pu-
blique , & que ce foit peut - être s,oppofer
rnal-à-propos a leur mauvaife fortune , que
0F en renouveller la mémoire \ je fuis dire
qu'ils
S8 A N T l - B A I L L E T . P. î.
qu'ils m'auraient fait moins d'honneur s* Us
n'ai) oient point deshonoré mes Adverfalres
& mes Cenfeurs. Celui qui s'eft chargé de
leur caufe & de leurs intérêts dans le Son-
ge Alînus in Parnafîb , a cru devoir 'em-
ployer toute fa vertu Poétique pour les
transformer en infectes volans, & les fai-
re fondre fur F animal que Morphée a fait
entrer dans f on imagination. Mais il n'a
point tenu à lui que fon indifcrétwn ne leur
élit été mortelle : & s'il s'eft bien fouvenu
des leçons de fon Maître , il a du fuppofer
que tous ces petits animaux auf quel s il com-
pare mes Cenfeurs , n'ont pu me piquer , ni
me laiffer leur aiguillon , qu'il ne leur en
ait coûté la vie animas in vulncre ponunt.
Grâce à l'imprudence du Poète ; grâce aujfi
a la conftitution de la nature de Fafne\ il
fe trouve enfin que le gros animal en a été
quitte pour quelques légères in fuit es , &
qu'il a furvêcu a tous ces petits infectes ,
qui fe font précipitez à la mort de la frtk-
niere du monde la plus mal concertée.
Ménage. Comme le Baudet du Par-
naiïe n'eft pas mort des piqûres des Abeil-
les du Parnafle; car les aines ont la peau
plus dure que les chevaux, dont Pline' a
dit, Eft in exemplis, equos ab apibus occi-
fos; ces Abeilles ne font pas mortes non
plus de ces piqûres. Et à ce propos, je
veux bien avertir Mr. Baillet, que tous
les Phyfïciens ne demeurent pas d'accord
que les Abeilles meurent de leurs piqûres:
ce qui a été remarqué par Pline. Mais
quand les piqûres des Abeilles feroient
mortelles -félon le fentiment d'Ariftote.
de-
Anti-Baillet. P. I. Sç
de Nicandre, & de Virgile, ce qui a fait
dire à Seneque : utinam qu'idem homïn'i lex
effet , quœ & apibus cura zelo franger et ur
nec fapius Uceret nocere quara ferael.
Quand , dis-je , ces piqûres feroient mortel-
les aux Abeilles, le Père Commue ne fe-
roit pas coupable d'avoir fait piquer par
les Abeilles l'afne dont eft queftion ; les
Poètes ne font pas obligés de péfer fcru-
puleufement ces chofes. C'eft fur ce fon-
dement que Mr. Guiet un des plus judi-
cieux Ecrivains de fon tans a fait ce beau
diftique fur les Abeilles des armes d'Ur-
bain VIII.
Urbani quid dpes facro meditantur in crie ?
Dulc'tA mella bonis , fpicula acerba maïis.
L'illuftre Mr. Clément Confeiller à la
Cour des Aides a fait fur ces mêmss A-
beilles du Pape Urbain cette belle devife :
Sfonte favos , tgrefpicula.
Mais je ne puis affez m'étonner de ce
que dit ici nôtre Docteur, qu'il a furvécu
ces Abeilles qui le piquèrent fur le Par-
naffe; puifque long-tems après elles font
revenues à la charge , excitées par ces
beaux Hendécafyllabes du Père Commire,
Mellis arùHcti , va%& voîucrts,
Quels Phœbi per amœna fa s virtta ,
Hormscjue Aonldmn xoUre picîos :
Cur cejfatis, Apts? Ad arma , ad arma.
Aï-
90 Anti-Baillet. P. I.
Arc ai hâflis a défi, Afellus Me
Portitor Satyri ebrius protervi ,
Quem fatto agmine nuper txptilifiis,
In Cyrrham redit ultor , atque tant»
Pares dcdecori vîtes mïnatttr.
Auditis frsmitus feros rudtntis?
Utpede, QJcelus! atterit petulc*
Infcriptos feins fuperba Regum
Flores nomma , lividoque denté
Dis ipfis petit arbores amatas.
Etjam cerea dijfipare caflra,
Vefiros perdere jam parât labores.
Moque ore fm vepreta , ©* hirtos
Sueto rodere car duos , Qlympi
Miffum tnuntre netlxr inquinabit !
Et cejjàtis adhuc .? Adefte , dde/le.
Tela firingite quotqmt efïis omnes.
Kâres , iabra , oculos , ty hinc çr Mine
Ferite: ftimulosque calcitranti
Alte figite : duplicate plagas.
Ut dura cute fit , tamen
Ictus fentiet intïmis adaclcs:
Capïflro ey cupiet , moU^ue rtddi.
Comment un petit homme comme Mr.
Baillet peut -il s'imaginer d'avoir vaincu
en matière d'écrits un auln grand person-
nage qu'eft le PereCommire? Mais pour-
quoi traiter d'infecles les Poètes figurez
fous les Abeilles? Tous les plus excellais
Ecrivains fe font fervis de cette compa-
raifon. On appeloit Xénophon F Abeille
Afrique: ce qui a été remarqué par Sui-
das.
Ant i-Baillet. P. I. 91
das. Et Eunapius remarque dans la Vie
d'Gribalius , qu'on appeloit Abeilles tous
ceux généralement qui étant nez à Athè-
nes, escelloient en éloquence.
XXXI.
Ce que dit Mr. Baillet que Choppin ut mil-
le pijloles pour la première partie de [es
Commentaires fur la Coutume d?JLnjou^
n'eft pas véritable*
M Onfîeur Baillet. Reni Choppin
eut des Lettres de noblejpe pour f%n
Lare du Domaine , & mille pijloles pour
la première partie des Coutumes d'Anjou.
Ménage. Il eft vrai que Choppin
fut annobli par Henri III. & fes Lettres
d'annobliiîèment, qui font données à Fa-
ris au mois de Février 1578- portent ces
claufes : ayant de long-tems connoijfance
des bonnes mœurs , vertus , louables qua-
lités & mérites, qui font en la perfonne
de nôtre cher & bien aimé René Choppin ,
natif de nôtre pays £ Anjou ; Vun des plus
fameux Avocats de nôtre Cour de Parle-
ment de Paris ; & grands labeurs qu'il a
pris toute fa vie en chofes louables, profita-
bles, & vertueufes, ainfi qu'A nous eft ap-
paru par la compcfitiox de plufieurs Livres
& Oeuvres qu'il a faits: & lefquels Li-
vres il a mis en lumière depuis peu detems:
même un Livre Latin du Domaine de nô-
tre Couronne , & un autre , de la Police
Eccléfiaftique ; qu'il mus a dédiez, \ & pré-
gi ânt i-Baillet. P. I.
fentez dès le mois de Mai dernier paffé , que'
nous étions en notre Ville de Blois. Enquoi
faifant, il a acquis beaucoup de louanges ;
& mérité d'être reconnu : comme dès le
même tems nous lui avons promis de P ho-
norer du titre de nobleffe. Mais il n'efl:
point vrai qu'on lui ait donné mille pifto-
les pour la première partie de fes Com-
mentaires fur la Coutume d'Anjou. Il
tfût d'autre recompenfe pour toute fa
Coutume d'Anjou que ce Décret de la
Ville d'Angers: mais qui vaut beaucoup
mieux que mille piftoles.
Sur ce qu'en l'Affemhlée des Maires c^
Kfchevins de la Ville d'Angers , tenue le
24. Novembre 15-81. l'on eft entré en com-
mémoration de ceux qui. avoient bien mérité
de la dite Ville , Monfieur Maître René
Choppin, Sr. de Chafton , Avocat en la
Cour de Parlement de Paris, y a été mis
des premiers ; pour après autres beaux &
doéies "Traitez qu'il a expo fez en public , a-
voir orné C25 illuftré de fes Commentaires
la Coutume de ce pa\s d'Anjou: pourquoi,
la matière mife en délibération, a été con-
clu que le dit Sieur Choppin , pour avoir
d'un tel œuvre honoré fa patrie, lui vouant
& dédiant partie de fin érudition, rare &
exquife , fera au nom du public remercié du
beau & digne Commentaire qu'il en a fait,
prié & fupplié de continuer ; nefe laffant
point en fi vertueufe & généreufe entrepri-
se : par laquelle il rend fon nom , & le
nom de fa patrie immortel {$ per durable à.
toujours: que pour ce bien-fait, & coxp>-
nuéjufqu'à hui r mérite public , les Maires
Anti-Baillet. P. 1- 93
& Efchevins d'Angers l'ont tenu & tien-
nent pour l'un de leurs Confrères ,Citoyens,
Efchevins: CJ5 comme tel, l'ont dès à pré-
Cent élu & élifent d'un commun avis: lui
ont donné entrée , féance , & délibération
en toutes leurs Convocations & AJfemblées :
& où les décendans de lui éliroient demeure
& habitation en la dite Ville, la mémoire
de leur progéniteur & prédéceffeur les ren-
dra, & d' aujourd'hui les rend capables dç
tous les honneurs, prérogatives , £3? préé-
minences qu'elle a h départir & diflribuer à
fes bons ci? notables Citoyens. Fait en P Hô-
tel & Maifon commune de la Ville d'An-
gers, fous le fél de la Mairie d' te elle, &
fei;;g de nous J E A N AïRAULT, Maire
& Capitaine de la dite Ville ,1^ de Maître
François Alexandre , notre Greffier : le jour
& an que de (Jus.
Papirius Maffo, dans la Vie de Chop-
pin , a fait mention de cette Conclufion
de l'Hôtel de Ville d'Angers : Mais ni
l'ai, ni Scévole de S. Marthe, ni Claude
Ménard, qui ont écrit l'Eloge de Chop-
pin, n'ont point parlé de ces mille pfljo-
les. Et fes décendans qui m'ont donné
des Mémoires pour écrire fa Vie , que
j'ai écrite dans mes Remarques fur la Vie
de Pierre Ayrault Lieutenant Criminel
dWrigers, ne m'en ont jamais auffi parle.
René Choppin d'ailleurs n'en fait aucune
mention dans fes Ouvrages. Et ainfî, il
faut qu'il demeure pour confiant que cet-
te particularité eft tout-à-fait faufTe.
XXXII.
94 Anti-Baillet. P. I.
XXXII.
Méprife de Mr. B aille t au fujet de Mes-
Jieurs Habert frères ; de MeJ/ieurs de
Montreuil aujfi frères ; de MeJ/ieurs Col-
letet , père Q fils , & de André & de
François du Cbesne, aujji père & fils.
MOnfîeur Baillet à h page 2T2.
de la 2. partie de fon 4. Tome attri-
bue à Mr. Habert de l'Académie Fran-
çoife Abbé de Cerify , le Temple de la
Mort. Ce Poème n'eft point de Mr. Ha-
bert Abbé de Cerify: il eit de fon frère le
Commiflnîre de l'Artillerie: comme Mr.
Baillet le dit lui-même à la page 70. de la
même Partie, au chapitre 1429. Ii faut
avouer que Mr. Baillet eft un Ecrivain
peu exact, & peu judicieux.
A la page 182. de la même Partie , au
chapitre 1472 il parle de Jean de Mon-
treuil , de l'Académie Françoife, en ces
termes : ce que Pon a vu des vers de Mon-
treuil n'a paru qu après ja mort. Mais
quoique le nombre en [oit ajjez grand , /'/
f?a point été capable de lui faire donner une
flace parmi les premiers de nos Poètes Fran-
çois, Mr. Defpréaux qui Va pris pour un
de
% T. En parlant de ce qu'il peut y avoir de
fcciu parmi les Peëfies de Montreuil, il ne faloit
jpas, ce roe femblc , omettre le fameux Madrigal
Fourquii me demandez.- vont ttnt
S*
Anti-Baillet. P. I. 9f
de ces Poètes qui fe foucicnt moins de la
qualité que de la quantité des vers , fe
Tante, que
On ne voit point fcs vers, à l'envide Mon-
trcuil ,
Groûîr impunément les feuillets d'un Re-
cueil.
Mr. Baillet a encore pris ici Marte pour
Renard. On n\i jamais imprimé aucun
vers de Mr. de Montreuil de l'Académie
Françoife. Ceux dont on parle ici, font
de fon frère Mr. l'Abbé de Montreuil,
nommé Mathieu ; aujourd'hui vivant &
d-meurant en qualité d'Abbé chez Mr.
l'Evêquede Valence, nommé à l'Arche-
vêché d'Aix. Et parmi ces vers, il y en
a de très- beaux (i; : témoin ce quatrain;
Paul voudroit nous perfuader
Qu'il faut beaucoup d'intelligence
Pour exercer fa Réfïdence.
11 ne faut rien que rélider.
Et cçt autre, à Mr. le Premier Préfident
de Bellievre;
Si
5» mes ftux dureront &e.
C'«uroit été une belle oecafion à M. Ménage de
produire la traduction qu'il en aroit faite en ita-
lien & de répondre au reproche nue lui avoit fait
Gilles Boilea* d'avoir dérobé ce Madrigal.
96 ànti-Baillet. P. I.
Si félon fon même on tvoit rccompenfc,
Tous mes vœux feraient accomplis;
Vous feriez Chancelier de France;
Je ferais aimé de Phylis.
Et ce Sonnet.:
Ne crains plus déformais, Tyrns, que je
foûpire :
Mon bonheur a paffé celui de mes Rivaux.
J'ai bien des envieux, mais je n'ai point d'é-
gaux:
Et mon bien eftfi grand que: je ne l'ofedire:
Tu fus le confident de mon cruel martire.
Apprens donc mes plaifirs , puifque tu fus mes
maux.
Mon Iris l'autre jour paya tous les travaux
Que je fouffris jamais fous fon cruel Em-
pire.
La faveur que j'en eus ût contenté les
Dieux.
Elle ût charme les cœurs les plus ambitieux.
J'en demeurai furpris: mon ame en fut ra-
vie.
J'en retiendrai toujours & le tems & le
lieu.
J'y
Ç x. Auiïï n'eft - ce pas ce qu'a entendu Des-
préaux quand il a dit :
On ne voit peint mes vers à l'envi deMontreuil,
Groffir impunément les feuillets d'un recueil.
Il a eu feulement en vue certains volumes de Poë-
(ics choiûes , imprimées chez Sercy , dans quel-
ques-
Anti-Baiilet. P.î. 97
J'y fongerai , Ty rfis , tout le tems de ma fie.
Elle me regarda quand je lui dis Adieu.
Et c'eft auflï le fentiment du Père Ra-
pin : qui a dit dans fes Réflexions fur la
Poétique page 161. Gombaad , l* Etoile f
Montreuil , ont fait aujfi de petits vers
tendres & fort fpirituels. Il n'eft point
vrai au refte que ce Recueil des vers de
Mr. l'Abbé de Montreuil contienne beau-
coup de vers (i). Il n'en contient guère
plus de deux mille. Il y a dans ce Re-
cueil un portrait de l'Auteur, & Mr. l'Ab-
bé de Montreuil eft appelle Mathieu dans
la Légende de ce portrait : ce qui fait voir
que nôtre B:bliothécaîre n'a jamais vu ce
Recueil. S'il l'avoir vu, il n'auroit pas
confondu Jean de Montreuil avec Mathieu
de Montreuil.
Mr. Baillet a aufli confondu Colletet le
fils avec Colletet le père. Car ces vers
de la Satire VII. de Mr. Defpréaux,
Faut-il d'un froid Rimeur dépeindre la ma-
nie?
Mes vers, comme un torrent, coulent fur
le papier.
Je rencontre à la fois Perrin & Pelletier
Bar-
ques-uns deiquels «n voir à chaque feuillet un Madri-
gal de Montreuil , ou deux au plus avec le nom de
l'Auteur au bas en gros caraâére. Defpréaux ait
qu'on ne voit point les vers groffir de cette* forte
les feuillets d'aucun Recueil de *oëiies, donnant à
entendre par là qu'il n'a point affecté à la faveur
d'un petit nombre de vers de faire paroiric fou nota
à chaque paçe d'un Recueil.
Tom, FIL Part. I. E
98 Anti-Baillet. P. I.
Bardou , Mauroy , Boursfaut , Col'ctet , Ti-
trcvillc :
Et pour un que je veux, j'en trouve plus
de mille.
que Mr. Baillet, au chapitre 1491. qui eft
de Guillaume Colletet de l'Académie
Fraiiçoife, explique de ce Guillaume Col-
letet , doivent s'entendre de ion fils. 11
en eft de même de cet autre endroit des
Satires de Mr. Defpréaux;
Tandis que Pelletier, croté jufqu'à l'échiné,
Va mendier Ton pain de cuilîne en cuifine;
Où Mr. Richelet a mis le nom de Colle-
tet au lieu de celui de Pelletier. Mr. Ri-
chelet n'a pas voulu parler non plus de
Colletet le père Ci). Ce Colletet le pè-
re, au refte, n'étoit pas un Poète fi mé-
prifable que le fait Mr. Baillet.
A la page 143. de la 1. Partie du 2. To-
me, en parlant d'André du Chefne, Mr.
Baillet l'appelle André au Chefne Vatfnê ' :
corn-
% 1. Je n'auroîs pas cru que M.' Ménage eût dû
jamais nommer, & citer fans émotion Richelet
dont il avoit 11 peu de fuiet d'être sontent. Ces
deux vers de la Satire 1. de Defpréaux
Tandis que Pelletier crttté ' jufqrf '* /' échine,
Va mendier fort pain de cuifine en cuifine-,
Se lifoient ainfl dans la première édition :
Tandis que Colletet ctotté jufqu'à l'échiné,
S'en va chercher Ton pain, de cuifine en cuifine.
Mais
À NTI-B AILLET. P. I. 99
comme fi François du Cheiue qui eXl fort
fils, étoit fou frère puifné.
XXXIII.
Mépriff de Mr. Baillet dans fin métier de
Bibliothécaire aufujet des Adverfaria de
Mr. Herauï; du Livre de "Jules Scali-
ger contre Cardan ; de P Indice Latin fur
PHifloire de Mr. de Thou ; & du Pru-
dance de Nicolas Heinfius.
MOnfieur Baillet. Scalîger dit que Tom. tt
Défidérius Hera'dns s'efl repenti d'à- {^ond*
votr fait ces Adversaires , ou je s grands Ke- ge 2r3.
cueils m folio. Mais fan Arnobe efl bon.
Ménage. Les Adverfaires de Mr.
Hcraud eft un petit volume iu-8. qui n'eft
pas plus gros qu'un Alraaaac. Et Sca-
lîger ne dit point que ces Adverfaires
foient in folio. Voici fes termes: qui
font de la page 10$. de fes Segondes Sca-
ligeranes pour ufer des termes de Mr. Bail-
let: Héraldus s^eft repenti dJ avoir fait fes
Adverfaria. Son Arnobe efl bon. Il pro-
t u<i Tertuilien. Mr. Héraud a fait un
Li-
Mais depui-, a la prière du célèbre Prédicateur,
François Ogier, on mit Pelletier pour Colletet,
comme je l'apprens du même Richelet paj\ 146.
de fi icrf;pcAtio>i Franfaife, où il ajoute qu'il fia i t la
choie d'original Se qu'il en dira les raifens lorfqu'ii
fera imprimer fes notes fur lf* s Satires. Il faut vïit
aufïï Gueret pag. 204. 6c fuivantes de la Guerre des
yAuttv.Ys. Le nom de Colletet a été depuis rétabli
à la place de celui de Telletier, dans la Sac. 1. de
Defpiéaux.
BIBLîOTHfC*
Ottavier**.
ioo Anti-Baillet. P. I.
Livre in-folio, qui contient divers Trai-
tez de Droit. Mr. Baillée a pris fans dou-
te ce Livre in-folio pour les Adverfaria
dont parle Scaliger. Mais ce Livre ne
fut imprimé qu'en i6$o. & ainli Scaliger,
qui mourut en 1609. n'a pu en faire men-
tion. L'édition des Adverfaires eft de
iyoo. à Paris.
**g« *•• & Moniteur Baillet. Les principaux
partie du 2." Ouvrages de Critique de Jules Scaliger,
Tome. " font fes Commentaires CT* fis Remarques
fur PHifloire des Animaux d'Ariflote ; fur
1er Livres des Plantes qu'un attribue à ce
Philofophe\fur les Livres des Plantes écrits
par Théophrafte ; (ur Hippocrate des ïnfom-
nies ; deux Oraifons de Cart de bien dire
qui font des Inveéïives contre le Cice'ronien
éPErafme; les XI/. Livres des Exercices &
Dfputes de la Subtilité contre Cardan \ les
XL II. Livres des Caîtfis de la Langue
Latine ; les Problèmes fur Au/ugelle; quel-
ques Lettres ; fans parler du Critique &
de l'Hyper critique de fa Poétique.
Me-
% 1. Jule Scaliger n'a jamais fait , ni n'a ja-
mais prétendu avoir fait plus d'un Livre d'Exerci-
tations contre Cardan. Ce Livre eft intitule Exo-
tertcarum Extrcitaticnum liber XV. parce qu'avant que
Scaliger le commençât il avoir déjà compote, à ce
qu'il dit, quatorze autres volumes fous ce même
titre, mais qui ne regardoient point Cardan, Quid
amplius vif (dit Cardan ^Aclitn. in Calttmniattrem lim
brerum de Subt:lita*e.) à m&ximo vin vicius ero qui
jam quAtuordecim volurninA exotericâram ExtrcitMianum
fcrip/îjfe gloriatur, cum nulla a!ia ttxmen pndierh in lu-
cem , ab ultimâ editione (je croi qu'il faut lire editu-
ttem) videtur inchbajfe. Voyez parmi les Lettres de
Jule Scaliger celle qui s'adreitc pag. 251. k Boè'ce
Xpo, où ces XIV. Volumes qui n'ont jamais vu le
jour,
Anti-Baillet. P. I. ici
Ménage. Mr. Baillet a pris le quin-
zième livre de Jules Scaliger contre Car-
dan pour quinze livres: car nous n'avons
qu'un Livre de Jules Scaliger contre Car-
dan $ qui eft le quinzième : les autres
ayant été perdus; ou, ce qui eft plusvrai-
femblable, n'ayant pas été faits (i). Un
de mes amis ayant averti Mr. Baillet
de cette bévue , il demeura d'accord de
l'avoir faite. Depuis , il a voulu s'en
jnm'fier. Et voici comme il a prétendu
s'en jui Prier. On veut que j'aye dit que
les quinze Livres des Exercices que 'Jules
Scaliger a faits delà Subtilité contre Car-
dan , ont été imprimez» C'cjl néanmoins
ce que ]e n'ai point dit. Et quand je Mau-
rois dit , je ne Vaurois fait qu'après F Au-
teur de fa Vie , ^T cinq oufix Critiques de
conféquence que je nommerais fi cela étoit
néceffaire. je pourrais ajouter ait Jfi fur la
paro'e de M. Hyde qu'ils fe trouvent tous
quinze imprimez dans la célèbre Bibliothè-
que dHOxfort , au parquet des Arts , tablet-
te
jour, & quie'toient fur des fujets particuliers, font
nettement diftinguez du quinzie'me uniquement
deftiné à réfuter Cardan. Il femble même quM en
eût entrepris un fezïéme contre le Livre de varittnte
rtrum du même Cardan, autant que nous en pou-
vons juger tant par la Préface de ce féziéme volu-
me imprimée à Touloufein-4. avec d'autres Opufcu-
les du même Scaligei par les foins de MauiTac, que
par ces mots de l'Epitre dédicatoire de Jean Cra-
ton à Jofeph Scaliger mife au devant des Exerc ra-
tions de Jule de l'édition d'Allemagne, Vemm de
hit fortAJfc Pater tuus , in ObfervAxitnibus & Caflig*^
tioniltus librorum de varier ate magni nomiaii & t*ff»h
Cardani , ali<jHi'd doeïts eruditt.
E3
ici Ant i -Baille t. P. 1.
tè S. nombre 2. & parmi les Livres de Sel"
den^ tablette 3 '.nombre 28. j'auruis lieu
de Contenir la même chofe s'il étoit fur de
s'en tenir aux éditions que je n'ai pas
vues: comme de celles de Hanau , £«f de
celle de Bajl-e : qui en promet même vingt
& un Livres. Mais enfin je ri* ai dit nul"
le part que ces quinze Livres fujjent im*
■primez : & je ne le voudrais pas dire en-
tore : n'ayant vu que deux éditions in* 4.
du quinzième de ces Livres , qui comprend
t>lus de trois cens Difputcs ou Exercices,
C'elt dans fes Corrections. Il eft vrai
que Mr. Bailler, n'a pas dit en termes for-
mels qu'on ût imprimé quinze Livres de
Jules Scaliger contre Cardan : mais il Ta
donné à entendre, n'ayant parlé, & n'a-
yant û defTein de parler , dans l'endroit ci-
defïus
f ï. 11 n'eft point vrai que Jule Scaliger n'eût
compoie que quatre-vingts Livres ù'Etymologies,
ou, comme il les avoit intitulez, d'Origines. Il en
avoît compofé jufqu'à fix- vingts. Lui même le
dit ainiî dans la Lettre à Boëce Epo: Suit praterts
iibri Originum CXX, quorum eâitisntm fréter molem
defperAvi, On peut même dire que ces fix- vingts Li-
vres n'étoient qu'une partie d'un plus grand Ouvrage
dont il parle en ces termes "à Charles Sevin .Lettre
€1. Ittm rtri'.m , verborum , rituunty & originum ti-
tras dttidecim esuibus prima pars perficitur. ^Aher/im
ttnU'.m viginti liltris perfeclam meetim afferam , ut publiée
tb'olvatur. Tertio, nondmn Pcrfeila eft. Le Préfident
lliuflkc dans fa Préface des Commentaires du mê-
me Scaliger fur Ariftote de Phiftoire des animaux,
écrit tout au long libri Originum cmtum vtrinri, 2e
il eft furprenant que Becman qui renvoie ion Lec-
teur à cette Préface ne compte néanmoins quecent-
dix livres de ces Origines Pour M. Ménage ce
n'eft pas d'aujourd'hui qu'il n'en compte que qua-
tre-vingts. Cette erreur le trouve dans l'Epitre de-
die*-
Anti-Baîllet. P. I. 103
défias rapporté que des Livres de Criti-
que de Jules Scaliger qui avoient été im-
primez, & non pas de ceux qui avoient
été perdus : comme de Tes quatre-vingt
Livres d'Etymologies (1). Ce que dit,
au relie , Mr. Bailiet fur le témoignage
de Mr. Hyde, que les quinze Livres de
Sii'jîilïtate de Scaliger contre Cardan ont
été imprimez, & qu'ils fe trouvent dans
la Bibliothèque d'Oxfort , eft non feule*
ment faux, mais ridicule. S'ils fe trou-
voient dans cette B.'bliothcque imprimés,
ii faudroit que l'Imprimeur n'en ût tiré
qu'un exemplaire.
Je viens de découvrir celui qui a fait
dire à Mr. Bailiet que Scaliger avoit fait
quinze Livres d'Obfervations contre Car-
dan, c'elt Moréri (2): qui a écrit la mê-
me
«îicatoire de fes Origines Françoifes en ces termes : Ju-
les CeiarScalige»- un des premiers Critiques, 5c le pre«
mier Philofophe de fon tems, en avoit compilé jufqu'à
quatre-vingts Livres. Ottavio Ferrari n'entendant pas
'.François 6c croyant que quatre- vingt fignifiâe
▼ingt-qaatiea réduit a ce dernier nombre Jes Livres
des Origines de Scaliger. Sed ex mjlituto , dit-il
d.in3 la Préface de fes Origines Italiennes , Italie*
qno]ne caufas idem Julius Scaliger ejuettuer & viginti li~
l>-!j, tan: a illi Ittxuriantis ingenii fertilités fait, com-
ftixms fut*tu. Il ne (e trompe pas moin» quand il
croit que ces livres regardoient la Langue Italien-
ne. Scaliger recherchoit principalement l'origine
àcs mots Larins, ce Al. Ménage qualifîoit mal cet
Ouvrage CtmpiLvion. Il paroit par plusieurs de ces
Origines que Scaliger a répandues dans les autres
Livres, qu'elles étoient de fon invention, & s'il
rapporto t les anciennes, que ce n'etoit que pour
les îefuter.
fl 2. Moréri eft fort innocent de la me'prife de
Bailler. 11 compte parmi les Oeuvres de Jule Sc-a-
E 4 liger,
Ï04 A nt i- Bail le t. P. î.
me chofe dans fon Dictionnaire à l'article
de Jules Scaliger. Ce Dictionnaire de
Moréri eft un des Livres Favoris de Mr.
Bailler.
Monfieur Baillet dans Tes Correc-
tions. Ces Mejjieurs qui aiment tant
a fe tourner en Latin , gâteront enfin
toute l'Orthographe de PO nomatologie ,
s* il ne fe trouve quelque truchement pour
les expliquer, y pour nous faire un Index
pareil à celui que Bejfîn a fa:t des noms
propres qui fe trouvent Latinifez dans P His-
toire de Mr. de cThou.
Ménage. Mr. Baillet attribue enco-
re ailleurs cet Index à Berlin. Si Mr.
Baillet avoit pratiqué avec les gens de Let-
tres, il fauroït que cet Index a été fait par
Air. du Puy, Prieur de S. Sauveur de
Brog. Pierre BefTîn , fous le nom duquel
ce Livre a été imprimé ; je veux dire,
fous le nom duquel lé privilège pour im-
primer ce Livre a été obtenu ; étoit un
Valet de Chambre de Mr. de Thou , le Con-
feiller d'E'.at , lequel ne favoit point du
tout de Latin. Je l'ai connu particulière-
ment. Mr. du Puy de S. Sauveur m'a
dit plufîeurs fois lui-meme que c'étoit lui-
même
liger, Exoterîcarum ExtrcfUthnum lih.XV.toit qu'on
Jife libtr decirnit: cjt'.intus , foit qu'on life libri qumde-
<imt Moiéri aura toûjoms raifon , puifque Scaliger
avoit compofé quinze livres d'Exercitations exoté-
iiques, dont le dernier, qui eft celui que nous a-
vons contre Cardan, eft le feul qui ait été confer-
▼e. M. Baillet avoue lui-même ingénument qu'il
n'a fait cette faute qu'après l'Auteur de la Vie de
Jule Scaliger inférée dans le Recueil des Vies de
fluflems hommes illuftres imprimée in-4. à Lon-
dres,
Anti-Bai llet. P. I. iof
même qui avoit fait cet Index.
Monfieur Baille t a écrit au chapi-
tre de Daniel Heinfius, page 283. de la 2.
partie du 2. Tome, que Daniel Heinfius
avoit travaillé fur Prudance. Mr. Baillet
a pris ici le fils pour le père. C'eft Ni-
colas Heinfius qui a travaillé fur Prudan-
ce (1). Il ajoute, que le même Daniel
Heinlius a aufli travaillé fur Homère: ce
qui n'eit pas venu à ma connoiïlance.
XXXIV.
y unification du titre de mon Eglogue inti-
tulée Chriltine.
MOnfieur Baillet. Le Critique **fe 1**
que y ai déjà cité , trouve mauvais l^Jàu
que Mr. Ménage ait dunné le titre de Chris- t. 4,
tine à cette Eglogue plutôt que celui de
Menai que : farce qu'outre que Ménalque
en eft le principal perfonnage , il s'y agit
particulièrement de [on départ , & qu'il y
eft pour le moins autant loué que la Reine
a: Suéde,
M k s A G e. Le Critique de Mr. Baillet
eft un impertinent Critique. Première-
ment
1
dres l'an 168 1. & la vérité eft qu'à la fin de cette
Vie de Scaliger, il y a un Catalogue très-peu cor-
left de les Oeuvres , qui porte en tête Exoteri«*rnm
Exercit&tionum lib. 15. ad Hitronym. Cardanv.m.
f 1. Dans le Catalogue des Oeuvres de Daniel
Heinfius , produit par Witten à la fin du Jifcours
intitulé Memon'a Htinfiana , on trouve entre autiss
livres, ^ÀHreLii, Prudentii Opéra cura not:'s 1637. m-24,
^Amdtrodami , ij tf>fQ. in-iz. C'eft ÇÇ qui auiâi
uofnpç Baillet,
Iô6 Anti-Ba illet. P. I.
ment, il eft très-faux que dans PEglogue
dont e(t quefh'on Ménnlque y foit autant
loué que la Reine Chriliine y eft louée;
les endroits de cette Eglogue qui contien-
nent leurs louanges, feront rapportés ci-
deiïbus en quelque endroit de ces Remar-
ques. Et le Critiqué de Mr. Biiller a dit
en cela une fauffeté , pour me dire une in-
jure , en difant que je m'étois loue ex-
traordinairement. Dai! leurs , quoi qu'il
s'agifledu départ de Ménalque, ce départ
eft pour aller en Sucde voir la Reine de
Suéde Chrîiline. Et ainii ia Reine de
Suéde Chriftine eft le véritable fujet de la
Pièce. Mais quand elle y auroît moins
de part, & que je n'aurois fait que la
louer de la façon que je l'ai louée, j'au-
rois pu intituler mon Eglogue de fon
nom. Térence a intitulé une de fes Co-
médies FEtinupte: dans laquelle fo • Eu-
nuque a (ï peu de part qu'il ne paroît pres-
que pas fur le Théâtre. Plaute a de mê-
me thtîtuîé une de fes Comédie* Rudens ,
& une autre Trinummus , qui ont peu de
raport à leurs titres : ce qui a été re-
marqué par Jules Scaliger dans fa Poe-
tique.
xxxy.
Ignorance de Mr. B aille t touchant la patrie
de plufieurs hommes de Lettres»
MDnfieur Bail Jet dit à la page 43. du
Tom 4. Partie 1. qu'Ugolinus
Véiinus , & Michacl Vcriaus fon fils,
ftoicju
Anti-Baillet. P. t 107
étoient de Florance , ou félon d'autres,
de rifle de Minorque. Il eft confiant
qu'ils croient de Florance. Ils font dans
le Catalogue de Michaé'l Pocciantius des
Ecrivains Florentins.
Mr. Bai Met dit à la page 260. de Ton 4.
Tome, 1 artie 1. & à la page 5-80 de fon
2. Tome Fart. 3., que Bénéd tto Varchi
étoît de Fiéfoli. Il vouloît dire de Fiéfo*
U : ou u moins il le dcvoit dire (1) Il
étoit de Florance , mais originaire de
Momevarchi. Il le dit lui-même dans
fon Ercolano, en ces termes : Molti va*
gitono cb*io , fi ben fut naio e ait vato in
Firenze, non fia Florentino : fer ejjere mio
p adre ve/.uto a Frenze da Mon'evarchn
Et dans un de fes bonnets à Jean de la
Café:
Ver voi l'altère nlào vofiro , e mio.
Jan de la Café étoît de Florance. Mr.
Baille! n'a point là d'originaux. C'eft de
l'Abafé Ghilini, dans fon Elo^edu Var-
chi, qu'il a pris ce qu'il a dît ici du lieu
de la naiiftnce du Varchi. Scûioné Am-
mirato , dans fon Rirratto du Varchi, a
écrit de même que le Varchi étoît de
Montevarchi dans le Diocéfe de Fiéfolé,
Et le Berna dans fon Capitolo del Debi-
to , l'appelle Montevarc1 i. 11 me relie à
remarquer que le Varchi fut ainfi app-. lé de
' Mon-
f t. J'en conviens , c'eft ?infi que les Tofcans
patient, m*is ptafteari Auteuis ltaUeas ayant écsi*
f /«/•//, la faute eft çxcufable.
E 6
îcS ànîi-Baii.let. P. I.
Montevarchi , lieu de lanaiiïance de fon
père. Lionardi Sahiati , Livre 2. de fes
Averriflèmens , article 16. volume 2. CV
Uiliocc; (Varchi) nome di famiglia nonfk
nel Z'ero , ma foprannome :che dalla patna '9
cioè , dalla Terra di Montevarchi , onde
venne il fuo nafçixnento , fi pofe nclle fue
fcrhture egli ftejpa : e dal confenfo del fuo
fecolo fi ricevè , e z \enneg li confervnato. Re-
marquez que le Salviati raie auiîî le Var-
chi de M on te varchi (1). J'oubliois à
remarquer que Poccianxio a mis le Var-
chi dans ion Catalogue des Ecrivains Flo-
rantins.
Il dit à la page 205*. de fon 2. Tome,
Part. 2. que Théodore de Marcilly ; en
Latin , Theodorus MarciUus , étoit de Co-
logne. Il étoit d'Arnhem en Gueldre:
comme l'ont très véritablement écrit Va-
iérius Andréas dans fa Bibliothèque Bel-
gique, & François Swertius dans Tes A-
thénes Beî^iques; & Petrus Vakns dans
l'Eloge qu'il a fait de Theodorus Marci-
îius ; auquel il fuccéda dans la Chaire de
ProfelTeur du Roi. J'ai ouï dire la mê-
me choie à mon père : qui étoit ami par-
ticulier de Theodorus Marcilius ; comme
je l'ai remarqué à la page 81. de la Vie
de mon père.
Il dit à la page 319. de la 2. partie du
Tome 2. que Jacques Gronovius, fils de
Frédéric , eit de Hambourg. Il eft de
Déventer. Il
^ I. Onde venne il fuo nafclmento , ne fignific pas:
ce me femble, que le Varchi fêt ai à MeatCYazchiç
mais qyil en yeaçut,
Anti -Baille t. P. I. 109
Il dit à la page 35-4 de fon premier To-
me, & à la page 495*. du 4. partie premiè-
re, que Choppin étoit d'Angers. Il e'toit
du Bailleul en Anjou à flx lieues d'An-
gers. Ce que j'ai remarqué dans mes Re-
marques fur la Vie de Pierre Ayrault,
Lieutenant Criminel d'Angers, mon grand
père maternel.
Il dit à la page 24S. du Tome 4. partie
1. que Joachin du Bellay étoit natif d'An-
gers. Il étoit né à Lire, dans les Mau-
ges, à douée lieues d'Angers : qui eft u-
ne Terre qui lui appartenoit du côté de fa
mère Renée Chabot , Dame de Lire & de
la Roche-Serviére, fille de Chriftophle
Chabot. Jean Befly, qui a écrit que Joa-
chin du Bellay étoit bâtard, s'eft tout-à-
fait trompé. Cette Terre de Lire , dont
Joachin du Bellay fait mention dans fcs
Poè'fies Françoifcs , au Sonnet 3i.defes
Regrets , eft d'Anjou pour le temporel,
& de Bretagne pour le fpirituel. Elle eft
du Diocéfe de Nantes. D'où vient que
Joachin du Bellay eft appelé Clerc duDio-
céfe de Nantes dans les Rentres de PE-
glife de Paris. Joachimus du Bellay Cle-
ricus Nannetenjis Diocejis > fuit receptus
adCanonicatum& Prœbendam, vacantes,
per obitum Magiftri Johannis TouJJepa'm ,
Canonici Parifienfis & Archidiaconi.
Il dit à la page 364. de fon Tome 4.
partie 2. Auguftin Favoriti, que quelques*
uns font de Luques , e'toit de Luna en Tos-
cane, du côte' de la Rivière de Gennes. Il
étoit de Luques, il le dit lui-même dans
le titre de fon Églogue au Pape Alexari-
E 7 dre
ifo A nti-Baillet. P. I.
dre VII. fur la mort de Sidronius Hos-
fchius. Aiigu(l';ni Favori ti Lucenfis, -jj c .
Il dit au chapitre de l'Ariofte pa..,e 139.
Tome 4. Partie 1. que l'Ariofte étoit ne à
Ferrare. Il étoit né à Reggio,
Il dit à la page 67. de fon i.Tome,
Partie 2. que Flamin étoit de J ours. Il
ctoît de Montloui's.
Il dit à la page 381. de fon 2 Tome,
Partie 3. que Gentien Hervet étoit d'Or-
léans Il étoit d' "lfvet : ce qui a été re-
marqué par le Prélident de Thou dans
fon Hïfto'ire , & par Jean le Clerc dans
fes II lu (1res.
Ces deux dernières méprifes ne font pas
eoniidérabks : Olivet étant proche d'Or-
léans , & Montloui's n'étant qu'à deux
lieues de Tours.
Il dit à îa page 425". du 2. Tome, Part.
1. & pag. 83. Part. 3 que Raviiius Tex-
tor étoit de Noyon (1). Il étoit de S.
Saulge dans le Nivernois, & Seigneur de
Ravin", nuifi dans le Nivernois. Il s*ap-
pele lui-même, N'oernenjis. Voyez Mr.
de Launoy dans l'Eloge qu'il a fait de Ra-
viiius Textor dans Ion Hiftoîre du Collè-
ge de Navarre. Ft fon nom étoit Jean
T'ixicr. Nevers s'appelle en Latin No-
i/iodunum\ & Noyon ^Novîomagus. C'eft
ce qui a troublé notre homme, peu verfé
dans la Géographie , comme je le ferai
voir au chapitre 74. <
Ç i. La faute touchant le pays de RaviCus Tex-
tor avoit ère reconnue & çeiii'gcc fai Bailiet daas
fes CoiîcttiQjuss
Anti-Baillet. P. 1. in
îl dit à la page iji. de la première Par-
tie de (on 2. Tome, que Céfar Egaife du
Boulay, Greffier de PUniveriité de P ris
& Auteur de PHiitnire de PUniveriité de
Paris, croit de la Ville de Tours. Il étoit
du Village de S. Ellier, dans le Bas Mai-
ne: qui cft la dernière Paroiife du Maine
du côté de la Bretagne. Ce qui a fait
faire cette faute à Mr. Buillet, c'eft que
ce du Boulay étoit Doyen de la I ribu de
Tours dans PUniveriité de Paris II faut
expliquer à Mr. Bailla ce que c'eft que
cette dignité. Il y a quatre Nations fon-
dées dans PUniveriité de Paris: celle de
France: celle de Picardie: celle de Nor-
mandie: & celle d'Allemagne. Ces qua-
tre Nations, à la referve de celle deNor-
maudie, font divifees en Tribus. Celle
de France a cinq Tribus: qui portent cha-
cune le nom d'un Archevêché. Ces cinq
Tribus font, la Tribu de Paris: celle de
Sens : celle de Reims : relie de Tours:
& celle de Bourses. La Nation de Pi-
cardie eft auffi aiviiée en cinq Tribus ; qui
portent chacune le nom d'un Evéché: en
celle de Bemvai\: en celle d'Amiens: en
telle de Noyon: en cePe de Laon: & en
celle de Térouanne. Li Nation d'Alle-
magne n'a que deux Tribus : qui <ont,
celle desContinens & celle des Infulaîres*
J'ai ouï dire à Mr. de Laîr, Greffier de
PUniverlité de Paris & d'gne d'une plus
grande charge, que la Nation de Nor-
mandie n'a point de Trious , parce que
les Normans, comme gens adroits & Po-
litiques , n'ont point emr'eux de contefta-
lions*
ii2 Anti-Baillet. P. I.
tions. Les Suppôts des Nations font de
la Tribu qui porte le nom de l'Archevê-
ché d'où ils font; ou de l'Evêché où ils
font nez, relevant de cet Archevêché. Et
ainii , Céfar EgafTe du Boullay qui étoit
du Diocéfe de I'Evêque du Mans, qui eft
le premier Suffragant de l'Archevêque
de Tours, étoit de la Tribu de Tours»
Il dit à la page 4^3. Tome 4. Partie 1.
que le Berni étoit natif de Bibîena en
Piémont, Il étoit né à Lamporecchio
dans le Florentin. Voyez ci-deilbus au
chapitre 36.
XXXVI.
De la Patrie d'Aymar Rançonnât.
CE que j'ai remarqué au Chapitre pré-
cèdent de la Patrie de pîulieurs gens
de Lettres, me fait fouvenîr de traiter ici
de celle d'Aimar Ranconnet ou plutôt
tCAïmar de Ranconet ; car c'eft ainfï que
ce nom fe trouve écrit dans la Chronique
Eourdeloife. Dans les Poéfies de Joa-
chin du Bellay, au Recueil des Sonnets,
il y a de Ranconnet. Mr. Bailkt dit que
ce grand perfonnage étoit de Bourdeaux.
C'eft à la page 35-4. de fon 1. Tome. Ce
qu'il a pris deMornac, page 75- . de fon
Feria Forenfes. Le Prélident de Thou au
Livre XXIII. de fon Hiftoire page 707.
de l'Edition de Genève, a écrit qu'il étoit
de î'érigueux. Mmarum Ranconetum,
Vefanâ, Petracor'njrnm ortum. Il eft cer-
tain qu'il étoit de Bourdeaux. Ce qui a
été
Anti-Baiilet. P. I. 113
été remarqué par Gabriel de Lurbe dans
fa ChronîqueBourdeloife en l'année 15-52.
& ce qui m'a été confirme par Mr. de la
BroufTe Confeilier célèbre du Parlement
de Bourdeaux ; homme très-verfé dans les
Antiquitez de Bourdeaux , & il étoit fils
d'un Avocat de Bourdeaux : comme l'a
remarqué le même de Lurbe dans Ton
de ïllufiribus AquHania Viris. Ht il avoit
été Confeilier au Parlement de Bourdeaux
avant que d'être Prélident de la quatriè-
me Chambre des Enquêtes du Parlement
de Paris , fi on en croit le Prélident de
Thon : Primùm Senator Burdigalenfis :
dein & in Partfienfi Curia alterius In-
({Hifitionum Clajfium Prcefidis[munus mag*
na cum laudt exercuit. Gabriel de Lur-
be a écrit dans fon de ïllufiribus Aquita*
niœ Viris , qu'il avoit été fait Confeilier
du Parlement de Paris d'Avocat du Par-
lement de Paris. François Pithou dans
lePithœana, dit qu'il n'étoit pas né riche,
& qu'il avoit été comme le Correcteur de
Robert & de Charles Etienne. Il y dit
autîl qu'il étoit comme l'Auteur du Livre
dts Formules du Préfident Brilfon. Il
me relie à remarquer que Blanchard a o*
mis notre Ranconnet dans fa Lifte des
Confeillers du Parlement de Paris : je re-
marquerai ici par occafion , qu'il y a aum*
omis le Cardinal de Balue & René de
Pincé.
XXXVII.
H4 Anti-Baillet. P. i:
XXXVII.
De la Patrie du Bern'uz.
MOnfieur Baillet a écrit au Chapitre
du Bernia, que le Bernia étoit né
à Bibbiéna , dans le Piémont. Il y n
deux Bibbiéna: l'un dans le Piémont; qui
eft le tornra Vibii de Pline ; d'où ce Bib-
biéna a été ainfi appelé : Forum Vibii, Fo-
rum Bibii , Forum Bibianum , Bibianum ,
Bibiana, BIBBIENA: & l'autre dans
la Tofcane;à l'endroit où l'Archiano en-
tre dans l'Ame. Mr. Baillet a pris le
Bibbiéna de Piémont pour celui de Tos-
cane: car jamais pcrfonne n'a dit que le
Bernia fût Pfémontois. Et quand on a
dit qu'il étoit de Bibbiéna, cela doit s'en-
tendre du Bibbiéna de Tofcane. Plufîeurs
ont écrit qu'il étoit de Bibbiéna. Jean
Matteo Tofcano dans fa Defcription de
l'Italie, Livre 3. page S. Bibiena , Etru-
rics Oppidum, Berniam protulit , 'Jocoji
Carminis Autorem: qmem multa preeelara
ingénia [uni œmulata , non irrito conatu :
nullus tamen nativa il la urbanitate, nul la
arte quafita fuperavit. Lilius Gyraldus,
dans le Dialogue fécond des Poètes defon
tans: Fuere & duo in fuo génère arguti ,
& mordaces , non fine falibus : F ranci feus
Bernia , Bibiennas, & Mourus Foroiulien-
fis. L'Auteur de fon Epitaphe : lequel
Epîtaphe fe trouve imprimé parmi fes
Poéfies Latines , dans le Livre intitulé
Carmitta quinque Etrufcorum Poctarum :
Po[U
Anti-Baillet. P. I. 115*
Pojiquam femel Bibien* in lucem hune extulit,
§uem nominavit &tat acla Bernium , &t.
Cependant il eft certain qu'il e'toit deLam- première
porecchio dans le Florentin lieu célèbre Nouvelle
par le Mafetto du Bocace. Le Bernia, j^j^
dans fon Orlando Innamorato, Livre 3-J
chant 7. dit lui-même que Lamporecchio
eft le lieu de fa naiflance.
Quivi era non fi corne capitato ,
Un ctrto buon compagno Tiorentino
Tu Florentin , e nobil , ben che nato
Tojfe il padre , e nutrito in Cafentino c
Dove il padre ai lui gran tempo Jîato ,
Sende , Ji fece quafi cittadino ;
E tolfe moglie , e s'accaso in Bibbiena ;
Cb' una Terra e fopr Arno molto amena,
Ce/lui chf io dico alC Amporecchio nacque]
Ch'e famojo Cajicl per quel Alazetto.
Poifu condotto à Tirenze, ove giacque,
Tin a dkiannove anni peveretto.
A Roîna ando ai poi corn a Dio piacqut ,
Pien di molta fperanza, e ai concetto ,
Di un certo Juo parente Cardinale ,
Che non gli fece mai ne ben ne malt.
Ft le Poccianzio Ta mis au nombre des
Ecrivains Florantins.
Je remarquerai ici en paiïànt , que le
Bernia eft appelé indifféremment Berniy
Brrma , & Berna. Il ligne Berna dans
pluiïeurs de Tes Lettres Italiennes impri-
mées. Et c'eft ainfi que Pappele FArios-
te
n6 ànti-Baillet. P.I.
te dans fonOrlando furiofo canto 46. Oc-
tave 12.
e par cb'anco :o ci [cerna ,
Marc Antonio Flaminio , // Sanga , il Berné >
Le nom de fa famille étoit de Berni.
XXXVIII.
De la Patrie du Tajfe.
M On (leur Baillet, au Chapitre du
TalTe, a écrit (1) que le Tarte e'-
toit né à Surrente au Royaume de Na-
ples le 10. d'Avril 15-44. Ayant écrit la
même chofe dans mes Obfervatîons fur
l'Amynte du Tarte , ce que j'avois pris
du Manfo dans la Vie duTaile; Mon-
sieur Marc' Antonio Foppa , Ber^amas-
que, Frère de Al. Foppa Archevêque de
Bénévent , m'écrivit le Sonnet fuivant
pour me prier de m'en dédire; & de dire
une autre fois que le TaiTe étoit Berga-
mafque, & non pas Surrentin.
Si prega il Signor Mettagio , célèbre Poè-
ta e Scrittore France fe , cet 1 ogUa rentier
Itorquato T'ajfo alla dît a di Bergamo , fua
Patria: corne teftifica egli medefimo in t.ii
luoghi délie fue lettere: e fpecialmente nella
Sup*
Ç 1. Ce chapitre de la patrie du Taffe éroit as-
fer inutile puifque dans le fond Meilleurs Foppa ,
Ménage , Je Baillet font d'accord entre-eux. Le
premier convenant que le Tafle etoit ne à Surren-
to.
Anti-Baillet. P. I. ny
Supplica ad effa Ciith , c ne* Dialoghi del
Paître di Fam'iglia, e del Placer Oneflo, e
»^' Sonetti, Itf m altre fue Compofitîoni che
fi public heranno ,
La fama del tuo nome , onde la Senne
Più che d'altrifuoi pregï oggi rifuona ,
Di te co piu lontani anco ragicna,
A volo alzando la fublime penna.
Ma non agguaglia il vero: e/olo accenna
Quel che plu chiaro poi nelV opre Juona ;
Ond" ella al nobil crin nova corona
Tejfe, e nov ait alla tua gloria impenna,
le y tra colti d' ltalia illuflri ingegni ,
Bajfo , ignoto , à te m'ergo , e [on trajlatê
Al piié poflente e bel di tutti i Regni.
E con femplice flil , vie piu ch'ornatoy
Prego la dotta man che render degni
A' vicini del Brembo il gran lorquatp.
Pour réponfe à ce Sonnet , j'écrivis
cette Lettre à Monfieur Marc' Antonio
Foppa.
Illmo. Sïgn. mio, e Padrone col^o.
jE gui molto tempo , cb'el S'ignore Otta-
vio Falconieri , noftro comune amico , mi
diede
to, & les deux autres ne niant pas qu'il ne fûtorî-
ginaiie de Bergamc. D'ailleurs les Lertres Italien-
nes que l'on produit ici ne font pas Pièces nouvel-
les, & il y a long-tems qu'elles ont paru dans le*
Mtjc9i*nije de J»l, Ménage,
uS Anti-Baixlet. P. I.
die de notizta partie olare del gran merito di
V> S. IlL Onde io , ambiziofo di procurar-
mi Vonore de lia di Ici buona grazia, lo fup-
plicai ad offenrle da mia parte , /'/ mio ojjc-
quio , e domandarle la fua amieizia: il che
egl'i a poifatto con la fua folita gentilezza.
AlSignore Ottavio per tanto fono obligatis-
fimo perpià capi: mafopra tutlo per aver
io col fuo mezzo faito fi grand'' acquifto ,
quale è quello deW amictz'ta di V. S. Illuft.
percio che per Vamor di lui, e non per alcun
mio merito , ella s'è compiaciuta eiïammet-
termi tra tjervitori & ami ci , e mandarmi
poi quel cortefijfimo Sonetto intorno alla
patrta delTaffo: il quale r/?è ftato gratijfi-
moy non tanto per le mie lodi\ délie quali
mi trovo immeritevole : quanto per la leg*
giadria con che èfpiegato: che veramente
è compitiffimo ne l fuo génère. Sarebbe kffi~
cio mio di rifponderle con altro Sonetto , co-
rne fi fuolfare : ma di graz'ta ml perdant If.
S. Illuflr. perche fono io adejfb , non pure
nlieniffimo dalla Poe fia, ma affatto fpoeta-
to , per cosi dire;, efTendo ii iungo tempo
ch' io non ho feritto in rima, perdidiMu-
fam tacendo. Tornando poi al fuo vaghis-
fimo Sonetto, è cola ftrana che'l Manfo
fi fia ingannato circa la patrïa del Tafîb ,
di cui era tanto famigh are Çjf intrinfeco: Je
pure fi è ingannato. Fà egli menzione, non
folamente délia Chiefa di Surrento , dove il
fTaffofk battezato , ma anco di molti tefti*
rnoni di veduta, da* quali are a uditofpeffe
'volte raccontare T'orquato T'aJJ'o efjer nato
in Surrento. Soggiugne , che per accertar-
fi con gli Qcchi proprii di quefie cofe, non
Anti-Baillet. P. I. 119
gli era rmcrefciuto iïandar perfonalmente
in Surrento , e dirnorarvï alcuni di : e cbe
di pik aveva voluio cjjere intromejfo ne lie
ftejfie camere doue il Tajjo nacque. Il Gad-
di ancby egli , e l'A bâte Ghilini , ne i loro
Elogi , fcrtfiero che era il TaJJb Surrentino*
Ne provano il contrario i pafii délia Sup-
plie a alla Città di Bergamo, ne quelli del
Dialogo del Piacer Oneflo , & altri accen-
nati da V. S. Illuft. intendendofi delï* ori-
gine , e non délia nafcita del "Tafifo. Co-
munque fi fia, sa bcne V. S. Illujl. le di-
verfe opinioni intorno alla patria di quel
gran Poëta , e che le Città ai Napoli , di
Bergamo, di Surrento, di Saler no y conte-
fero già tra di loro , per averlo per Cittadi-
no. Voleva il Marini, Napolitano 3 fofTe
Napolitano.
Nacqui in Sebeto : in riva al Pô piantai
Di mia verde Corona i primi ailori ,
dice egli in perfona del Taïîb, in un fao
Sonetto fbpra il ritratto di detto Taiïb.
Ma mm sa ella iorfe cbe la Città di Ferra-
ra anch* ella pua entrare in quefia Vite ; il
Signor Conte di Brienna il gwvane , Se-
gretario di Stato del Rè Chrijlianijfimo , a-
vendo fcritto in u:-ia fita brève Relazione
de"* fuoi lunghi Viaggi , fcritta in Latino
ornât a-<nentc , e vaga-nente , e data alla luce
du<; me fi fono , cbeU 'Tafib era Ferrarefe.
Sic cbe, non pur per lafublimità de1 Verfi,
ma per lo rifguardo ancora di tante Città
cbe do*>o la fua Morte Ji vantarono d'averh
fer ÇittadinO) viens meritevolmente cbia-
mato
no Akti-Baillet. P. I.
mato POmcro delP Italica Favella. E co-
rne fi difje d'Omero-, délia nafcita del quale
fette Città contefero dopo la fua morte,
the mentre viffe , non ebbe ne cafa , ne
patria,
[R-?F7Ù fitet%0V7O Xrotetç VIX.V6S Vtfl VUTpl}'
"EîtAéto èe Çavroç ftyot ev cikÎciov,
(E un mio Epigrammd) fi puo dir Pifteff**
cofa del TaJ/o: che veramente non mend'O-
mero jù egli dalla fortuna mal traitato,
Prega in un a fua Lettera un fuo am.co a
preflargli uno fcudo ; e non avendo danari
da comprar candele , per ifcrivere i fuoi
Verfi, prega in un fuo Sonetto lafuagatta
afargli lume con glï occbi. Ma di queflo
non più. Sento che V. S. Illufl. da più an-
ni in qua fi fia applicata ad una nuova
Edizione di tutte le Opère di queflo famofo
Scrittore : di che mi r allegro injinïtamente ;
cffendo délie di lui Compofitioni ammiratore
quariP aie un altro. Fia le Opère J marri te
del Taffo , Fà menïione il Manfo d'un
Dialogo délia Crudelta , e d'un certo
Trattato , intitolato , // Civile. Mi farà
caro d'intendere fe V.S. Illufirif. abbia ta-
li Compofifcfoni : giacche fer if] e il Signor
Falconieri ch* ella n'avea moite del Talïb
non più ftampate : e fe le à , la prego a
dirmi che cofa lia quel Civile. Frattanto,
fîami lecito di darle un confîglio intorno
a quefta fua nuova edizione: cioè, di f cri-
ver la Vita di quel grand? uomo : poiche il
Manfo che lafcrijfe^ a lafeiate à dietro as-
faiffi-
A K T I - B A I L L E T. P. I. I2T
faiffinte cofe curiofe. Credo che V. S. II-
lu/trif aura adefj'u ricevute le mie OJferva-
Ztoni fopra C Aminta. Se ellafi degnerà di
hggerle , la fupplico di fignificarne gli erro-
ri ai Signor Oîtavio : acetoebe ammonito da
lui, 10 pojfa emendargli ne lia féconda edi-
zione chefi va preparando. E qui per fine,
mi coï/j'ermo per fempre ,
Di V. S. Illust.
Umiliflîmo, divotiffimo,& o-
bligatiffimo Servitore,
Egidio M en agio.
it mamlo una Lertera origina-
le del Tafio, mandatami dal
Si^nor Giuliano Pacione.
Voici la Réponfe que me fit M. Marc' An-
tonio Foppa.
Illuftmo. Signor mio, e Padron colmo.
Fra i molti oblighi che io o al Signor Ot^
tavio Falconieri , uno de"* maggiori, e fa-
ver mi aperta la flrada di far faper à V. S.
llluft. foJJ'ervanza fingolare che pvrto alla
fua perfona, e Infirma che fo de"* fuoi nobi-
lijfimi Componimenti, eJl defiderio d'efferle
Servitore : di che volli darle un picciolo e
debil fegno con quel Sonetto , troppo lodato
dalla fua cortefia^e troppo gradito dalla fua.
gentilezza. Onde mi veggo accrefciuîo l'o-
bi'igo di renderle, corne fo , grazie infinité ,
*ïom. VIL Part. L F per
122 Anti-Baillet. P. î. »
per tante drmoftrationi d'affetto , che V. S.
llhift.fi compiace cTtifar meco : C25 anco,
per fonor fattomi , col dono deW Aminta^
tanto da me più (limât q , per ventrue* ac-
crejctuto di pregio , c on Caggiunte Note dél-
ia fua dottijfima mano. Io le fô offerla di
nuovo , con quefte righe , délia miafomma
divozione : e la prego a non ifdegnarla, &
à non penfar di far mi altra grazia di quel*
la ctf io ricevo , e ricevero jempre dalf es-
fer da lei flimato veto fuo Servitore , e non
mcno deW altre fue degniffime condizioniy
ehe del fuo chïariffimo ingegno e délie Opère
parzialiffimo ammiratore. Quant o aW al-
tra parte délia fua Lettera,fe le cofe clo* io
dettai al Signor Ottauio , che mi diffe aver-
le fcritte à l7. S. Illuft. non bajlano à per-
fuaderla, che volèxdo Jïriver9 il vero délia
Patria del XaJFJ -> e^'1 non debba effer chia-
mato affoltitamente Napoliia;:o , ma nell
ifteffo tempo infieme Bcrgamafco, io non fa-
prêt che p:k aggiungere. E mi duole che
I?. S. llluflrif. in quefto , & in altri parti-
colari^ notait nelV Aminta, intorno à cos-
tumï & alla Vit a del Taffo , fi fia lafciata
guider d:il JSÏanfo : il quale non conobbe il
jfatfbfe non gli ulùmi anni délia fua zita:
rjj1 à fcritte moite bugie palmari , corne fi
vedfà daW Opère del Taffo chy io fpero di
publicare. Dïco délie Opère di quefto Au-
tore non pik Jiampate : che faranno tre Vo-
lumi : uno ai Dialoghi , & Orazioni , e
Diforfi: fra i quali non e , ne fi trovo mai
quel délia C rude h à : che per errore délia
Jiampa délie Lettere del Taffo , dice délia
Cruieltà , valezdo dire délia Nobiltà : e
COSi
ÂNTI-B AILLE T. P. I. 12^
40ii è fcritto neW Originale, ne il Civile:
arabe due quefie Opère immagmate dal
Manfo : le quaii non furono mai jcritte dal
Tafjo : di tutte Opère del quale 10 o .7 Ca-
talogo, fcritto di fua propria mano. Il je-
gondo Volume far a di Rime: fra le quaii Volume a
faranno venti Canzoni : oltre moite Ottaze, ete >n,pri-
e Sonetti. £7 terzo , far à di Légère : del- mé.
le quaii ne o quatrocento : e nelle quaii non
rifuona quafi mai altro nome che quel di
Bergamo, corne di fua patria. E nelT 0-
pere jiampate , il medefimo Tajjo non fi de-
nomino mai affolutamente Napolitano : ma
ttcl Dialogo del Padre di Famigla, inter-
rogato di quai patria egli fia, rtfponde : la
fon nato nel Regno di Mapuli , ma traggo
^origine paterna d* Bergamo. Ne rileva
Feffer egli nato e battezzato m Surreyiio ;
perche anco il Petrarca nacque in Arrezzo,
e fAnoflo in R.eggio , ne percio fon chia<-
mati Aretini , o Reggiani : ma Futio Fio-
rcyitino , e V altro Ferrarefe Et appena è
crcdibile che uomo prattico délie setter e
ftavnpate del Taffo , nelle quali fi legge-^
Bergomo, patria di mio Padre, e mia, e
più volte fi répète lo ftefj'o , pojja ferivere ,
o aver contraria opimone. Ùegli Strittâft
delta fua Vita , è folo il Manfo a denomi-
varlo affolutamente Napolitano : ma gli al-
îri tutti , o dicon ch? egli e Bergamafco, o
Vuno e V altro : ne da Uro fi, parla délia fua
patria, che non fi comlnci prima da Berga-
mo Çofi dice il Cafone: il quai pur V. S.
Illifi. moftra favèr ve'iwto. Il Gaddi lo
ch'iama uncialïbus lit cris VIRGILIUS
B K R G O M A S : il Tomafino , Nwfê*
F 2 rïale,
124 ânti-Baillet. P. I.
ri 'aie , Jano Nicio Eritreo ,lo chiamanBet-
gamafco, fe ben nato in Surrento. E Bar-
tholomeo Barbato ne lia Vit a delTaJ[o,flam-
pata in Padoua innanzi alla Hicrufalem*
me , dtce Pifteffo : e nelï' Imagine ftampata
in principio del Libro , vi fcrive intorno ,
TORQUATUS TASSUS, PA-
TRICIUS BERGOMAS, E-
TRUSCUS VIRGILIUS. Ma
Nobile eglifù veramente di Berçamo : nel-
la quai Città è délie pin Nobili la Famiglia
de' Tajfi : e di dove erano , non folamente
gîi avoli finoi, ma Bernardo fuo Padre : il
quaV avendo comunicata al figlholo la vi-
ta e Vingegno , gli a comunicata infieme la
patria; e vuol cl? ejfafia à parte délia [ua
gloria. Et io aggiungo , che le due [oie pre-
dette Città, Bergamo e Sorrento che fi
comprende fotto Napoli , pofion effer chla-
mate patria delT'ajfo, e non altre. Et e-
gli medefimo in unafua Lettera manufcrit-
ta, che fi Jiamperà, dice iïefler fimile nel-
la patria , non altrimenti ad Omero , del
quale è incerta la patria, ma fi bene à Ci-
cérone, che ne'bbe due', e certe , e conclu"
de, d'efier infieme Bergamafco , e Napoli-
tano , cioè Sorrentinç. E la Le t ter a è ori-
ginale , corne fon quafi tutte quelle chy ioho :
perche nonmifondofopramenzogne. On*
de crederei che V. S. llluft. con que fie au-
torité, e con quefti Tejlimoni potejfe , o ris-
tam-
% t. J'aurois mieux aimé dire : Joachim du
Bellay ,8c Jean Ovren ont fait des Epigrammes con-
tre ce Livre, parce qu'en difant firent il fcmble que
cei deux Auteurs ayeat été contemporains, le qu'ils
ayeat
Anti-3aillet. P.I. 125
twnpando V Aminta. 0 in altra marnera^ corn-
piacerfi di far quefl? alla mia intercejjione ,
CJ2 al mio Sonetto^che richiede alla fua pen-
na la cou fer madone di quejla verità ; con-
forme alla mente & aile fer Itture del Taffo ,
e corne pegno ficuro apprejjo di me délia fua
defideratijfiûîci graz'ta. Et à V. S. llkiftrif
per fine , fà la débita river enza,
Di V. S. III.
Umîlifilmo, divotîlîîmo, & oblr-
gatiiîimo Servitore,
Marc' Antonio Foppa.
Di Rom a U i-j. di M*rz,o \C6i,
xxxrx.
Du Livre de Nicolas Bourbon , V ancien.
intitulé Nugas.
MOnfîeurBAiLLET. Cet Auteur a Page 137,
laiffe huit Livres d' Epigrammes qu'il Tome 4.
a appeliez fes Niaiferics. raitlC x*
Ménage. Joachin du Bellay & Jean
Owen firent des Epigrammes contre ce
Livre (1) au fujet de ce titre. Voici TE»
pigramme de du Bellay :
Pauh
ayent fait leurs Epigrammes contre Bourbon dans
le même rems, quoiqu'Owcn qui vivoit encore en
1617. ne fût peut-être pas ne lors que du Bellay
3U9UIUF.
F3
i~x6 An t i-Bâillet. P.I.
Paule, tuum mfcribis Nugarura nomine 1À»
brum y
In toto Libro nil melius titub.
Voici celle de Jean Owen :
Ghias tu dixijli Nugas-, non ejfe putajti.
Non dico Nugas eJJ* , ftd ejfe pat 9.
Le mot de Niaiferies exprime mal ce-
lui de Nug*. 11 falloit dire Badmeries^
Bagatelles.
XXXIX. bis.
Ignorance de Mr. Baillet dans VH'tftoire
Eccléfiaflique. Mr. Baillet n'a jamais
lu le Concile de Latran ni celui deBafle*
Mr. Baillet ne fait ce que c*eft que la
Dignité de Théologal.
MOnfieur Baillet a fait un grand
difcours des Préjugez fuivant les-
quels on a de coutume de juger des Li-
vres: lequel il a inféré dans le premier
Tome de fon Livre des Jugemens des
Savans. Tout ce Difcours , qui dure de-
puis la page 118. jufques à la page 572»
peut être réduit à ce mot , // faut juger
des Livres avec candeur & fans préoccu-
pation : Et c'elt ce que Mr. Baillet ne fait
pas.
A la page 187. à propos de rien, il dé-
bite un grand lieu commun touchant le ti-
tre de S.bolaftique parmi les Grecs, les.
Romains, & les François. Quelles pué-
rfiitcz! il
Anti-Baillet. P. î. 127
II dit à la page 191. Aitifi celui qu'on
appelait par honneur le Scholaltique de
l'Eglife , n'était autre ckofe que celui qui
s'appelait en certains lieux le Prîmicier , ou
le Maître de l'Ecole: y en a' autres , V E-
coldtre, ou le Théologal : a la fonction
\ il y avait une irré'jcnde de l'Eglife
attachée pour fifihfiflance. Le vieux Be-
noré aujji de cette qualité de
ScholaIlique,^r,7«^ que d'être tombé dans
des erreurs. Mais ce n'était qu\\ caufe de
fa Théologale de Saint Martin de Tours.
il y a ici autant de fautes que de lignes.
Voici les fautes de Langue Le Maitre de
V Ecole. Il faut dire , le Maiir* Ecole.
C'elt ainfi qu'on parle dans les lieux de
France où le Schoîaftique s'appelleen La-
tin Magifler Se ho la:. Une Prébende de l'E-
glife attachée. Ce mot attachée e(l équivo-
que à celui d'Eglife & à celui de Prébende.
Tombé dans des erreurs. Quelle façon de
parler > MaiscerSétoit. Après avoir dit,Z>f-
rençrcr {lit honoré auffi de cette qualité de
Scholafîique, il falloit dire, 71 lais ce ne fut.
Voici les fautes qui regardent les cho-
fes. La Dignité de Scholaft'que & celle
de Théologal font deux Dignité* différen-
tes. Le Schokllîque , c'elt le Chef de
l'Ecoîe : appelé en quelques lieux où il
y a Unîvcrliré, le Chancelier de CUnivcr-
■ologal , c'ed un Chanoine
d'une EgHfc Métropolitaine , ou Cathé-
drale, institué pour enfe'gncr la Théolo-
gie à fes Confrères, & pour leur prêcher
la parole de Dim. Ces Théologaux (ce
les (impies Prêtres habituez de Paris
F 4 n'i-
128 Anti-Baillet. P. h
n'ignorent pas) furent inllîtuez à l'égard
des Eglifes Métropolitaines par le Conci-
le Général de Latran tenu fous Innocent
III. qui commença en ,1215-. & à l'égard
des Eglifes Cathédrales , ils furent infti-
tuez par le Concile de Balle qui commen-
ça en 1431. & comme le Concile de Balle
n'eft point gardé en France pour la poli-
ce , la Pragmatique Sanction , au para-
graphe Statuimus (1) du Titre des Col-
lations, établit les Théologales dans les
Eglifes Cathédrales & Métropolitaines.:
& l'Ordonnance d'Orléans (qui eit du
mois de Janvier 15-60.) dans les Eglifes
Cathédrales ou Collégiales. Bérenger ,
Archidiacre d'Angers , qui vivoit dans
l'onzième fîéclev ne peut donc pas avoir
été Théologal de Saint Martin de Tours.
Ce qui a brouillé Mr. Baillet, c'eft que
Bérenger étoit Maîtr'Ecole & Chancelier
de l'Eglife de Saint Martin de Tours: car
Papirius Maflb s'eft tout-a-fait trompé en
difant qu'il n'avoit jamais été Maîtr'E-
cole de cette Eglife. Dans un titre de
Saint Martin de Tours de 1081. il figne,
Berengarius , Scholœ D. Martini Magtjler.
La Chronique de Tours: Anno M. LX.
cîarebat Berengarius, Grammaticus, Aa-
degavenfis Archidiaconu» , & Tbefaurar;ns
necnon Mapfter Schalarum , çjj3 Caméra-
nus Sandi Martin:. On prêtant , pour
le marquer en palïimc , qu'il a auffi été
Maî-
Ç 1. C'eft au paragraphe SepttMtttr. Il n'y a.
point de paragraphe «Uns toute la Pragmatique
Swe-
ànti-Baillet. P. I. 129
Maîtr'Ecole d'Angers. C'eft J'opinion
de Papirîus Maflb au Livre 3. de fes An-
nales de France : de Louis Servin Avo-
cat Général du Parlement de Paris, dans
Ton Plaidoié pour Hamilton: de Claude
Ménard Lieutenant de la Prévôté d'An-
gers, dans Ton Traité Manufcrit de l'U-
niverfiré d'Angers , & dans l'Eloge de
Bérenger: de Maam, dans fon Hiftoire
des Archevêques de Tours , au chapitre
d'Hildebert : de Céfar Egafîe du Boullay ,
dans fon Hiftoire de l'Univeriité de Pa-
ris ; & de Raoul Moufnier , dans fon
Hiitoire de Saint Martin de Tours. Mais
Mr. de Roye, ProfefTeur en Droit de
l'Univeriité d'Angers, dans fon Livre de
la Vie, ^de l'Hércfie, & de la Pénitence
de Bérenger & Mr. de Launoy dans fon
Livre de Scholis , prétendent au contraire
qu'il n'a jamais été Maîtr'Ecole d'An-
gers, & qu'il ne l'a été que de Tours:
fondez fur l'endroit de la Chronique de
Tours que je viens de rapporter. C'eft
une queftion que j'ai traitée problémati-
quement dans mes Rémarques fur la Vie
de Mathieu Ménage, premier Théologal
de l'Eglife d'Angers , qui fut député au
Concile de Bifle par l'Evêque & par le
Chapitre d'Angers , & par les Pères du
Concile de Balle vers le Pape Eugène
IV. Mais je croi préfentement que Bé-
renger n'a point été Maîtr'Ecole d'An-
gers.
Sanûion qui commence par Stat*,imus. C'eft appa-
remment le titre 10. du Concordat que M. Ména-
ge vouloit citer.
F -7
130 Anti-Baillet. P. I.
gers. Ce que Claude Ménard a écrit que
dans les Titres de l'Abaïe de Saint Ni-
colas d'Angers il avoit pris la qualité de
Maîtr'Ecole d'Angers , ne te trouvant
~ ^ cftt>'JS véritable. Et dans le Titre du Don
Ce Don eit' _ , . .ni , *
imprimé de la Contefle Grecia, qui eft dans la me-
dansieKc-me Abaïe , Bérenger n'y prenant d'autre
cueil des qualité que celle teGrammattcus\ & un
tt'teA* R^inaldus y prenant celle te Chancelier \
baïc par lccVîl-à-dire de Maîtr' Ecch\
ïÉlcticr. A l'égard de la Dignité de Prîmicier
que Mr. Baillet confond avec celle de
Scholaftique, c'étoit aufîi une Dignité
différente de celle de Scholailique. Mr.
duCange dans fon Glofïaire rapporte plu-
iieurs lignifications du mot Primicerius :
parmi lefquelles il y en a une tirée de
YOrdo Romanas] qui femble favori fer l'o-
pinion de ceux qui croyent que le Primi-
cerius avoit le foin d'enfeîgner les Ecclé-
fiaftiques de fon Eglife. Mais il eit tres-
vrai-femblable que ces enfeignemens ne
fe doivent entendre que des Offices divins,
je veux dire que la fonction de ce Pri-
micerius étoit de montrer aux inférieurs
le chant & les cérémonies , afin que la
décence & l'uniformité fuiTent gardées
dans TEglife. Ce Primicerius n'étoit donc
à proprement parler que ce qu'eft aujour-
d'hui le Chantre: ce qui a été remarqué
par Mr. du Gange. Le
f i. Ceux qui ap;ès Cujas ont cru que Primî-
eerim venoit Amplement de Primus, & que Ceriut
n'etoit qu'un* extenfion du mot, fe font trompez,
cerre extenfion feroit trop peu naturelle, Ou ae
jtut doiitcx que Primittrim ne vienue 4c Prim; s 2c
de
Anti-Baille t. P. T. 131
Le Primicerius de TEghTe de Mets; (on
l'appelle Princier) & qui l'eft aafîi de l'E-
glife de Toul & de celle de Verdun ; ce
qui eft remarquable; n'a pas cette fonc-
tion. C'eit la première Dignité du Dio-
céfe après l'Evêque. Et il prclîde même
aux AiTembïées du Clergé à l'exclulion
de l'Evêque: ce qui convient bien à Ton
nom: car Primicerius , c'eft le premier;
c'eft le Chef: primas in ccra: c'eil-à-dire
in Catahgo :Ow trouve dans le Code Jus-
tinien, Primicerius Domeftrtorum y Pro-
terlrrum Principis ; Primicerius Fabricen-
fium ; Primicerius Me n forum ; Primice»
ri:: s facri Cribiculi ; Primicerius Officio-
rum l^f Scriniorum Palatinorum. Et dans
Luitprandus, Petras Primicerius Apoftù-
:. On a dit de même Secundicerius ,
pour dire le fécond. Seczindicerius Nota-
riarum, dans le Code Théodofien, en la
Loi 2. de Peiitionibus. V oyez le Gios-
fiire de Mr. du Cange. On a dit auiTï
Qapicerius : d'où nous avons fait le mot
de Cbévecier, Et quoique le Princier
& le Chévecier foient deux Dîgnitez Ec-
cléfîaftiques différentes , ces deux mots,
quant à l'étymologîe., font de même li-
gnification (1). C'eft pourquoi l'Auteur
de l'Ancienne Vcrlïon Françoife des Dé-
crétales a traduit le Titre de OfficioPrimi-
cerii
de c(ya, fur tout après ce pafTaged'Hygin de Vmv.ilu:
■ ■:dr's pag. 132. de l'édition de Turnebe. Has
con'era.i;i;>ies , fui !atâ ferte , quidam tabulas appe'lave'
- . Quelques- ur s ont cru que C-pctrius de
meme venoir de capy.t ôc de «ffa, enta fetlicet luHikn
F 6 fi*
132 Anti-Baillet. P. î.
ceriipav ces mois De l'Office de Chevecier,
Le Princier , c'eft le premier de l'Egli»
fe (1). Le Chevecier, c'eft celui qui a
foin du chevet de l'Eglife: c'eft-à-dire, du
fonds de l'Eglife depuis l'endroit où la
clôture commence à tourner en rond.
Dans le Nécrologe de l'Eglife de Paris
de 1316. au 18 Juillet; ce qui m'a été in-
diqué par Mr. l'Abbé Chaftelain , Cha-
noine de l'Eglife de Paris; le Capicerius
eft appelé Ca-pHiarius.
Après ce grand nombre de fautes qu'a
faites en iix lignes Mr. Baillet dans l'His-
toire Eccléfiaft'que , je croi que mes
Lecteurs font bien perfuadex qu'il eft peu
informé de l'Hiftoire Ecclénaftique.
J'oubliois à remarquer, (car j'écris ces
Remarques avec beaucoup de précipita-
tion) que Mr. Baillet ne peut s'exeufer de
la faute qu'il a faite d'appeler Béranger
'Théologal de Saint Martin de Tours , en
dilant qu'il l'a ainfi appelé , pareequ'il
en-
fcrîbelmtHr in capite cera, & ont pris droit de dire là*
deiTus que Primicerius & Capicerius etoient confor-
mes en lignification comme en eiymoîogie. C'a été
l'opinion de l'Auteur de l'ancienne Verlîon des Dé-
crétais, qui n'a pas pris garde que Chevecier ne ve-
noit pas de Capicerius , mais que le Latin au con-
traire avoit été fait pour exprimer le François. Il
eft certain que Capicerius eft un terme Latin-barbare
qui n'a jamais lignifié autre chofe que Cbejfecier ou
Chevecier. Primicerius s'eft dit pour le premier de
chaque ordre, de chaque clafle en quelque fonction
que ce fût ,Eccléliaftiquc ou Séculière. On ne trou-
vera nulle part Capicerius en ce fens,mais feulement
en celui qui a été marqué par M. Ménage. De Chef
on a fzxtChefet & d%$et,en Latin Capitiumy de Chefet
■& chcvtt on. a fait Ç*Jir«Vr fc Chtvtçitr, eu Latin
Ct-
x\nt i-Baillet. P. I, 133
enfeignoit la Théologie dans l'Eglife de
S. Martin de Tours. Ce qu'il a dit, qu'à
la fonction du Théologal il y avoit une
Prébende attachée, ne permet pas de dou^
ter qu'il n'ait entendu parler de nos Théo-
logaux : pour la fubiiftance defquels l'Or-
donnance d'Orléans a ordonné qu'on
prendroit une Prébende.
Voici les termes de cette Ordonnance:
En chacune f gîife C 'athédrale , ou Collégia-
le , fera réfervé une Prébende affedée à
un D odeur en Théologie. L'Article 34.
des Etats de Blois dit la même chofe. Et
la Pragmatique Sanction: dont voici les
termes : Taliter videlicet , quod quilibet
Collator ipfarum Prœbendarum ieneatur
cjf dcbeat conferrc Canonicatum & Pr<e-
bendam cjuamprimum facultés Je abtulerit 7 ,
Cif i avenir e poterit , &c.
XL.
C*pherins ou Capitiarins , mais encore une fois on n'a
jamais dit Cspictrim pour in capitc cer* , id efl , taèu-
U fcriftusy éc ainfi il n'eft pas vrai que ce mot ,
quanta l'étymologic,fbit de même lignification que
Tfitnictrif.s.
^f 1. J'avoue que le Princier, Primicerius, fe prend
quelquefois pour le premier de l'Eglife. Dans les
Gattulaires par exemple de l'Abbaïe de S. Etienne
de Dijon, l'Abbé eft quelquefos qualifie Primice-
rtHs , fc il eft alors indubitable que ce mot lignifie
le premier de l'Eglife, mais il eft indubitable auflï
que Primictrius fe prend plus ordinairement pour le
Chtntre, & dans cette lignification Primictrius n'eft
que Primktritit C*ntorum , & non pas Primictrim E>_
F 7
134 Anti-Baillet. P. î.
XL.
Ignorance de Mr. Baillet dans la Jurifpru*
dence. Mr. Baillet ne fait ce qy.e tlefl
que le Livre des Bafiliques.
J*Ai fait voir dans la Remarque précé-
dante que Mr. Baillet avoit peu de con-
noiflance de l'Hiitoire Eccléliaftique. Il
n'en pas plus favant dans l'Hiitoire du
Droit. Cette Remarque le va démon-
trer. Il dit à la page 381. du 2. Tome .
Part. 3. en parlant des traductions de Gen-
tîen Hervet , que Gentien Hervet a tra-
duit les huit Livres des Bafiliques ou Con~
ftitutions Impériales des ILr/ipereurs de
Confiant impie. Mr. Baillet a fait ici au-
tant de fautes qu'il a dit de mots. 11 dit
qu'il n'y a que huit Livres des Bafiliques:
& il y en a foixante, & cet Ouvrage a été
appelé JJifK«VT«66X«ç , c'eft-à-uire, les foi-
xante Livres : qui effc un titre qui a auffi
été donné à la Collection des Livres
d'Hippocrate: à la referve des Aphoris-
mes , du Serment, & des Pronoftiques:
comme nous l'apprenons de Suidas dans
Téloge d'Hippocrate. Et l'on a encore
appelé du même nom la Collection des
Livres du Vieux & du Nouveau Tefta-
ment. Du moins, c'eft ainli que l'appe-
lent Alexius Ariftinus, & Siméon le Lo-
gethéte dans l'Epitôme du dernier Canon
des Apôtres, imprimée dans la Bibliothè-
que du Droit Canon Ancien de Mr. Juftei
& de Mr. Voël, Mais pour revenir aux
Ba*
Anti-Baillet, P. I. 135-
Bafiliques, elles font appelées èfawvTtëi-
fikoç par Michaël Pfellus dans Ion Sywp~
fis Legum à l'Empereur Michel Ducas
imprimé à Paris en 1632. chez Camufat
par les foins de François Bofquet Juris-
confulte de Narbonne, depuis Evolue de
Montpellier.
Ilffls 74/73/5 f*âfOi mipvxs? ùi iïeœçcc) rvvTct%a$.
7En* c-vvoTTtKMTepsy tu Auvtoç f&tÇxioy ,
Tcrrei» ifypMiÇ&àotyTTéirrai 7«5 iépusf%eu
Harmén-opule , au commancement de
fon Manuel , témoigne qu'elles étoient
appelées du même nom. Et c'efl ainfi
que les ont nommées enfuite les Jurîs-
confultes modernes. Cujas au chapitre
9. du VI. Livre de les Obfervatîons, fait
mention de cette appellation en ces ter-
mes: Bd7;hr/.X-j Libros milgo e^jjK0VT«€i-
£àov nâtncupartint , qnôd fmt LX. âïvlfi in
tsCx'A fex : non quatuor , tit flerique pu*
tant. Jofeph Marie Suarés , Evêque de
Vaifon , a dit la même chofe dans la doc-
te Préface fur les Balïliques. Je ne m'é-
tonne pas que Mr. Bailler n'ait point vu
ces partages de Pfellus, d'Harménopule,
de Cujas, de Suarés; car il n'en elî pas
encore aux Jurifconfultes; & il apprend
la poterie fur le pot: Mais je m'étonne r»r *$pm/à-
extrémement qu'étant Bibliothécaire d'u- ■£ *••**
ne auiîi grande Bibliothèque qu'eft celle *!jw7£c
de Mr. de Lamoïgnon, il n'ût pas feule- Grec,
ment vu lorfqu'il fît cette faute, la pre-
mière feuille du Livre des Balïliques ; qui
ell un Ouvrage coniîdérable puïfqu'il
corn-
\l& ânti-Baillet. P. I.
comprend fept volumes in-folio. S'il Vût
vue, il y ût lu cette infcription, Bar/À*-
'A&v Libri LX. in VII. T'omos divifi. Mais
il n'avoit pas même lu en ce tems-là la
première feuille de la verfïon de Gentîen
Hervet; car elle fait auffi mention de ces
foixante Livres des Bafiliques. Libri
VIII. B«(7iA^wv àioLTâfcsuv, id eft , Impe-
riaiium Conftitutionum ; in quibus conti-
netur tetum Jus Civile à Conftantino Por-
fhyrogexneta in LX. Libros redaélum.
La fegonde faute de Mr Baillet, c'eil
qu'il dit que Gentîen Hervet a traduit huit
Livres des Bafïliques: & il n'en a traduft
que fix: qui font, le 28. le 29. le 45-, le
46. le 47. & le 48. ce qui a été remarqué
par Mr. Fabrot dans fa Préface des Bafi-
iiques: en ces termes:/).? Libris XXVIII.
XXIX. XLV. XLVL XLVIL XLVIIL
quos Gentiauxs Hervet us Latine verterat ,
hoc tant km dicam , Hervetum doéiijjimum
qu'idem fuijfe , feâ nrjn Juris : (c'eft ce que
OnMustvir Çujas difoit de Conan) ut intejrros vertere
tri doaîlfi- 1 * r ■ J
mus rtànon mAluerim ^ quam verjionem ejus emenaare.
Juris. Cor- Jam Cujacius in eruditijjima Prafatione
rtmfipttdi- Libri LX'.fatis monuerat quid in ejufmodi
ttwu*p*r<- 'verfî0'/2e defideraret. L'Evêque de Vaifon
dh,cjHHn en conte fept, mais il dit que de ces fept
ejus Com- \\ n'y en a que quatre entiers.
£T US a' Cette faute de Mr> Baillet eft excufable :
C'eftdâns Gentîen Hervet ayant dit lui-même dans
feb com- l'infcrîption de fa Verfion que cette Ver-
raentaires fion contenoit VIII. Livres des Baiîlîques.
vrc d£ Ll" Ge <H" a trompé Hervet , c'eft que le fe-
Queftions gond Tome des deux qu'il a traduits,
de Papi- contenoit tant de titres , qu'il a crû , cora-
** me.
A uti-Bai llet. P. I. 1^7
me il le dit lui-même, qu'il contenoît du
moins quatre Livres comme le premier.
La troiikme ftute de Mr. Baillet dans
le paiïage ci-dcAus allégué, c'clt que de
la manière qu'il s'eft exprimé , il parok
qu'il a crû que le Livre des Bafiliques con-
tenoît feulement les Conltitutions des
Empereurs de Conftantinople. Ce qui cft
très-faux. Voici l'Hittoire des Bafiliques.
Les Bafiliques , rà BaaKrAà , font les
Loix des Empereurs : comme les Epar-
chiques , toc, 'Ezupxr/à , font les Edits
des Préfets du Prétoire. Et les Livres des
Bafiliques font les Loîx des Romains tra-
duites en Grec; c'efl-à-dire , le Digefte,
le Code Juftinien, les Novelles de Jufti-
m'en: à quoi on a ajouté quelques Edits
de Juftinien, de Juitin le Jeune, de Tibè-
re de Thracc, de Zenon, & de Bafile le
Macédonien. Cette Traduction fut faite
par les ordres de l'£mpereur Léon le Phi-
lofopbe , comme nous l'apprenons de
Pfellus dans fon Sympfis Legum, d'Har-
ménopule dans fon Manuel, & de Bal-
famon dans fes vers. Et l'Empereur Léon
fe fervit pour cet Ouvrage de Sabbatius
Prorofpatarius, comme nous l'apprenons
de Mathieu BJaltarés. Et dans ce même
tems Phctius, Patriarche de Conftantino-
ple, iît la Collection des Canons, qu'il
appela Nomocamn. Quelques- uns ont cru-;
& cmr'autres, François Balduin; que les
Bafiliques avoient été faites par l'ordre de
l'Empereur Bafile, Père de Léon le Phi-
lofophe. Mais en cela ils fe font trompez.
nm ivepta cfl opinio^ qui Bafilio Bafilî-
ÇA.
■138 Anti-Baillet. P. ï.
ca tribuum , dit Cujas. Et ce qui les 3
trompez , c'eft que l'Empereur Bafile ,
conjointement avec fes fils Gonftantin &
Léon, avoit commencé à faire travailler
à la Verfion Grecque des Loix Romai-
nes : comme nous l'apprenons de Cédré-
nus dans l'Hiftoïre de l'Empereur Baille,
Et c'eft par cette raifon que l'Empereur
Léon le Philofophe dans fa Novelle 71.
attribue par honneur les Baliliques à fon
père Baille. Gar parlant dans cette Novel-
le de l'efpace qu'il faut laiffer entre le bâ-
timent que veut faire un particulier , &
les terres labourables, ou les vignes, d'un
autre particulier, il dit que la Loi qui or-
donne cet efpace a été faite par fon père.
C'eft la penfée de Gujas au chapitre 31. du
Livre XVI II. de fes Obfervatîons. L'Em-
pereur Balïle voyant beaucoup de confu-
iïon5 & quelques défauts, dans le corps
du Droit des Romains, avoit donc réfo-
lu, comme dît Gédrénus, de le refondre,
& de le faire traduire en Grec. Mais pré-
venu par la mert, n'ayant pu qu'ébaucher
cet Ouvrage, fon fils Léon l'acheva. Il
eft vrai néanmoins que Balile acheva le
TJpd%f/pcv vo'jxwv (c'eft- à-dire * le Manuel
des Loix) conjointement avec fes fils
Gonftantin & Léon. Et comme cet Ou-
vrage étoit divifé en 60. Livres, de mê-
me que les Baliliques , cela peut avoir
côn-
Ç 1. Premièrement "e ne fai s'il ne vaudroît pas
mieux faire Bafiiiques du ma'culin, quard ce ne fc-
roit que pour éviter l'équivoque de B épique dans l.t
lignification d'Eglite ou de PaJais. Secondement
i«
Anti-Baillet. P.î. 139
contribué à faire croire que Bafile étoit
Auteur des Bafïliques. Mr. l'Abbé Huct,
nommé à l'Evéché de SoilTons, & digne
d'une plus grande Dignité , a écrit dans
Ion Dialogue de Claris Interpreùhus , que
les Bafiliques furent faites par l'ordre de
B.Uile, de Léon, & de Conftantin le
Porphyrogennéte ([)• A l'égard de Bail-
le, il a cru par les raifonsque nous avons
rapportées , qu'il avoit contribué à cet
Ouvrage. Et à l'égard de Léon le Philo-
fophe , fils de Baille, il a û en vue les
pafTages de Pfellus, d'Harménopule & de
Balfamon , dont nous avons parlé. Et à
l'égard de Conftantin le Porphyrogenné-
te, fils de Léon, il a cru qu'il avoit part
à cet Ouvrage à caufe de ce qui eft dit dans
la Préface des Vers de Balfamon , que
Conftantin le Porphyrogennéte eft Auteur
de VAvcuuièctptn-ç. Mais Cujas a fort bien
fait voir que cette Anacatharfe de Cons-
tantin le Porphyrogennéte étoit feulement
une répurgarion ; c'efcà=dire , une- cor-
rection des Baliliques-de Léon le Philofo-
phe ; & pour ufer des termes de Cujas,
Bafilica repetitee prœleftîonis. Et <i Balfa-
mon par cette Anacatharfe , dont il parle
dans fa Préface, avoit entendu parler des
Baiiliques, il fe feroit contredit: cardans
le corps de fes vers il dit nettement que
Léon le Philofophe eft l'Auteur des Bi-
liii-
je ne trouve point que M. Huet fafTe la moindre
mentiou de JïafiJc, de Léon, ni de Conftantin , en
aucun endroit de Ton Dialogue, du moins de l'édi-
tion in 4. i€6r.
740 ânti'Baillet. P. F.
filiques. En un mot, il n'eft plus révoque
en doute que le Livre des Bafiliques ne
foit de Léon le Philofophe. JEquiores
AUtem rerum yudices heic monendi funt ,
Libros Bafilicon in Libros fexaginta a Leo-
ne Imper atore , (quo audorc cenferentur
Bafilica , anteà non canveniebat) divifos ,
integros ad nos non perveniffe, dit Mr. Fa-
brot dans fa Préface des Bafiliques. Et ce
qu'a écrit Hervet à la tête de fa verfion,
que les Balîliques avoient été divifées en
LX. Livres par l'Empereur Conftantin
le Porphyrogennête, eft dit fans preuve.
Il me refte à remarquer, que l'Auteur
du Catalogue des Manufcrits de la Biblio-
théque de faïnt Laurens de Florance, im-
primé à Florance, & en Hollande, attri-
bue à faint Bafile le Livre des Bafiliques ,
intitulé Synopfis Bafilicuv , & publié par
Léunclavius : qui eft une bevuë épouvan-
table. J'en avertis Mr. Baillet, afin que
lorfqu'il parlera de cette Synopfis , il lia
faiTe pas la.mêmebevuêV
XLI.
Quelques particularitez touchant Carnéade.
£j Zenon , ignorées par Mr. Baillet.
MOnfieurBAlLLET. On dit que Ze-
non le Père des Stoïciens avoit corn*
pofé 705". Opufcules différentes', qui , non-
obftant leur multitude , étaient d'une fi
grande force, que Carnéade de ly Académie
ayant entrepris d'y répondre , s^étoit cru
obligé toutes les fois auy il prenait la plume
pour
Anti-Baillet. P. I. 141
f*ur le réfuter , de prendre auparavant de
F Ellébore blanc pour fe purger & fsrtifier
la tête , & pour empêcher que l'eflomac ne
lui envoyât de; vapeurs au Cerveau. Mats
on ne convient pas que tous ces Ouvrages ne
fuffent que d'un feul C55 même Zenon. Et
quelques-uns doutent que ce fût au Chef des
Stoïciens qu'en v&uloit Carnéade.
Ménage. C'eft de cet endroit de
Chriftianus Libérius dans fa Bibliophilie,
page 6. que Mr. Baillet a pris ce qu'il dit
ici de ce grand nombre des Livres de Ze-
non : car comme je l'aï déjà remarqué
plulieurs fois, Mr. Baillet ne puife pas
dans les fources: Zeno Stoicorum Pater ,
ufque ad feptlngenta quinque (TvyypxfA(j.ci-
tx , five opufcula , cvulgavit. Je ne fai
d'où Libérius peut avoir pris cette parti-
cularité : Diogene Laërce dans l'énumé-
ration des Livres de Zenon, le Père des
Stoïciens, n'en conte que douze. Il elt
vrai néanmoins que ce Père des Stoïciens
^n a écrit davantage : & je me fouviens
d'avoir remarqué dans mes Obfervations
fur Laérce , que Laërce même fait men-
tion de quelques Livres de Zenon, dont
il n'a point parlé dans l'énumération des
Livres de ce Zenon. Et dans fa Préface,
il dit, que notre Zenon avoit fait beau-
coup de Livres ; que Xénophane en avoit
plus fait que Zenon, & Démocrite plus
que Xénophane; & Ariftote plus que Dé-
mocrite; & Epicure plus qu'Ariftote, &
Chrylippe plus qu'Epicure. Et Epicure,
comme l'a remarqué Mr. Baillet, n'en a-
Y.oit fait que trois cens. Ce qu'a dît I i-
bérîus
142 Anti-Baillet. P. I.
bérius de ce nombre des Livres de Ze-
non, eft donc abfolu ment faux.
Mr. Bailler, dit qu'on ne convient pas
que tous ces Ouvrages ne fuffent que
d'un feul & même Zenon. Quelle façon
de parler pour un homme qui fe pique
de bien parler? Ce feul & même n'eft pas
dit élégamment. 11 faloit dire d'un même
Zc'?ion. Mais il n'eft pas ici queftion de
langage, il eft queftion de chofe. Qui a
dit à Mr.Baillet qu'on ne convenoit pas
que ces 705. Livres de Zenon fuftentd'un
même Zenon ? C'eft une queftion qui n'a
jamais été agitée par aucun ancien ni par
aucun moderne : ces 705-. Opufcules de
Zenon étant de l'invention de Libérius;
dont le Livre de la Bibliophilie a été im-
primé à Utrecht pour la première fois en
i68r. il y au quatre Zénons Philofophes.
Zenon Eléate, Difciple de Parménide;
Zenon de Citie , qui eft le fondateur des
Stoïciens ; Zenon de Sidon , Philofophe
Epicurien ; & Zenon de Tarfe, Difciple
de Chryfippe. Ce dernier Zenon avoit
peu écrit , comme nous l'apprenons de
Laërce. Et perfonne n'a dit que Zenon
J'Eléate , & Zenon l'Epicurien uflent
beaucoup écrit. Et ainfi tous les Livres
de ces quatre Zénons ne peuvent aller
jufqu'à cent.
Mr. Baillet ajoute , que quelques-uns
doutent que ce fût au Chef des Stoïciens
qu'en voulût Carnéade. Je ne penfois pas
que Mr. Baillet en fut tant. En effet,
Jonfius explique ce Zenon contre lequel
ccrivoit Carnéade, du Zenon de Tarfe-
le
Anti-Baillet. P. 1. 143
le Difciplc de Chrylïppe. Eundem credo,
dit-il , en parlant de ce Zenon, contra
quern Carne ad: s feripturus , Elleboro je
prias purgabat : de quo PUnius Hiftoriœ
Naturalis XXV. 5-. Vahrius Maximus
Vlll. 7. Geljius XVLl. ïj. Fulgentius Li-
bru I. i l aj oûte : quod tamen Chryfippo tri'
huit perperam Petronius in Satyrico. Ter-
tullianui Libro de Anima cap. 6. Hiero~
nymMS Commemario in Epiftolam ad Gala-
tas. Je penfois que Mr Baillet ût vifé à
cet endroit de Jonlîus , lorfqu'il a écrit
qu'on doutoit que ce fût au Chef des Stoï-
ciens qu'en vouloit Carnéade : Mais je
viens préfentement de lire dans fes Cor-
rections qu'il a û une autre vue. Voici
fes termes: S. Auguftin dit que Sétoit lors-
que Carnéade voulait dtfputer contre Chry-
fippe qu'il fe purgeait le cerveau avec de
F Ellébore blanc. Mais quoique F autorité
de S. Auguftin pour ces foi tes de faits , n'ait
rien au defj'us de celles des Auteurs profa»
nés ; cela nous fait toujours penfer que la
plupart de ces relations font fufpeéies. Ceft
aujfi ce que f ai voulu marquer Jorfque j'ai
ajouté, après Oyfélius, & quelques autres,
que ce fut au Chef des Stoïciens qu'en vou-
lait Carnéade. Voici , félon moi, com-
me la chofe doit être décidée. Carnéade
étoit Académicien, & les Académiciens
en vouloient fort aux Stoïciens, & les
Stoïciens aux Académiciens . Et Carnéa-
de en vouloit perionnellement à Chrylïp-
pe, célèbre Stoïcien. Cicéron: Carnca*
des Ubenter in Stoicos invehebaiur. Dio-
gcaeLaërce; K*pvf«^ç rà TwvSrwftwi
Pi-
m Akti-Baillet. P. I.
&i€k/x àvceyvxç , imfi&éçarct rà Xpvïfa-
7T8, énicMÛç àvrcTç d vréhêys , vuî év^ixépsi
to<T8tov, ace êiteTvo è'xi'héyeiv, 'Ei /xvj yàp
XpvciTJOç, 8* £v vjv gya. Il faut expli-
quer ce Grec à Mr. Baillet: car il ne
l'entend pas. C'ell-à-dire: Carnéade ayant
là les Livres des Stoïciens , & très -dili-
gemment ceux de Chryfippe , il écrivit con-
tre les Livres de Chryfippe. Ce qu'f lui
J accéda fi bien qu'il d'if oit , fi Chryfippe
n'av oit point été ', je Maurois point aujji été.
Il n'y a donc point d'inconveniant de di-
re que Carnéade fe purgeoit le cerveau a-
vec de l'Ellébore blanc , lorfqu'il écri-
voit contre Chryfippe, comme l'ont dit,
Pétrone, Tertullien, & S. Jérôme, aux
lieux alléguez; & S. Auguftin au chapitre
19. du Livre I. contre Crefconius. Et
Jonfius n'a pas raifort de dire qu'en cela
ils fe font trompez: & particulièrement,
Valére Maxime (qui eft un Auteur an-
cien) ayant écrit la même chofe. C'eft
Jonfius qui s'eft trompé , en difant que
Valére Maxime a nommé Zenon & non
pas Chryfippe. Voici les termes de Va-
îére Maxime: cum Chryfippo difputatums,
Rlleboro fe antè purgabat , ad exprirnendum
ingenium fuum attentiùs & illius reftllen-
dura acrius, .
Mais comme Zenon de Citie eft le fon-
dateur des Stoïciens, il n'y auroit pas aus-
fi d'inconveniant d'expliquer de ce Zenon,
le Zenon dont parlent Pline, Aulugelle,
& Fulgence. Mais d'un autre côté Ze-
non de Tarfe le Stoïcien étant Difcîple
de Chryfippe, Carnéade qui écrivoit con-
tre
Aîtti-Bà illet. P. Îc 14^
tee Chryiïppe, peut avo.r écrit contre ce
Difciple de Chry lippe.
XLII.
Méprife de Mr. Baillet touchant V ' Etymo*
logie de jon Nom de B A I L L E T.
M On lieu r Baillet. Le mm qui Préfteeftc
m' eft échu »e méritait pas d'être cun- tes focics,
nu a eux : & ils ont fait 'voir effective-
ment qu'ils ne le cannoijjent pas , lorjqu'ils
ont prétendu le tirer de l'obfcurité dans la-
quelle f avais tâché de le retenir. Mais
puifqu'il s'agit de divertir encore une fois
le Public, il faut les tirer eux-mêmes de
la plaijà^te erreur , où ils je font précipitez
par la pajfion déréglée qu'us ont eue de me
rendre un jervice a u" 'on »' exigeait pas d'eux.
Il aurait donc été bon pour leur dejj'cin q 11 ils
ufjent jû que ce nom qu'ils ont voulu met'
tre en queftion, ne marque autre chose qiiu-
ne couleur qui ne peut être inconnue qu'à des
aveugles. L'Origine n'en eft pas trop obs-
cure : CT f<?ns aller chercher parmi les pre-
miers Egyptiens du tems de Pharaon , com-
me ont fait quelques \avans, il fujfit de la
mettre chez, les Grecs , J«jP de dire avec lûr.
Ménage dans jes Origines Italiennes &
Franfoifes, que du Grec ffatfov vient le Ld-
tin baû'U : iff puis les d minutifs , bndio-
his , badiolettus : d'où vient le François
Baillet. On pourrait ajouter même fans
rien diminuer de la vérité de cette ét^malo"
gie de fflr Ménage , que ce mot eft' de ces
noms heur, ux qui n'ont pas pour une feule
ïom.lh.Part.L G ort-
t
14(5 Anti-Bail-let. P. I.
origine , puifqu'on lui en a trouvé encore fi-
ne autre , qui n' efl peut-être pas moins an-
cienne dans la Langue Grecque , & qu> Ho-
mère s* en efl fervi dans lajïgnipcation des
chofes qui avoient la même couleur. Du
Grec fiuhioç dont ilfe fert , efl venu le La-
tin balius. De là s\fl formé le diminutif
baliolus , qui a été employé par Plaute pour
marquer un homme de la couleur dont il
s* agit. Delà efl veau aujfi le fécond dimi-
nutif- balioletus , & par fyncope balie.us:
qui efl le nom dont Mr. de Thou s'efl fervi
dans fon Hiftoire tour nommer un célèbre
Président du Parlement de Paris. Mais
pour ne point multiplier nos idées fans né-
ccjfitê ', on peut foutenir avec Voffius , que
badius £3* balius , cr par conféquent badio-
letus , balioletus, balietus , & baillet
viennent tous d'une même four ce ; C5; qu'ils
doivent leur extraction au mot de fcctï'ç,
comme cet Auteur le fait voir avec affez
d'étendue dans fon Etvmologicon de la Lan-
gue Latine, jfe n'ai aucun befoln de F 'au-
torité de tous ces favans hommes ,pour tour-
ner en ridicules ces Poètes qui ont prétendu
faire des vers fur mon Nom fans le connoi-
tre. Et celle de Mr. Ménage feul efl plus-
que fuffifante pour confondre leur adrejfe ,
& faire voir l'inutilité de leurs efforts,
quand ils aur oient été renforcez d,e M. Mé-
nage même. Ceft à l" Inventeur de Baju-
letUS, c'eft-à-dire du fpeélre après lequel ils
ont couru, qu'ils ont obligation de la matiè-
re de leurs vers. Ceft aujfi à lui , qtiel
qu'il puiffe être, qu'il faut oppofer Mr. Mé-
nage; quoiqu'il ne faille pas trop approfon-
dir
Anti-Baillet. P. I. 147
air la différence qui paroîtroit Sabord entre
ces deux perfonnages^ il faut tâcher de les
diftinguer , au moins mentalement', pour ne
les pas confondre tellement enfemble , que fi
l'un s'avifort de démentir l'autre, le dé'
menti ne retombât fur les deux enfemble ^
comme fur une même perfonne. Mr. Mé-
nage peut conva ncre d'ignorance cjT âe
ril<té l'Inventeur du }3ajuletus , non
feulement par l'étymologie véritable qu'il
vient de nous donner du nom d,ont il s'agit^
mais encore par celle qu'il a donnée ailleurs
de la Marotte de nos faifeurs devers. J'ap-
pelle ainfi leur Bajuletus, qui décend en
droite Urne de BajulllS : lequel félon Mr.
Ménage ,& les autres Savans ,fign ifieBz.il-
Hf, ou Bailli, dont la fignification n'a pas
le moindre rapport avec celle de mon Nom,
De forte que les faifeurs de Vers, pour avoir
peut-être eu trop b >nne opinion de leur nou-
vel Etymologifle . m'ont laifjé aller en paix,
& m'ont abandonné pour fe jetter fur un
fantôme , Isf pour exercer toutes leurs fa-
culté z. Poétiques dans les ailufions que le
mot de Bajulus leur a donné lieu de faire
fur les fondions des Crocheteurs ; que leur
imprudence leur a fait attribuer fort mal
à propos à tous les Baillifs du Royaume, ou
A quelqu'un qui porte le nom de Bailly.
L'ambiguïté ou la proximité des noms a
trompé le Devin Pour cette fois. Et celui Mr.Mént-
à qui Mr. de Balzac donna une faculté di- 8e*
vinatrice pour l'étymologie , n'étoit peut-
être pas pour lors fur fon trépié: peut-être
aujfi ponrroit-il bien avoir reçu l'rnfpira-
tion de travers , ij fans y être préparé. Je
G Z ne
i^S Anti-Baillet. P. [.
nefçai aurefle dans quelle vue l'Auteur dti
Songe Alinus in Purnali'o a -prétendu nous
faire connaître ce Devin d'Rtymologies : ni
■par quel motif il a fait l'injure à Mr. Mé-
nage de vouloir le faire pajjer dans le mon'
de pour ce. Devin, a qui il attribue la fa-
culté (^interpréter les Songes , en lui de"
mandant F explication du [ten, qu'il n' a pu
fans doute .ejpérer de lui que par la force du
mot, & l' An.igramme du Bajuletus. Mais
ce Poète n'a peut-être pas fait réflexion, en
faïfant fon Songe , qu'il y a bien de l'indis-
crétion à louer Mr. Ménage d'une qualité
qu'il avoit autrefois tant blâmée dans la
perfonne du fameux Pédant- Par afite Mon-
mor^ ksf qui av oit fait voir , après Artémi-
dore , qu'il n'eft rien de plus ridicule & de
plus impertinent , que d'interpréter les Son~
ges par les Anagrammes , & par l'explica-
tion des noms propres.
Ménage. Que de pédanteries ! Mais
que d'ignorances & de puérilitez! J'ai ren-
du en Latin le nom de Mr. Baillet par
Bajuletus ; qui eft fon véritable nom La-
tin : car comme de Bajulus on a fait Bail-
le : ce qui paroît par ces mots Baille de
Vcmje\ Baille & Garde: & que de Baju-
livus on a fair Baillif, ou Bailly ; on a
fait de même Baillet de Bajuletus. Mr.
Baillet veut que je me fois contredit dans
cette formation de nom : pareeque dans
mes
^J t. On trouve autant de ces fortes de noms
fans l'article qu'avec l'article, témoin M. Brua de
Befançon , M. Brunet, M Bruneau, M Brunel,M.
Blonde! , M Blondeau, B fèt , Blanchct .Blanchard,
ïlaaciion, Biaucheton, Nouot, YeiUm, Verdelet,
Via-
Anti-Baillet. P. î. 149
rfles Origines Italiennes ôtdans mesFran-
çoifes j'ai dit que le mot Baillet en la li-
gnification de couleur violette, venoit de
, cela empêche- 1- il qu<r dans la li-
gnification de petit Baille il ne vienne de
aajulctusk J'ai dit dans mes Origines
Franco: les que le mot ttarrthkr dans la
lignification d'aller l'arable, reiîOÎt d'à m-
Mare; & que dans la lignification de dé-
roù r il venoit d-iftvo/an ; eft-ce que je
me fuis contredit dans ces deux étymolo-
fcies? Mr. Baillet qui veut ici me ridiculi-
fer fur m.es étymoiogies . ne fait ce que c'eft
qu'étymologîes. Balietus n'eft point une
fyncope de Balioletus De Balioletus, on
feroit par fyncope Balietus & le Bal etut
de Mr. de Thou a été formé par Mr. de
Thou fur le François Baillet. Et le nom
propre Baillet ne peut venir de la contrac-
tion de Badioletus ou Balioletus en la li-
gnification de couleur violette: car en ce
cas, il faudroit y mettre un article, &
dire ; Le Baillet (1). C'eft ainfi qu'on
dit Mr. le Blanc , Mr. le Noir , Mr. le
Gris , Mr. le Roux, Mr. le Brun; & non
pas, Mr. Blanc, Mr. Noir, Mr. Grisr
Mr. Roux , Mr. Brun. Mais que veut
dire notre Etymologille en difant que Ba-
juletus eft l'Anagramme de Baillet7. Mr.
Baillet qui juge de tous les Livres, ne
fait pas même ce que c'elt qu'Anagram-
me.
Violet, Rouget, Rougeot, Roux, Ronfler, Rous-
fcl , RoiïlIc.iU, Ronflât, Rouflard cVc. qui (ont tous
noms tirez de couleurs, &: la plupart diminutifs,
ainli que Bailler, avec Iclquels il eft très-rare de
yoi l'article.
G-3
ifo Anti-Baillet. P. I.
me. Voilà ce Savant qui m'accufe d*î-
gnorance & de puérilité pour avoir rendu
le nom de Baillet par Bajuletus : qui dit
que je fuis un mauvais Devin: que je n'é-
tois pas fur mon trépié, ou que j'ai pris
l'infpiration de travers, quand j'ai rendu
ce nom de la forte: qui dit que le Père
Commire m'offenfe en me demandant
l'interprétation de fon Songe: laquelle il
n'a pu efpérer de moi que par la force du
mot & par l'Anagramme de Bajuletus,
Comme s'il falloir écre an grand Devin
pour deviner qu1 ' Afmus in Irarnajfo dans
le Poème du Père Commire, c'ell Bail-
let Auteur des Livres intitulez JugerneriS
Âes Savant &c. Mais quoique j'aye ap-
pelé Mr. Baillet Bajuletus , je n'ai point
prétendu l'appeler Crocheteur. Le fubs-
VdX\\\îBajulus a été fait du verbe bajulare%
qui fignifie porter , & a été dit de celui
qui porte quelque chofe. De cette li-
gnification générale il a pafTé à une parti-
ticuliére, & a lignifié un Nouriffier; par-
ceque les Nouriffiers & les Nourices por-
tent les enfans dans leurs bras. Et com-
me les Nouriffiers ont foin des enfans, il
a auffi lignifié un 'Pédagogue ; ce qui pa-
roît par un paffage du Scholiafte de So-
phocle que j'ai rapporté dans mes Origi-
nes
^1 i. Baillet ne dit pas que Lazare de Baïf ait
fait des Epigrammes, il dit feulement qu'il en a
introduit l'uîage & le nom dans le Royaume, par-
ce qu'en introduifant ce mot il donna occalion aux
beaux Efprits de s'appliquer à ce genre de compo-
sition, ôc de publier des Livres entiers d'Epigram-
mes dont L'uâge, de nême que le nom, etoir au-
parte
Ami Bail le t. P. I. 15-1
nés de la Langue Françoife au mot BaA*
lif. Sous la troilicme race de nos Rois,
ce mot paila des Nouriiïîers aux Juges &
aux Tuteurs, comme je l'ai remarqué au
Blême endroit.
XLIII.
Ce que d't Mr. Baillet q:ie Lazare de
Baïf a f.i':t des Epigrammes , rfeft
pas véritable.
MOnfleur Baillet, au chapitre de
Mcîlin de S. Gelais, page 203. de
la 1. Partie du Tome quatrième: Mais il
avoit un talent particulier pour l'Epigram-
me : dont Lazare de Baïf avoit introduit
Pufage & le nom dans le Royaume.
Ménage. Lazare de Baïf n'a jamais
fait d'Epigrammes (1). Mais il eft vrai
qu'il s'ett fervi le premier, en François,
du nom tiEpigramme. joachin du Bel-
lay l'a remarqué dans fon llluftration de
la Langue Françoife, livre 3. en. 12. en
ces termes: Lazare de Baïf n'a pas feule-
ment traduit F El étire de Sophocle , quafi
vers pour vers ; chofe laborieuse , comme
entendent ceux qui ont ejfayé le femblable ;
mais davantage a donné à notre Langue le
nom
paravant inconnu. Je roudrois bien favoir cepen-
dant, fuppofé qu'avant Lazare de Baïf on ne lèier-
vît point du mot d'Epiçramme, comment on fai-
foit quand on parloit des 1 oëlîes de Martial? Et,
i'il avoit falu traduire en François ces mots La-
tins : Mirtiatis nihil firip/it prêter Epigra/nnuî* , Com-
ment ou s'en (croit ciré ?
G4
15*2 Anti-Baillet. P. I.
nom ^Epigrammes & «^Elégies, avec ce
feau nom corn ofé aigredoux ; afin qu'on
n'a ci ri Une l'honneur de ces chofes à quel'
qu'autre, Je démarquerai ici en paiîânt ,
que R m fard eft aulTi le ptemiet vjui s'e£
fervi dans notre Langue du mot d'Ode:
comme il s'en eiï vanté, lui-même. Voyez
mes Obfer varions fui Malherbe.
XL! v\
Vers attribuez à Jules Scaùger qui ne font
point de lui.
ta?. 23?. TE ûiîs las de reprendre Mr. Bailler.
delai.Par- J Pour me délafTer , je vais illuftrer un
tie du* encjr ,}t de Ton Livre.
Tome. Monfieur Bail LE T. Le Père Poffe-
vin a prétendu que les Hérétiques de Genè-
ve avaient u la malice de fupprimer les pré-
mier es éditions des Epigrammes de Jules
Scaliger & de [es Poêfies Sacrées, CJ3 que
dans celle- qu'ils ont donnée, ils ont inféré
des Pièces fuppofées qui ne font nullement
de Jules Scaliger.
Ménage. Je remarquerai ici à ce
propos , que ce Diftique fait pour le Pont
Notre Dame de Paris, & gravé fur ce
Pont,
Jucundus geminos fecit tibi , Sequana ,
pontes.
Jure tuum potes hune dicere Pontificem ,
elt attribué à. Jules Scaliger par fon fils
Jofeph: en ces termes;, qui font du Pre-
mier
Akti-Baillet. P. I. if§
mierScaligerana, page ici. Hahuitjoan-
n'emjucmdum, Veroncnfem^ (il parle de
fon père, Jules Scaliger) qui illum prima
Matbefcos élément a dorni doc ait,- De quo
pater hœc in Car minibus ,
Jucundus gem'mos fecit tibi, Sequana , pontes.
Jure tuum potes hune dkere Pontificem*
Et cependant ce Difh'que ne fe trouve
point dans le Recueil des Poefies de Jules
Scaliger, ni au chapitre de Jules Scaliger
dans les Délices des Poètes Italiens: &il
fe trouve dans les Poëiies Latines deSan-
nazar, de l'édition de Paul M'anuce de
15-50. & dans toutes les autres fuivantes.
II eft à remarquer, que cette édition de
15-30. e(r dédiée par Paul Manucc à An-
toine Carloni, Prince d'Alifa: & qu'il eft
dit dans l'Epître Dédicatoire , que Paul
Manuce avoit fait cette édition fur la co-
pie qui lui avoit été donnée par cet An-
toine Carloni , auquel l'Auteur l'avoit
confiée en mourant. Ce qui ne permet
pas de douter que ce Difh'que ne foit de
Sannazar.
Jules Scaliger, dans fes Satires, a dft
de Jucundus,
Pauca ùhi narrare voîo , qu& dicere quondam
Mifolitus Jucundus, homo integer , ace r , a-
mujis y
Jtrmentato judirio, ingenioque fubaclo :
Quetn velles vidijje adeo atque audijje loquen-
terni
G 5 En*
Ïf4 Anti-Baillet. P. I.
EucUdes (s1 Vîtruvius eut cedere pojfeni ,
Nam geminos pôfuit pmguis tibï , Sequanaf
pontes,
Implevitque alias immenfis mol'.bus urbes*
Ce vers nam geminos pofuit f inguis tibi ,
Sequana, pontes^ a pu faire croire, à Jo-
feph bcaliger (i) que le Dîftique dont
nous avons parlé, étoit de fon père.
XLV.
Taules âe Mr. Baillet touchant la prof es*
fion âe plufieurs Auteurs.
MOnfieur Baillet dit à la page
143. de la 2. parrie du 4. Tome ,
que le p re & le frère du Poète Maynard
étoient Préfîdens au Parlement de Tou-
îoufe. Ils n'y étoiVnt que Confeillers.
Voyez l'Hiitoire de l'Académie, de Mr.
Pelliifon.
Il dit à la page 464. de la 2. partie du 4.
Tome, que Mr. Francius eft Profefieur
à Utrecht. Il eft ProfeiTeur à Amfter-
dam.
Il dit à la page 390. de la 2. partie du 2.
Tome , que Mr. Fabrot étoit célèbre
Avocat d'Aix en Provence. 11 étoit cé-
lèbre ProfeiTeur en Droit dans l'Univer-
fité
f t. Jofeph Scaliçer doit bien moins être gâ-
tant de cette citation que Vertunien qu; a îecueilli
ce Scait'gertna & qui ne fe fou venant pas du vers
4e Scaligcs le pere y au» fubftituc le diftique de
Ant i -Bail le t. P. î. iff
iké d'Aix. 11 n'a jamais été Avocat quW
honores.
Il dit à la page 436. de la 2. partie du 4.
Tome, que Mr. Pierre Halle a été Pro-
fefteur du Roi en Eloquence dans l'Uni-
vcrfité de Paris. Cela eft très-faux: quoi-
que fon parent Antoine Halle de Caen
l'ait appelle interpres Regius dans fes vers
fur la mort du Père Bourbon. Il a été
Régejut de Rétorique dans le Collège
d'Harcourt. Il efl aujourd'hui ProfefTeur
en Droit dans PUniverfité de Paris. Il eft
aufTi Poète Royal : dans laquelle dignité
il a fuccédé à x\braham Rémi.
Il dit à la page 141. du 2. Tome, Part.
1. que l'illuftre Scévole de Sainte Marthe
étoit Préfïdant (2) & Lieutenant Géné-
ral de Poitiers, & Tréforîer de France.
II n'étoit que Tréforier de France
Il dit à la page 5-92. Tome IV , partie
2. , que Charles Perrault de l'Académie
Françoife, Premier Commis de la surin-
tendance des Batimens de France, efl
Médecin. C'eft fon frère Claude qui eft
Médecin.
Il dit à la page 248. Tome 4. partie 1.
que Joachin du Bellay étoit Seigneur de
Gonnor: ce qu'il a pris de la Croix du
Marne 11 eft vrai qu'on Pappeloit Mon-
fieur de Gonnor, du nom de la >\eigneu-
rie de fon père : & il eft ainfi appelé dans
les
Sannazar qu'il favoit, & qui a quelque refTemblan-
ce avec le paflTage qu'o lui avoit cité.
% z Faute reconnue Se corrigée par Baillct pag«
511. du tom. 4. paît. 1.
G 6
15*6 Anti-Bàillet. P. I.
les Regîtres du Chapitre de Paris, à l'en-
droit où il eft parlé de fon inhumation
dans i'Eglife de Paris le 2. Janvier 15 5-9.
Mais il n'a jamais été Seigneur de Gon-
nor. Il étoit fils légitime de Jean du Bel-
lay , Chevalier , Sgr. de Gonnor , fils-
d'Euftache du Bellay, & de Catherine de
Beaumont Dame du Pleffis Mare. Et Jean
Befly qui a écrit qu'il étoit bâtard, a été
mal informé de cette particularité : ce qui
a été remarqué ci-deiTus au chapitre 35-.
Son père avoit époufé Renée Chabot,
Dame de Lire : dont il ut deux enfansr
René, & Joachin. René, qui étoit l'ailhé,.
fut Seigneur de Gonnor. Joachin , fut
Seigneur de L'ré. René, pour le marquer
en parlant , époufa Catherine de Malé-
troit : dont il ut Claude , qui mourut jeu»
ne, fans être marié: & par fa mort & ceK
îè de Joachin du Bellay , M ad e laine du
Bellay , fœnr de Joachin , & de René ,
mort avant Claude, & femme du Seigneur
de la Mauvoifmière , hérita de tous les
biens de fa Branche.-
Il dit au même lieu , que Joachin du
Bellay étoit Chanoine- & Archidiacre de
Paris. Ce qu'il a pris encore de la Croix
au Maine. Il n'étoit que Chanoine de Pa-
ris. En laquelle dignité il fut reçu le 19.
Juin de l'année 1555. par la mort de Jean
ToufTep3in, Chanoine, &• Archidiacre de
Paris. Et il ne le fût que jufqu'au i 2. Juin
15-5-6. J'ai cru autrefois fur le témoignage
dé la Croix du Maine, & fur celui de
Jean le Clerc, qu'il avoit été Archidiacre
de Paris. Mais j'ai vérifié, fur les Regîtres
de
An ti-Baillet. P. I. 157
ele l'Eglife de Paris qu'il ne l'avoit point
été: car il ne fe trouve dans ces Regîtres
d'Archidiacre du nom de du Bellay - que
Louïs du Bellay , Chanoine de Paris, Tré-
forîer d'Angers, Confeiller au Parlement ,
& Curé de S. Severin de Paris, & Eufta-
che du Bellay, depuis Evefque de Paris,
lequel fuccéda à Louïs dans l'Archidiaco-
né de Paris-,
Il dit au même lieu, que joachin du
Bellay étoit oncle d'Euflache du Bellay
Evefque de Paris. Cela n'eft pas véritable.
Il n'étoit que fon coutïn germain. Eufta-
che du Bellay , Evefque de Paris, étcit
fils de René du Bellay & de Marguerite
de Laval. Lequel René étoit frère aifné
de Jean , père de Joachin : & ces deux
frères étoient rîis d'Euftache du Bellay &
de Catherine de Beaumont.
A la page» 364. du Tome IV. Partie 2.,
ayant appelé Favoriti Secrétaire des Brefs -,
il s'en dédit dans fes Corrections: où il
dît, qu'il étoit Secrétaire des Chiffres. Il
eit confiant qu'il a été Secrétaire des
Brefs fous Alexandre VIL C'elt la qua-
lité qu'il prend dans le titre de fon Eglo-
gue fur la mort d'HoiTchius. Auguftïni
Favoriti . Lucenfis , S. D. N. Alexandro
V H. ab Epiftolis Laiinis.
Il dît à la page 286. du fegond Tome,
Partie 2. chapitre 5-1 8. que Mr. Guyet é-
toit Abbé de S. André. Il étoit Prieur de
S. Andrade , dans le Diocéfe de Bour-
deaux. D'où il a été appelé Francifcus
Andraia par le Père Bourbon.. Voyez la
Lettre du Père Bourbon à Francifcus An-
G 7 drada,
1^8 Anti-Baillet. P. I.
drada, imprimée dans les Additions des
Ouvrages du Père Bourbon, & l'Hiftoire
de l'Académie, à l'article du Père Bour-
bon. Jamais Mr. Guyet ne s'elï appelé
ni n'a été appelé Abbé.
A la page 41. de la 2. partie du 1. To-
me, il dit que la Bble Polyglotte, impri-
mée par Vitré, eft du Préiident le Jay:
contondant par une faure groffiére Mi-
chel le Jay (1), premièrement Avocat au
Parlement , & enfuite Doyen de Veze-
Iay, avec Nicolas le Jay, Premier Prési-
dent du Parlement de Karis. Ce qui fait
voir que Vir» Baillet ignore également &
le grand monde & la Librairie.
En vérité Mr. Baillet eft nn Ecrivain
peu informé de la vérité .^es chofes. C'eft
un homme qui met toute fa gloire à faire
beaucoup de Livres en peu detems. Et
c'eft ce qui a donné lieu à cette belle Fa-
ble du Père Commire.
Ventofa Pdlmam , perguU } faftigie,
Bis increpabnt vocibus Cucurbita :
Quhm hnta crefcis ! Si ?ua Ze^byris eft fîdts ?
Maturus uvas decies Autumnus tulit ,
Ex que feraci quamvis agro conÇua^
Vtx ipfa fupra tollis arbutos cap ut :
JKec heri labores jufio penjas f&non.
Ego , Vere medio nata , jam laù locutn
Inumbro foliis , atque fola fum nemus*
Quin fpes colonï v'mcç proventu uberi.
M'irn-
% 1. Faute reconnue & corrigée par Baillet an
micme endroit, La faute touchaat les noms de ba-
teau
Anti-Baillet. P. I. if?
Mirart foetus; quis décor ! qus. grandit as !
Ut [par [us oftro fulget argenti nit.r !
I nune , cr Utis daclylos prdfer tuos,
Tum Paima ; Cur inflaris , inquit , înfolitfc
Mequc ore tumido non merentem de[puis?
Quia lente cre[co fcdicet , neque auftibus
Adulta [ubitis [urgo. Quod vertis probrc ,
Laudem mtretur. Flgo radiées , dm
Decertaturas cumfurore turbtnum.
Et iuflra pofi permulta , inh&(uras folt*
Te levior aura ftirpitus vul[am rap'tt :
Et t furca ni te fulciat , repas humi,
Toliorum iny.nem , (lulta, jilvam jaâîitas ,.
€}ua mox oient i computre[cet infimo,
lmmnhd& [ruiïus dum tuos tdent [ues,
At me [ecundas daùlylis menfas juvat
Condire Regum. Nec deeft ramis honoK
lllis trïumphos C&[ares ornant [uos.
Fabella ineptis diùla [it Script oribus ,
g«/ magno char t s, er temporis dépendit*
Cr avare librïs obfiïnati f&culum ,
L&ntos iabores arguunt inertie ,
Sterilique genio ddigcntiam imputant,
At cita [enefcit , qua çlto venit gloria,
Scriptijque Juper ejl , multa. qui[crïbit , Juin
XLVIÎ.
tSme de Mr. Perrault iité auffi corrigée pag. j7ff
eu ton, a. part, a,
i6b Anti-Bàillet. P. îi
XLVII.
Plufieurs méprifes de Mr. Baillet touchant
Phrynichus. .
MOnfieur B A I L LE T. Phrynichus
compofa une efpéce dé Dictionnaire
en 37. Livres, fous le nom d'Apparat So-
phiftique.- C'était un Recueil de Noms &
de Verbes Attiques , dont ï* Abrégé ^ ou plu-
tôt l'Extrait , fut imprimé en Grec a Pa-
ris en I532. in-S. puis à Ausbourg eniôoi.
in- 4. ave c les Notes de Pierre Jean Nu-
gnez', & de David Hœfchelius.
Ménage. Mr. Baillet' prend ici à
fon ordinaire marte pour renard. L'Ap-
parat Sophiftique de Phrynichus &- fon
Traité des Diclions Attiques font deux
Livres différens. L'Apparat Sophiftique
ctoit un gros volume qui contenoit, félon
Photiv.s, 37. Livres, & félon Suidas 47.
ou même 74. Le Traité des Dictions
Attiques étoit un petit volume: car félon
Suidas il ne contenoit que deux Livre?.
Cet Ouvrage, comme il paroît par l'Ex-
trait que nous, en avons,, eft dédié à un
certain Cornelianus , que Nugnez. croit
être Attidius Cornelianus Préfet de Syrie;
duquel il eft fait mention en cette qualité
en la Vie de Marc Auréle par Capitolin.
Et l'Apparat Sophiftique étoit dédié en gé-
néral à l'Empereur Marc Aurele, & par
Livres à plufieurs perfonnes particulières.
Cet Apparat étoit une Collection de mots
& de phrafes coupées, hsfem cvvttyuyvi
nui
ànti-Baillet. P. I. lui
rai hôyuv •AOfjLfietTfAxy. Et dans le Traité
des Dictions Attiques il eit traite des
Àtticifmes. Ce Ttaité fut imprimé la
première fois à Rome en 1 5-1 7. par Za-
charias Caliergi de Candie : & enfui*
te a Venife in-folio en 15- 24. par Afu-
lanus, à la lin de Ion Dictionnaire Grec-
Latin : & en fuite à Paris in octavo par
Michel Vafcofan, avec le Thomas Ma-
gifler, le Manuel de Mofchopuîus , une
Collection u'tiian, & Urbicius desMots
Tactiques. Et enluite., à Ausbourg in-4.
en Grec & en Latin en 1610. avec des
Notes de Nugnez & de Hœtchelius. La
Verlion eft de Nugnez. (Quelque tems a-
près la publication de ce Livre, un hom-
me très-favant fit de petites Remarques
très-favantes fur- les Notes de Nugnez.
Ces Remarques turent imprimées en feuil-
le volante dans le tems qu'elles furent -fai-
tes : & elles fe trouvent dans quelques
exemplaires de cette édition de Phrynichus
dont nous parlons. J'ai ouï dire à Mr.
Mentel que Cafaubon en étoit l'Auteur.
Mr. Baillet. Le Bibliographe Ano-
nyme dit que ce qui nous refte de Phryni-
chus eft tin Opufcu le [avant, mais fort dé-
fectueux: que Nugnez y a fait quantité
d'excellentes remarqua: mais que Daniel
Heinfius les a publiées lui-même depuis com-
me en étant lui-même C Auteur. Ce qui et
donne occafion à M. de Saumaife de le rele-
ver, & de le chicaner dans fa Préface fur
Simplicités.
Ménage. Il y a ici autant de fautes
que de mots. Il n'eft point vrai que Da-
niel
\6i Anti-Baillet. P. I.
niel Heinlius ait fait imprimer des Remar»
ques fur Phrynichus. Il n'eft point vrai
qu'Heinfius ait volé les Remarques de
Nugnez fur Phrynichus. Il n'eit point
vrai que M. de Saumaife le lui ait repro-
ché: & s'il étoit vrai qu'il eût fait impri-
mer fous fon nom l'Ouvrage d'autrui, ce
ne feroit pas le chicaner que de lui repro-
cher cette adtïon. Il n'eit au relie parlé
ni près ni loin de Phrynichus dans la Pré-
face du Simplicîus de M. de Saumaife.
M. Bailler ne puife point dans les four-
ces. II puife dans les ruifTeaux: & dans
les ruiiîeaux éloignez des fources & rem-
plis d'ordures. Le" Bibliographe Anonyme;
qui eft un des Auteurs Clalïiques de M.
Baîllet, quoi qu'il ne foit d'aucune auto-
rité parmi les Savans; a pris Phrynichus
pour Simplicîus, & Nunneiius pourNan-
lius: car c'eft des Remarques de Nan-
iîus fur Epîdete dont parle Mr. de Sau-
maife dans fa Préface fur Simplicius; ao
cufant Heinfius de les avoir prifes. Qjice
in ipfo Simplicio ex fcriptis codtcibns emexv
da vit , talia Junt ut optimum , ac impen-
dio laudabilem operam in editione Veneîet
corrigenda pofuifje poffet vider i , fi quid de
fuo in eam correthioncm contulijfet. Ufus
efî Nanfian'i codice ab ipfo Nanfio cum
fcripto exemplari collato. Quœcunque ad
oram fui libri notauerat Nanfius , ca in
textum recipienda curavit clariffimus
Heinfius: ubiqne dektâ Nanfii manu, C3*
fui repojitâ. Correéliones & Conjecturas
omnes Nanfii fuas fecit) bonus , multafque ,.
fuas textui donavit.
XLVIIl.
A nt i- Bai llet. P. I. 163
X L V 1 1 1.
ineptie de M. Bail Ut touchant Laverna.
J'Ai fvt ane Epigramme Latine & un
Madrigal italien pour MademoifUïe de
ia Vergne; qui clt aujourd'hui Madame
la Comtefiè de laFaïette; où je fa î s al-
luiion da Nom de fa Verrue avec ceiui de
Lavernè) De'clle des Voleurs.
Voici t'Epigramme :
Omine felici nomen pnfaga dederê
Fat a tii-i. Furtis pulcra Laverna pr&eft»
Tu Ventres omnts cuncîis formofa puellis;
Tu cunftis fenfus furripis un* viris*
Voici îe Madrigal ;
'Belliffima Laverna, Scguendo il tnh dejirel
Dolce ladr* d 'amore , Non l'avrei negai io.
Che mi rubafli il ccre, Deh , perche preferire
Tc/lo che mi mirajli: Vuol la man tua divin*
Deh, perche me Irubajli? Al deno larapinaf
Ch' a te , doUe ben mio ,
Mr. Biillet vent que j'aye offenfé Ma-
demoilelle de la Vcrgne en l'appellant
De*eiïe des Voleurs. Voici fes termes;
qui font de fa Préface fur les Poètes à
" où il parle de ceux qui ont fait
des al lu lions fur fon Nom Latin Bajule-
Je 'fie lois pas comment ils pourvoient
abu*
î^4 Anti-Baillet. P. h
ebufer des exemples de Malherbe, qui a
changé ceint de Madame Renée en celui de
Nerée ; de du Bellay , qui a changé celui
de- Madame Viole en celui d'Olive; de Mr.
Ménage qui a expliqué celui de Mademoi-
selle de la Vergne par celui de Laverna: du
moins ne doivent-ils pas Çoupçonner ce der-
nier £avor jamais VjuIu faire allufion à
la Déejfe des Voleurs, lors qu'il a voulu ho-
norer la vertu ,. la jcience^-jf toutes les au-
tres jual tezde l'efprit Éj? du corps qu'il a
rencontrées dans une perjonne des plus ac-
complies du Royaume.
Mr. Baillet, qui n'a sucun ufage du
grand monde, croit que c'eft orienter u-
ne tille que de la comparer à laDcefledes
Voleurs. Et c'elt au contraire lui dir^u-
ne douceur : car outre que cette Déefïe
étoît belle; pulchru Laverna, da mihi fal-
Ure , dit Horace; on dit des Belles, qu'el»
les volent la liberté des hommes, quand
on veut dire, qu'elles gagnent le cœur des
hommes. Quœ me furpnerat mihi. dit le
même Poète. Mais j'ai ajouté dans mon
Epïgramme, que comme cette Belle vo-
îoit les coeurs aux hommes-, elle voloit la
beauté aux femmes : ce qui n'y fait pas
une petite beauté. Nous difons que les
belles effacent celles qui font moins bel-
les qu'elles: mais les Latins, pour expri-
mer la même chofe,difent qu'elles volent
la
f i. M. Ménage ne s'eft pas fouvenu de Ton E-
pitaphe de Guillaume Colleter, ni de cet endroit de
fts hendâcafyllabes à Sarasin :
Anti-Bail le t. P. I. 165*
te beauté à ces autres moins belles. Ca-
tulle:
Lesbia formofa ejl ; qu& cum pulcerrima. tôt a t(lt
lum omnibus una omnes Jurrïpuit ventres.
Voiture a dit de même de Mademoisel-
le de Bouroon , qui rut depuis Madame
de Longueville: Selon que j.e la viens de
dépeindre t vous jugerez bien que c*efl une
beauté bien différente de celle de la Heine
EpicJoaris : mais fi elle nefl pas Ji Egyp-
tienne qu'elle , elle ne laijje pas d'être pour
le moins aujji voleufe. Dès fa première en~
fance, elle vola la blancheur à la neige , £3*
aux perles, l'éclat çjf la netteté. Elle prit
la beauté fcr la lumière des afires. Et en-
core il ne Je pojfe guéres de jours qu'elle ne
dérobe quelque rayon au Soleil , Qff quelle
ne s'en pare à ta vue de tout le monde»
Dernièrement , dans une ajfemblée qui fe
fît au Louvre, elle ota la grâce & le luflre
à toutes les Dames , & aux di amans aui
les couvroient. Elle n'épargna pas même
les pierreries de la Couronne fur la tète de
la Reine: & elle en fût enlever ce qui y
étoit de plus brillant & de plus beau
Du refte, je fuis afïez de l'avis de M.
Baillet, en ce qu'il n'aime pas ces allu-
fîons aux noms propres: ex celle dont je
viens de parler, e(l la feule qui fc trouve
dans tous mes Ouvrages (1) : car il ne
faut
Secmde ^Âttut , nemini ftcunde,
tAnico pnor, & prior Secttndt.
Deat le picmici vew paioit imité d'une Epigram-
me
i6ô Anti-Baillet. P. ï.
faut pas mettre au nombre de ces allufîons
Je nom de Rkodano pour Mademoifelle
de Rohan; aujourd'hui Madame la Prin-
ceiïè de boubife ; ni celui de Parmenis
pour celui de Mademoifelle Confhntin,
qui fe trouvent dans mes Poëiies Grec-
ques : ce font des interprétations de noms,
& non pas des al lu/ions aux noms. Mais
je ne fuis pas de l'avis de Mr. Baillet en
ce qu'il dit que toutes ces allufions font
puériles, & qu'elles ont été généralement
blâmées par tous les Critiques de bon
goût. Mr. Baillet a parlé en cela contre
fa confcience. Ces allufions font de tous
les fiécles : & de toutes fortes de perfon-
nes ; des Philofophes , des Poètes, des
Orateurs , des Pères de l'Eglife. Nous
apprenons de Laërce, qu'Héraclides Pon-
ticus fut appelé Heraclides Pompicus à
caufe de fes habits pompeux & magnifi-
• ques : que Chryfippe fut appelé Cryppppe ^
à caufe que fa Itatuë qui étoit fort petite ,
comme il étoit fort petit, étoit cachée par
une fiatuë équeftre voiline de la fienne.
Suétone. On appeloît Labîénus,i^£//##.f,& Clau-
dius îiberius Nero, Caldius Biberius Me-
ro. Ciceron a fait un grand nombre d'al-
lufions fur le nom de i/errès. Il eft vrai
qu'il débitoit fous le nom du peuple les
plus froides de ces allufions. Qnœ erant
difla in j/errem frigidihs , cœteris ajfigxa-
bat
me de Beze à l'honneur de Jean Second laquelle fi-
nit par ces vers.
Vntts quatmor h<tc fu prajlitit Me Sectifidus
Stcmius Ht fit Htminit
V»
Anti-Baillet. P. I. 167
bat, dit Quintilien. Mais toujours il ks
débitoit, ne les voulant pas perdre. Mar-
tial a dit d'une perfonne qui s'appeloit
Chioné , & qui étoit brune & froide ,
qu'elle étoit digne & indigne de ion nom.
Dijia tuo cur fis, indigndque nomme dicam-,
Frigida es , «y nigra es , non es v es Chione.
Ce nom a été formé du mot Grec %tèat
qui fionitie de la Neige. Martial a enco-
re fait" d'autres femblables allulïons, dont
je parlerai dans la fuite de cette Remar-
que. Nous apprenons de Ladtance, qu'on Dejufthi*
appeloit Saint Cyprien Coprianus, Saint Uv.v.
Jérôme appelé Vigilantius, Dormitantius.
Les anciens Chrétiens voulant exprimer
ces noms de Nôtre- Seigneur Jefus-
Chrift, *iy-7èç Xp/çôç, èeëvtèç cwt^p, l'ex-
primoicnt par les lettres initiales de ces
cinq mots, qui fefoient /#ôùc: & comme
iyfiCç lignifie un poirïbn, les Pères de l'E-
glife fe font jouez fur ce mot, B'jnofus,
ut fcribit's , quafi films r/Qî/oç (id eft , pis-
cis) éiquafa petit ; dit S. Jérôme dans fon
Epître à Chromatîus. Tertullien , Op-
tât , S. Augultin, S. Paulin, font defeiTi-
blables allouons fur le même mot. San-
nazar appelé Politien Pulicianns.
Mr. Bailler dit qu'en blâmant les Au-
teurs de lemblables jeux, il n'entend pas
y
Un certain Cripius a loué Beze de cette allufion,
mais Pline le jeune pouvant qui avoit un fi beau
champ de fe jouer ainfi fur fon nom, & fur celai
ée fou Oncle ne à'cft jamais avife de cette finefle.
î6S An ti -Bail le t. P.î.
y comprendre les Rieurs, qui par raille-
rie font de ces allulions. Et je lui de-
mande ii lors que Mr. de Valois a dit
de lui,
Quis hoc potefl videre , qui s pote fi patît
Ut Me Bajuletus , tlie Bajulus , C7£.
Ce n'étoît pas pour fe moquer de lui que
Mr. de Valois fefoit cette alluiion.
Mr. Baillet dit enfuvte, que les Criti-
ques prétendent n'avoir découvert aucun
vaftige de ces allulions aux noms propres
dans les Poètes Grecs ; ni même dans les
Latins; julqu'au cinquième liécle de l'E-
glife. Et il ajoute: L'eft ce que Barthius
ne fait psi fit dtjfiuultê d'ajfurer de tous les
Latins jiifqt?* Aufone k$ Clandien. Et
là-deiiùs, dans fes Preuves, il renvoyé le
Lecleur à Vi£rorius, au chapitre 24. du
Livre 36. de fes dîverfes Leçons, & à
Barthius, Livre 57. de Tes Adverlaires
chapitre El. colonne 2699.: mais où ces
deux Auteurs difent tout le contraire de
ce que Mr. Baillet leur fait dire (1). Car
Viclorius jultifie Euripide contre l'accu-
fation de Quînn'lien au fujet de l'étymo»
logie du nom de Pol'nice. Et à l'égard
de Barthius, il loue Claudien & Auibne
de n'avoir point ionné dans ces allufions
de noms propres dans leurs Panégyriques,
quoi-
% I, Pour Viftorius , j'en demeure d'accord,
mais pour Laithius , je le -nie; 6c ces mots de Bail-
ler, CeJ et que Barthius ne fait point difficulté d'affa-
rer de tous tes Latins ju qv? 'm. JAufone & Cfoudien ,
doivent être entendus d' Auibne & de Claudien /»-
Anti-Baillet. P.I. 169
quoique le nom de l'Empereur Honorius
ea fournît une belle occalion à Claudien ,
& ceux de Valentinien, de Gratian, &
de The'oJofe à Aufone. Voilà comme
Mr. Baillet cite les Auteurs. Mr. Baillet
devoit citer le Calïelvetro : car c'eft ce
Critique qui a fait l'obfervation que Mr.
Baillet attribue à Barthius. Mais le Cas-
teivetro fe trompe . comme je l'ai juflifié
dans mes Obfervations fur l'Amynte du
TafTe au fujet du nom deSilvie. Voici
l'endroit , que je produis ici pour faire
voir à Mr. Billet que fa remarque fur
Tallulion des noms propres , qu'il vante
comme un chef-d'œuvre de Critique, elt
nulle de toute nullité.
O COME A TE CONFASSr
TAL NOME. Perchiochè il nome di
Silvia dériva dalla voce felva. Ovidio:
Silvîus hîne, qui quod Jilvis fmtortminaltise
Silvius m Latia génie vocatus erat ;
E lefelve [on piene cTorrore e di crudeltà ;
celando, corne dïce il nojiro Satiro, angui t
le ont , ed orfi , âentro il loro verde. R
qiiindi è cbe , Selvagçio; che da fèlva pci-
r -mente dériva-, val flero e crudele. Oray
ad imitazione del detto Satiro , allude an*
che Mirtillo nel Pttfior JFido al nome d'A-
marilli.
Cr*.
cl ' vivement, quoiqu'à l'égard d' Aufone il foit vrai
dédire qu'ilncs'eft pas toujours abftenu de ces for-
tes d'allufions, dont pluiieuis de fe* Epigràmmes*
& quelques autres de i'cs Pièces font toute* PlciaCS,
Catulle s'eft joué fur le nom de Memuia.
ïom.yiLPart.l. H
170 Anti -Baille t. P. I.
Cruda Amarilli, che, col nome ancora
D'amar, ahi lafTo ! amaramente infegni.
Sic corne Alcippe , neW Alceo , a quelh
^'Eurilla.
. Ah più cruda de' venti,
Onde prendefti il nome.
E il Guarini, in un fuo Madrigale ,a quel-
h di Celia.
CE LIA; fe ben V miro ;
Voi fiete fi fugace e ritrofetta ,
Che C E L I A da cdarvi
Credo che fiate detta.
Che s'avefte vaghezza di nomarvi
CELIA dal Cielo, imiterefte lui,
Che non è bel quando fi cela altrui.
E Monfignor dell.i Cafa , a que Ho di Co-
lonua: in quefio Sonetto,
"Vivo mio Scoglio, e felce alpeftra, e dura :
Le cuî chiare faville il cor m'anno arfo:
Freddo marmo d'amor , di pietà fearfo,
Vago quanto più puo formar natura,
Afpra Colonna , il cui bel fafTo indura
L'onde del pianto da quefti occhi fparfo.
Ed a quejlo propofito non far h for fe difeon-
ïienevole di riferir qui cio cU offerva Lodo~
i)tC9 Caftelvetro ne* fuo i dottijjimi e ncntis-
fimi Çommenti fijpra la Poïtiça #Arijhti~
le'
Anti-Baillet. P. î. ijî
le : che gli antichi Poêti^ fi Greci corne La-
tini, noa prefero mai invenzione di lodar
le lor Donne dalP origine e dalla Jignifica-
Ztone del nome : quantunque n'aveJJ'e lor
potuto preftar moka: fpezialmcnte il nome
di Ciiltia a Properzio; e qucllo di Délia a
Tibullo: e c'o allô "* montra i Poëti Italiani
cercaKofcmpre d*accoflarfi al nome délie lor
Donne , il Petrarca particolarmente : il qua-
le tira argomenii per mille vie da riempire
l: fine Rime col r.ome di Laura. ha ragion
chc rfadduce il Caflelveîro , è , çbfi. gli An-
'riudicarono lo jeherzo intorno a? nomi^
e rimenzione tratta quindi , ejfer cofe leg-
giere , e fapere pih dcl plebeo che del nobile:
a chefivede gP ' Ingegni deboli e vili averat-
tefi: Sic corne Marziale à fatto. Là onde
(hiintiliano dijje , nani & illud apud Eurî-
pidem frigidum fané, quôd nomen Poly-
nicis , ut argamentum morum frater in-
ceiïît. Laquai cofa non par tanto bajja ne
tanto vana nella Lingua Italiana^per leg-
gtadria délie parole colla quale e flatairat-
?a?ay o per altra proprieta non coxofciuta ,
cb* abbia la Lingua Italiana. Egli è ben
vero che tai feberzi intorno a* nomi fono per
lo pin freddi : e fono flati da me sziandio ,
quanto da alcun al'.ro , avviltti e v.tuparaù
nella Vit a di Mamurra : benche jeritta da
me* nella mi a giovinezza , ne l quai temps
piacciono afjai fimili Jc/:erzi di parole. E
vero parimente , che di que1 fcherzi ve kc
[on di freddi apprejfu Marz-ale. f/erbi
grazia, fopra i nomi di Chione, ^Tarino,
di Mirtillo, di PalînOrO. E tanto meno
[on hdcvoli apprejfo di lui, çtf ah uni dé*
H 2 nomi
iji Anti-Baillet. P. î.
fiomt intorno <£ quali va fcherzande ,furono
da effo finti: fie corne egli ftefjo lo teftifica.
Ma non è altrimenti vero , che gli antichi
Poè'tij cosi Greci corne Latini, non fecero
mai allufione al nome délie lor Donne. Ser-
ve per teftimonianza del contrario quel va-
ghijfimo Epigramma di Macedonio JopraH
nome di P arment ,
Livre VII. Tlctpy.m<; û*. lip/a ràftèi/ otwopctt kmXm *k&W$
de l'An- ._.. , y i, , . ,
thologie. lllTecy.r.i, (ru de yol ■zrix.poTcpii 3-etvenv*
Kcù Çevyetç, y.cct & (ptx'eovrci àtunetç ,
' OQçoc, -a-aXtv xe7vov x&t Qix'tortot. ÇÔyyçk
E quefto di Meleagro , fopra Trifera ;
llbid. N?j Trti r^acfisvetv y^a^xoiq In kv^xtiKott^iv^
' En aa) poçÇ/Si oc, Tpvptpà ifuftfti,
Ag^iugno a quefii due Epi^rammi quefto di
Platone fopra la morte d?/fftere ,fuo dilctto;
Ban» 'Aripy-sv -srgiv 'iXxy.xeq ïv: £ao7civ tèHtiç*
cr C* *Zvv et B-ctvùv , Xt£p.7r$iç es-riPoç h Çêtyévoiç,,
e quefto luogo di'Teocrito^ nclV Idilîio 26.
inùiolato Bi'/%#/, '££ oosoç Tévêrçjxtt, uul
8 irevr^u , (pspticrsti. Ne Ovidio , ch* era
di bellijfimo e cVelevaùflmo ivgcgno , ebbe
afchifo d'uftir tai fcherzi ft'pra i nomi.
Mirabar quare tibi ncmen Acdntim effet.
Quod faciat longé vulnus , acumen habes.
dite appreffo di lut Qiàtppe nella Piftola ad
Acon-
àntj-Baillet. P.I. 173
Aconzio. Sch:rzo parimente Ftftejfo Poe»
ta t'a un fuo Epgramma fopra il nome di
Furia.
Cur ego non dicam , FURIA, te furiara ? Quiatili*:
no
Qgtanto a Euripide aceufato di freddo da
Qumttliana intorno al nome di Polinice,
rifpond.gli il grand Ugone Grozio ne lia fuo-
bellijfima e dottijjima Prefazione fopra le
Fcn:J[e del detto Poèta : dicendo , erat &
Iioj illorum temporum, quod nominibirs
infamîum qux luftrico , iive nominali
die, facris adhibitîs indebanlur, vim quan-
dam vaticinam effe crederent. Quod Ci
confïderemus , non tam frigidum nobi*
videbfrur , quàm vifum eft Quintiliano,
quod nomen Pohnicis bis in hac Tragœ-
dia ex ongine fua expiîcetur : ^fchyli
exempîo , qui idem antè fecerat: quod
nec Sophocîes vit?.vit in nomine Ajaciî.
Giâtjtifita allrefi Euripide ; ma con altre ra-
fio:?fy il Vîitor'.o ne lie Jue Varie Lezioni y
L>bro 36. cap. 24. dove è egli da vedere.
Mé c:rr.rni:'.Cîo , t rero cio che dtee lo Sca-
ym zellftte Ct^ihieîture fopra Varrone or
ente 145". che Euripide j cher zo troppo fo-
pra tai nomi. Smo que (le le parole dello
ïo fapra qncfle di Varrone , apud
ÉiTirium, Andromach* nomen qui indidit
reâè i:iciJlr. Quapropter Parim Paftores
mine Aftxanârum vocant. Imitari dum
volnit Eurïpidem, & ponere etymon , eft
lapfu*. Nain Euripides quod Gra:ca po-
fuit , onmia funt aperta. Il le ait , ideo
nomen additmn Andromacha-, quod «v-
H 3 Ipi
174 Anti-Baillet. P. I.
$pt [LûL%£7au Hoc Ennii quis poteft intel-
ligere in verfu fignirlcare , Andromachœ
nomen qui indidit , reéle indldh ? Sono dico
que [le che feguono , le parole de I/o Scaligcro
fopra detto iuogo diVarrone : Crebri funt
in hac licencia , ac nîmïs invenufti Grxci
Pocfae, fed maxime Eurïpides: ut de Po-
lynice, quod fit Vêtue uv ê^évvfXGç.dc Pen-
theo , (xy névùoç èurôic* Sôpctnç. TEfchylus
de Proœetheo , quod eum oporteat Tpo/xvî-
èéuç ex malis evolvi: de Artapheme, ni»
mis putidè; quod Qpévaç ë%oi àpr/aç. Nam
quis fanus Perfico nomrni etymon Gras-
cum attribuât? Sic Euripides de Thyefte ,
i^tavvfjLu Sefavet Qvsçs: ut citant Grain-
matici. Et de Apolline,
'Cl %çv<rù<p£*/[is Ï.XÎ uç, f*' à7rdXeir&ç>
Citât Macrobius. Sophocles etiam ali-
quando, ut de Ajace. Sed parciùs, ut de-
cet fanum & fobrium Poètam, & qui fa»
ne princîpem locum in theatro Grxco ob-
tinet. In Grœcis hoc tolerandum erat.
At quis ferat in hnnio? Item, in Plauto.
Quià refett mihi Cbryfah tjje nomen , nifi
fattu probo ?
Tolerabile, quod dixit Aufonius de Pro-
tefiîao,
V'iftïma quod Tro}& prima futurus eras.
At non ferendum , quod ProtefiUum
videtur fentire dic~tum , quod xp^Toç thd*
cuto tov ôéov: cùm fit npûroç *urs : &
TJpuTseiteoç fimilis compofitio cum pleo-
nafmo :
/
An ti-Baillet. P. I. 17?
nafmo : ut èhuecfaexXoç , cihv.sGÎixupxoç.
Ma tornandê a Euripide : il fuo fcherzo
circa il nome ai Polinice a me par piùfcu-
fabile ancora cb* infiniti altri dcl Petrarca
fopra tl nome di Laura. l/erbi graziay
quand* egli r agio;: a di Laura corne fi foffe
Dafïie , Imamat a di'Apollo. Il che imita il
nojlro Ronfardo ; parlando anch'egti , aile
votte ;, dcllafua Cajjandra, corne je fojfe la
Troiana, fi^liuol.i di Priamo. Non è dun-
que danrcnJicre tl nojlro Poêta: per aver
qui fcherzaio fopra il nome di Silvia»
XLIX.
Meprife de Mr. Baillet touchant les Pan»
dettes de Gefner.
MOnfîcur Baillet. On a de Ges- Tome i;
ner deux principaux Ouvrages : fa- patrie r.
voir , Ja Bibliothèque, & Ces PandeHes. PaSCIJ*
Ce dernier Ouvrage eft compris en XIX.
Livres de Partitions univcrfelles, en deux
gros volumes in Folio.
Ménage. Il n'eft point vrai que ces
XIX. Livres foient en deux gros volu-
mes. Ce qui fait le fegond volume de ces
Pandecles, n'efl: qu'un petit volumet : <Sc
environ la quatrième partie de ce premier
contenant ces 19. Livres. Et ce fegond
volume contient le 21. Livre feulement:
le 20. qui comprenoit la Médecine,
n'ayant pas été imprimé.
H 4 T,
176 A N T I - B A I L L E T. P. T.
L.
De V Abrégé de la Bibliothèque de Gefner
far 'Jean Jaque Fris.
MOnfieur Baille t dit en parlant
de cet Abrégé: Si cet Ouvrage a été
imprimé, Un'' a point fait grand bruit jus-
qjfici: il eft confiant qu'il n'a point été
imprimé. Et Mr. Baillet , qui eft un
grand Bibliothécaire, devoir être informé
de cette particularité.
Lî.
Ignorance de Mr. Baillet dans fon métier
de Bibliothécaire touchant le Livre du.
Mazzoné fur la Comédie de Dante.
y*$e «. "\ >T Onfieur Baille t. Un des plus
Tome 4. Xt A échauffez contre la Comédie de Ûan-
jpamc 1. ie ^ femy\e avoir été ce Caftravilli , contre
qui Jacques Mazzoni fe crût obltgé de pren-
dre la défenfe de Dante , au rapport défait'
torio RoJJi: qui dit que Mazzoni mit fur
ce fu:et deux Volumes entiers ' auk, jour , qui
ne font pas moins untémo'tgnage de fon éru-
dition , qu'une Apologie de l'Ouvrage de
Dante.
Ménage. Il eft vrai que le RofTidans
l'Eloge du Mazzoni , dit que le Mazzoni
mit au jour ces deux Volumes. Dantls
Poêtce patrocinium adverfus Cafîraviliam ,
À quo oppugnabatur , duobus editis volumi-
nibu:. y dodè. eruditeaue (ufeepit. Er il
cl!
Asti-Baillet. P. ï. 177
e.'l vrai auffi que le Mar/ioni avoit com-
poïé deux Volumes pour la deYenfe de
Da .te. Mais il cft conltant qu'il n'a fait
imprimer que le premier. Ce qui paroît
clairement, & par le titre, & par la Pré-
face de ce premier Volume. Le fegond
tft manu fcrit dans la Bibliothèque du feu
Cardinal Barberin.
J'apprens d'une Lettre de Mr. Maglîa-
béchi à Dom Jean Mabillon, écrite de
Florance le 22. Avril 16S7. qu'on vient
comprimer eu Italie ce fegond Volume,
& qu'on y imprime le premier. Voici les
termes de cette Lettre qui regardent cette
particularité: /* Çefena^ fe non. er}0, £*<*
. k ho an cor a aVuto tl h'ibro, è ftata
la fegond* parte délia dlfefa di
Dante del Mazzoniy che non era mai efei-
ta in l;ice , e veniva ad? dotti defideratijji-
lo Pavtvç ferogià leita manoÇcriita \t
: fi t-'ciava in L:br:ria d.î Siguor
C ordinal fraxeefco Barberinê, dalquule ar-
Preghi la cbiefa in prefio il Svremji-
î R.ùieri.'.ndijfimo Signer Principe Car*
Lcopold, e h tenne quh qua!cbe tem-
'. riftampano la brima Parte délia
deîîa Dtfifa di Dar.ie del Mazzoni , cU
c, a g: a fiât a ftampaiar ma non fi frovaya
pin: (j/:de era Liho nonjolo aoito Ijj cru-
dito , ma anche raro ajf'ai. lo kofcr<lto h
cbi me ne hà data avvifo , che Çarebb; be~
niflinte fatto de procurajjero di trovare le
Lezziom rnanoferitte che Pijleffo Mazzoni-
fece fopra Dante, fi dore il deito L. itt
deferhe Vimmaginativa potenza délia nos-
ïra anima: ÇQme anche fofra il feguente fuo*
II s
178 Anti-Baillet. P. I.
verfo, La glorfa di colui che'l tutto muo-
ve. Mentre che gli riefcijfe il trovarîe ,
certo che farebbe à tutti gV eruditi gratijfi-
mo il vedere le dette Lezzioni , che il me-
dejimo Mazzoni fece fopra i Brin dis , efpli-
cando quel? Ottava deW Ariofto, che prin-
cipia ,
Non era Rodomontc ufato al vinor
Perche la Leg&e fua lo vieta , e danna.
La notizzia fuddetta che fi fia flamp atœ
la fegonda farte délia Dtfefa di Dante del
Mazzoni , certo che farà fommamente gra-
io air eruditiJJimQ Stgnor Abate Menagio r
che riverifeo,
LU.
L* Liire de VElocution attribue par Mr»
Baillet à Démétrius Phalereus, n'efi
pas de Démétrius 1? h al ère us.
MOnfieur Baillet dans un nom-
bre infini d'endroits de fon Livre,
attribue à Démétrius Phaléreus, Je Livre
de TE locution ; autrement Tîepi ^(xy^ë/aç.
Ce Livre n'eft pas de Démétrius Phalé-
reus. Il eft de Denis d'Haï icarnaiïè. Ce
qui a été démontré par Mr. de Valois
Taîné. J'ai rapporté fes railbns dans mes
Obfervations fur Laërce au Chapitre de
Démétrius Phaléreus.
hllL
Anti-Bail le t. P. I. 179
LUI.
Addition au Chapitre de Pierre de L,amoi-
gnon. Ignorance de Mr. Baillet dans
fon Métier de Bibliothécaire.
JE donne avis à Mr. Baillet d'ajouter , Pagene,
Germain Audebert aux Auteurs dont il J®1^ J-
parle, qui ont fait mention honorable de *
Piètre de Lamoignon Oncle de Mr. le
Premier Président de Lamoignon. Voici
comme Audebert a parlé de ce Pierre de
Lamoiguon:
jidfult , heu ! fato nohis ereptus iniquo
Kuper : at ante diem , L a m o n,i u S. llle fi»
débat
Purpurta primum fplendens in vefie Senator >
Deinde Libellorum dignatus honore Magiflri,
Ordinis ante alios tanti dignijfimus omnes.
Nil tanen in toto gejfit pr&darius &vo
Divin uni , quàm quod juventm pnduxerit
Orbi :
Cujus feripta premunt veterefque , novofaué
Poe tas ,
Et teneros fuperanî juveniîis pecloris annos.
Jiuic adeo ajjurpt Vhcebi chorus omn'is^ un*
jijpjîunt Charités, er plurima turba leporum,
Ttum procul ex alto taciîus dtfpeïlat Olympe
H&ç pater , k nato fuperari fe quoque gandet,
C'eft dans fa Parthcnope. De fon cô- -
té ,. Pierre de Lamoignon a aufli céléhré
H 6 6«['
i5o Anti-Bail le t. P. I.
Germain Audebert par une épigramme de.
douie vers , imprimée dans le Delicia
Poëtarum Gallorum : car c'tft de Ger-
main Audebert dont a voulu parler Pierre
de Lamoignon dans cette Epigramme.
Ces douze vers font les fculs de Pierre de
Lamoignon qui font imprimez dans les
Délices des Poètes François: & ainli Mr.
Baillet s'eft tout- à-fait mépris, en difant
au chapitre de Pierre de Lamoignon , Les
Poëfies de ce jeune Auteur ont été impri-
mées à Paris in'4\. & enfuît e en Allema-
gne Pan 1619. aufegond Tome du Recueil
des Délices des Poëfies Latines de la Fran-
ce, par le prétendu Ranutius Gherus.
Ii me refte à remarquer., que ce Maî-
tre des Requêtes de Lamoignon dont il
eft parlé dans les Vers d'Audebert, c'eft
ce Car oins Lamomus dont il ed parlé dans
la Vie du Préfident deThou, en ces ter-
mes: Carolus Lamomus , vir bnus, &
cliqua froximi, raie cum pâtre coKJunélus ,
Libeller um Supplie um in Re^ia Mdg'fier ,
rei Çalinar'ne infpiciendœ , quœ perperaYH ,
■per Dcïjïnatum, Provinciam , & Septi-
rnaniam admimjirari âicehatur, cum dcle-
gatis mijfus fuerat: hic,, rogatus à pâtre
ut filium in Urhem rediens , fecum reduce-
r et, eum % petit â a Jacobo Cujacio veniâ ,
Jecum Gratianopolim primurn dnxit ; ubi
Francifcum BeUomontium Adreùum, vul-
go Baronem ditlunt- vidït , cum Adretium
Jalutandum in Epifcopi <edibus venijfet , &
Salucias cum copiis Regiis , quœ Subalpinœ
regionis pnefidiis deftinatœ erant , proficis-
œratxr, Hominem. tanti wwin'ts dura cum
la-
As-rr Baille t. P. I. 181
wtio inhort» déambula* et, atteniis o-
cuiîs conÇfuatus : aua ptngendi facultate
ûcibuc erat , eum, ubl abat , ex memoria
fie kf/mxit , ut ab omnibus dignofeeretur:-.
Et ce qui fait. C'eft à la page 6. de l'édi-
tion de Genève : ce Charle de Lamoi-
gnon avoit été long-tems célèbre Avocat
du Parlement de Paris. Et il en tft parlé
en cette qualité dans le Dialogue des A-
voeats d'Antoine Loifei.
LIV.
Ce aue dit 2\lr. Bail le t que V Amsnte du
. efi le premier Ouvrage où Pott ait
introduit des Bergers fur le 'Théâtre ,
ifeftpas véritable. P lujzeur s f articula*
ritez curieufes touchant les Eglogues £sf
les Pajloraks.
M On fieur B a ili.et. VAmynte du Tome 4,
TjJJ'e a été le premier Ouvrage, ou Partie 1.
Von ait introduit des Bergers fur le Théâtre. P3^ 39%*
Ménage. Cela n'elt pas véritable.
C'a été un certain Agoftino Bcccari de
Férrire qui a été l'Inventeur de la Pafto-
rale. Son Sacrificio , Favola Paflorale,
eft de 15-5-3. & TArriynte du TalTe n'eft
que de 1 573. J'ai fait la-defliis une gran-
de Obfervatîon dans mes Remarques fur
rAmynte du TalTe. Et comme je l'ai
fort augmentée & mîfe dans un plus grand
jour depuis l'édition de mon Amyntc, je
Ja produirai en cet endroit: étant perfua-
ué qu'elle ne déplaira pas à mes Lec-
teurs,
H 7 i#-
182 Anti-Baillet. RI.
La Favola Paflorale, o corne la cbiama
il laffo , la Favola Bofcareccia, è un Poi-
nta Orammatico , nel quale le perfone in-
trodotte fono Paftori o Btfolchï , Minfe o Pas-
tore lie. Non èjîato cono feint o dagli Anti-
chi : anzi è cofa moderna. Giovan Battis-
ta Manfo , Marche fe di Villa, nella Vita
del nojlro Poêta, lo fa inventore di quefto
génère di Poëma. Et pare che Pifleffo
T'affo fe ne faccia anche V inventore : dicen-
do in un fuo Sonetto , nella parte terza dél-
ie fue Rime,
Arditc fi, ma pur felicî, carte
Vergai de vaghi paftorali amori,
Et fui coltor de' Greci antichi allori
Nellc rive del Pô , con novella arte.
ISA ut or de* duo Verati vuole che ne fia
il primo componitore un certo Agoftin dey
Beccari Le parole del Marche fe di Villa
e quelle delP Autor dey Verati , corne quelle
che feoprono l'origine délia Pa/lorale , e con"
tengono di pi à moite cir confiante curiofe in-
torno al noflro Aminta,fono qui da riferire*
Quelle del Marchefe , fon que fie : Quivi
{in Ferrard) nel verno feguente (1573.)
compofe , e fè rapprefentare il fuo A-
minta; ch' egli cognomînô Favola Bofca-
reccia; con gênerai Iode e maraviglïa di
ciafcheduno en' allora Fudï,o che l'a pos-
era letto: cosi per l'eccellenïa del com-
ponimento, gîudicato per ogni fua parte
perfettiffimo in fe medelïmo, corne per
l'invenzione del Poema ezîandîo. Per-
cioche , quantunque lia fecondo Tuniver-
fcll
Anti-Baille t. P. I. 183
fali c antiche regole délia Poëtica compos-
to, nondimeno, quanto alla fceti3 & aile
perlone in eiïa rapprefentate , & à loro
coftumi , non fe n'era fin à quel tempo
nella noltra lingua, ne meno nella Lati»
na, o nella Greca, veduto un' altro taie.
Onde fe ne puo fenza fallo chiamar l'in-
ventore. Conciolïacofache colorofra gli Cesparoles
Antichi che introdufTero neîle Scène Bos- ferven'd5
careccîe le Buccoliche rapprefentazioni, e ieq*ucdit
le perfone de' Paftori e délie Ninfe, co- Moiifieur
me furono tra' GreciTeocrito, e tra' La- fIuct > 5ue
tini Virgilïo, e tra' noftrali il Sannazaro, fcfô« Cn*
& alcuni altri Scrittori d'Egloghe ; non trompez,
componeflero Favole perfette , ne d'una attribuant
intiera azzione, ne del richiefto fpazîo di ScîiSSSS
tempo , o di convenerole ligamento e raleanBcc-
fcioglimento ; e moito meno con le parti cari, ou au
neceilàrie délia quantità ; fenza le quali T2flc> **
niun Poéma Ç.puô chiamar regolato: ma mièîaFa*.
gV introdufTero a femplicemente favellare toraleaété
quel che loro veniva à grado, fenza fot- formée des
toporfi ad altra regola ch' air oflcrvanza SgSg
del coftume: onde i loro componimenti desanciens;
iî potrebbono più tolîo una raunanza di C'eftdam
moite Scène , che una Favola Scenica [^^eersta~
chiamare,avendo efii l'alrre regole lafciV Romans.
te alla Coinedia & alla Tragedia, che lo- LefereRa-
ro parvero maggiormente capaci délie Pir] prétend
Drammatiche oifervazioni. Ma Torqua- étYformee
to, facendofï fcena do' Bofchi , e rite- furie cy-
nendo le perfone pallorali , fi fottopofe cioped'Eu-
non men al coirume dell' Egloghe ch7 al- c^eVdans
le rego'e délia Comedia e délia Tragedia fesconfi-
parimente: facendo di tutte tre una mara- deiations
vigliofa , nu vaghifïïma e regolatifïîma ["qj? roe"
1S4 An ti-Baillet. P. I.
cornpafizione. Percioche dall' Egîogrj^
prefe, corne ora dicevamo, laScena, le
perfone Paftorali, e'1 coftume: dalla Tra-
gedia, le perfone divine, l'eroichc,iCho--
ri, il numéro del verfo, e la gravita dél-
ia fentenza : dalla Comedia, le perfone
communali, il fale de' moni ; e la félici-
ta del fine, più proprîa alla Comedia ch'
ali'altre due. La compotizion poi di
quefto mefcolamento, quanto ail' unîtà e
integrità délia Favola, & al iuo circuito,
e quanto alla protali , & alla cataltrofe, &
air altre parti qoali e quante elleno devo-
îîoeffere, difpofe egli fecondo le regole ,
e alla Tragedia e alla Comedia ugual men-
te commuai: délie quali fù cosi diligente
oîTervatore che in tutto quel r'oëma non
a potuto l'Invidia fteiTa ritrovar manca*
mento alcutio: fe non è par avventura
ch' ad aitri parvi afïai brieve. Il che fece
egli à volontà del Duca Alfonfu : e forie
ad imitazione degli antichi Compoiitori
deir Egloghe. Laquai fua nobilimma in-
venzione è ftata in modo dagli altri begl'
Jngegni del)' erà noftra approvata , che fi
corne egli fù il primo che à fer ;v ère di
quefta forte â\ Pocma 11 foiTe meifo , cosi
molti pofcia ftati fono coîoro che incon-
tanente imitandolo, anno con fomma 1er
îode la noltra Lingua da altri tali vaghis-
fimi componimenti arrichita. Offer-verà
qui incidentemente , che Clémente Bartoli
da Urhino , /'/ quale faceva covferva di fui-
te le Paftorali Italiane , ne lafciava vedere
nel fuo gabinctto fin al numéro di ottanta^
ÇQ'ene h tejltfiça il ZuççqIq nel Pialogo deW'
Anti-Baillet. P.I. 18^
EmlneKZ.a délia P a florale. Le parole delf
Autor dé* Verati j'ono quefte : Affl dim-
que à fapere , che la Poelia P.iftorale, ben-
chc 'n quaiuo alk perfora: introdotte ri-
conofca la lua primiera origine, e dall'
Egloga, e dalla Satira degli Antichi, nul-
ladimeno quanto aï la forma & ordine puo
chiamarfi cofa modcrna; eiTendo che non
f\ trovi apprefîb l'Antichità di tal favola
alcuno eflempio Greco o Latino. 11 pri-
mo de' Moderni che felicemente ardifle di
farlo, fù Agoftin de' Beccari , onorato
Cittadin di Ferrara: da cui folo de rîco-
nofcere il mondo la bella inveniione di
tal Poema* Avendo dunque coflui vedu-
to; e certo con gran giudizioj che l'E-
gloga non è altro che un brève, e corne
ïuona la voce , fcielto ragionamento di
dao Palrori, in niuna altra cofa différente
da queliaScena che i Latini chiamau Di-
•verbio, fe non nelt' eifer unita indepen-
dente, col fuo principio e fine, in fe lies-
fi. E veggendo ancor che Teocrito, fa-
mofifîimo Greco e maeftro del gran Ver-
giJio, ufceiido dcll' ordinario numéro di
coloro che parlano in cosi fatti componi-
mewi, una ne fece (Le Pompe d'Adone)
non fol di moite perfone, ma di foggetto
ancor più drammarico- dell' ufato , e di
lunghejza più dell' altre notabile , con
cinque Interlocutori ; de' quali alcuni
parlano prima fenza Tintervento dcgli al-
tri , e gli altri poi fopravengono e fanno-
la parte loro: e finaîmente, con quella
diftim'one-. e di tempi, e di luoghi , e di
&tti ch'è prepria del Poema Drammatico,
E
iS6 Anti-Baillet. P. I.
E più oltre ancora coniïderando quel che
dice Ariitotele, che la Tragica e la Comi-
ca Poefîa da molto debole nafcimento
crebbono à quell' ampiezza che tra noi
le veggiamo, e che la Tragedia tu daprin-
cipio cofa molto imperfetta, e che pati
diverfe alterazioni prima che lï pofaiîè al-
la grandezza dov' ella è ; che non aveva fë
non un folo Iftrione, e che il verfo fe fù
mutato; e che ai faltatoria dîvenne grave:
il chefù detto ancora da Orazio nelle fua
Poë'tica Piftola \ e'n parte da Diogene
Laerzio nella Vita di Platone: il quai di-
ce che da prîncîpîo il Poëma Tragico iî
faceva col Choro folo, e che Tefpi fù il
primo chegli diede un folo Iftrione. E-
faminando, dico, tutte quelle cofe il Bec-
cari, avifô di potere tanto più convene-
volmente far lo ftefïb anch' egli délia E-
gloga, quant' ella a, fenza dubbio, con
la Paftorale afTai maggiore conformità che
non ebbero la Comedia e la Tragedia co*
debilirïimi lor prencipii; che niente altro,
per teftimonîo del medefîmo Ariftotele,
furono che rozzî, e, fecondo che la ra-
gione ci perfuade , alTai brevi improvifa-
menti. E cosi occupando , non fenza
fua molta Iode quefto bel luogo, da pen-
na Greca o Latina non ancor tocco, e
regolando molti Paftorali ragionamenti
fotto una fola forma di Drammatica Fa-
vola , e dîftînguendola in Atti , col fuo
prîncîpio , mezzo, e fine fufficiente , e
proporzionato col fuo nodo , col fuo ri-
volgimento, col fuo decoro, e con Paî-
tre parti fue neceffarie, fe non il choro
che
AnTI-Ba JLLET. P. I. 187
che fù poi gin n ta del Yafïb; ne fè nafce-
re una Comedia; fe non in quanto leper-
fone întrodottc fono Paftori : e per quefto
lo chiama Favola Paftotale. Tal che fi
corne la Vita cittadina à il fuo Dramma
che \\ chiama Comedia , cosi per opéra del
Beccari, la Vita Paftorale anch* eila à il
fuo che iï chiama pur Paftorale; ancor-
chc in forma Comica lia comporta. La'n-
venzîone c poi data con tanto applaufo
ricevuta dal monio , e fi felicemente au-
tentîcata in Parnafo , che i primi Trova-
tori del noftro fecolo; e fpezialmente il
fopranominato Torquato Tafïb; il quai
non puô negare d'eiïere (lato nel fuo bel-
liflimo Aminra imitator del Beccari ; (î
fon recati a gran pregio, non folo lo'm-
piegarvi l'opère loro, mail confeguirean-
cora; o fperarne almeno, fovrano onore,
e Iode di Poè'fia. Or quefto titolo di Fa-
vola Paflorale , non vuol dire altro che
azzîone di quella forte d'uomini che Pas-
fort fono chiamati. E percioche ogni az-
zione Drammatica bifogna che lia Comi-
ca, o Tragica, o mîfta, il Sacrificio del
Beccari non a dubbio che in forma di Co-
media non fiateiTuta: avendo le perfone
private, il rifo, il nodo , lo fcioglimen-
to. e'1 fine ch'è tutto Comico. Ma egli
non la voile chîamar Comedia. prenden-
do nome generico in vece dello fpecifico,
e diffe anzi Favola che Comedia, per non
ufir impropriamente quel nome; il quale
avenga che per la forma e per Taltre fue
parti ottirnamente le convenifie , nulla-
dimcno per eifer fuori délia Città, e non
rap-
i88 Anti-Baillet. P. L
rapprefentandoiï cittadini,affai men propria-
mente dell' ordinario col titolo dlComedia
fi-larcbbe nomata : E poi corfo quello ag-
gîunto di Paflorale a col tempo acquiftato
forza e iignincato di foftantivo. Tal che,
quando iï dice una Paflorale , fenz' altra
Compagnia, s'intende Favola di Paftori.
E cosi per tutto è oggi quello nome rice-
vuto & intefo, quand egli è folo : La
Paflorale del Bec cari : La Paflorale del
7ajb. E cosi ancora di tuîte raltre,ben-
che gli Autori loro iî lien ferviti di qaella
voce per adiettivo, quando l'anno accom-
pagnata con Favola, che fignifica qualité,
e non per foftantivo fignificante azzione
diftinta da quella Favola: e quel che fe-
gue. Que* duo Ver au, per dirlo di pajfo ,
fono Difcorfi in diffeja del Paftor Fido con*
ira Giafon di Nores , nobile Cipriotto , ma
originario di Normaxdia , célèbre Profes-
for di Filofofia nello ftudio ai Paâova ; il
quale, dJfferendo délia Poëtica , ave va par-
lato délie 'Tragicomedie PaftoraH; corne di-
moftri ne lia Poëtica: e furono cosi inîilo-
loti dal Verato , célèbre Comediante di quel
tempo : fopra la morse del quale fece il nos-
tro Poëta quel belUJfimo Sonetto che fi leg-
ge nella prima parte délie fue Rime , e c.o*
mincia Glace il Verato qui. E que* Dis-
corfi fo'fîQ del Guarini , came h fcrijfe il
Tuano Prefidenie Tuano nel libro 99. délie fue fio-
Libro rie. U A nt or délie Anvotazioni fop'a il
Ufiflfto- Pa*Qr. Fido-> il 9**Ç è VifleJT° Guarini, fa
riapag." r/ienzione anc'':? egli di quefto Agoflin de*
loz. Bec cari : deendo, che Torquato Tafjo ai
imitation di lui a intïodjtto il Satiro nella
&çe-
Anti-Baillet. P. I. 189
Scena. Fù rifta,, pata in Ferrara Panne*
15-87. quefta Paftorale d? A go (lin d<? Becca-
ri da Ferrara : revtjla dalf Autore , e in mol-
ti luogbt accrefciuta. Nella Prefazione , h
Stampatore due cosi ; Ne molto palier à
ch' anche vi potrei dare la Daine, Opéra
Paftorale del meudîmo Autore. Lequali
vi dovrian fenza folio efier grate, cosi per-
che fono molto eilemplari ed argute, co-
rne perche vengono aa pertona che diede
principio à cosi fatti componimenti. Per-
cioche avant i che il Signor Beccari faces-
fe quefto fuo Sacrincio; che ben è da
trenta Quattro anni; non fi leggevano fe
non poche Egîoghe rozze: nellc quali fol
due ô tre perfone parlavano.
Ma tornartdo ait origine délie FavoleBos-
chereccie , feriffe Donato , che furono le
VirgiUane Eglogke nella Scena rapprefenta-
te. Bucolica triennio, Afinii Pollionis
fuafu pertecît : eoque iucceiïu edidit, ut
in Scena quoque recîtarentur. // Comte
BaldcfarCafliglione e il Signer Ce far Gon-
Zaga fecero infieme una Egloga iniitolata
Tirli: non folo di lungbezza pià délie altre
notabile: e con interlocutori: de"* quali al-
cuni parlano prima fenza Pintervento degli
altri ; e gli altri foi fopravengonn , e fanno
la farte loro; ma con un Cburo di Paftori ,
e con una Morefca. Fece alirefi Fran-
cefco Berni la Cattrina , Atto Sccnico
RufticaU.
Ora , corne ad imitazione deli* Eglogbe
di Paftori fecero i Poèti moderni Faiole
Paftorali , cosi ad imitazione dell* Eglo-
ghe di Pefciatori, fecero Favole Pefcatone ,
owerQ
iço Ant i-Baillet. P. L
ovvero Nautiche. Il Signor Ugone Gro-
tio , uomo in ogni fcienzia dottijfimo , e ben-
che da tutti Litterati fommamente , non
père bafievolmente lodato , vantafi nel fu»
Idillio Nauttco d'aver il primo corfo Par-
ringo di que ft a forte cVIdiîlii. Non audita
cano. Non fo il perche: nejjuno potendo
dubitare cfr inanzi à lui Giacobo Sannaza-
ro tfa-ucffe compojli. E per i fuoi Idillii
Nautki -vienne eçli cellebrato dalP ArioJÎQ
nel Canto uitimo del Furiofo.
Giacobo Sannazar, ch' aile Camene
Lafciar fa i monte, & abitar l'arène.
E dal Marini nel primo Sonetto délie fue
Rime Maritime.
La nobii Ceîra , ond' Arion primier©
L'Onde affrcnô fù l'animato legno.
Indi d'Auflro placar iolea lo fdegno
E'ntenerir gli fcogli il gran Sincero.
Anzt da Lilio Giraldi nel Poëma de In-
commodis Urbans direptionis, è tenut$
fer lo primo Autore di tali Poëmi.
Et Syncerusabeft, cecinit qui primus inacla
Non priùs auditum Carmen : quo gurgite
ab alto
Produit Triton, iîmul & chorus Amphi-
trites.
Siccome anche da Giovan Battifla Crifp»
tiella Vit* del Samazaro ; Fù il primo che
fcrillc
Anti-Baillet. P. I. 191
(enfle Egloghe Pefcatorie. Dclche van-
tajfi Fiftejfo Sannazaro nella fua Egloga
Lcrdrnando, Une a dit Calabna.
*
Nunc litorcam ne defpice Mufam ,
Quam tibi poil fiWas , poft horrida luftra
Lycaei,
Si quid id eft, {"alfas deduxi primus adundas:
Aufus inexpertà tentare pericula cymbâ.
// che non è vero : effendo manifefto che
rfeocrito abbia compofto un ïdillto PeJ'catO"
no. Ma non avenione compofto che uno ;
e quelf ifteffo molto brève ; Ji pub dire che'l
dZaro che ne kfatto rnolti , e lunghiffi-
mi , ne fia ftaîo il primo componitore. Il
che pure deefi intendere non alfolutamente :
ejfendo verifimile che non pochi de' Poéti
antichi , dé* quali a noi non fort pervenute
le Opère, abbian fatto Poërni Pefcatorii: 0
Nantie i : Giulio P olive e iV> 7. 2. tra i
generi dé1 Poërni facendo menzione dé*
Nautici. Ed a queft) propofito è da ojjer*
vare che Ber nard.no Rota, Poêta Napole-
tano célèbre per le Poëfie Latine e <Tofcanet
fit il primo autore d"Egloghe Pefcatorie
nel a Lingua îtaliana, came afferma Sci-
pïone Ammirato in una Sua Le t ter a pofta
avant i /' Egloghe Pefcatorie del Rota Jfiam*
pato in Napoli Panno 1572. E PifteJI<>
Rota nella fua prima Egloga invocando le
Ninfe del Mare, dopo aver lodato il Sari'
ttazare , dice cosi ,
Dch raccogliete intorno al voftro lido
Il fuon de* nuovi accenti.
Quant*
192, Anti-Baillet. P. I.
Quant o aile Favole Pefcatorie , il ffimi
che ne fece , fk Antonio Ongaro: il quale
fiel fuo Alceo , FaveLi Pefcatcria e ftato cosl
diligente Imitator del nojlro Aminta, che
queftofuo Alceo da alcu?iiy Aminto Bagna-
to fi dommda. T'orqxato "TaJJ'o anch' egli
pare aver voluto ferivere una Favola Pes-
tatoria : dicendo al Signor AleJ/andro
d'EJle,
O fanciui d'alto ingegno , in meio ail'
onde
Nacque la Dea che Pafo onora e Gnido,
Com'è di chiara fama antico grido :
Et ama ancora il Mare , e le fue fponde.
Ne fol fra rozzi tronchi e verdi fronde
Di vaga felva ella fà dolce nido :
Ma'n cavernofo feoglio, e'n falfo nido
Col pargoletto fuo ulor s'afeonde.
Quinci il Ciclope Galatea fugace
Chiama d'un' alta rupe, e dentro ail' acque
D'amore ardon le Foche e le Balene.
E fe già célébrai col canto audace
I bofchi ombrofi , e'1 canto audace piacque,
Piaccià, s'eflalterô l'apriche arène.
II Cavalier Marin: , nella Dedicatoria
de"* fuoi Idillii^fi gloria cfefjere il primo ri-
îrovatore di effi nella Liagua Italiana.
Nientedimeno , parecchi anm avants a lui
ffaveva il Preti publicato uno : cioè , quel*
la d'ella Salmace. Ma fopra di cio traite •
nendofi detto Cavalière col Signor C appel-
lanQ) gli difie, çfceH Preù l'aviva compos-
te
Ant i-Baillet. P. I. 193
to ad imitaz'ton de* fuoi\ da fe a lui, corne
al fus parztalijjimo amtco , communicati
buoïi tratto di tempo innanzt che fojjero da*
tt aile /tampe. Ma arc a al nome Italiano
folameme fù ritrovatore d'Idiilii il Mariniz
che circa al re/io che altro chy IdilLi fono
tante Egloghe Drammatiche e narrative
compo/ie innanzi al Marini ?
îl Sannazaro anctf egli nellafua Arc a*
diafi vanta d?aver il primo nel fuo fecoh
rifvegliate le addormentate jelve , e mofira.
ta à' Paftori di cantare le dimenticate
Canzoni.
LV.
Ignorance de Mr. Baillet dans fon Métier
de Bibliothécaire , au fujet de la G a-
tomachie de Lopé de Véga,
M Onfîeur Baillet. // efl bon d'à- Tome 4,
vertir le Lecteur que lors que Lopé ïait* 2-
de L'éga voulait écrire des plaisanteries & ^' 9'
def bouffonneries , il [e cachoit fous un nom
emprunté. Ceft ce qui afa't qu'on a at-
tribué à un fantôme , appelé 'Tome de Bur-
giilos, un volume de Poe fie s fous le titre
de Rimas humanas y divinas: qui efl de
Lopé. Et il efl confiant auffi que c'efl lui
qui a compofé fous le même Nom la Gato-
machie , ou le Combat des Chats: qui a
pafjé fur le ventre à tout ce qu'il y a eu en
ce genre depuis fon tems jujqujà la Batra-
chomyomachie d1 Homère.
Ménage. Notre Bibliothécaire n'a
jamais vu le Livre de Rimas humanas y
Tom, VIL Part, L I divi-
194 Anti-Baillet. P. I.
divinas de Lopé de Véga: & il n'en parle
que fur la de'pofîtion de l'Auteur de la Bi-
bliothèque des Ecrivains Efpagnols. Ce
Livre fut imprimé a Madrid en 1634. a-
vec ce titre, Rimas humanas y dtvinas del
Zticendiado Tome de Burguillos. No fie a-
das de Bibliotbeca ninguna {que in Caftel-
lano fe llama Libreria) fino de pape le s de
amigos y borradores fuyos. Al excelleïitijji~
mo Sefior D tique de Sejfa, Gran Amirauté
de Napoles. Por Frey Lope Félix de Vega
Carpio del Avito de San Juan. Et il con-
tient plulïeurs fortes de Poèmes : des
Sonnets, des Chanfons, des Silves , des
Efpinelas. Parmi les Sonnets , pour le
marquer en paffant, il y en a un au feuil-
let cinquième verfo, qui commence par
ce vers,
Caen de un monte , y liquida lagnna ,
& qui finit par ceux-ci ,
Yen ejie monte, y liquida laguna ,
para dezir verdad , como homhre hsnrado ,
Marnas me fuccedïb cofa ninguna,
Il y en a un autre au feuillet 28. qui com-
mence par ce vers,
Sebervias torres , altos edificios,
& qui finit par ceux-ci,
£ V*n w*fi*h a mi eforanfA vana,
8«
Anti-Baillet. P. I. 197
Que el thmpo que os bolvio brèves ruinas ,
No es mucbo que acçabajfe trii foîana !
Ces deux Sonnets ont été heureufement
imitez par Mr. Scarron. Les Silves, qui
font au nombre de fept , font intitulées
la Gatomachia del Licendiado Tome de
BurguMos. Les Rimes humaines & divi-
nes de Lopé de Véga & fa Gatomachie
ne font donc pas deux Livres difterens,
comme Ta cru notre Bibliothécaire. Voi-
ci le fujet de fa méprife. L'Auteur de
la Bibliothèque des Ecrivains Efpagnols,
dans le Catalogue des Livres de Lopé de
Véga, a fait mention de fes Rimas huma-
nas y divin a s , en ces termes :
Rimas H u m a n a s yDivi-
NAS, Matriti 1634. in-$. fub afeiti-
tio Mo nomine quo Lupus utebatur in Jo~
cofis Carmimbus , edi curavit : ludicra
omnia. luttr quœ feftivijjimum eft quod
nuncupavit La Gatomaquia:
five Felium amores & pugnas : quo anti-
quorum omnium & recenttorum hujufmodiy
pojî Homerunt) authorum luminibus obfcu-
ravit.
Mr. Baîllet a paffé par fur ces mots,
Inter quee feftivijjimum quod nuncupavit:
qui font voir que la Gatomachie de Lo-
pé de Véga féfoit partie de fes Rimes hu-
maines & divines: & comme ces mots
La Gatomaquia étoient à /*"•
nea , de même que les autres titres des
Livres du même Auteur, il a crû que c'é-
toit un Livre différent de celui des Rimes
humaines & divines.
I 2 Voycx
196 Anti-Baillet. P. I.
Voyez ci-defïus au chapitre 7. ce qui a
été remarqué touchant Lopé de Véga.
LVI.
"Bévue de Mr. Maillet au fujet de ce que
Sidronius Hoffchius a écrit du Pè-
re Pétau.
Tûgt T87. A M Onfieur BAILLET. Je veux finir
du Tome 4. J.VJI par la recommendation des beaux vers
païue 2. dH pere pé'tau à Phonneur de Sainte Ge-
neviève. Plufieurs efliment que c*cjl ce
qu'il a promit de meilleur & de plus rele-
vé. Le Pere Sidronius Hojfchius, Je fuite
célèbre de Flandre, n'y a trouvé rien à re-
dire , que la négligence avec laquelle il pré-
tend qu'il s'efl acquit é du vœu qiSil en a-
voit fait a la Sainte. Et fi nous voulons
Ven croire , cette négligence a coûté la vie
au Pere Pétau : dont la punition, dit-il, a
été , ou a paru ï* effet de la jujle févérité de
Sainte Geneviève.
Nulla laborantem teneat mora. Magne
Petavi,
Terreor exemplis erudiorque tuis.
Diftuleras Divae promiflum folvere carmen.'
Hei mihi ! quam vindex illa fevera fuit.
Ecce furens iterum febris depafcitur artus.
Aut fuit aut vifaeft,hae hibipœna morae.
M. lis je ne fai fi ce n'eft point parler un
feu trop humainement CS* trop çurieufement
de
Asti Bai lleî. P. I. 197
de U conduite de Dieu, y du pouvoir de
fcs Saints auprès de lui.
Ménagé.. M. Baillet s'eft ici tout-à-
faît mépris Sidronius HoiTchius n'a ja-
mais longé à dire que la négligence avec
laquelle le Père Pdtau s'étoit acquîté de
fon vœu à Sainte Geneviève, lui ût coû-
te la vie. Il n'a dit que ce que le P Pé-
tau a dit lui-même dans ion premier Poè-
me à Sainte Geneviève. Et voici com-
me le Père Pétau a parlé de ce vœu :
Virginis obteflor numen: funclufque periclo ^
Votivs dulci pro luce rependere verfus
Po.liceor, parvaque animant mercede pacifcor,
Audit or anus gemitus: vatemque fubinde
Ma luit ejfe fuum. Vives , ah : C7 rnea fédii
Munera venturïs proprio teflata periclo.
Hinc canere inaptes voti reus. Omrits ah illo
Temport déterra geliàs. formiiine mortis t
Spes redit , es* morbï vis importuna remit tit.
Ver km ubi par ta falus , depuifaque cor pore
febris ;
Seu vota exciderant animo , feu lenta labms
T*diay Mu/arumque vêtus fa/îidia languor
Attultt ; in longum promijfa piaala tempus
Difluieram : cum vix anno vertente récurrent)
Acrius bicejftt morbus , rurfumque benign&
Virginis auxilium , veniamque or are fubegit.
Auxilium t veniamque fuo Genoveva clienti
Hil cuntlata dédit. Nec nos promifl<i referrt
Vr&mia dijlulimus tpaftoJque facramus honeres,
I 3 S**
iç>S Anti-Baillet. P. I.
€}ua tu, Diva , pncer memoris monimtnta
vicijfîm
Pefîorïs accipiens, injlantibus erue morhh»
Et ce qui fuit.
Ce Poème du Père Pétau fe trouve im-
primé dans le Recueil de fes Poèïies, im-
primé à Paris in douze en 1620 chez Se-
baltien Chappelet. L'Elégie de Sidronius
HolTchius elt de Tannée 1646 comme
nous l'apprenons de l'argument d'une E-
légie de Vallius , imprimé à la tête des
Poéfies de Sidronius HolTchius : & le Pè-
re Pétau mourut l'onzième Décembre
16^2. Et ainfi il n'eft mort que plus de
33. ans après avoir fait le Poc'me dont
nous venons de parler. Ce qui a troublé
notre Critique , c'elt que le Père Pétau
peu de tems avant fa mort fit un autre
Poème à Sainte Geneviève, qui commen-
ce par ces mots , Dicebam , fuprema mi-
hi jarn dauditur atas ; & qui finit par
ceux- ci,
— ■ — PetAvïui *ier
Cantabat veteris qu&rens folatia morbi.
Monlieur Baillet ajoute, que Sidroniu*
HolTchius n'a rien trouvé à dire dans le
Poème du Père Pétau que cette négligen-
ce avec laquelle ils'eftacquitéde fonvoeu.
Où cela eft-il dit dans les vers de Sidro-
nius HolTchius ? Sidronius HolTchius n'a
point examiné le Poème du Pcre Pétau.
Voici le titre de Ton Elégie: Matri mife»
rhor-
A nt i- Baille t. P. I. 199
ricerdiœ votum à létal: morbo. Il dit dans
ion Argument, Ludtntem cura morte re-
fpexit clernentijjima De: Mater , e ui Car*>
rnen zoveram, Ji valetudinem reâderet. Et
par occalion il tait mention dans fon Elé-
gie du Pocme du Pcre Pétau. Voilà
comme Mr. Baillet cite les Auteurs.
LVIL
Ce que dit M. Baillet , que Hugue Mé-
nard, Moine Bénédictin, a fait la Tra-
duction Latme de CEpitrc de S. Barna-
be, n\ft pas véritable.
MOnHeur Baillet. On a encore de Tome 2;
Dom Ménard des Remarques Criti- partie 2.
ques firr rLpître attribuée à S. Barnabe *aSe 252<
r Apôtre: qu'il a traduite au Jfi en Latin.
Ménage. La Traduction Latine de
l'Epître Grecque de Saint Barnabe n'eft
point de Dom Hugue Ménard, Religieux
Benedi&in de l'Abaïe de S. Germain des
Prez. C'eft une très-ancienne Traduc-
tion , trouvée par ce Religieux dans un
manuferit de Corbie: lequel manuferit pa-
roît avoir près de mille ans, au jugement
de Dom Luc d'Achery : qui publia en
1645-. après la mort de Dom Hugue Mé-
nard, & cette Lettre Grecque, & cette
ancienne Verfion Latine , & ces Remar-
ques Critiques. Et il n'y a rien de Dom
Ménard dans cette Verlïon Latine que
quelques pages de la fin: qu'il y a fup-
pléées de l'o iginal Grec : lequel lui fût
donné par le Père Sirmond. Le Père Sir-
I 4 mond
ioo Anti-Baillet. P. I.
mond trouva à Rome cet original entre
les papiers du Père Tûrianus ou Tôrren-
tius , ou Torré , Je fuite Efpagnol. On
ne fait point d'où Tûrianus l'avoit û.
LVIII.
Erreur de Mr. Bail/et touchant les B vies
Ebraïques de Daniel Bvmbergu , lm~
primeur d? Anvers établi àl/enife.
M On (leur Baille t. Mr. Voffius
(le jeune) écrit que ceft la Boutique
de tJombergue qui a donné la naijfar.ce a
tous ces points-voyelles que les Chrétiens
Rabbimftes confiàérent comme venus du
Ciel. Néanmoins tous les juifs ne font pas
de ce fentiment : Cfj3 plu/ieurs prétend, nt
que les Editions de Bombergue fout rem~
plies d'une infinité de fautes : fur tout dans
les points qui y font fouvent marquez, diffé-
remment dam les mêmes mots & dans le
même fens.
Ménage. Les Juifs n'ont û cette
prétention qu'à l'égard de la première édi-
tion de la Biole de Bombergue. Ils ont
tous loué fa Bible de la féconde édition,
comme une Bible exacte dans les points:
ce qui a été très-véritablement remarqué
par le Père Simon.
LIX
AnTI-BaILLET. P. I. 201
LIX.
Addition au Chapitre de Char le Efiienne^
Imprimeur à Paris,
MOnfieur Baillet n'a dit qu'un mot
de cet Imprimeur: qui eft : qu'il
étoit fils de Henri Ellienne premier du
nom , & conféquemment frère de Ro-
bert E'ftienne, suffi premier du nom:
qu'il avoit du favoir: & qu'il avoit corn-
pofé des Livres très-utiles tu Public.
Voici ce que j'en fai davantage. Il é-
toit Médecin. Et en cette qualité, il a
compofé un Livre en Latin de PAnatomie
& D'ijjeftion du Corps humain, imprimé
à Paris in folio. Vander Linden en fait
mention dans fori de Scriptis Médias. Et
c'elt auffi en cette qualité que Bucanan a
fait mention de ce Charle Eftienne dans
fon Elégie fur fa goûte.
Sétpe tnihi medicas Grofcollius explicat berlasî.
Et fpe ïangumtem confilioque juvat.
Sdpe tnihi Stephani folertia provida Carli
Ad mala, frtftntem trijlia portât opemi
Antoine B-.Vi'f en a fait mention en la mê-
me qualité dans fes vers adreflez au Roi
Charles JX. Voici l'endroit:
Je ne fus pas fi- tôt hors de l'enfance tendre-
La parole formant , qu'il fut loi^neux dç.
prendre
1 1 m
SIeidan
fait men-
tion de cet-
te Ambas-
iade.
202 AtfTl-BAlLLET. P.I.
(Il parle de Lazare de Baïf, fon père,)
Des Maîtres le meilleur , pour dès-lors m'en-
feigner
Le Grec & le Latin , fans rien y épargner.
Charle Eftienne premier; difciple de Laxare
Le docte Bonami; de mode non barbare,
M'apprint à prononcer le langage Romain.
&c.
En l'an que l'Empereur Charle fit fon entrée
Reçu dedans Paris, l'année defaftrée
Que Budé trépafla, mon père qui alors
Alloit Ambafladeur pour vôtre ayeul dehors
Du Royaume en Almagnc , & menoit au
voyage
Charle Eftienne; & Ronfard qui fortoit hors
de Page :
Eftienne, Médecin, qui bien parlant étoit:
Ronfard, de qui la fleur un beau fruit pro-
mettoit.
C'eft lui qui* a fait le Prœdium Rufti-
eum. Il l'imprima à Paris en ifS4- & le
dédia à Guillaume Bailli Préfident de la
Chambre des Comptes de Paris, biiaïeul
de Mr. Bailli Avocat Général au Grand
Confeil, auquel il a auffi dédié fon Traité
de Nutrimentis. Et en 15-77. il imprima
un Livre avec ce titre , De dherfis Regu-
lis Juris antiqui , Pandeéïarum libri quin-
quagefimi T^tulus feptimus decimus , cum
Tufco aut ex eo duào accuratè collatus C53
emsndatus. In eumdem Titulum vêtus 1
fed incerto auéiore , brevis & elegans Corn-
mentarius : ritfi tu Placentinum ejfe dixe»
ru,
Anti-BaiLlet. P. I. 203
ris : eo argumento , quod fequenti pagina,
compomiur. 11 dédie cet Ouvrage au Car-
dinal Bertrand, Chancelier de France.
Et par fa Dédicace, il paroît qu'il avoit
déjà fait une première édition de ce Livre.
Dans cette première édition, il prend la
qualité d' Imprimeur du Roi. Il prend la
même qualité dans l'édition de fon Pra-
dium Rufîîcum ; & dans toutes celles de
fes autres Livres , outre fon Diclionnaire
Grec- Latin, qu'il imprima in-4. en 1 5*5*4.
il a fait un Diclionnaire Hiltorique- Géo-
graphique- Poétique. Et c'eft de ce Dic-
tionnaire dont a entendu parler Cujas en
cet endroit du chapitre 3. du Livre 27. de
fes Obfervations : Ne etiam credamus In-
dei Cjroli Stephani qui Pempeiopolin Ci-
licite , tanquam ex Solino , poftea Trajano-
p'Ain fui fie appellatam : mutato , inquit,
nomine, poftquam in ea fato cedere Tra-
janus coac~his eft. Car ces mêmes ter-
mes de Charle Eftienne fe trouvent dans
le Diclionnaire dont nous parlons , au
mot Pompeiopûlis. Pompeiopolis , Ciliciœ
urbs Mel<£ in deferiptione Ciliciœ: deinde
urbs efl à Rhodiis, Argivifque; pofl Pira-
tis , Pompeio ajfignante , poftèfta : nunc
Pompeiopolis: tune Soîoe : Qji<e etiam, So-
limé tefle , pofteà Trajanopolis eft appellatam
mutato nomine poftquam in ea fato cedere ■
coaèlus eft. Cujas appelle Index ce Dic-
tionnaire de Charle Eftienne : & c'eft
comme il eft appelé dans la Préface au
Lecteur de l'édition de 1618.
Notre Charle .Eftienne a fait plufîeurs
autres Livres , mentionnez par la Croix
1 6 du
204 Anti-Baillet. P. I.
du Maine & par Mr. Janfon d'Almelo-
véen: & entr'autres, XzTbefaurus Cice-
ronianus , qu'il imprima à Paris in folio
en 1 5 5*6. des Annotations fur les Livres
de Baïf de Re Nautica, & de Re Veft'ta-
ria: Des Scholies fur l'Andrie de Teren-
ce: La Maifon Ruftique, augmentée par
Jean Liébaut Médecin , qui avoit époufé
Nicole Eflienne , fa fille. Cette Nicole
Eflienne étoit une perfonne favante. De-
vant que d'époufer Jean Liébaut, elle a*
voit été recherchée , en mariage par Ja-
que Grevin , Médecin de la DucheiTe de
Ferrare (i) , lequel fit un très-grand
nombre de vers à fa louange ; qu'il inti-
tula P Olympe. Voyez la Croix du Maine.
C'efl lui à qui l'on a l'obligation du Re-
cueil des Lettres de Bunel : ce qui a
été remarqué par Scévole de S. Mar-
the dans l'Eloge de Bunel : où il appelle
notre Charle Eitienne virum de Iherts be-
ne merïtum.
C'étoit un homme de facheufe humeur:
ce qui paroît par une Lettre de Maumon-
tius (a) à Jules Scaliger : imprimée par-
mi
% t. La Croix du Maine a ici trompé M. Ména-
ge qui auroit mieux fait de confulter M. de ThoUy
ou tout au moins Moreri & le Sr. de la Caille pag.
313 de fon Hiftoire de l'Imprimerie & de la Librai-
rie. Jaques Grevin étoit Médecin de la Ducheflede
Savoie.
% 2. J'aurois mieux aimé dire par une Lettre de
Jean de Maumont. Parmi les Lettres de Dolet il y
en a une à ce Jean de Maumont qui etoit grand ami
de Jule Scaliger, 8c pafïbit pour habile homme fur
tout en Grec, jufque-là que le Sr. Gelyot Avocat
au Jailemeat de Dijon, Auteur de 1'Incjiçe armo-
riai
A N T I - B A I L L E T. P. L 20f
mi les Lettres de Jules Scaliger.
J'ai cité tous ces témoignages ; Mr.
Janfon ayant écrit que perfonne, à la re- d'Aimé-
ïerve de Scévolede Saint Marthe, n'avoit lovccn,
fait mention de notre Charîe EÛienne.
LX.
Me'prife de Mr. Baille t touchant un endroit
d'Horace où il e/i parlé de Mimnerme.
MOnfieur Bai LLET. Mimnerme efî Tome 3;
un des principaux Auteurs du genre Partie *•
Elegiaque parmi les Grecs : mais ilfemble ^c 3I3*
n'avoir applique' fes talens quyà des matie'-
res de galanterie : & tl avoit le [en s fi cor*
rompu qu'il ne croyoit pas quyon pût rien
faire d } agréable fans V Amour çjf les Jeux ,
au rapport d* Horace. Ceft peut-être ce qui
a fait dire à Properce que Mimnerme avoit
û l'avantage fur Homère en ce point.
Ménage. Mr. Baillet me permettra
de lui dire qu'il n'a pas entendu l'endroit
d'Horace dont il parle. Le voici:
Si,
rial dans l'endroit de fon exemplaire de la Biblio-
thèque de la Croix du Maine où il eft parlé de Jean
de Maumont a mis de fa main cette note margina-
le. // v en a pli-fleurs qui croyent que ce Maumont Jett le
vrai Traduttcur de PLitarcpie , & qu1 ^Amyot fe le Çoit at-
tribué, ayant dérobe fes papiers après fa mort. Mais je
fuis furpris que Gélyot n'ait pas réfuté cette fable,
lui qui pouvoit s'appercevoir oue Jean de Maumont
qui vivoit encore en j;$4. autoit été en état de ré-
clamer le Pîurarque publié long tems auparavant,
s'il en avoit été le véritable Tradutteur. On a dé-
bité quantité de contes de cette nature fur cette Ycx-
lioa d'Amyot.
I 7
io6 Anti-Baillet. P. I.
Si,Mimnermus uii cenfet ,fine amore jtcifque ,
Nil eft jucundum , vivas in amore , jocifque.
Et voici l'original de Mimnerme, rap-
porté par Plutarque dans fon Traité de la
Vertu Morale.
TiQ))C*tVV , CTf ftfl< ftTJKÉTt 7UU7eC [*f\Ot,
Cela ne veut pas dire qu'on ne peut rien
faire d'agréable en vers fans l'Amour &
les Jeux. Cela veut dire, qu'il n'y a rien
d'agréable dans la vie fans l'Amour & les
Jeux: qui eft, ce qu'a dit Lucrèce, en
ces termes :
Nec fine te quicquam dits in luminis or as
Exoritur , ne que fit Utum , ne c amabili quic-
quam.
A l'égard de l'endroit de Properce,
Plus in amore valet Mimnermi ver fus Homère:
Carmina manfuetus Uni* qudrit Amor:
ce n'eft pas par la raifon que dit Mr. Bail-
let ; qui eft que Mimnerme ne croyoit pas
qu'on pût rien faire d'agréable en vers
fans l'Amour & les Jeux ; que Properce a
parlé de la forte: mais pareeque Mimner-
me parloit mieux d'c<nour en vers qu'Ho-
mère , & que fes vers ctoient plus ten-
dres, plus touchans , plus paffionnez, que
ceux
An ti -Baille t. P. I. 207
ceux d'Homère. Car Homero eft dit en
cet endroit pour Homeri verfibus : qui eft
une façon de parler que Martial a imitée,
en parlant des Géorgiques de Julius Cé-
réalis: Rura, vtl a ter no proximaVirgilio,
LXI.
S'il eft vrai qu'Homère n'ait point dit d* im-
piété z. S'il eft vrai que Virgile n'ait
point dit bordures.
MOnfieur Baillet. Enfin , outre Tome 3;
toutes ces confidérations qui doivent part. 1.
nous porter à exenfer Homère , te P. Rapin Pa8« z77» :
en rapporte encore une, qui eft fort impor~
tante , fi elle eft bien véritable. C eft, dit-
il } qu'il n'a jamais dit d'impiétez ni d'or-
dures, & qu'il a toujours été févere &
vertueux comme un Philofophe. Ceft une
gloire qu'il attribue aufft à Virgile : & qui
a été moins conteftée à ce dernier qu'à Ho-
mère.
II ajoute enfuite, à la page 281. Aris-
tarque corrigea le texte d'Homère en quali-
té de Critique & de Grammairien. Et
l'on voit dans Plutarque des vers qu'Aris-
tarque a retranchez d'Homère a caufe de
l'impiété o5 de la cruauté de leur exprès-
fion. Et ainfi, lors que le P. Rapin a dit
qu'Homère n'avoit jamais dit d'impiétez, il
faut entendre cela de l'Homère corrigé par
Ariflarque.
Ménage. Homère eft tout plein
d'impiétez. Nous apprenons d'Hierony-
mus , dans la Vie de Pythagore écrite par
Laër-
208 Anti-Baillet. P. I.
Laérce, que lorfque Pythagore dcfcendit
dans les Enfers, il y vit l'ame d'Homère
pendue à un arbre , & entourée de fer-
pens, à caufe des chofes qu'il avoit écri-
tes des Dieux. Et nous apprenons de
Laérce, que Xénophane avoit écrit con-
tre Héiiode & contre Homère , reprenant
les chofes que ces Poètes avoient dites
des Dieux. Sextus Empiricus rapporte
deux endroits de ces vers de Xénophane
contre Homère & Héiiode. Voici le pre-
mier , qui eft de la page 341 . Adverfus
Mathematicos : tvôev xcci ZevoCpdv^g ûis'Key'
%m tûq iceçi "Ojxv^pov nui 'Hr/eîov, (fifoi,
Tlûvrec Bsolç âv£êrlx.xv'/OfW()oç 0' 'Hrtoiïéç re ,
"Ottu, sra,p àvêpa7rottrtv eveideec. xxt -^/éyoç iç-)f
KX£7TTetV ffAOlftSUSlV ?£ 3K»l àX^r^ai ànclTiCttl,
Voici le fegond, qui eft de la page 57. du
même Livre : "O^poç Se k#/ 'HoVcdcç, au-
ra 7ov KqKoQ&viqv £evoQdvvi9
K>\t7TTeiv , y.ot%£Ûetv it^y.oCi <*AAj$A#ç Ù7rx7svetv*
Et c'eft ce qui a fait dire à Ciceron, Ho-
merus hum an a ad Deos tranfîulit , divina
maliens ad nos. Jules Scaliger dans fa
Poétique n'a pas oublié de reprendre Ho-
mère pour la même chofe. Voici l'en-
droit : In Xtt7. Iliadis juno Somnum oratr
ut Jovem fopitum reddat. Quod ut fac'tat,
promi'tit et federn, in qua quiefeat comejfa-
tondus. Miferum Sumnum , quem ad il-
luÀ
Anti-Baillet. P. I. 209
lud uÇque terapus oportuit flante-fi ciburay
capere, more m.litum. Jttvé, £V&£ rravrwv
/rf#z (pûff/v ibyfici tjl't comment éibuntur.
Quis enim éicat primura raotorera dormire ?
At entra, inquit, zâviuv ôfwv. Et fane,
dira fomnus datus fit rébus raateriatis ad
l'irium reparationera , D/V Horaerici fi dor-
mi unt , et'tarn pereunt. I Teritm de il lis ip*
fe, quod ajunt Grœci , tfàèv vyisç. Et en-
fuite: DU Horaerici nihil audiunt , aut
fciant , nifi per nuncios , <r#/ quœ fub ocuîis
habent. Platon reprend auffi Homère,
pour avoir dit qu'il s'éleva par les Dieux
un ris inextinguible. ' AfÇsçoç yàp é&ç>T0
yéXuc fLttudfiêrai ùeofoi. C'eit dans fa Ré-
publique. Et nous apprenons de la Poé-
tique d'Arillote, que d'autres le repre-
noient pour avoir dit que les Dieux a-
voient dormi toute la nuit.
Pour ce qui eft des ordures, il n'y en a
point dans Homère. Car ce que dit Ju-
les Scaliger , Ufus eft impudica voce in ore
JuMQ*is ,Qivi£[xévcii. ôxviëi'j Cane attura ip'
fum renereum aliquando fignificat : ut in
Vlll. lliadit de raatre Gorgythion:s , eft dit
fans raifon: ce mot fe prenant dans une
lignification honnête parmi les anciens,
comme les Interprètes Grecs d'Homère
l'ont remarqué. Et il y en a beaucoup
dans Vîrglle. Ses Èglogues font pleines
d'amour deshonnête. Nov/mus & qui te
tr.-nfverfa tuent :b us birc'ts , &c Forraofum
Paftor Corydon nr débat Alex in. 11 aimoit
cet Alexis", comme nous l'apprenons de
cet endroit de l'Apologie' d'Apulée,
Quan-
no Anti-Baillet. P. I.
Quant o modefliùs tandem Mantuanus Poe-
ta, qui ,itidem ut ego, puerum amicî Pol-
lionis BucoUco ludicro laudans , & abfli-
nens nominum , feje quidem Coryâonem ,
puerum ver 6 Alexin vocat. Mais Apulée
le trompe en ce qu'il dit que cet Alexis
étoit le mignon de Pollio: il étoit celui
de Mécénas : comme nous l'apprenons
de i'Epigramme 56. du Livre VIII. de
Martial. Il n'eft point parlé dans Homè-
re de ces amours deshonnétes.
LXII.
Ignorance de Mr. Baillet dans fin Métier
de Bibliothécaire. Mr. Baillet n'a ja-
mais lu le Digefte.
Tome 3. TVyf 0nfieur Baillet. Un Auteur
partie ?. 4.YA anonyme qut a écrit un Iraite Jwgu-
pag. 230. lier de l'Autorité d'Homère parmi les Juris-
COnfultes , dit que ce qui fait le fujet de
f$n étonnement C55 de [on admiration , c'efi
de loir que dans les Pandeéies & les Injli-
tutes du Droit Civil on allègue l'autorité
d'Homère feul beaucoup plus fouvent que
celle de tous les autres Poètes ensemble , &
que celle de tout ce qu'il y a eu d'Orateurs
& de Philofophes mêmes, qui femblent a-
voir plus de liaifon avec Us Jurifconfultes
que
f 1. Il faut dire M. de Fermât. Voyez Pellis-
fon pag. 263. de ion Hiftoire de l'Académie Fran-
çois, édition dernière, 8c le Journal des Savans de
l'an 1665. On ne doit ni ajouter le de aux noirs
propres, ni l'en retrancher mal à propos. Sauma -
f«
Anti-Baillet. P. I. 2IÏ
que les Poètes. Il ajoute , qu'à peine trou-
•ve-t-on une citation de Platon & cTArifto-
te dans tous les anciens Jurifconfultes &
dans les Compilations de Droit. On peut
dire que ni Démoflhene ni Ciceron, ni au-
cun des autres Orateurs n'y font pas plus ci-
tez , non pas même Virgile. Mais on s^y
eft fervi des témoignages d'Homère en plu-
fleurs rencontres. Et cet Auteur prend oc-
cafion de la de le préférer a Virgile , comme
nous le verrons ailleurs.
Ménage. Si Mr. Baillct avoit prati-
qué avec les gens de Lettres , il fauroit
que cet Auteur fans nom eft un Auteur
qui a un grand nom. Ceft Mr. Fermât
(i) Confeiller au Parlement deToulou-
fe, très-digne fils du grand Fermât, auffi
Confeiller au Parlement de Touloufe. Il
m'a donné lui-même cette DifTertation de
rfuéïoritate Homeri apud Jurifconfultos,
comme un Ouvrage de fa façon. Et j'en
ai fait mention en cette qualité au chapi-
tre 43. de mes Aménïtez de Droit, en ces
termes: Obiter & hic obfervandum, Cla-
rijjimum Fermatum, Senatorem Tolofa»
num, virum élégant ijjimum & doéiijji-
mum , & verè rë nurpoç 70 iceuliov , de
Auéior'itate Homeri apud jfurifconfultot
differtationem diligentijjimc nuper fcripjis-
fe, yjf diligentius multo Scipione Gentili,
qui
fe nr prenoit point le de , M. de Ferm2t le prenoit.
11 faut donc les appeller comme ils s'appelloient
eux-mêmes, & qui diroic M. Thou, & M. de Mé-
nage Ce rendioit ridicule.
212 Anti-Baillet. P. I.
qui idem argumentum traélavit Libro 2.
Parergnon ad Pandeélas , capitibus , 8. 9.
10. il. 12. 13. 14. Q3* 15-. Sed m qua ta-
men diligentiam ejus fiugit hic locus Papi-
niani in Lege y. de Supelleclile légat a; Su-
pelledtilis menfas , &c. Le même Mr.
Fermât a fait depuis f'imprîmer cette mê-
me DifTertation. 11 elt vrai qu'il n'y a
pas mis fon nom. Mais il y a tait men-
tion de l'endroit de mes Amcnitez de
Droit : Suam prœtereafiententiam confirmât
Homeri Uco P apinïanus lege IX. Digeflis de
Supelleéiili legata : ut me nuper monuit vir
Clarififiimus & doclijjimus , qui fceculi Var-
ro nuncupatns fuit ab eximioScriptore, L)0'
minus Menagius , libro cui Titulus A;noe-
nitates Juris Civilis, iterum edito Lutetiœ
Parifurum anna 1676 Et aînfî, il ne
peut être révoqué en dou'.e que cette Dis-
sertation ne foit de Mr. Fermât.
Examinons maintenant les paroles de
Mr. Ba'llet. On allègue l'autorité d'Ho-
mère fie ni beaucoup plus Jouvent que celle de
tous les autres Poètes enÇemble. Pourquoi
ce mot de fieul ? A peixe trouve-i-on une
citation de Platon & £ Art flot e , &c. On
peut dire que ni Dèmoflkene ni Ciceron,
&c. Platon efl: cité par Calliftrate dans la
Loi 2. de Nundinis : Ariltote eft cité par
Julien en la Loi 36. de Solutiombus & li-
ber ationibus. Démofihéneeft cité parMar-
cianus en la Loi 2. de Legibus : & par
Claudius Saturniens en la Loi 16 de pœ-
nis. Il e(t fait mention de Ciceron par
Papinien en la Loi 8. Ad Legemjulam
Majefiatis. Et par Pomponius en la Loi
fe-
Anti-Baillet. P. I. 213
fegonde, au paragraphe 40. de Origine Ju-
ris. Et au paragraphe 46. Et il elt cité
par Ulpien au paragraphe 4. de la Loi 7.
Quibus ex caufis in pojjeffionem fat HT. Et
par Tryphonin en la Loi 39. de Bonis
damnatorum. Et par Celfus, en la Loi
96. de l/erborum fignificaiione. Virgile elt
cité par Marcianus en la Loi 6. de Divi-
fione rerum ^ qualnate. Xénophon ell
cité par Gaïus en la Loi 233. de Regulis
ynris. Et Théophrafte par Pomponius
en la Loi 3. de Legibus. Et Chryfîppe
par Marcianus en la Loi 2* du même ti-
tre. Il cil auffi parlé du Poè'te Ennius en
la Loi 2. au paragraphe 38 de Origine Jzi-
ris. Et aii iï, il ne faut pas prendre à la
lettre ce qu'a dit Mr. Fermât, qu'Ho-
mère eft ieul plus cité dans le Droit
que tous les Orateurs , les Philofophes
& les Poètes. Homère n'eft cité que
fix f )is dans le Digette , & trois dans les
Inftitutes.
LXIII.
Ignorance de Mr. BaMet dans fort métier
de B-bliothcc .ire. Cafaubon n'a point
traduit Laè'rce,
QUoique Mr. IHllet fa/Te fon étude
principale des Bibliographes, il n'en-
teni point la Biographie. Je l'ai fait
voir en plulieur^ endroits de ces Remar-
ques. En voici une nouvelle preuve. Il
dit à b pa^e 40^ du T'orne 2. Part. 3 que
Cafaubon a traduit Diogeue Liérce : ce
qui n'eit pas véritable. Cafaubon a feure-
ment
2(4 Anti-Baillet. P. I.
ment fait des Notes fur Diogene Laë'rce.
Mr. Baillet dit ailleurs que Mr. Pearfon,
Evêque de Cheiter, a fait des Notes &
des Corrections fur Laë'rce: à quoi il n'a
jamais fongé. Et dans fa Lifte des Tra-
ducteurs , il n'a point fait mention d'Al-
dobrandus , Traducteur de Laërce (i).
Tout cela me fait croire que Mr. Baillet
n'a jamais lu le Laë'rce de Londres, qu'il
cite fans celle.
LXIV.
De la Traduction de Laërce a" Ambroife de
Camaldoli.
MOnfieur Baillet: page 310. du
Tome 2. Part. 3. Paul Joie ajoute ,
que taVerfion de Laërce d? Ambroife Camal-
dule n'a rien de P éloquente £ff de la pureté
de fa Traduction du Traité de la Hiérar-
chie
<fl 1. Cet Auteur fe nomme en Latin ^Aldobran-
dinttSy & non pas ^Idobrandus. La même faute fe
trouve ci-devant pag. 27. Dans un Ecrit François
je dirois plutôt ^IdoBrandik, & voudrois en ufer
toujours ainû à l'égard des Auteurs qui n'ont écrit
qu'en Latin , lorlque leurs noms peuvent recevoir
commodément une terminaifon Françoife.
^J 2. Pour peu que M. Ménage eût jette les yeux
fur cette Verfion du Traité de la Hiérarchie il ne
l'eût pas trouvée plus élégante que celle de Laërce par
le même Ambroife, & fe fût par confequent bien
gardé de dire que l'obfervation de Paul Jove eft vé-
ritable.
H 3. Ambroife de Camaldoli ayant entrepris
de ttaduire en Latin Diogene Laërce, & ne fe /en-
tant pas de génie pour la verfification, pria Philel-
fhcfoa axai, poçte de piofeffion , de vouloir bien
lui
Akti-Baillet. P. I. 21?
chie de S. Denis, & qu'il s* en faut beau-
toup qu'elle foit limée & châtiée comme
celle-là.
Ménage. L'Obfcrvation de Paul Jo-
ve e(t véritable (2). Mais le principal dé-
faut de cccte Verlion de Laërce, c'eft la
trop grande liberté avec laquelle elle aété
écrite. Ce que j'ai remarqué dans mes
Obfervations fur Laërce: en ces termes:
Supereji nt de variis Diogenis uaèrt'u edi-
tionibus differamus. Primùm is Latine
prodiit Interprète Ambrofio, Monacho Ca-
mildulenfi , viro non inerudito,fed qui tan-"
ta liceniiâ in bis libris vertendis ufus fuit ,
ut Scriptorem potiùs Htftoriœ quàm Hiflo-
rici Interprétera dixeris. J'apprens de ces
vers de Philelfe, que cet Ambroife Reli-
gieux de Camaldoli (il fut depuis General
de fon Ordre) l'avoit prie de lui traduire
en vers Latins les vers Grecs qui font
dans Laërce (3) :
Am-
lui mettre en vers Latins les vers Grecs répandus
dans l'Ouvrage de Diogéne. Philelphe le lui pro-
mit. Cependant foit qu'il trouvât la choie plus dif-
ficile qu'il ne l'avoit crue d'abord , foit qu'il n'eût
pas le loifir d'y travailler, il ne s'acquita point de
fa promeflé: Ambroife s'en plaignit ôc c'eft le lu-
jet de cette Satire de Philelphe dans laquelle il ne
ménage pas trop ce pauvre Religieux. S'il iVMttfc,
dit-il , de garder fi long-tems /»* Ouvrage [ans le publier,
qu'il fe contente de traduire en profe ce qu'il ne fauroit
traduire en vers. Il peut mime en omettre plufieurs qui
t obligeraient à exprimer bien des chofes indignes de fon f«-
fuchon :
guod fi forte moram patitur minus ipfa cupid*
Eienii decimum qu* jam produxit in annum,
Quod nequit ipfe metro ptffit traducere profâ ,
r»ftt item wtrùs {fi m*lit) omUtttt vtrfht.
2i6 Anti-Baillet. P. I.
Dicade 2. Ambrtfms queritur , Monachus , quod legls
Hecatofti- amiCA
ckc VIL officium , Manette, mâ/J , nec nomma
curcm.
Tallitur Ambrefms : r,*m fi fcrutabere verum>
Kommamicku fanHum mihi,janù~lus er u/us.
Sed fugït Ambrojinm vis tanti muneris , atquc
Jpjius natura rei. Tantum utile anfet,
Atque voluptattm , qu& vim confiant amorh
Çonfervetqtte o?nnem. Nec tnim , Manette,
negabo ,
Quod
Quippe quibtis permulîa fuo non dt\na cv.cuilo
Suit verbis referenda fuis.
Ce fut une néceflîté à Ambroife de prendre ce par-
ti, ians avouer néanmoins que ce fut par impuis-
fance de mieux faire. C'eft un plaifir de voir com-
me i; tourne cet article dans ion Epitre dedicatoire
à Cofme de Medicts. Il y a , dit-il, plujieurs vers
dans i* original que je n*ai point voulu exprès traduire en
vers Latins t ne jugeant pas que ce mélange de vers parmi
la profe convint autrement à U gravité de Chifloire ^f ai
fait en forte feulement de ne rien altérer de la. fidénte dit
fens. Les premières éditions de cette Verilon Lati-
ne pannent donc toutes en profe Peu de tems a-
près Benedetto Brugnoli de Legnago dans Je Véro-
nois, appelle par cette railon tantôt Liniacenjis ,
tantôt Vcrminfis, ayant été prié parles BadcauNo-
blés Vénitiens de revoir cette mêmeVedion, < ans
les exemplaires de laquelle il s'étoit glifle quanti-
té de fautes, en fitf-âre un nouvelle édition que dans
fon Epitre dedicatoire à ces Meilleurs il leur garan-
tit entièrement conforme à l'original du Traduc-
teur aux vers près. Jufque-là ils n'avoient été ren-
dus qu'en proie, Brugnoli en procura une traduc-
tion en vers Latins que bien des gens, Erafme en-
tre autres, ont pris pour être d'Ambroil<-. Mais
quelque bonne opinion que Brugnoli ait eue de foa
travail, il eft ailé de reconnoitre qu'en voulant re-
toucher i' ancienne Tiaduftion il l'a gâtée en beau-
coup
ànti-Ba illet. P. I. 217
Quod minus obfequ'.um cunflts in rébus arnica
Pr&(literim , quotitns intempeftiva popefcit ,
Aut confulta minus. Si non epigramma:a longi
Munerïs in Latium nondum traduximus, at»
que
Eulogia Argivis folventes protinus or'is ,
Quod totiens precibus , totienfque popofcit a*
micus ,
Kon ideo nobis ado fuccenfeat , ut nil
Cogitet officium quod fit rerumque dieque.
Si res plura petit ,patitur quant ttmporis hora,
Aut
coup d'endroits, les vers qu'il a fubftituez à lapro-
fe font miferables, & ceux qu'a donnez depuis Mi-
chel Ber.tin, & qu'Henri Etienne & d'autres ont
cmploiez dans leurs éditions, ne font pas meil-
leurs. Ce Benedetto Brugnoli eft le Bened:i(v.s Ptu-
nmùu tant loué par Sabeilic dans fon Dialogue de
réparât ione Lingu* Latin*. C'eft le même à qui Ju-
le Scaliger a confacré un éloge à la fin de fes Hé-
ros au lujet d'un prétendu longe qu'il déduit en
vers , Se qre fon fils Jofeph raconte comme une
merveille dans fi longue Lettre -à Douza, quoique
depu;s en fa réfutation de la fable des Bordons il
fo:t oblige de recourir à un autre Bmedetta , ôc d'a-
vouer que fon Père avo:t confondu l'un avec l'au-
tre. M. Ménage au cujii.pencemenr de fes Obferya-
tions fur Laérce fait meut. on de Benede'io Bn*i>ioU ,
mais il ne s'eft pas fouvenu, lors qu'il le fait pré-
cepteur de Jule Scaiiger, que celui-ci bien loin de
:oitre Brugnoli pour Ion précepteur, feint au
contraire., pour rendre fa viiion plus adm.able, de
nel'avoT jamais connu, ôc dit que quand cet hom-
me vénérable lui apparut en longe il lui annonça
qu'il etoit Benedetto Brugtnli natif de Legnago , pré-
cepteur autrefois de fesO.icles Ôc de l'on Père, qu'il
l'avoit porte petit enfant dans les bras. Se Btnedic-
tv.m B . - , domo Leniaco, qui patrem Btnedic-
tum ac patruos (itéras privas dncu'jfct , ipjtim quitta
pneriilum aliquando inter v.lna geftdflht.
îem.VU.Part.L K
nS Anti-Baillet. P. I.
A ut quod tempus avet ; tes negligit , audet A'
tnicus
Officium culpare mtum , quod remque diemque
JEquali expendens trutina, fie dueït utrique
Se fecijfe fatis , duce fi Laertius une
Venerit in Latium , ne fi , velut Iris , amiclus
Indutus varios y moveat novus hifirio rifus.
Cfi.ntio long* quidem, tôt me traductreverfus9
Quot , gravïum vit as deferibens ille virorum >
JRâttulit interpres. Si reddere qutque Latina
Xititur Ambrofius , cur non quoque verftLvs
ornât
Scr'ipta fuis .? hieirum nefeit , O'c
Philelfe dans une de fes Lettres , pro-
met à Ambroife de Camaldoic de lui tra-
duire en vers Latins les vers Grecs qui
font dans Laërce. Et dans une autre, en
parlant d'une Lettre Grecque qu'il avoit
reçue de lui, il dit, jîgXo/xfVGÇ iAÀrçv/Ç&v,
huTivlÇei TQKtipâ'Kuv. Et ii dit dans fa
grande Lettre à Leodryfius Cribellus, qui
eit la première du Livre XXVI. De Am-
bro/io Mo?iacho nihll habes quod mikl obji-
cias. Islam ego Mi, aut quandoque projui,
cura terapeftivè meo uti vclutt ojjicio , aut
rtocu'î manquant, Tanquam fis oblitus , te
à nob'is quandoque cafiigatum , cura virura
Mura proterviùs infeitia carperes, quod in
Dioçene Laërtio transferendo , interpreta-
tionera verfuum , quibus totum illud opus
refertum eft , pratermiferit. Et dans Let-
tre 22,. du Livre XXVII. Sunt nonnulli
fui putant fie fore Grœcè eruâitos fi eas in+
ter-
Anti-Baillet. P. I. 219
terprctatiunes accuratiàs lefiitarint ac di-'
dicerint , quas noftri Latini è bonis Grœcis
fccerc matât Latinas. In quibus ea funt
vel imprimis qaœ ah Ambrofio, Camaldu-
lenfi Monacho, traduéia à pluribus haben-
tur in pretio: At ego Dlogenem Laërtium
cùm prtximè attentlus legerem , qu<e Me
traduxit , inveni errata propè in finit a : ad-
eo ut nibil effe ineptius , nihil corruptius ,
audeam ajjirmare. Carebam enim Grœco
codlce: proindc utebar eo Latino. Inprœ-
jeïttixrum fera fum naélus etiam Grœcum.
Si qui s igitur vêtit reaifcere, légat Traduc-
ttonem CamalduLnfis Ambrofi't.
Voyez ce que j'ai écrit de ce Moine de
Camaldoli dans mes Remarques fur la
- de Mathieu Ménage.
LXV.
Erreurs de Mr. Baillet touchant VHiJloire
Critique du Père Simon.
MOnfieur B ai llet. Le Père Si- Tome r,
mon prétend que la plupart des Juifs, Part. x. pa-
C,' particulièrement les Rabin s qui n'ont &z lii*
point été animez de PEfprit Saint , & qui
n'ont fuivi que leurs lumières naturelles,
ont écrit fans folidité: qu'ils r? ont que des
puérilité z cabaliftiques ; & que le Taimud,
far exemple, contient un million de fables ,
les unes plus impertinentes que les autres,
L'Ecriture Sainte efl toute mvjlique, toute
allégorique, toute ènigmatiqne . Et les Au-
teurs facrez, ayant voulu s'accommoder à
Pefprit des Juifs , parmi lefquels & pour
K 2 /«-
*20 Antï-Baillet. P. I.
tefquels ils écrivoient , n'ont point fait d'f-
ficuité d'employer ces exprejfions figurées ,
pour communiquer aux hommes ce qu'il
plaifoit à D:eu de leur infpirey .
Ménage. Le Père Simon n'attribue
ces puérilitez cabalîfliques & ces allégo-
ries frivoles qu'à une certaine cfycce de
Juifs: dont il ne fait aucune eftime: & il
loué' les autres Juifs qui fuivent le fens
littéral de l'Ecriture. 11 eft à remarquer,
que ces mots , l'Ecriture Sainte eft toute
-myftique , &c. fout de Mr. Baiïlet , &
non pas du Père Simon.
Tome t. Mr. Baille t. Je ne prétens point
part. i. f^r parler ici d'aucun des Livres facrez, tels
*e^** que font les Livres des Rois ; les Paralipo-
mènes; & ceux des Maccabées. Quoique
quelques Critiques, fur tout entre les Mo-
dernes , ayent voulu, ce femble , nous faire
croire que ces Livres aur oient pu donner
quelque lieu a la perte qu'on a faite des Li"
ires de G ad, d'îddo, de Nathan, du Pro-
phète Jéhu, des Mémoires de Salomon , de
la Chronique des Rois de Juda, de celles
des Rois d'Ifraèl , des cinq Livres de
Jafon le Cyrénien , CS3 de quelques autres
dont ils fe fent imaginez, que ces Livres
Saints qui nous font reftez , ne font que des
Extraits ) ou des Abrégez.
Ménage. Mr. Bai llet. dans fcs Preu-
ves, nomme parmi ces Critiques le Père
Simon dans fon Hifloire Critique du
Vieux Teftamenc. Mais il n'y a rien de
femblable dans cette Hiltoîre. Et le Père
Simon n'y a même rien rapporte touchant
les Livres de Gad, d'Iddo, & de Nathan,
qui
Anti-Baillet. P. I. 221
quî ne fe trouve dans les Pères Grecs.
Mr. Baillet , au relie, n'a qu'entrevu.
l'Hiiïoire Critique du Père Simon: & il
n'en a jugé que fur ce qu'en a dit l'Auteur
de la Prc'race de l'édition d'El7.évir,&_fur
la Lettre de Mr. Spanheirh. Cette Pré-
face eft réfutée dans celle de l'édition de
Roterdarn , & dans la Réponfe du Père
Simon aux Sentimens des Théologiens de
Hollande.
LXVI.
Ignorance de Mr. Ba'tUet touchant le tems
que Pétrarque a cejjé de faire des vers
d'amour. Mr. Baillet n'a jamais lu Us
Rimes de Pétrarque.
MOnfîeur Baillet. Pétrarque vé- **ge 15. du
quit jusqu'à l'âge de 40. ans dans les J6™6,**
nmufemens agréables de la Pêëfie , & dans
les paffe-tems de la galanterie. Mais de"
puis ce tems-là , foit qu'il fût fatigué ou
défabufé dans les exercices de Vune & de
l'autre , foit qu'il roulât bien fe faire vio»
lence pour fouffrir une féparation , il renon-
ça généralement a la bagatelle , & auplai-
fir qu'il y a d'être Poète & galant : jugeant
qu'il était rems de vivre en Philofophe &
en Chrétien : quoi qu'on puiffe dire qu'il
traîna [es chaînes jufqu'à ce qu'il plut à
Dieu de les rompre par la mort de fa chère
Laure , qui arriva l'an 134S. quatre ans a-
près qu'il eut pris la réfolution de changer
de vie C5T d'études.
M t nage. Mr. Bai'let n'a pas l'hon-
K 3 neui
>2,a Anti-Baillet. P. I.
neur de connoître Pétrarque. Première-
ment, Pétrarque n'étoit point galant: il
étoit amoureux. D'ailleurs , il eft très-
faux qu'il ait cefle à 40. ans de faire des
vers d'amour. Et en troifiéme lieu , il
eft aufîi très- faux qu'il ait celle d'être a-
moureux quatre ans avant la mort de
Laure. Il devint amoureux de Laure
dans l'Eglife de Sainte Claire d'Avignon
le fixiéme Avril 1327. comme il l'a écrit
lui-même. Et en ce tems-là , il étoit âgé
de 23. ans, & de quelques mois. Laure
mourut à Avignon le fixiéme jour <ki mê-
me mois, de l'année 1348. Depuis ce
tcms-là, il l'aima encore dix ans. Les-
quels dix ans ajoutez à vingt & un qu'il
l'avoit aimée pendant fa vie, font trente
& un an. C'eft de lui-même que nous
avons appris cette particularité.
Sonnet t$, Tennemi Amor anni vent' uno , ardendo
de la deu- L'iet0 nt\ fuocû e mi ^u9l p\en dï fpemt :
xierae par- . , . »,.,..,
tiCt Pêi che Madonna , e l mio cor Jeco injerne
Salir 0 al Ciel , die ci altri anni piangendi.
Il avoit donc cinquante-quatre ans qu^nd
il cefTa de l'aimer. Et fi on en croit Lu-
dovico Beccadello Archevêque de Ragu-
fe, il l'aima toute fa vie. Grandemente
dunqtteVamô: C51 invita di lei, che fur 0-
fjo anni 21. e dopo morte fer fin ch* cgli
viffe; che fur on* 26. Et ainfi, quand Pé-
trarque a écrit, dans fon Epître de Studio-
rum fuorum fuccejj'u , que la mort de Lau-
re avoit éteint fon amour qui commen-
çoit à fe rallentir, cela doit s'entendre de
fon
Amti -Baillet. P. I. 22$
fon amour véhément : & non pas de fon
amour en général. Pour ce qui eft des
vers, il en a fait toute fa vie: comme il
le témoigne lui-même dans fon écrit à la
Poilerité. Ce qui a été remarqué en ces
termes, par le même Beccaddlo: la fua
vecchiezza fpefe tutta in facre lezzioni.
Dice bene averji rifervato per fpaff'o ÊSr or'
namen'.v le Mufe,
11 paroît par toutes les chofes qu'a dites
ici Mr. Baillet qu'il n'a jamais entrevu les
Rimes de Pétrarque. S'il les avoit entre-
vues, il fauroit que ces Rimes font divi-
fées en trois parties : que la première
comprend les vers que Pétrarque a faits
in visa d'i Madonna Laura : que la fegon-
de comprend ceux qu'il a faits m morte di
Madonna Laura : & la troiliéme , les
Triomphes : qui font encore des vers fur
la mort de Madame Laure : qu'il ne pu-
blia pas de fon vivant, n'y ayant pas mis
la dernière main.
Il cil donc vrai de dire que Mr. Baillet
n'a jamais vu les Rimes de Pétrarque, le
Prince des Poètes Italiens, & qui e(l d'u-
ne li grande autorité parmi les Italiens,
que les Poètes qui font venus après lui
font gloire de prendre de fes vers entiers
dms leurs Poèmes. Et après cela, com-
ment Mr. Baillet peut-il juger des Poètes
Italiens ?
K4 LXVII.
A24 Anti -Baillet. P. I.
LXVÏI.
Mr. Baillet n* a jamais lu le s Cor;fi aérations
du Tajjonéfur tétr arque.
MOnfieur Baillet. Tajfoni , (il
falloit dire le TaJJ'oni) a donc fait jur
Pétrarque des remarques , dans lefquelles
il le traite avec une févérité inexorable. Il
n'y a prefque pas une locution ni un mot
dans toutes [es Oeuvres Poétiques auquel il
veuille faire grâce. Il y reprend générale-
ment toutes chofes. Il prétend que tout eft
plein d'abfurditez & de défauts inexcufa»
h le s, &c.
Ménage. Puifque Mr. Baillet n'a
point lu Pétrarque, il ne faut pas s'éton-
ner qu'il n'ait point lu les Commentateurs
de Pétrarque. Le Tafîbné n'eilime pas
feulement, mais il admire un nombre in-
fini des vers de Pétrarque., Les pafîages
fulvans le vont démontrer. Page 334. fur
le Sonnet 0 dolci fguardi, qui eft le 214.
de la première Partie : Io ammiro qnsfto
Sonet to per la maniera chiara , nobïle , e
dolce con che èfpiegato.
Page 22c. fur le Sonnet Ne cosi belh,
qui eft le cent onz'éme de la première
partie: E' Sonetto graziofiffimo.
Et page 42. fur le S on net Sono animait ;
qui e(ï le 16. de la même partie: Avanza
queflo Sonetto fenza alczm dubbio tutti i
pajjati di bentà : percioche non à parte al'
cuna difconvenevole : è dijlinto con metodo :
lo Ji;le è dolce e maefiofo; la comparazio-
ne
Amti-Baillet. P. I. 22?
ne è VJga; e ri'ponle di parte in parte.
Page 433. fur le Sonnet ConoLbi ; qui
cil le 63. de la fegonde partie: Quefilo So-
netto è in ifitle magnifie 0, ed avança al
r/110 giudicio quanti r.e componcjfe il Poéta
in con fatto fille.
Et page 382. fur le Sonnet Quanta /*-
vidia; qui cil le 32. de la fegoncie partie:
E que fit 0 pure è ai confetti ordinari, non
piif.to ord:ï;ar\amente fpiegati. E l'ardine
con che c te [fut 0 , è mirabtle , fie fi conjidera
\r\età con che ripizlta Quattro volte lo
M»-
Ht à la même page, fur le Sonnet VaU
le , che de Liment 1 mieifiè piena; qui eft le
33. de la même partie: Vafifietto grande
con che è Jpiegato ed ejprejfio quefilo , /W-
Za tra'' primi , e quanto piùfii legge , tanto
più egli commuove.
Et à la même page, fur le Sonnet Le-
vommi\ qui eft le 34. de la même partie:
E quefilo pure è délia medefima clafifie.
Page 46. fur la première Chanfon de
la première partie : Tktte le Rime e tutti i
vcrfi in générale de! Petrarca lo fiecero Poë-
ta: ma le Canzoni, per quanio a me ne
pare, furono quelle che Poëta grande e famo-
fio lo fiecero. Il y a mille autres femblables
jugemens des vers de Pétrarque dans les
Considérations du Taflbné fur Pétrarque.
Il elt vrai néanmoins que le Tafïbné dans
fes Gonlidérations fur Pétrarque, reprend
fouvent Pétrarque , & qu'il s'en moque
même quelquefois. Ce qui obligea Jofeph
degli Aromatarii d'écrire contre ces Con-
fidérations fous le nom de Crefcenzio Pe-
K S pe.
226 Anti-Baillet. P. I.
pe. Le Taffoné, pour le marquer en pas-
fant, répondit à Jofeph degli Aromatarii.
Jofeph degli Aromatarii répondit à la Ré-
ponse du Taffoné, & le Taflbné à celle
de Jofeph degli Aromatarii. Voyez Léo
Allatius dans Ion Livre intitulé Apes Ur-
bance. Encore une fois: Mr. Bail! et n'a
jamais vu ce Livre du Taffoné. Il n'a
pas vu non-plus fes Diverfi Penfieri; fes
Remarques iur THilloire Ecclefialtique ; fes
Remarques fur le Vocabulaire dellaCrus-
ca. S'il avoit vu ces Ouvrages, il n*au-
roit pas écrit qu'on confidéroit le Taffo-
né comme un brouillon , à caufe de fa
Critique. Mr. Bailler, a jugé du Taffoné
fur la dépolïtion de Janus Nicius Ery-
thrasus dans l'Eloge du Taflbné ; car com-
me je l'ai déjà remarqué plufîeurs fois,
Mr. Baillet n'a point lu les Originaux.
LXVIII.
Guillaume Morel Imprimeur de Paris ,
faufjement qualifié Profeffeur du Roi
par Mr. Baillet. Plufîeurs particulari-
sez Cîirieufes touchant ce Guillaume Mu-
ret, ignorées par Mr. Baillet.
Tome x. *\ >T Onlîeur Baillet. Guillaume Mo-
Partie z. xVJL rel et oh Normand, natif de Taille ul,
PaS*37» il eu+ ^Imprimerie Royale après que Tur-
nébe s^cn fut démis. Comme il s"1 appliqua
particulièrement aux Auteurs Grecs, il y
réufit fort bien : & fes Editions Grecques
font efiirnées. Il de voit en effet s* être ren-
du habile en cette Langue , puif qu'il rem-
plirait
Atttf -Baille t. P. L ny
plijfoit une Chaire de Profejfeur Royal à
Paris pour l'cnfei^ner. Et il s'eft aujji
rendu Auteur par un Dictionnaire Grec~
Latin François , qu'il compofa au milieu
de lant d? occupations.
MhNAGh:. Premièrement, le lieu de
la naïf fa née de ce Guillaume Morel s'ap-
pe'e le Teilleul , & non pas Tailleul , ou
plutôt le Tilleul: car ç'eft ainli qu'on pro-
nonce. Ceft pourquoi Monlïeur f3aillet
devoit dire natif du TeilleuL & non pas
de Ta lleul Et c'eft aufïi comme a parlé
la Croix du Maine; autrement Grudé;
que Mr. Blillet cite dans Tes Preuves,
pour jnftifier ce qu'il a dit de ce Guillau-
me Morel. D'ailleurs , il eft très-faux
que Guillaume Morel ait été ProfefTeur
Royal. Il n'y a û de ProfefTeur Royal du
nom de Morel que Frédéric Morel l'an-
cien , & fon fils Frédéric Morel. Le-
quel Frédéric Morel l'ancien , pour le
marquer en partant , étoit gendre de Vas-
cofjn. Et Frédéric Morel le fils, pour le
marquer anfTi en paffant,avoit époufé lfa-
belle du Chefne, fille de Léger du Ches-
ne dit en Latin Leoicgarius à Quercu,
Mr.Baillet, pour la confirmation de fon
opinion , nous renvoyé à la Bibliothèque
de la Croix du Maine, page 151. Et
pour la confirmation de la mienne, je le
renvoyé au Catalogue de du Val des Pro»
fefïeurs du Roi, où Guillaume Morel ne
fe trouve point. Mais la Cioix du Mai-
ne ne dit point, comme Mr. Baillet lui
fait dire , que Guillaume Morel ait été
Fror'efleur du Roi. Voici fes termes:
K 6 Guil-
22S AnTi-Bàillet. P. I.
Guillaume Morel, natif de U
fille du Tailleul en Normandie , homme
doéîe es Langues: & en Grec principale-
ment. Il a compofé en Grec , Latin &
François un fort pénible çjT laborieux Die
thonnaite, imprimé par lui-même a diver-
fes fois : & depuis à Lyon : & en autres
lieux.
J'apprendrai ici à Mr Bailler plufieurs
particularité? de ce Guillaume Morel.
Il n'y a point de Ville en Normandie
du nom de 'Teille ni ou Tilleul. Mais il y
a trois Bourgs de ce nom. Celui d'où
étoit Guillaume Morel eft celui qui eft
dans le Comté de Mortain. J'ai appris
cette particularté de Mr. Bigot : duquel
j'ai appris auffi qu'il y a encore dans ce
Bourg plufieurs perfonnes du nom de Mo-
rel. Et Mr. Bigot a appris ces particula-
rités de l'Hîftoire manuferite du Comté
de Mortain de Mr. de S. Jean, Gentil-
homme Normand.
En f 5-44. Guillaume Morel étoit Cor-
recteur d'Imprimerie à Paris , chez Louïs
Tiletan : comme je l'apprens d'une de Tes
Lettres Latines, par laquelle il dédie fou
Commentaire fur les Livres de Finibus de
Cicéron à Jaque Spifame, alors Chance-
lier de l' Université de Paris, & depuis B-
vêque deNevers: qui eft cet Evêque de
Nevers qui fe fit Huguenot, & qui, fé-
lon quelques-uns , a donné lieu au pro-
verbe Devenr dy Evêque Meunier : ce que
j'examinerai dans mes Façons de parler
proverbiales de la Langue Françoife. Voi-
ci l'endroit de cette Lettre où il eft fait
men-
Anti-Baillet. P. I. 229
mention de cet emploi de Guillaume Mo-
rel : Ergo , utjam videbar Gracorum ins-
titutiombus nonnihil injlruélior , corrigen-
dis Chalcographortim exemplaribus à Joan-
ne T:letano , Librario dilige?tîi(Jimo , tum
demum prœficior : naclus equidem Spartam
quam or» ire pro d.gnitate ne doélrma qu'i-
dem plufquàm med.ocri prœdttus poj/it. Ce
Commentaire fut imprimé à Paris in-4. en
15-45-. chez Louïs Tiletan, demeurant vis-
à-vis le Collège de Reims. C'eft le pre-
mier Ouvrage de Guillaume Morel : com-
me il témoigne lui-même dans fa Lettre à
Spifame. Pro tua igitur in omnes bonarum
literarum candidatos benevolentia,has meo-
rum Jîudiorum primitias , vel pottùs tene-
ros flores , ac primos conatus , fufeipe. Il
eft dit dans le Pithœana, que cet Ouvra-
ge étoit de Turnebe: ce qui n'eft pas vrai-
semblable. Guillaume More! donna en-
fuite £1 Table des Sectes des Philofophes,
intitulée Tabula Compendiofa de Origine ,
fucceffione , atate , veterwm Philofophorum,
ex Plutarcho , Laërtio , &c. collecla à GuiU
lelmo Morelio Tiliano : imprimée première-
ment à Paris in-4. & après, à Balle en 1 5-80.
in octavo. Et il donna enfuite (on Dic-
tionnaire, intitulé, Thefaurus vocum om-
nium Latinarum, or aine alphabetico diges-
tarum , quibus Graae & Latin* refpon-
dent. Ce titre de Trefor; comme ces au-
tres, Tréfor de la Langue Latine, 'Trefor
de la Langue Grecque des Etiennes, me
font fouvenir de ce mot de Domitius Pi-
fo de la Préface de Pline, Thefauros opor-
tet ej/ei non libros, Il eft à remarquer
K 7 que
230 Anti- Baille t. P. I.
que dans le Dictionnaire de Guillaume
Morel il y a un nombre infini de paffages
des Géoponiques, de la verfion en Grec
du Livre de Ciceron de Seneélute par Ga-
2a, & de celle du S omnium Scipionls de
Ciceron, & des Métamorphofes d'Ovide,
par Planudes. Lefquelles veriions de Pla-
nudes, qui n'ont point encore été impri-
mées , font dans la Bibliothèque du Roi
(i). Ce Dictionnaire fut imprimé la pre-
mière rois en 15-60. à Paris chez l'Auteur.
Il fut imprimé enfuîte à Genève en 1608.
chez Pierre de la Roviere avec quelques
Additions d'un Anonyme ;& enfuîte à Pa-
ris en 1662. chez Savinien Pigoruiu.
Guillaume Morel au refte n'imprimoît
pas moins bien en Grec & en Latin, ni
moins correctement, que Robert Etien-
ne, le plus excellent & le plus lavant Im-
primeur de France. Et cependant il mou-
rut ruiné : comme nous l'apprenons de
Turnébe dans fon Epître Dédicatoire de
S. Cyprien à Charle IX. imprimé à Paris
par Guillaume Des-Bois in-folio en 1 564.
& de Lambin dans fa Préface fur Démos-
thene, achevé d'imprimer à Paris in-folio
en 1570. par JeanBienné.
Voici les paroles de Turnébe: y am fé-
liciter Dionyfîum (c'eft Denis l'Aréopagi-
te) (2) ejufque Interprétera & Para':?hras-
tem edtderat Guiilelmus More U us : Cyrilli
Ca-
% ï. Des deux rerfions ici mentionnées, l'une
du S°mn>uvn Scifitnîi de C'ceron uarPlanudes , l'au-
tre des Métamorphofes d'Ovide par le même, j'a-
touç que la deiûiejç a' a point caçoie «tç imprima
mai»
Antj-Baillkt. P. I. 231
Catechefts ad umbilicum perduxertt : Cy-
prianum multis undtque conquifitis CfT W"
rogatts exemvlaribus , libris ettam auélum ;
propè abfolverat ; cirm repente horum Ane*
torum editioni immortuus , familiam <ere
alieno coopertam ; ux'/rem •rbam , liberos
inêpes , reliquit. h nunc pro fua familta
Cyprianum, Rex Chriftiantjfime , ablegat:
qaem in tuo nornine apparere volui : per
eumque te jupplex orat & obfecrat ,fuorum
nt t:';erorum foïitndinis C55 tnopice miferea-
ris : aliquidque elargtaris , ad ces alienum ,
non nequitiâ, fed jludio bene merendi con-
tradum , luendum atome dijjolvendum. E-
rant et annua k pâtre tuo , duguftijfimo Re-
ge , Errico , confîituta ; fed hifee proximis
annis communium temporum iniquitas £«f
angu/liœ ccrarii non permijerunt ut Ma li»
beralitate frueretur.
Voici celles de Lambin: C km f cirent
omneshomines qui Ut er arum Gracarnm flu~
dio deleâantur , Demofthenem à Guiilelme
Morelio, T\pographo Rcgio , viro expe-
riente ac flrenuo ; C55 qttamquam mn admo-
dum locuplete , magnts tarsien & multis ar-
tis Typographies facultatibus atque ad^u-
mentis ornato ; annis ab hinc circiter duo-
detim, temporibus Reipublica etiam tura
trancfuitlis & pacatis , cœptum excudi^
&c. Guillelmus Morelius annis aïiquvt an-
tequam Demoflbenis editionem fnfeiperet ,
duo
niais la première l'a été à Venife, \ Lyon, 8c à\
Strasbourg
f z il faloic due: c'c&JDenys, le prétendu A*
léopagitc,
232 Anti-Baillet. P. I.
duo exempta , unum Aidinum Venetiis, ai'
terum Germanicum Bafilex imprejjum,
cum ocio vetuflis Codicibus manufcriptts ex
Bibliotheca Regia depromptis , diligeniijjï"
mè contuierat.
Guillaume Mord mourut en IJ64. &
lors qu'il mourut, fon Edition de Dé-
moithene en étoit à POraifon de maie obi-
ta tegatione'. vers le milieu des Oeuvres
de Démofthene. Jean Bienné, totius Ins-
trument} Typographie: fuccejfor , matrimo-
nio cum Vidua contraélo, entreprit d'ache-
ver l'Ouvrage: priant Lambin de lui ai-
der. Lambin lui aida : & Jean Bienné a-
cheva cet Ouvrage. C'eft ce que nous
avons appris de Lambin au lieu allégué.
Mr. Caille (1), dans fon Hiftoire Ma-
nuferite des Libraires & des Imprimeurs
de Paris , a fait mention de plufieurs
de fes Ouvrages dont nous n'avons point
parlé.
Etienne Prévofteau, Imprimeur de Pa-
ris, a pris dans quelques Livres qu'il a
imprimez la qualité d'héritier de Guillau-
me Morel : ce qui donne fujet de croiie
qu'il étoit fon gendre.
LXIX.
De Robert Etienne, Imprimeur du Roi,
Ê5T de Jean Tb;erri% de Beauvoijis.
RObert Etienne étoit fils de Henri E-
tienne, premier du nom, Imprimeur
de
% t. M, 4e la Caille,
Anti-Baillet. P. I. 233
de Paris. Il fit fon aprentiffage fous Si-
mon Colinet, ou de Colines, qui étoit
fon beau-pere: car Simon Colinet, on de
Colines , après la mort de ce Henri E-
tienne , époufa fa veuve. Rob. rt Etienne a
été fans conteitation le plus fu\ant Impri-
meur du monde. Il favoit parfaitement
le Grec, comme le témoigne la Préface
Gréque qu'il a mife devant fon Nouveau
Teftament Grec. 11 favoit de même le
Latin , comme le témoigne fon Tréfor
de la Langue Latine. Et il n'etoit pas
ignorant de l'Ebreu; comme le témoi-
gnent les Livres Ebreux qu'il a imprimez.
Et il favoit auffi fort bien le François ; com-
me le témoigne fa Grammaire Françoife.
Il ne faut pas oublier ici les Eloges que
lui donne Paul Manuce ; Mr. Janrfbn
d'Almelovéen, ni Mr. Baillet, n'en ayant
point fait de mention. Les voici : Ro-
bertus Stepbarius , Parifienfis : quo ego fc
cundùm paire m meum , in emendandis at-
que edendit z'eterum fcriptis , neminem
feijfe aut ejfe arbitrer diligentiorem. C'ett
fur l'Epitre 19. du Livre XV. des Epîtres
de Ciceron & fur l'Epitre 14. du Livre
XII. Robert us Stevhanus , 'Typograpïus
Pari fie?? fis diligewùjfimus.
Mr. Baillet a écrit qu'il faifoit mettre
fur les Quais, fur les Ponts, & dans les
Places publiques de Paris les Livres qu'il
imprimoit, avec des affiches par lefquel-
les il prioit tout le monde de les vouloir
lire & de les corriger ; promettant de
roifes fommes d'argent pour récompen-
ser la peine de ceux qui y remarquèrent
des
i
234 Anti-Baillet. P. I.
des fautes. Cela n'eft pas véritable. Il
expofoit fur la boutique fes feuilles impri-
mées & non tirées, & il promettoit des
fols & des doubles à ceux qui y trouve-
roient des fautes.
-Mais ce que Mr. Baillet a dit que Ro-
bert Etienne avouoit ingénument qu'il n'y
avoit dans fon Tréfor de la Langue La-
tine que le travail & rinduftrie qui fu fient
de lui, eft véritable. Il fut aidé dans cet
Ouvrage , premièrement par Budée, par
Baïf, & par Tuian, comme il le témoi-
gne dans la Préface de fa première Edi-
tion ; qui eft je croi celle de 1 5*36. (1). Et
il fut aidé enfuite dans ce même Ouvrage
par Jean Thierri, de Beauvoifîs : comme
il témoigne dans fa Préface de l'édition de
15-43. On a omis ces Préfaces dans la
der-
H r. Je tranfcrïrai ici le commencement de deux
Lettres de M. Bigot, desquelles M- Menace, à qui
elles font écrites, n'a pas tu faire fon profit. L'une
éft du 3. Janvier 1689. l'autre du 15. fuivant. Voi-
ci le commencement de Ja première.
Il faut, Monlieur, que je vous falTe part du pré-
fent que je me fuis fait pour mes etiénes. Je me
fuis donne la r. édition du Thefiuttus LinytA Latin*
de Robert Etienne en 2. vol in fol. faite en içji.
Il eft vrai que dans le frontifpice il n'a mis que
Di&ionsr$*rm , feu Laùna Lingua Tbef-mrus. Ce fu-
ient fes amis qui lui concilièrent d'ajouter Tbefax-
r»s à Diclionttrium. Il le dit en ces mots: Ob iw
tam formuUrv.m Latine loqutndi ropiam, & varietéttem,
ntn nb re doclijpmis quibjh"dam placutt bec noftrnm opus
appellare Latinx. Linitt* Thejkmrum, qnajî Latini ferrn,i-
nis cjiioddam prompxuariv.m. Il marque qu'il fut deux
ans entiers à le compofer, 5c qu'il y travailloit jour
& nuitj qu'il conlultoit les gens favans Quoties
tsto mihi eppido curjïtandum fuit , ut ex dtffiffimis viris
modo banc , modo illwn de dvbiis fubinde con'v.lerern. Il
afluic qu'il n'y a pas un mot dans ce Trcfor, qu'il
n'ait
Anti-Baille t. P. I. 235*
dernière édition: qui e(t de Lyon, en
1573. en quoi on a û tort.
Ce Jean Thierri , pour le marquer ici
par occafion , a revu & corrigé la premiè-
re édition des Annotations de Budée fur
les Pandeétes , faite par Robert Etienne
(2) : & ayant fait r'imprimer ces Annota-
tions par Vafcoflm, il les dédia à Gilles
le Maître, premier Prérident du Parle-
ment de Paris. Il a auîïi revu & corrige
la Traduction Françoife de Columelle,
faite par Claude Cotereau , Chanoine
de Paris , Auteur du Livre de Jure &
Privilegiis MMitum. Cette Traduction
revue par Jean Thierri a été imprimée à
Paris in 4. en 1577. chez Jaques Kerver,
où ce Jean Thierri, enfuite de fon Avis
au Lecteur, a mis ce di (tique au Lecteur,
F#r-
n'ait écrit de fa propre main.
Voici le commencement de la 2. Lettre.
Si j'eufle cru , Moiifieur, que vous euffiez voula
faire une addition à votre Anci -Bailler de ce que je
vous ai mandé touchant la première édition du
Tbtfimrm L'ngu* Latin* de Robert Etienne, je vous
aurois marqué que dans la Préface il dit que plu-
lleuis de fes amis le prefloienr de rimprimer le Ca-
lepin. Ou'il s'en exculoit difant qu'il y avoit trop
de fautes à corriger, quantité de mots qui n'é-
toient pas de bon Latin , quantité d'autontez pri-
ses d'Auteurs du moyen âge. Il aima mieux faire
un Dictionnaire nouveau, que de corriger le Ca-
lepin.
«S 2. M. Ménage veut-il dire que Robert Etien-
ne eft le premier qui ait imprimé ces Annotations
fur les Pandeftes? Cela ne fcroit pas vrai, JoiTe
B*dius les avoit imprimées auparavant? Veut il
nous donner à entendre que Robert fc tienne a fait
plus d'une édition de ces Annotations 2 Cela nefe-
roit pas vrai non plus, il ne les a imprimées qu'u-
ne fois.
236 Anti-Baillet. P. I.
Verterat hue olim Coter&us , at omnia muli\
Integr'ura tibi , Leclor amice , damus.
Et il dit à la page 567. qu'il a mis dans
le Tréfor de la Langue Latine, & dans
le Didionarïum Latmo-Gallicum des e-
xemples de mufteus, de liber ^ de ca/eus,
& de fruélus.
Jean le Frère de Laval, fit imprimer
in-folio à Paris en 155-2. chez Nicolas
Chefnau un Dictionnaire François- La-
tin, corrigé & augmenté par Maître Jean
Thierri.
Robert Etienne demeuroit à Paris dans
la rue de St. Jean de Beauvais , à l'enfei-
gne de l'Olivier, vis-à-vis les Ecoles de
Droit Canon : où la Reine Marguerite de
Navarre, foeur de François I. & femme
de Henri d'Albret Roi de Navarre , Ta vi-
fïté plus d'une fois (1).
On a omis dans le Catalogue des Li-
vres qu'il a imprimez, les années dans
lefquelles ces Livres ont été imprimez:
ce qui n'eft pas une petite négligence.
Je reviens à Robert Etienne. Je viens
d'apprendre que la première Edition de
fon Tréfor eft de 1531. & non pas de
1 5*36. comme je le croyois : & qu'elle a
pour titre Diclionar'mm feu Latinœ Lin-
guee Thefaurus, Et j'apprens de la Préfa-
ce,
% x. Cette remarque e'toit allez curieufe pour
mérter d'être appuiee d'une citation. Je fouhai-
terois aufïî que Daniel Heinfius nous eût appris
d'où il tenoit ce qu'il a écrit dans fa Lettre à Pri-
snerius , que Fxançois I. alloit de tems en tems voit
Amti-B ail le t. P. I. 237
ce, que ce turent fes amis qui l'obligèrent
à lui donner le titre de Tréfir de la Lan-
gue Latine. Ob tantam formularum Lati-
ne luquendi copiam cfT" varietatem , non als
re doéiijfimis quibufdam placuit hoc nofîrum
opus appellare Latinae Linguae Thefaurum:
quafi Laîtn't fermonis qw.ddam prompt ua-
rïum. Il dit dans cette Préface, qu'il fut
deux an s. à compofer cet Ouvrage; qu'il y
travailloit jour & nuit, qu'il coniultoit
fur fes doutes les gens favans ; & qu'il
n'y a pas un mot qu'il n'ait écrit de fa
main.
LXX.
Meprifes de Mr. Bat II et touchant les Noms
de famille des Auteurs.
MOniù ur B a 1 l l e t n'eft pas mieux
informé des Noms de famille des
Auteurs que de leurs Noms de batême,
de leur patrie, & de leur profefïîon.
Au lieu de /^r^^ il dit toujours Ran-
et. Voyez à la page 342. du premier
Tome.
Il dît aulîi toujours Carpantïer , au lieu
de Charpantier , en parlant de Jaque Oar-
pantïer , Médecin de Paris & ProfeïTeur
du Roi : voyez aux pages 63. 64. & 35-4. du
Tome
Robert Etienne, qui, lors qu'il e'roit occupé à la
: on de *cs épreuves, ne faifoit nulle difficul-
té de prier le ELoi d'artendre un peu. f-
."/'.•/.'. fe , èr au.
vacarct, cy.d icr; m tjmé turn edebniitm emtndatiomùfiJ
nîcntut ejfct , f>aulnm txpeCltre jttJUm,
i
238 A N T I - B A I L L E T. P. I.
Tome premier*: ce qui fait voir qu'il ne
le connoît que par les Eloges Latins
qu'on a faits de lui, où il cil appelé Car-
pentarius.
A la page 101. du Tome 2. partie 2. il
traduit Elias Vinitus par Elle V*~
nette. Il l'appelé encore de même à la pa-
ge 384. du Tome 3. Partie 2. Ce célèbre
Profelfeur de Bourdeaux s'appeloit Vinet,
C'ell ainfi qu'il ell appelé dans fon Livre,
intitulé Recherche de la plus ancienne mé-
moire de Saintes , imprimé à Bourdeaux en
1584. par Simon Millanges. Et dans le
Supplément de la Chronique Bourdeloife
en l'an 1587. Les Livres de la Bibliotké-
ue de Mr Minet furent achetez, par laVil-
e , &c. ScCvole de Sainte Marthe dit
qu'il étoit du Village de Vinct dans la
Saintonge: E Vinetorum pago apud Sanc-
tones , in agro Barbezienfi : ce qui donne
fujet de croire qu'il avoit été appelé Vinet
de ce Village.
A la page 138. de la fegonde partie du
fegondTome, en parlant de Ramirés de
Prado, Auteur Efpagnol, Commentateur
de Martial, il l'appelé Ramirés del tra-
to f : & à la page 237. du même Tome
il l'appelé del Prado Ramirés. Ce qui
fait voir qu'il ne fait point la Langue
Efpagnole, quoi qu'il fe pique de la-fa-
voir. Ramirés de Prado , ell une famille
noble d'Efpagne.
A
* [La faute ne fubûfte qu'à la page 3 54. A p d, de
VEdit. cf^mfr.]
J [Cette famé a été corrigée A d ». dt CEd. i'sAmjt.']
Anti-Baillet. P. I. 239
A la page 127. du Tome 2. partie 1. il
appelé Foglieta , Foillette. Qucll' igno-
rance !
A la page 403. du fegond Tome, partie
fegonde, en parlant de Michaël Fayus,
qui a donné le Manile ad ujum Deljiniz
c'eit ainlî qu'il faut dire, & non pas Del-
phine; il l'appelé Mr. de la Faye , au lieu
de Mr. du Fay (1).
A la page 5-2. de fon Catalogue des Im-
primeurs, il appelle Chouet, l'Imprimeur
de Genève Choùet ou Chovet. Un auflj
grand Bibliothécaire qu'eft Mr.Baillet, ne
devoit pas ignorer le nom d'un aufTï célè-
bre Imprimeur qu'étoit cet Imprimeur. Il
y a encore aujourd'hui à Genève des Im-
primeurs de ce nom , qui ne font paj
moins célèbres que celui dont nous par-
lons.
Il appelé de même Juuel ou Ivel, Jean
Ivel Evêque de SaHsberi.
A la page 309. du Tome 4. partie 1. au
chapitre de Bncanan, il appelé Brtand de
lai/aliéc ce Briandus Vallias Confeillerdu
Parlement de Bourdeaux , auquel Bnca-
nan a adrefle fon Eiégîe, intitulée Pro-
fana Apologia, qui commence par ce dis-
tique,
PcJJe put et quifquam fieri , dettiffime V a L 1 1,
Infarnulas Veneris durus ut ejfe queas*
Et
f 1. Faure reconnue auparavant & corrigée pat
Baillet p^.^oj. duToiii. 2. i ait. 2.
240 Anti-Baillet. P. ï.
Et fur la mort duquel il a fait cette Epi-
gramme :
Dignus erat Pyîîo canefcere Vaîlius ivo :
Hofpitefi tanto digna fuijjeî humus.
Ergo/em, quo nil metius , nec doclius , erbt
Immenfo vidit Sol , Deus a/ira dédit.
Il s'appeloït Briand de Vallée. Celt
aînfi qu'il eft appelé dans les Regîrres de
13-44. du Parlement de Paris, à l'endroit
où il eft parlé des CommïiTaires députez
du Parlement de Bourdeaux , pour alîis-
ter au procès du Chancelier Poyet. Con-
feillers du Parlement de Bourdeaux : Pier-
re Boucher , Briant de Vallée. Et dans
la Chronique Bourdeloife de Gabriel de
Lurbe, en i$"39. Briand de Vallée , Con-
feiller du Roi en la dite Cour , de rare &
exquis J avoir, inftitue au Collège de Guien-
ne une Leçon en 'Théologie le premier Di-
manche de chaque mois, avec penjion an-
nuelle : laquelle par la négligence , tant des
héritiers, que des Magi/trats , ejfi perdue.
Et c'eft ce Brianàus Val le a , Conleiller
au Parlement de Bourdeaux, à qui Jules
Scaliger a dédié fon Fragment de l'His-
toire des Animaux (r) d'Ariftote appelé
communément le dixième Livre de l His-
toire
% t. Jule Scaliger n'avoît pas feulement dédié à
ce Conleiller ie dizieme Livre, mais tous les Li-
vres de l'Hiftoire des animaux d'Aiiftore traduits en
Latin de fa façon, & enrichis de les Commentai-
res. Cela paroit tant par les propres mots de Syl-
Yiu.3 Scaliger produits par M. Ménage, que par l'E-
pit*e
Anti-Baillet. F. I. 241
Poire des Animaux d'Arijtùic. Silvius Cc-
far Scaliger, [ils de Jules, dans fa Préfa-
ce imprimée à la tete de ce Fragment , a
fait mention de cette dédicace, en ces ter-
mes: Inter cœtera tpfius opéra (il parle de
Jules Scaliger fon père) novem ae Htftoria
an'imalïum , quos propediem e dit un fumus ,
& hune, qui, ut api»or, non reftè Deci-
mus wfçrtbitur, à fe Latinos facJos , &
Commentants tlluflratos, Briando Vallcœ,
Regio in Senatu Burdigalenfi Confiiiûrio ,
Vtro nobili & erudito , die avérât. Jofeph
Scaliger , frère puîné de Silvius Célar
Scaliger,a fait mention d'un Vallius dans
fon premier Scaligerana, page 80. en ces
termes: Goveanus in Vallinm, Senatorem
Tolofanum ;
Dum tonat, in cellas propero pede Vallius
imas
Confugit: in cellis non putat efle Dcum.
Vallius refpondet:
Antoni Goveane , tua haec Marrana pro-
pago
In caelo & cellis non putat elle Deum.
Je croi que ce Vallius eft notre Briand
de
pitre de'dicatoire de Jule qui nous refte encore par-
mi fes Lettres , Se que le Prefident Maufiac a fait
imprimer au devant de ce diziéme Livre de L'His-
toire des animaux. Outre cette Epitre il y en a en-
core trois autres Brmndo Vttllcx parmi celles de Ju-
le Scaliger.
Tom. FIL Part. I. h
242. Anti-Baillet. P. I.
de Vallée (1) , & que Vertunien Sr. de
Lavau , Médecin de Poitiers , qui a re-
cueilli ce Scaligerana, l'a appelé par inad-
vertance Confeiller de Touloufe , au lieu
de Conseiller de Bordeaux* Et ce qui me
confirme dans cette créance, c'eît ce que
m'a écrit depuis peu Mr. Fermât, Con-
feiller au Parlement de Touloufe , que
dans la Lifte des Confeillers du Parlement
de Touloufe, il n'y en a point du nom
de Vallée, ni de celui de la Vallée , ni de
celui de du Val. Il paroît par tous ces
pailages que nôtre Briant de Vallée, Con-
feiller au Parlement de Bordeaux , étoit un
homme illuftre, & ainfi fon nom de fa-
mille n'a pas dû être ignoré par Mr. Bail-
]et. J'oubliois à remarquer , qu'il étoit
Sajntqngeois : ce que j'ai appris du Livre
de Viris illuftribus Aquitaniœ de Gabriel de
Lurbe.
LXXI.
% i. C'eft lui-même. L'Epigramme a été con-
çue en ces termes , ôc avec cette Infcription de
Bnando Vallio ;
Cnm tonat , ad cellas trfpido ]>ede Vallîus iutas
Conft'.git , in cellis non puiat ejje Deum.
Elle fe lit ainfi, & dans les Poëfies de Govean im-
primées chez Gryphe l'an 1J42. & dans le premier
Tome du Recueil fait par Léger du Chefne, intitulé
Tleres Epigrammatum. Elle fe lit aufïi avec la répon-
ie, pag. t75. des Devifes de Paradin augmentées
par F. d'Amboife. Voici le paifage tout au long.
Mais je recifrai deux vers ej^ejit Govean Portugais a-
drejjans à un Confeiller de Bourdeaux nommé Préjant du
Val lefyueh il foi bailla en forme de f lacet,
Cnm'
Anti-Baillet. P. I. 243
LXXI.
Meprifes de Mr. Baillet touchant le te mi
de la naijfance & de la mort de quel'
que s Auteurs ^2).
ÏL dit à la. page 443. Tome 4. partie 2.
que je fuis né vers la fin du Règne de
Henri IV. Henri IV. mourut le 14. du
mois de Mai de l'année 1610 & je na-
quis le 23. du mois d'Août de Tannée Corrïg. n
161 3. Mais cette faute de Mr. Baillet \l'^Z^l
n'elt pas une faute d'ignorance: c'ell une »*vol. 1. '
faute de malignité. Il me reproche mon pag. 322.
â^e en plulieurs endroits de fes Ou vraies. Ed-dePa".
Mais plus je fuis *ge, & plus il me doit *
de refpeér : Semper in civitate xojira je-
tée ai us venerabills fuit, Namque majores
nojlri pœnè eundem honorem fenihus quera
Ma*
Cum tonat, ad cellas céleri pede Vallitts imas
Confitgit. In ceUis an neget ejje Deiim?
Auquel ce do&e Sénateur célébré par Bucanaa fit
cette promte reponfe :
^Antoni , gtnus hoc veftrum , Marrant propag*
Et cœlo, (? cellis abnegat ejfe Dettm.
On obfervera ces différentes leçons, & j'ajouterai
que Rabelais fait honorable mention de Briand Ya-
lee (Vert ainfi qu'il le nomme) en deux endro-tsde
fes Oeuvres, favoir livre 4.. chap. 37. où il le quali-
fie rréhdent , c< 1 2. c. 10. où il l'appelle liaipie-
ment du Douhet, du nom apparemment d'une cet-
te dont il étoit Seigneur.
^| z Baillet avoit déjà reconnu, & çonigé de,
lui-même la plupart de ces meprifes^
L 1
-344 Anti-Baillet. P. 1.
magiftratibus iribuebant, dit Calliflratelc
Jurilconlulte en la Loi cinquième au Di-
gelle de Jure immunïtatïs. Remarquez
que je fuis le feul de tous les Auteurs s'y-
vans , dont Mr. Baillet a marqué la nais-
fance, ce qui ne permet pas de douter qu'il
n'ait marqué par malignité ce qu'il a écrit
ici de mon âge.
Il dit à la page 234. du 4. Tome Part. 1.,
que Jofeph Scaliger mourut en 1606. * Il
mourut en 1609.
Il dit à la page -215". du Tome 4. partie
2. que Mr de Balzac mourut en 165-7. | Il
mourut en 165-4.
Il dit à la page 271. Tome 2. Part. 2.
que le Père Sirmond mourut en 165*1.
& p. 275". (0 le Père Petau en 165-3. ^e
Ptre Petau mourut l'onzième Décembre
en J65-2. & le Père Sirmond en 165*1. le
7. Octobre,
voyez la II dit à la page 247. du 2. Tome, par-
Note . de tie 1. que Bellarmin mourut en 1622. il
mourut en 1621.
Il
M. ^e U
Monnoye
P. 2 4,6.
347-
**■ [Cette famé & la fuivanfe font corrigées dans
les endroits citez. Add. de /' Ed. tC^Amiî.]
t [Cette faute eft corrige'e. A.DV.de fEd. dy^4mft.]
% I. Ou il y a ici faute d'impreflion ou M. Mé-
nage s'eft mépris Baillet dans l'endroit cite & ail-
leurs met en 1652. la mort du P. Sirmond qui cer-
tainement mourut le 7. Octobre iôsr. Ainfi M.
Ménage au lieu de le reprendre d'avoir marqué cet-
te mort en 1651. devoit au contraire le reprendre
de ne l'y avoir pas marqué. Ce qu'il y a de plai-
fant c'elt que Baillet ayant eu communication du
manuferit de M. Ménage a cru avoir fait la faute
dont ceiui-ci le reprend, 5c s'aceufant d'avoir mis
JamoK du P. Siimoud en 16$ u déclare qu'il auroit
dû
Anti-Baillet. P. f. 24?
II dît à la page 203. Tome 2. partie r.
que Jonfius, Auteur de l'Hiltoire Philo-
fophique, eil mort depuis peu. Il mou-rut
en 165-9. Voyez ci deifùs chapitre 22.
Il dit à la page 281. Tome 2. Part. 2.
que Daniel Hein fi US mourut en 165-3. ^
mourut en 165-5-
Il dit à la page 160. du Tome 2. partie
r. qu'Aubert le Mire mourut en 1659. Il
mourut en 1640.
11 dit à la page 221. Tome 4. partie î.
que Jean de la Cale Archevêque de Be-
nevent (2) mourut en 1 5"5"6. Il mourut
en 1579. comme l'a très - véritablement
remarqué Ferdinandus Ughellus dans fon
liai m Sacra, au. Cnapitre des Archevêques
de Binèrent.
Il dit à la page 72. du Tome 4. partie 2.
que le Chiabréra mourut le 14. Octobre
1638. âgé de 86 ans. L'Imprimeur de
fes Poèmes Héroïques pofthumes le fait
mourir la même année dans la 87. année
de fon âge;
11
dû la mettre en ieïjz. Erreur d'autant plus ridicule
quepa^. 137. du tom. 6. part 2 de les ^nti, nefe iou-
venaut plus de fa rétractation publiée 3. ans aupara-
vant il dit que le P Sirmond mourut le 7. O&ebre
lôji.en quoiU a raifon & le contrediten même tems.
51 2. Je croirois plutôt qu'il y auroit faute dans
Ughellus, foit de 1' Auteur, fo.t de l'Imprimeur qui
auroit fait du 6. un 9 en lé renvertant. Ces termes
d'une Lettre d' Al foule Cambi au Commandeur An-
nibal Caro datée de N^ples le 8. de Décembre 155*.
marquent clairement que le Cafa n'etoit plus alors
en Vie: Poube cred» cbe bavuto bâbbidte J'opra co fjn
},Unr<[nore, (cbe fi* in gloria) il parle du Cafa, altw*
r^ionArncni9%
L 3
246 Anti-Baillet. P. I.
Il dit à la page 248. du Tome 4, partie
i.que Joachin du Bellay mourut le pre-
mier Janvier 1560. âgé de 35. ans : ce
qu'il a pris de Scévole de Ste. Marthe. Le
Préiident de Thou a écrit qu'il mourut
ce jour-la, mais dans la 37. année de fon
âge; c'eft au Livre 26. de fon Hiltoire,
& Belleau a écrit qu'il mourut le 1. jour
de l'an 15-5-9. C'eft dans fon Obfervation
fur le V. Sonnet du ftgond Livre des
Amours de Ronfard. Mais la Croix du
Maine dit qu'il mourut le premier de l'an,
en Janvier 1 55-9. ou félon aucuns, 1560.
Il eft confiant qu'il mourut la nuit du pre-
mier Janvier ISS9- C'eft ce que j'ai appris
des Regîtres de PEglife de Nôtre Dame
de Paris: dans laquelle Eglife il eit enter-
ré en la Chapelle de Saint Crifpin & de
Saint Crifpinien (1), du côté droit du
Chœur , proche le Tombeau de Louis
du Bellay , Chanoine & Archidiacre de
Paris, Mais en îy^o. Tannée ne corn-
menço't pas encore en Janvier: elle com-
mençoit à Pâques. L'Ordonnance de
Charles IX. qui porte qu'elle commence-
ra en Janvier, elt de 1563. mais elle ne
fut obfervée au Parlement de Paris que le
I. Janvier 1 567. félon la réformation. Et
c'eft ce qui a fait cette diverfité touchant
le jour de la mort de Joachim du Bellay.
Scévole de Sainte Marthe & le Préfident
de
% t. 11 me fembie qu'on dît S. Crépin , & S.
Crépinicn.
f 2. Bailler déclare lui-même que c'eft contre
l'opinion commune 2c fuivant celle de la Croix du
Mai-
Anti-Baillet. P. I. 247
de Thou ont û égard à la façon de conter
les années de leur tems.
Il dit au chapitre de Dorât; qui eft le
1337. Tome 4. Partie 1. page 351 que Do-
rat mourut âgé feulement de 71. ans contre
l'opinion commune qui lui a donné jus-
ques ici plus de So. ans (2). Cela n'eft
pas véritable à l'âge de 78. il fe remaria
en fécondes noces.
Il dit au Chapitre du Caporali T. 4. part.
2 p 1 16. que le Caporali eft mort vers la fin
du Pontificat d'Urbain VIII. ce qui n'eft
pas véritable Car Urbain VIII. ne mon-
ta fur le Siège qu'au mois d'Août de l'an
1623. & le Caporali étoit mort dès l'an
1601. étant né Tannée 1 5-30- Son neveu
Carlo Caporali en eft un témoin fidèle
dans les notes fur les Poe fies de fon on-
cle . mori Panno 1 601 . d\ta 71 . in C afllgllo-
ne ,(lando apprejfo il Marche Ce AÇcagmo délia
Corgna ed ivi ne lia Ch -efa de"* Padri Agojlini
fit il corpo di lui depofitato
Il dît à la page 295-. de la 2. Partie du 2.
Tome que Samuel Petit étoit mort dès
l'année 165*4. H mourut à Nifmes le 12.
Dec. 1643. ce que j'ai apris de Mr. Formi
fon petit-fils, homme de grand mérite en
toute forte de litérature.
LXXIÏ;
Maine qu'il fait nairre Dorât en l'an 1517. d'où il
s'enfuivroit que ce Poète n'auroit eu que n. ans
quand il mourut en 1588. mais il ajoute que l'opi-
nion commune lui paroit cependant plus cioiable,
L 4
Kortholr.
24S Aktl-Baillet. P. I.
LXXII.
Du Livre des trois Impoffeurs compofê
par Mor'in,
MOnfîeur Baillet. N'cft-ce point
aujji a une grande bizarrerie d'efprit
Toms r. qu'il faut attribuer V imagination qu'a eue
Part« r« un Ecrivain de la Baffe Allemagne , de vou-
Chrïftian loir reveiller en nous le fouvenir du détefta*
ble Livre des trois Impolteurs : en donnant
ce titre a un Livre au 'il fit imprimer à Kiel
l'an 1680. ayant choifi pour fes trois Impos-
teurs , Edouard Herbert , Thomas Hobbs ,
& Benoît de fEfpinofa7. Et peut- on s'em-
pêcher de prendre pour un vifionnaire un
autre Ecrivain plus récent qui a pris le mê-
me titre des trois Impofleurs, pour écrire
contre trois Auteurs Catholiques de la pre-
mière réputation ?
Ce Vifionnaire, c'eft Jean Morin, Mé-
decin, ProfefTeur du Roi en Mathémati-
quts : & ces trois Auteurs Catholiques
font, Mr. Gaflèndi, Mr. Neuré, & Mr.
Bernier , mon compatriote, dît le Mogol
à caufe de fes voyages au Mogol. Mais
s'il eft vrai que ce Livre de cet Ecrivain
de 1a Bade-Allemagne ait été imprimé en
1680. il eft faux que Morin foit un Au-
teur plus récent que cet Ecrivain Alle-
man : le Livre de Morin des trois Impos-
teurs ayant été imprimé en 165*4. * Paris
avec ce titre : Vincentii Panurgi Epiftola
de
t. Ce n'eft pas Lingcîsheim, (car c'eft ainfi qu'il
faux due, & non pas Lingtiheim) c'eft Denaifïua
Ailes*
Ànti-Baillet. P. r." 24?
de tribus Lyjpofîbribus. Ad Clarijf. Virum
Johannem Baptiftam Marin , Doéiorera
Aledicttm , atyue Regium Mathefeos Pro-
fejforem Parifiis. Apnd Mattbéum Bouc-
lette, in Collegio Regio, C33 Johannem
Gmillard , in Palatio, 165-4. Morin efl
l'Aut ur de ce Livre. Vincent Panurge
eft un nom fuppofé.
LXXIII.
Du Livre de Lipfe , intitulé Virgo
Hallenfis.
MOnfieur Bail LE T. Les Proteflans
ont tâché de décrier quelques-uns des
petits Livres que Lipfe compofa pour fatis*
faire fa dévotion : comme celui de Nôtre*
Dame de Hau ou Mal.
M t n âge. Ce Livre de Nôtre- Dame
de Hau, intitulée Virgo Hallenfis , eft une
e'numc'ration des Miracles faits par l'inter-
ceffion de la Vierge dans l'Eglife de Nô-
tre-Dame de Hau. Et c'eft au fujet de ce
Livre de Lipfe, & de fa plume qu'il dé-
dia à la Vierge par une plume d'argent',
que Scaliger fit cette Epigramme :
Poft opus expliciium , quzd tôt miracafa
nanat ,
Vtnnam Lipfixdis hant ttbi , Virgo , d'eau
2\il pot ait livras pennàtïbï, Virgo , dicare:
Xi forte eft levius , quod tibi fcripftt opus,
Lingesheim (1) fit contre ce Livre-de '
Lipfe
AfleiTeur de la Chambre Impériale de Spire, qui '
a fa't ce Livre, comme l'a fort bien prouve rlucS
ckis çhap. z, de awnymis detccîis n. 51,
L :5
2?o Anti-Baillet. P. I.
Lipfe un écrit intitulé de Idoîo Hallenfi.
Voyez le fécond Scaligerana, page 141,
& la Lettre 315*. de Scaliger, écrite à ce
Lingesheim.
LXXIV.
Fautes de Mr. B aille t dans la Géographie,
Tom. 1. "\ /f Onfieur Baillet dans fa Préface La-
ïzit.z, iyjLtine . adreiïeeà Mr. l'Avocat Gé-
néral de Lamoignon , met Narbonne
parmi les Volces Arécomiques. Nareo
Martius, pro Voici s Arecomicis. Il eft
in JTblcis Tedofagibtis.
Au même endroit, il met Arles in Be*
fuviatibus. Il eft in Salyis.
. A îa page 260. du Tome 4. partie 1. &
à la page jSo.du 2 part. 3. il appelle Fiefo*
lé, Fèfoii.
A la page 90. de la 2. partie du 2. To-
me, il dit que les Popmas, frères, et oient
Frifïens : au lieu dédire Frifons , qui eft.
le nom de la Nation parmi nous.
A la page 193. du 2. volume, part. 1. il
appelé Breflau tfratiflan (1).
Au chapitre du Bernîa, il confond la
Ville de Bibîena de Tofcane avec celle du
même nom qui eft dans le Piémont.
Voyez ci-defïus le chapitre 37.
LXXV.
•ft t. Faute reconnue auparavant, & corrigée par
îaillet dans fes corre&ions.
^[ 2. Régnier étoit grand imitateur. Sa huitJé-
me Sar:re eft une imitation de la neuvième du pre-
mier Livre d'Horace. Sa fiziéme eft une Copie de:
deûxr<t£//a/j" du Mauio in dijknot AtifQmrt , la ùefcrip •
rida
A nti- Baille t. P. I. ifp
LXXV.
'Jugement de Mr. de Balzac t07icfo4int leCa-
porali contraire à celui du Rojfi.
MCnlieur Baillet. Ce qu'il y a de ?age "7f
confiant (il parle du Caporali) c'efl duT.emc^
qu n effaça le Berni, le l\lol(a, çjf gène-
ralement tous ceux qui jufqu> alors s'étoient
exercé dans quelqu'une des efpéces du gen-
re Bur le/que. Ùeji au moins le fentiment
du Roffi.
Ménage. Ce n'eft pas celui de Mr.
de Bdzac. Voici ce qu'il a écrit du Ca-
poral dans une de Tes Lettres: qui eft la
5". du Livre vi. Il rf-nftruït, ni ne délefie.
Il -ne guérit ni ne flate les pajfions de ceux
qui le lifent. Il n'a ni de iréfor caché , ni
de pompe extérieure. Et néanmoins , je
vous apprens , que tout chétif & tout mtfé-
rable qu'il ejl , il a été détroujfé en Fran-
ce. Il n'a pu fe Jauver de nos Larrons : Isf
voici de Ces dépouilles que je viens de décou-
vrir en bon lieu :
(i) Mon Docteur de meneftre en fa mine r Cef 7cfr5
K ' . , iont du S2-
aIterce ririqueRe-
Avoitdeux fois autant de mains queBriarée: gnie:Sa:.x,
Et
tion du Peidnte de Caporal. La Pièce qu'il a inti-
Imfmjpénee n'eft pas feulement, comme porte
le titre, une imitation d'Ovide, mais auflï de I«*
tïOEet
H 6
à£2 Anti-Baillet. P. I.
Et n'étoit, quel qu'il fût, morceau dedans
le p'at,
Qui des yeux Se des mains n'eût un échec
& mat.
D'où j'appris qu'en la cuite, auffi bien qu'en-
ta crue",
Nôtre ame fe laiffoit piper comme une gruèV
E qu'au plat , comme au lit , avec lubricité ,
Le péché de la chair tentoit l'humanité.
Devant moi juftement on plante un grande
potage.
D'où les mouches à jeun fe fau voient à I*
nage.
Le brouët étoit maigre , & n'eft Noftrada-
mus,
Qui, l'Aftroîabe err main-, ne demeurât
camus,
Si par galanterie, ou par fottife expreffe,
Il y penfoit trouver une étoile de graifTc.
Pour moi , fi j'eufle été fur la mer de Levant
Où le vieux Louchali fendit fi bien le vent,
Quand Saint Marc s'habilla des enfeignes de
Thrace,.
Je le comparerais au Golfe de PatrafTc ,
Pour ce qu'on y voyoit en rmile & mille
parts
Les mouches qui flotoient en guife de fol-
darts :
Qui morts, fembloient encor dans les on-
des faîées
EmbrafTer les charbons des galères brûlées.
foi ce femble quelqu'un de ces nouveaux
Docleurs,,
Qui
Anti-Baïllet. P. I. 253.
Qui d'eftoc &de taille étri'lent les Auteurs,
Dire, que cette exemple efi: fort malafîortie.
Homère, & non pas moi, t'en doit la ga-
rantie:
Qui dedans Tes écrits, en de certains effets,
Les compare peut être auffi mal que je fais.
Ç?efl-a~âire à peu près en Italien:
Ma il cafoè che s'interno avea Pompeo
O il venerabù Coda ch' al!a mcnfa ,
Avea più braccie e m an che Briareo.
Io rimafi talvolta ftupefatto
Che fempre adocchiai qualche boccone,
Un di lor me gli dava fcaccomatto.
Si ch'allor m'accors' io, MefTer Trifone,
Che nella cotta e nella cruda il vitio
Délia carne ci da gran tentazione.
Ecco di brodo piene le fcudelle,
Dove non feppi mai d'unto o di grafîb
Con Aftrolabio in man trovar due (telle;
Se foffi ftato a quel naval fracafîb ,
Quai' ebbeil Turco, io potrei fomigliare
La mia fcodella al Golfo di Patraflb ,
Perô ch' in elTa fi vedeano andare,
A gala i corpi de le mofche leiTe ,
E i converti in carbon legni del mare,.
Qui, Trifon, fe per cafo alcun dice^e;
Che la comparazion non gifle à fefto.
E ch' io fuili obligato a l'intereiTe,
Dite, che legga Omero, ove in uno tefto>
Fà-una comparazion di certe mofche:
L 7 Ne
2.;f4 Anti-Baillet. P. I.
Ne forfe calza ben, lï comme in quelle
Ma lafciam le queftion dubbiofe e foiche:
Or che fiamo a Tinel.
Vous voyez, que nous vivons en un fais ,
ou- il n'y a pas même de fureté pour les
gueux. Ceux qut n'ont rien ne laifient pas
d'y faire des pertes ; & on y arrache les
cheveux aux c hautes. Il n'efl point de fi
mauvaise condition qui ne fait enviée de quel-
qu'un , ni de pauvreté fi grande, qui ne
donne lieu à quelque inure. On pille les
Cabanes aujji-bien que les Palais: y l'A-
varice cherche les grands gains : mais el-
le ne méprije pas les petits.
Le Rofïi au relie , s'eft étrangement
trompé en préférant le Caporal au Berni
& au Molza. Le Berni eft le premier des
Poètes Burlefques, & par l'ordre du teins
& par l'ordre du mérite (i). Et Léonar-
do
*î i. Four l'ordre du mérite, j'en conviens ; pour
l'ordre du tems, c'eft autre chofe, & il eft fur, mal-
gré les diitinftions du Salviati, que les Foëiies du
Burchiello, celles de Laurent de Médicis, de Mat-
tco Franco, & du Puici toutes antérieures à celles
du Berni font de véritables Foëiies burlefques. Les
Académiciens de la Ciufca appellent eux-mêmes
Cnpi:y'o in \ntrl* le Capitolo de Laurent de Médicis
intitulé i Beoni, & je ne doute pas, il l'on vouloit
examiner toutes les vieilles Foëiies Italiennes qu'il
ne fe trouvât pludeurs Pièces bouffonnes plus an-
ciennes de beaucoup que celles du Berni. Autre
chofe donc eft Burlefjue , autre chofe Berni efcjue. But'
Ufcjv.c c'eft le genre, Berniefijue c'eft l'efpece.
% z. M Ménage a fait voir deux choies l'une
que i' Auteur du grand Etymologique n'avoit pas
nom Nicas, l'autre qu'il vivoit il y a plus de cinq
cens ans. On en peut remarquer une troiileme qui
eft que cet Auteur étoit Chiétien, comme il le té-
mot»
Anti-Baillet. P. I. iss
do Salviati a dit de lui, que la Pocfie Bur-
lef^ue avoit û en lui finailTjnce& fa per-
fection en même tems. Le Poëjie Giocofe
nel folo Berni anno avuta la naptità cjT la
perfcz, one in un tempo. C'clt dans fes A-
vertillèmens de la Langue Italienne, Li-
vre 2 chapitre 17. I! n'y a pas non plus
de comparaifon entre le Molza & le Ca-
poral.
LXXVI.
Nie as n'eft point l'Auteur du Magnum
Etymologicum.
MOnfieur Bai il et. On croit que Tom. ù
l'Auteur du Grand Etymologicum Part- 3-
Grec s'appelloit Nicas. Mais on ne fait ce page lïi*
qu'il et oit, ni quand il vivait. Ce Livre
a eu de l'autorité ', quoique l' Auteur n'ait
point excellé dans la counoiffance de laLa?î-
gue (2).
Me-
moigne lui-même au mot AttrtJ*tu<>vi*. Le PréG- D-ffcrt".
dent Mauliac dit qu'il l'auroit <uge tel fur cela leul CriricJ ai
qu'il n'a pas pris foin de nous faire f\voir Ion nom, UArpocrA-
ajoutant que c'etoit anciennement la coutume des tionempau
Moines de travailler à quantité de recueils, deglos- ,42>
faires , & de compilations où ils ne mertoient pas
leur nom. Je ne voudrois pourtant pas conclurre
de là que l'Auteur du grand Etymologique ait été v * " .
Moine. Un homme qui fe plaint, comme il fait, *TÎ/'
des maux extraordinaires dont il eft accablé, & de H?' *f7' ,
3a dizette où il fe trouve de toutes chofes , mais qui '«,r» "</«"•
dit que l'amour des brlles Lettres l'oblige à fe re- &*
fufer le fommeil nécclTaire , dans la vue du grand
profit qu'il efpére en fou particulier de tirer de fes
études, 8c dans le deflein de laifler quelque chofe
de mémorable à la poftérité ■> Un homme, dis- je,
qui parle de la forte ne paroit pas trop avoir l'es-
prit lïiQnaiiiquc,
256 Anti*Baillet. P. L
MfiNAGt. C'eft Poiitien qui a dît îe
premier que Nicas étoit l'Auteur -de ce
Livre. Et c'eft au chapitre 72. de les Mé-
langes qu'il a fait cette remarque. Et il
l'a faite en ces termes : Nicas autem in
Comment ario quem per ordtnem lit er arum
difpojuit , Grâce ille quidem , fed in hune
ferme intellect um Philyram interpretatur :
Philyra, inquit, planta: librum papyro fî-
ntilem habens: ex quo etiam runes com-
plicant. Car le Grec de ces mots fe trou-
ve- dans YEtymologicum Magnum , au
mot Q;Xvpa. Mr Voffius, le fils -, a fait
enfuite la même remarque dans quelqu'un
de fes Ouvrages. Je croi que c'eft fur
ïag.99. Mêla. Mais il s'en eft depuis dédit: ayant
appris que dans le Manufcrit qu'avoit vu.
Poiirien, il y avoit un Labarum, avec ces
paroles, 'EN TOTTQ NIKA: &
que ces mots 'EN-TOïTû étant effa-
cez , Poiitien avoit pris le mot de N IK A
qui reftoit, pour le nom de l'Auteur du
Livre. Mr. Voffius, le fils, a dit toutes
ces particularisez à Mr. Bigot, de qui je
*DansuHeles ai apprîfes *. J'ai appris de plus de
Lettre écri- Mr. Blgot'j qu'il a vu un très-beau Ma-
tsdeRouen nu(crît de ce Livre dans la Bibliothèque
Scp/.'i686. des Jacobins de St. Marc de Florence: &
que penfant que ce fût celui qu'avoir vu
Poiitien, il y avoit cherché ce Nl'K A ,
& qu'il ne l'y avoit point trouvé. Eufta^
thiu< fur l'Iliade Delta, page 378. 5-3, de
l'Edition de Bâle, & fur l'Iliade Epfilon,
page 408. 29. de la même Edition, cite
un Ni'Ai'aç Grammairien , qui explique des
paffages d'Homère: ce que j'ai encore ap-
priȉ
Anti-Baillet. P. I. 2J7
pris de Mr. Bigot. Mais pour Njrôg, il
n'eft: cité nulle part dans Euliathius:& Mr.
Bigot ne croit pas que ce foit un nom
Grec. Mr. Du Cange eft du même avis.
L'Etymologicum y eil cité fur l'Iliade
Delta , page 342. 49. ûru y.uï Tfjs $K€,k,/i7£kç
^ 'aeltui èv ra> ,ETV[MOho') wcp. Et fur l'I-
liade Beta, p. 203. 36. & fur l'Iliade Lamb-
da , page 768. 28. 'Eru/x^Aoy/'/ôv (xéya.
Et fur l'Odylïee B^ta, page 93. 29. Une
partie des chofes citées en ces endroits, fe
trouve dans VEtymoIogicum Magmim
que nous avons aujourd'hui, & l'autre ne
s'y trouve pas. Ce qui fait voir qu'il y a-
voit du tems d'Euftathius plusieurs hty-
mologiques Grecs. L'Auteur du Grand
Etymologique que nous avons, cite l'E-
tymologique d'Orapollo. Cet Etymolo-
gique fe trouve Manufcrit dans quelques
Bibliothèques :& entr'autres,dans celle de
Mr. Gudius. C'eft un très- gros volume,
& qui par fa groiïeur mérite le nom d'E-
TVfLGhoyinov [Léya. Euftathius vivoit en
11 80. Et puifqu'il cite PEtymologicum
Magnum que nous avons, on peut con-
clure de là , que l'Auteur de cet Etymolo-
gicum Magnum vivoit il y a plus de joo.
ans.
Il n'eft: point vrai, au refte,que cet Au-
teur n'ait point excellé dans la Langue
Grecque. Il e(t bien vrai qu'il n'écrit pas
avec grande éloquence: Mais le fujet qu'il
traite ne demande pas d'éloquence. Or-
nari res ip/a negat, contenta doceri. Il eft
vrai auffi , qu'il a beaucoup de mauvaifes
éiymologies. Mais ces mauvaifes étymo-
logies
2j8 Anti-Baillet. P. I.
logîes le font encore moins que celles du
divin Platon: parmi lefquelles je n'en ai
pas trouvé fix bonnes: car j'ai fait fur les
étymologies de Platon ce que Jofeph Sca-
liger a fait fur celles de Varron. Mais il
y a dans ce Livre un nombre infini de
chofes curteufes & fingulieres : Et Mr. de
Valois l'aîné, qui étoit un grand connois*
ftur, l'emmoit extraordinairement.
LXXVI.
Direrfes particularitez, curteufes ton-'
chant Suidas.
MR. B a i L h E T a écrit à la page 113.
de fon 2. Tome part. 3 que Suidas
étoit un Moine Grec. Ce qu'il a pris de
la Notice des Auteurs citez par le Cardi-
nal Bona dans fon Liv. de la Pfalmodie.
Scaliger dans fes Conjectures fur Varron
page 60. de l'édition de Henri Etienne de
1581. appelle auifi Suidas, Moine. Le
Cardinal Bona ajoute, qu'il étoit Moine
de Byzance. Je ne fai d'où le Cardinal
Bona a pris cette dernière particularité (1):
& Mr. Baillet m'obligeroît fort de me le
faire favoir. Et pour l'obliger à me l'ap-
prendre, je lui apprendrai ici plusieurs au-
tres particularitez curieufes touchant ce
Grammairien. Beifarion , dans fa petite
Pré-
% t. Il l'a prife de Dempfter dans la Table al-
phabétique, ôc critique des Auteurs qu'il a mile au-
devant des Antiquitez Romaines de Rofin au mot
Suidas, où il eft dit : Suidéts MonAchns Byz.4ntinus ,ad-
mimlilis , incomparabilis , ttnuf injlar omnium Gram»:*-
Anti-Baillet. P. I. 25-9
Préface fur fa Traduction des Métaphyfi-
ques de Théophralte, & Budée dans fes
premières Notes fur les Pandecles, & E-
rythrée dans fon Indice fur Virgile , au
mot orichalco , & Cujas dans (es Obfer-
vations , & ailleurs, l'ont appelé Sudas.
Dont ils ont été repris par Cafaubon dans
fes Notes fur Laérce, au chapitre d'Ana-
charlis: Palluntur viri doàïjfimi & magni
in literis Hominis, qui Sudas Sut dam ap-
pelant. Cafaubon appuie fon opinion par
ce paffage d'Eulrathius , Ta ètç duc uTfp
$ûo cvhhetÇàç tûdverm , oiov Tifxu%iïciç Ti-
liuyjlct , r«i'5«ç £afà# : qui eft de la p.
33S. 40. de l'Edition de Bâle. A quoi on
peut ajouter ces autres paiTages du même
Auteur. Iliade Lambda , page 768. 30.
év tûj narà çoiysTov iLsy&Kt$ friGhiq T8 Ea/-
lu. Et OdyfTe'e Alpha , page 99. 42.
Ea&tfç, êQiuXeTc, ®>uheïç. Il l'appelle en-
core de même page 41. 1. J'ajoute à ces
palTages d'Euftathius celui-ci du Scholîafte
d'Apollonius pag. 26. Hx'fàxç yàp nal A-
piçoTÉXyç , Ù ntefi 'Ev^oiaç n ê% payeur sv°
pivot : car quoique ce Suidas ne foit pas
celui dont nous parlons, ce pafTage fait
voir que ce nom s'écrivoit de la forte que
l'a remarqué Cafaubon. Cependant Bes-
farion . Erythrée, Budée, & Cujas ont
été fuivis dans leur opinion par pluïieurs
célèbres Ecrivains : & entre autres , par
Sca*
ticorum. Balthafar Booiface, qui a copié en fix cha-
pitres du quinzième Livre de fon Hijhria ludicrtunc
grande partie de cette Table de Dempfter , n'y a pas
oublié cet endroit, CsByz^ntinKs eft une rcveiiedfc
Dempftei.
i6o Anti-Baillet. P. h
Scaliger dans fes Conjeélanca fur Varron,
page 61. de l'édition de Henri Etienne, de
15-81. par Florent Chrétien fur la Comé-
die de la Paix d'Ariftophane page 688. de
l'édition de Genève: par Guillaume Four-
nier dans fon Seleéîœ heaumes , Livre 3.
chapitre 21. & Livre 2. chapitre 29. Et
dans les Additions. Et par Vi&orius dans
fes Diverfes Leçons, Livre premier cha-
pitre 11.& Livre 27. chap. 18. Et par Ro-
bortellus dans fon Variorum locorum An"
notationes, chapitre 3. page >8. Et Cujas
a été défendu par Mr. Fabrot à la page
841. de la première édition de fon Théo-
phile. Car c'eft de Cujas dont il a enten-
du parler, en difant, Viri docii Suidant^
Sudam appe liant , libris , utvidetur, auc-
toribus. Nam in Manufcripto codice Mem-
mianofic habetur. Je le fai de lui-même.
Ce Manufcrit de Mr. Henri de Même
Préfldant au Parlement de Paris , où Sui-
das eft appel'é L'g^;,. efl: préfentement
dans la Bibliothèque de Mr. Colbert de
Se'gnelay, Segretaire d'Etat , nombre 992-
jZx'iïuç efl: le véritable nom.
Meurfïus dans fon GlofTaire Grec-Bar-
bare , fai; mention d'un Etymologiquc
Grec compofé par. Suidas.
Lxxvnr.
Anti-Baiilet. P. I. 1O1
LXXVIII.
Méprife de Mr. Baillct touchant l'Opéra de
Mr. Quinaut , intitulé le Triom-
phe d'Alcide.
MOnfieur Baillet. Entre les Piè-
ces de Air. Quinaut dont nous n'avons
pas fait mention , il y en a une qui a fait
beaucoup de bruit, & qMi a partagé les es-
prits. Cejl la Tragédie , ou l'Opéra, qui
a pour titre , Al celte , ou le Triomphe
d'.Alcide. Et il faut avouer qu'elle aurait
encore eu plus de réputation fi elle n'avait
rencontré un Cenfeur un peu trop intelligent
dans les régies de lart : Charles Perrault
dans la Critique de l Opéra d? Alcefle, à la
fin de [es Oeuvres mêlées de profe C5T de
vers : Ce Critique prétend que la Pièce efi
défeéiueufe , tant pour la conduite du fujet ,
que pour la verfification. U Auteur écrit
que Mr. Quinaut a tout gâté , en ne met-
tant pas dams fa Pièce ce qu'il y a de plus
beau dans Eurvpide : çjf y ajoutant des épi- Mr. Baillet
fodes peu nécejj'aires, mal liez Ê33 mal aJJ'or- écrit tou-
tii au fuiet : que les épifodes ne fervent qu'a )0"rs Eury~
jaire remarquer la pauvreté de chaque en- fAn voir
droit : où Ion ne voit que redites de certai- qu'il n'eft
nés rimes , & quantité de chofes qui fera- -Pas 8raud
blent ne pouvoir s* accorder entièrement a-
vec le jugement ^r le bon fens en général ,
ni avec les maximes de ly art de la Poèfie mo-
derne en particulier.
Ménage. Mr. Baillet ne ceïTera-t-il
jamais de faire dire aux Auteurs le contrai-
re
2<5i Anti-Baillet. P. T.
re de ce qu'ils difent? Mr. Perrault a écrit
dans fa Critique de l'Opéra d'Alcefte tout
le contraire de ce que lui fait dire ici Mr.
Bailler. Cette Critique eit un Dialogue
entre Cléon & Ariib'ppe. Arifh'ppe blâ-
me cet Opéra: & Mr. Perrault, fous le
nom de Cléon , le défend & il tait enfin
tomber d'accord Arîttippe que c'ett un
parfa tement bel Ouvrage. Ce que dit ici
Mr Bailler contre cet Opéra, eit dit dans
cetre Critique par Ariltippe. & réfuté par
Cléon. ht ainli, encore une fois, Mr.
Perrault a dit tout le contraire de ce que
lui fait dire Mr. Baillée.
Mr. Perrault & Mr. Quinaut ont écrit
à Mr.Baillet pour le plaindre à lui de l'in-
jure qu'il leur avoit faite en cette occaiîon.
J'ai vu la Lettre de Mr. Perrault.
LXX1X.
Méprife de Mr. Baillet touchant la qualité
cCAlteffe des Princes d'Italie. Plu-
Jieurs particularitez curieufes touchant
les deux Scaltgers.
MOnfieur Baillet La Républi-
que des Lettres n'étoit pas encore bien
purgée de cette vermine, (Il parle des Cri-
tiques envieux & ignorans) du tems du
Prince de la Mirande : quoi qu'elle fût des
lors en aj/ez bon état. Car on voit parmi
le nombre des Cenfeurs de fes Ouvrages un
Critique fort ignorant & fort animé contre
lui : qui, fans avoir égard, ni à la qualité
de fort Alteffe , ni à la rareté de fon es-
prit,
Anti-Baillet. P. I. 263
prit , voulait lui faire des affaires à Rome.
Menagl Pic , Prince de la Mîran-
de, mourut à Florence le 17. Novembre
de l'année 1494. le même jour que Char-
les VIII y fit ion entrée. Et en ce tems-
là les petits Princes d'Italie, tel qu'étoit
le Prince de la Mirande, n'étoient point
traitez d'Alteiïè. Ce n'eft que peu de
tems avant l'année 1630. qu'ils en ont été
univerfellement traitez. Et c'etl ce qui
obligea les Cardinaux de fe faire traiter
d'Eminence. Le Décret du Pape par le-
quel il fut ordonné que les Cardinaux fe-
raient traitez de cette qualité, eft de 1630. M. Amelot
du 10. Janvier: & il eft imprimé dans le fc££jf"
XVI. Tome du Mercure François. En fcsiumar-
ce tems- là on ne traitoit d'Alteiïè enFran- quesfur
ce que Gallon de France Duc d'Orléans , J^rette
frère unique du Roi Louis XIII. Mais deFiaPao-
comme quelque tems après le Cardinal lo, le date
Infant, Gouverneur des Pays Bas, frère de 163 1,
de Philippe IV. Roi d'Efpagne, fe fit trai-
ter d'Alteiïè Royale, Gallon Duc d'Or-
léans, & Madame de Savoye fa fœur,
s'en firent auiïi traiter. Louïs de Bour-
bon Prince de Condé arbora enfùite l'Al-
teiïe fimple. Et en fuite l'AIteile Sérénis-
iime: laiiïant l'Alteffe fimple aux Princes
naturalifez de France, aux Princes de Sa-
voye, & aux Princes de Lorraine. Mr.
Baillet, au relie, qui e(t un grand Copis-
te , a copié cette Alteffe de la Mirande des
écrits de Mr.de Balzac: lequel, au cha-
pitre VII. de fes Entretiens, parlant dejo-
feph Scaliger, l'appelle Son Alteffe de Vé-
rone* Ce que Mr. Baillet a encore imité
à
264 Anti-Bail le t. P.ï.
à la page 5-3. de la 2. partie du Tome 2,
en cet endroit : Cette paffion penja dégéné-
rer en folie , par l'impatience qu'ils témoi-
gnèrent l'un & l'autre (Scaliger le père &
Scaliger le fils) autant pour rétablir leur
AltefJ'e prétendue dans la Seigneurie de Vé-
rone , que pour maintenir leur Principauté
dans la République des Lettres. Mais il
eft à remarquer que Mr. de Balzac appelé
Scaliger Son Alteffe de Vérone en raillant,
comme Mr.Baillet au paflage que je viens
de rapporter, & que Mr Biillet parle fé-
rieufement à l'endroit où il traite Pic de
la Mirande de Son AlteJJe. Pic e'toit véri-
tablement Prince de la Mirande: & la
Principauté de Vérone des Scaligers étoit
une Principauté Chimérique. J'ai produit
à la page 5-17. de la dernière édition de
mes )r;gïnes Italiennes l'extrait des Let-
tres de Naturalité de Jules Scaliger, qui
font du mois de Mars 15-28. dans iefquel-
les le Roi François I. ne donne d'autre
qualité à Jules Scaliger que celle de Jules
C ce far de l'Efcalle de Bordoms , Doéîeur
Médecin , natif de la Ville de Vérone en
Italie (i). C'eft- à-dire, que Jules Scali-
ger n'en prenoit point d'autre en ce terns-
là,
^y 1. Je fuîsle plus trompé du monde fi dans ces
Lettres de naturalité alléguées par M. Ménage il
ne faut lire de Bordonis 8c non pas de Bordoms. D'un
i joint à une n il eft ailé de faire une m, fur tout
quand le point de Pi ou n'eft point marqué, com-
me il arrive fouvent , ou fe trouve comme effacé
par la longueur du tems. C'eft ce qui a donné lieu
de lire Bordoms pour Bordonis, en Italien Giulio de9
Sordoni, en Latin JaLins de Bordonis , çoicmc Mat-
tbttts
Anti-B ailt.et. P. I. 265-
M. Je remarquerai ici en pafTant, que
cette qualité de Docteur Médecin que le
Roi François I. donne dans ces Lettres à
Jules Scaliger, fait voir que ce que Mel-
chior Guillandinus a écrit que Jules Sca-
liger avoit pris le degré de Do&eur en
-Médecine dans l'Univerlité de Padouë,
paroit vraifemblable ; quelque chofe que
ion fils Jofeph Scaliger ait dit au contrai-
re dans fa Lettre 42S. ad reliée à Charle
Labbc, & dans fa 441. adrellée à Jean de
Laet , & dans (on Confutatio FabuU Bur-
donum. Ces mots de Bordoms font aufîï
voir qu'il s'appeloit, Quitus Burdonius,
comme l'appelle Lilius Gyraldus, & non
pas, Jmlius à Burden, ou Cornes aBur-
dem , comme fon fils, dans fa Lettre à
Doufa, & ailleurs, prétend qu'il s'appe-
loit. Ce qui eft conforme à cet endroit
du Thuana : Etant a Paionè , Auguftimts
Niphus , neveu de ce grand Philo japhe Au-
guft'tnus, me parla de Scaliger: & me dit
que la veri'é était , qu'il ne venoit des Sca-
ligers de Vérone : & qu'il venait de Bene-
detto Burdone , qui demeuroit a la ftradx
délia Scala à Venife : Cif m'ajfura qu'il était
ainfi, Robertus Titius le fait originaire
de
t ha u s ae K^jjlictis , Frann'fcus de Zs.bAre'Is's , Bartbola-
mxus de Bttrigdtris, & cent autres. Pour le lieu de
fa naiflance qu'on prétend être "Ripa, il iuffit qu'il
ioit dans le Veronois uour jufhfîer le titre de Ycro-
nenfu. Ju'.e Scaliger l'a pris, & perfonne ne le lui
contefte. Jnlius Scaliger» dit Lilio Giraldi , cjui
frius Burdonis cognomme Juit , Veronenjîs , apprime ertt-
ditm SCC.
Ton. VIL Part. I. M
i66 Anti-Baillet. P. 1.
de Padouë, Vide quœ adnotavimus in nos-
tris locis controverjis , ne deinceps M Ajfer*
tione pro iifdem , adverfus malevolum illum
obtreéîatorem , qui fe Gallum finxit: citm
rêvera, fit vilis quifpiam B tir do , in agro
Patavino ortus. C'en1 fur la fegonde E-
glogue de Nemeiianus , page 29. Mais
il fe trompe, & en difant que Jofeph Sca-
liger n'étoit pas François , & en difant
qu'il étoît du Padouan. Tout cela fait
voir que les Scaligers n'étoient point Prin-
ces de Vérone. Mais ils l'étoient des gens
de Lettres. Et cette Principauté eft bien
d'une plus grande étendue que celle de
Vérone.
Régna, nu Oceaxo, nec flumint claufa , neque
altis
Montibus: ingtnuim quà patet , Ma patent.
Et comme difoit Lîpfe, félon le témoi-
gnage du Préfident de Thou dans leThua-
na , Ceux de Vérone devraient plutôt tirer
leur origine des Scaligers , les Scaligers é~
tant plus nobles que la Ville de Vérone.
Comme Mr. Bai llet me chicane fur tou-
tes chofes, il ne manquera pas de dire que
ce que je dis ici contre la Principauté de
Vérone des Scaligers, eft contraire à ce
que j'en ai dit dans cette Epigramme
Grecque :
'Hiiï' 'lartiKToç , xettôç Çûa-euç ftéyx B-ccu/uct j
Tî? w«Tf 0$ fiéycc^a "ûs-oCle, péyicç i 'Zy.aXxvtç,
Ei'AfTfl Z;è>5, MsrZï trKiî,.-7~«i senti Çspeiv.
Mail
Anti- Baillet. P. I. 267
Mais ces fortes de louanges font permi-
fes aux Poètes , qui le contentent de l'ap-
parence des choies.
J'oubliois à remarquer, que Jules Sca-
lîger n'étoit pas né à Vérone, quoi que fes
Lettres de naturalisé le portent. Il étoit
né à Ripa, près le Lac de Garde. Jùltus
autem Cccfar Scal.ger natus eft anno I484.
ad die m IX. Kal. Maii , feriâ fcxtâ, annis
oâûginta pofl II "ilhclmi Grojjl , [ex autem
ante Matthice Hungarurum Jiegis mortem ,
in cajîro Ripa, ad caput Benaci : qui /<?-
eus fuerat haHehus ditionis Scaligerorum.
Ce font les termes dejofeph Scaliger,fon
fils, dans fa Lettre à Doufa.
LXXX.
Ignorance de Mr. Baillet dan fon métier de
Bibliothécaire touchant le Perroniana.
MOnfieur Baillet dit que Mrs.
Du Puy ont fait imprimer le Perro-
niana; qu'il appelle les Pcrronicnnes. Ce-
la n'eft pas véritable, c'a été Mr. Daillé,
le fils, qui Ta fait imprimer: & ce fut en
1669. qu'il le fit imprimer: & il le fit im-
primer à Rouan. Pierre du Puy, qui c-
toit l'aîné des deux frères , mourut en
j 65*1 . le 17. Décembre (1): & Jaque du
Puy, Prieur de St. Sauveur , le C3det,
mourut en 165-6. le 17. Novembre. Ce
qui a troublé Mr. Baillet, c'eft que ces
mots du Cardinal du Perron , intitulez
Per-
f 1. Le 14. Décembre.
M i
i
268 Anti-Baillet. P. I.
Perroniana^ ont été recueillis par Chrîs-
tophleDu PuyT Procureur de laChartreu-
fe de Rome: le frère de ces MefTieurs du
Puy : lequel étoit en ce tems-là Aumônier
du Roi, & adomeftiqué chez le Cardinal
du Perron. Mr. Baillet eft peu verfé dans
l'Hiftoire des gens de Lettres.
LXXXI.
Juftification de mon Livre Adoptif : de
mon portrait infère' à la tête de mes Mis-
cellanea: y de la foufcription de mon
portrait.
JE fis imprimer en \6si. un Livre in-4.
intitulé Mifcellanea. La première édi-
tion de mes Poëfies fait partie de ces M es-
langes. J'ajoutai à mes Poëfies plulieurs
Vers en l'une & l'autre Langue, qui m'a-
voient été adreiTez par différentes perfon-
nes. Et j'intitulai ces vers, JEgidii Me-
nagii Liber Adoptlvus. Mr. Baillet s'écrie
là-dclfus contre moi comme fi j'avois fait
la plus mauvaife aclion du monde. En-
fin Mr. Ménage , non content d'avoir eu
tant denfans naturels , en a voulu encore
avoir d adoptif s: à l'imitation d'He'mfius:
Et ayant ramajjé un Recueil de b oèjics
À* autres , adrejjées à lui , ou faites à fon
fujet , /'/ les adopta Cous le titre ^'iEgidii
Menagii Liber Adoptivus: & les fit im-
primer avec les fiennes à Paris in-^. l'an
165*2. accompagnées d'un très'beau portrait
de la main de Nanteuil. Ce font fes ter-
mes. Il dit enfuke, parlant de ceux dont
ta
Anti -Baillet. P. 1. 169
les vers compofcnt ce Livre Adoptif,
Nous pouvons ajjurer même que tous les
François n'ont pas toujours été également
infenfibles aux bcautez des Poèjies de Mr,
Ménage. Et il fer oit aifé d'alléguer les Bal'
Zacs, les Coflars, les Sarrafins , les Fer"
ramus, les Des- Murets , les Halleys , les
Mofants de Bricux , les Valois, les Hein-
fius , les Mambruns , pour faire voir du.
moins que la fympathie & C amitié mutuel"
le des Poètes efi bien capable par la vertu
de F invention Poétique de trouver dans Vun
des leurs les plus belles qualité z qui font im-
perceptibles à des Critiques farouches & in-
traitables.
Premièrement : un Recueil de Poèjies
d? autres adrejfées à lui, eft très- mal dit. Il
faloît dire, un Recueil de Poèjies de plu-
fieurs Poètes , le f quelle s lui étoient adres-
fées. D'ailleurs, il eft faux que Mr. Cos-
tar m'ait adrefte des vers. Mr. Coftar n'a
jamais fait de vers. Mr. Baillet a pris le
nom de Mr. Cojlar pour celui de Mr. Ha-
bert de Mommor. Mais cela eft peu de
chofe. Parlons du fonds de la queftion.
Quand je n'aurois que l'exemple de Daniel
Heinfius pour juftifîer le titre de mon Li-
ber Adoptivus , cela fuffiroît, Daniel Hein-
iius étant un homme d'une grande autori-
té parmi les gens de Lettres. Mais outre
fou exemple, j'ai celui de Nicolas Hein-
fius, fon fils, digue fiîs defonpere: le-
quel a fait auffi imprimer dans fes Poëfîes
un Livre Adoptif de vers faits à fa louan-
ge. Et outre ces deux exemples, j'ai celui
de Mr.de Furftemberg,Evéque deMuns-
M 3 ter
270 Anti-Baillet. P. I.
ter & de Paderborn , homme d'une gran-
de vertu & d'une grande piété, Poète cé-
lèbre, & le Mécénas de notre iïécle: dont
les Poëiies, de fon vivant , & de fon con-
fentement, ont été publiées avec deux Li-
vres Adoptifs de vers faits à la louange,
qui excédent de beaucoup le nombre de
fes propres vers. Ces Poëlîes, dont il
m'a fait préfent, furent imprimées à Ams-
terdam chez Elzevir en 1671. J'ajoute à
ces trois exemples celui de Mr. de Balzac,
qui a ajouté au Recueil de fes vers un Li-
vre de vers étrangers , fous ce titre de Li-
ber Adopùvus\ quoique ces vers ne lui
foîent point adreiîez. Me voilà donc bien
jufïiflé du côté du titre de mon Livre A-
doptif. Pour ce qui eft delà chofe, il 7
a deux mille exemples de Poètes dont les
Poè'fies , foit de leur vivant , foît après
leur mort, ont été imprimées conjointe-
ment avec des vers d'sutfcs Poètes qui
leur avoientété adreifez. C'eft ainfî qu'on
en a ufé à l'égard de Pétrarque, de Bem-
be, du Cafa, du Rota, de Ronfard, de
Du-Bellai , de Belleau , de Bertaud , de
Des-Portes, de Ste Marthe, de Maynard,
du Cavalier Marin, de Ségrais, de Halle
de Caen, &c. Et Mr. Bochart,qui étoit
la modeitie même, a fait imprimer à la tê-
te de fon Phaleg un grand nombre de
vers faits à la louange de fon Livre. Et un
nombre infini d'autres Ecrivains en ont
ufé de la forte à l'égard de leurs Ouvra-
ges.
Pour ce qui eft de mon portrait inféré
dans mes Mifcellanea , fi Mr. Baillée en
si
An-ti-Baïllet. P. L 271
a voulu faire des railleries comme il fem-
ble qu'il en ait voulu faire, il eft encore
p!as mal fondé en cette accufation que
caiiN celle dont je viens de parler : les por-
traits mis à la tête ces Ouvrages des Au-
teurs , étant une chofe reçue générale-
ment parmi tous les Auteurs. Et j'ap-
prens de ces vers de Martial , que cette
coutume fe pratiquoit de ion tems :
§uàm brevis immtnfum ce fit membrana Ma»
ronem
lllius vultus frima, tabella gerii.
11 me refte à répondre aux railleries
qu'on a faites de cette fou feription démon
portrait, /Egidius Menagius
Guillelmi Filius. On dit que
c'eit expliquer une chofe obfcure par une
plus obfcure: obfcurum per okfcurius. Je
n'ai pas un grand mérite: mais j'ai une
gran:e réputation: & je dois une partie
de cette réputation aux perfonnes qui ont
écrit contre moi. Pour ce qui eft de mon
père, comme il n'a rien imprimé, quoi-
qu'il ût beaucoup plus de mérite que moi
dans les Lettres, (ce qui paroît par les
Mémoires que j'ai écrits de fa Vie) fon
nom n'elt pas ii connu des gens de Let-
tres que le mien. Mais il n'elt pas fi obs-
cur que le prétendent ceux qui ont fait ces
railleries. Mr. Des-Marais, dans la Let-
irc 57. du Livre 2. de fes Lettres Latines,
a parlé c!e mon père en ces termes; qui a-
■s , alicr Scxvola , aut
M 4 P<*-
272 Ant I'BA1L.T,ET. P. I.
Papiniavus , habitus eft. Le Père Vavas-
leur a fait ces vers fur fon portrait :
En tïbi qui patries ornât Menagius Andes
Laude pari, clams Juris v eloquiiy
M G i d i u M ge nuit , wc
Et Mr. Petit, cette Epigramme fur fa
mort :
Pojiquam pallentes vifit Menagius umbrast
Andegavum filult trijle repente Ferum.
'Slebiïis amijjum ploravit Suada parentem :
Ahjettis gemuit lancibus ipfa Themis.
Vixit: fed mortis folamen grande reliquit, &c.
Mr. Du Périer Ta aufll célébré par ce
diftique fait pour PEpftaphe d'Anne Mé-
nage, ma fœur, Supérieure de la Maifon
du Calvaire de Tours:
Tratribus Anna fuis o1 magno di^na parents
M e N A g i A , bas &des Chrifto qu& condidit s
hic eft.
Et Mr. de la Mare Confeiller au Parle-
ment de Dijon, dans fa Vie de Cujas,
non encore imprimée , l'a appelé homme
très- docte & très-éloquent. Plulieurs au-
tres en ont parlé de même. J'ai produit
leurs Témoignages à la tcte des Mémoi-
res de fa Vie.
Le Père Commîre a fait depuis peu une
belle "Epigramme fur cette Vie de mon
Père. J'en ferai part ici à mes Ledeurs.
Dam
Anti-Bajllet. P. I. 273
D.im patris aureolo defcribiî faHa libello ,
Et mores , Sparte quos velit ejfe fuos ,
M £ n a g 1 v s ; dub'ium fecit , natujne par
renti ,
Ah nato plus jam debeat ipfe parent.
Vit a alter fragilem mor'ituro contulït ufumi
Viclurum infcriptis , alter obire vetat,
LXXXII.
Ce qu'a écrit Mr. Baillei que ma Requête des
Dictionnaires avoit été mal reçue du Pu-
blic , m'eft pas véritable. Il n'ejl pas vérita-
ble non plus que faje pojlnlé pour une
place de l'Académie.
MOnfieur Baillet a écrit à la pa-
ge 23 r. de fou fegond Tome part.
3. que ma Requête des Dictionnaires avoit
été mal reçue du Public. Voici Tes ter-
mes : Avant que de quiter Mr. Ménage ,
je me crois obligé de parler encore d'un au-
tre de fes Ouvrages, qui regarde aujji la
Langue Franfoije. Cefl [a Requête des
Dictionnaires qu'il fit contre V Académie
Franc oife , & qui Payant brouillé d'une ma-
nière prefque irréconciliable avec cet illus-
tre Corps , le mit aujji mal ai ce le Public,
Il eft faux que ma Requête dcsDiclion-
naires m'ait brouillé de la foire avec l'A-
cadémie. Tous ceux qui la compofoient,
ne confidérérent ce petit Poëme que com-
me un jeu innocent. Et la plupart de ces
Meilleurs , Monfieur de Balzac , Mr.
Chapelain, Mr. Godeau, Mr. de Vauge-
M s la*,
274 Anti-Baillet. P. I.
las, Mr. de la Mothc le Vayer , Mr. May-
nart, Mr. Gombaud, Mr. Colletet, Mr.
de la Ménardiére, Mr. Cotin, Mr. Pa-
tru, Mr. Charpantier, Mr. de Furetiére,
Mr. Peiliiïbn, Mr. Corneiiie le Jeune,
Mr. de Mommor , Mr. de CafTagne, Mr.
de Benferade, Mr. Doujat, Mr. Régnier,
m'ont donné depuis dans leurs Ouvrages
des marques de leur amitié & de leur efti-
me. Mr.deBoifrobert efl: le feul de tous
les Académiciens qui s'eft plaint de ce
Poëme. Je raporterai ici à ce propos l'ex-
trait d'une Lettre .de Mr.Patru à Mr.d'A-
blancourt, au fujct de la viiïte que rendît
la Reine de Suéde à l'Académie. Dabord
quelle fut entrée dans le lieu ou on la de*
voit recevoir , elle s* approcha du feu , £3*
parla à Mr. le Chancelier ajfez bas. Puis
elle demanda pourquoi Mr. Ménage n* étoit
pas- là. Et fur ce qti'on lui dit qitil n'était
pas de la Compagnie , elle demanda pour-
quoi il n'en étoit pas. Mr. de Boifrubert
lui répondit, ce me femble , qrfil méritott
fort dïen être : mais qitil s"*en étoit rendu
indigne. Cette Lettre eit imprimée parmi
les Lettres de Mr. Patru, imprimées à la
fin de fes Plaidoyez de la féconde édition.
Mais notre brotiilîerîc de Mr. de Boifro-
bert &de moi ne dura pas toujours. Nous
nous réconciliâmes enfin : & je fis des
vers à fa louange: & il en fit à la mienne.
Il efl: faux auffi que cette Requête ait
été mal reçue du Public. Voici comme
en parle Mr. Peilifïbn dans fon Hiftoire
de l'Académie: ha dernière de ces trois
Pièces , (Il parle des Pièces faites contre
l'A-
A H T I • D A I L L E T. P. I. 27?
l'Académie) efl cette ingenieufe Requête
des Diétionuah es, qu'un Imprimeur a attjji
publiée uagueres en petit , avec beaucoup de
fautes: y qui depuis a été imprimée plus
correctement in quarto. 'l'ont le monde fait
qu'elle a été compofée par Mr. Ménage,
homme non feulement fort f avant Çjf fort
poli , mais encore plein d? honneur & d'une
J'Aide vertu. Il Va toujours beaucoup ejli~
raée lui - même , & en a parlé honorable-
ment en pin fieurs de fes Ouvrages. Il étoit
auffi ami particulier çjf intime, comme il
efl encore aujourd'hui , de plufieurs des A-
cadémlciens dont il efl parlé en cette Requê-
te \ & ne F entreprit, comme il le protefte
lui- même , par aucun mouvement de haine
ou d'envie , mais feulement pour fe divertir,
& pour ne point perdre les bons mots qui
lui étoient venus dans Fefprit fur ce fujet.
Auffi la fupprima-t il après F avoir faite.
Et elle efl demeurée plus de dix ans cachée
parmi fes papiers : jujqu^à ce qu'une pcr~
fonne qui les avoit tous en garde , fe laiffa
dérober celui- Va par quelqu'un que nous con-
noijïons , qui en donna bien* tôt après plu-
fieurs copies. Cette perfonne qui avoit mes
papiers en garde, c'étoit Mr. Giraud, M**à*xl
Chanoine de l'Eglife du Mans. Et celui ^%%g
qui lui déroba cette Requête, c'eft l'Abbé noniitetmeù
de Montreuil frère de l'Académicien. Il ugfu vo-
n'eil point vrai au refte. pour le mar- J^tS31"
quer ici par occanon , que j aye dit que toirc de
j'uflè fait la Requête des Dictionnaires mes Poë:
pour ne pas perdre les bons mots qui fics«
m'étoient venus dans l'efprit fur ce fujet.
J'aurois u grand tort d'avoir fait cet Ou-
M 6 vrage
iy6 Ant i-Baillet. P. I.
vrage par ce motif. Miferum efl , verbum
non pojfe perdere.
Mais Mi\ PellifTon n'eft pas le feul qui
a donné des louanges à la Requête des
Dictionnaires. Voici comme en a parlé
l'Hiftoriographe Scipion Dupleix dans
fa Préface fur fon Livre intitulé Liber-
té de la Langue Françoife dans fa pure-
te' : Un des plus gentils E [prit s de ce tems ,
confidérant Veffroiable multitude de mots
qu'ils ont condamnez & profcrits, a pris de
là occajion de fe moquer de leur entreprife ,
aujji odieufe que hardie ; par une Satyre
Burlefquey fous une gaillarde Profopopée:
dans laquelle il répréftnte les Dictionnaires
François , qui fe plaignent du dommage
qu'ils recevraient par le retrancheme?it dïun
fi grand nombre de mots , s 'il n'étoit pour-
vu a ce defordre.
Mr. le Duc de Montaufîer & Mr. de
Balzac l'ont aufli fort louée: ce qui pa-
roît par cet endroit de la Lettre de M. de
Balzac au Père Vavaffeur, imprimée à la
fin de l'Entretien XXXVIII. de Mr. de
Balzac: Et s'il fallait irrémijjiblement que
le ftile de Marot, & que le genre Burles-
que périjfent , je fer ois de P avis de Mr. le
Marquis de Montaufîer. En cette généra-
le profcription , je demanderais grâce pour
les Avantures de la Souris, pour la Requê-
te de Scarron au Cardinal, & pour celle
des Ditlionnaires à V Académie.
Mr. de Furetîere en a auffi parlé avan-
tageufement. C'eft dans fa Nouvelle Al-
légorique fur les troubles du Parnafle. La
J9Ûte du Cavalier Ménage fit beaucoup de
bruit :
Anti-Baillet. P. I. 277
bruit: car ayant pris l'intérêt de Nicod &
de Calepin , a qui il avoit quelqu1 obligation,
il je mit en lice, & fe préfentd au bout de
la Carrière pour combattre tous venants. Il
fit alors plufieurs coups de lance, & rom-
pit av$c plufieurs des Quarante Barons. Et
il leur donna de fi rudes atteintes , qu'enco-
re qu'il n'eût dcfjeïn que de faire un jeu*
cela pafja pour un combat à outrance , & a
fer émoulu.
Mr. Bail le t avoir ajouté que j'avois
poitulé pour une place de l'Académie, &
que j'en avois été refufé à caufe de cette
Requête: ce que Mr. le Préfîdent Coufin,
Examinateur de Ion Livre de la part de
M. le Chancelier, lui fît ôter. Il e(t faux
que j'aye jamais poltulé pour une place de
l'Académie. Et il e(t faux par conféquent
quej'en aye été refufé. Voici le fait. De-
puis l'établiirement de l'Académie, on a
propofé un nombre infini de fois dans l'A-
cadémie de me faire de l'Académie. Mais
comme il falloit poftuler pour en être,
n'ayant jamais voulu poliuler, je n'en ai
point été. M. de Mommor dit un jour
dans l'Académie à ce propos, qu'il fal-
loit me condamner à être de l'Académie
de la même façon qu'on condamne ces
jeunes garçons qui ont diffamé des filles
de les époufer. Ii y a un peu plus dedeux
ans. que deux places de l'Académie étant
vacantes; l'une , par la mort de M. Cor*
neille; mais qui avoit été promife à fou
frère, & l'autre, par la mort de Mr. de
Cordemoy; M. Régnier, Secrétaire per-
M 7 pétuel
27& An ti -Bail le t. P. I.
pctuel de l'x^cadémie, me fit l'honneur de
me venir voir, pour me dire que dans Ja
dernière AfFemblée de l'Académie, on a-
voit propofé de remplir la place de Mr. de
Cordemoy d'un fujvt qui fît honneur à
l'Académie, & que tous ces Mrs. qui
compofoient cette AfTemblée,avoient jet-
té les yeux fur moi. Et il me convia de
leur part de vouloir accepter cette place:
& il m'en convia avec des paroles iï obli-
geantes que la modeftie ne me permet pas
de les rapporter en ce lieu. Je répondis
à Mr. Régnier que je ne méritois pas
l'honneur que ces Mrs. me vouloient fai-
re: mais que s'ils me fefoient cet hon-
neur, je le recevrois avec refpeér, avec
joye & avec reconnoîifance: mais que je
ne voulois ni coutelier contre perfonne la
place dont étoit queftion, ni la folliciter
auprès de qui que ce foit. Je dis la même
chofe à Mr. Charpantier, qui le lende-
main de la viûte de Mr. Régnier, me vint
faire à peu près le même compliment que
Mr. Régnier. Quelques jours après, plu-
sieurs de Mrs. de l'Académie; Mr. Dou-
tât, Mr. de Benferade , Mr. de Lavau,
Mr. de Chaumont Evêque d'Acs , Mr.
Perrault, Mr l'Abbé Huet; vinrent en
perfonne m'offrir leurs furîrages. Et quel-
ques autres s'envoyèrent offrir à moi.
Dans ce tems-là, Mr. Bergeret, homme
de beaucoup de mérite, qui avoit été A-
vocat Général du Parlement de Metz, ce
qui étoit Secrétaire du Cabinet, & Pre-
mier Commis de Mr. Colbert de CroilTy
Secrétaire d'Etat, fongea à être de l'Aca-
démie :
Anti-Baille t. P. I. 279
demie: ne fâchant point ce qui s'étoft pas-
lé dans l'Académie à mon fujet : car il é-
toîten ce tems-là à Fontainebleau où étoit
la Cour Le Révérend Père de la Chai-
fe, ConfWfeur du Roi, qui eft un des
hommes de France le plus conlîdéré, fit
écrire de fit part le Père Verjus, à Mr.
l'Abbé de la Chambra, à Mr. Doujat, à
Mr. Charpantier, & à Mr. Régnier pour
leur demender avec iniïance leurs furfra-
ges en faveur de Mr. Bergeret, qui elt fort
de fes amis. Ces Mrs. écrivirent au Père
Verjus pour s'exeufer envers le Père de la
Chaife: difant qu'ils s'étoient déclarez pu»
bliquement pour moi: qui d'ailleurs étois
un fujet très-digne de remplir la place va-
cante. Mr. Régnier & Air. Charpantier
m'apportèrent leurs Lettres, qui étoient
toutes pleines de mes louanges. Commeje
m'étois déclaré que je ne voulois concou-
rir avec perfonne, je priai ces MefTienrs
qui fongeoient à moi, de n'y plus fonger,
& d'abandonner la chofe. Ils me répon-
dirent, que s'étant exeufez envers le Père
de la Chaife, la chofe ne recevoir, aucune
difficulté. Ils^e dirent de plus, que ce
n'étoit pas mon affaire : que c'étoît celle
de l'Académie: ce qui fit dire à Mr. le
Préfîdent Rofe qu'il étoit pour l'Acadé-
mie, loriqu'on lui demanda pour qui il é~
toit de Mr. Bergeret ou de moi. Et en
erfet, j'étois fur le point d'être élu, lors-
que fur un bruit qui courut que M de
Louvoi auroit bien agréable d'être de l'A-
cadémie, on députa vers lui pour le prier
d'en vouloir être. Mr. de Louvoi s'é-
tant
280 Anti-Baillet. P. I.
tant excufé d'en être, le Père de la Chai-
fe, à la prière de Ton ami, renouvela fes
follicitations avec toute forte d'ardeur; &
il fit palTer du cô>' de Mr. Bergeret quel-
ques Académiciens qui s'étoient envoyez
offrir à moi , & obligea quelques autres
qui dévoient m'être favorables, de ne point
aller à l'Académie le jour de l'élecîion.
Toute la maifon Colbert fit une affaire de
conféquence de cette affaire. Mr. de Set-
gnelai, Mr. de CroiïTy, Mr. le Coadju-
teur de Rouan, Mr, le Duc de St. Ai-
gnan, Mr. le Duc de Beauvilîers follictte-
rent en perfonne pour Mr. Bergeret, avec
plulieurs Dames de la Cour, qui y font
très-puiffantes. En un mot , comme de
mon côté on ne fefoit nulles follicitations,
& qu'on en fefoit fans ceffe,&de prenan-
tes, & de paillantes, du côté de Mr. Ber-
geret , Mr. Bergeret fut élu à la plurali-
té de quelques voix;
Dont la troupe de Ménage
Appeia comme d'abus
Au tribunal de Phœbus.
C'efr ce que dit Mr. de Benferade dans
fon Pocme du Portrait des Académiciens
qu'il récira dans l'Académie en préfence
de Mr. Bergeret, le jour même que Mr.
Bergeret y rit fa Harangue. Plufieurs per-
foqnes rirent des vers à ma louange fur
cette occafion, comme fur une chofe qui
m'avoit été fort glorieufe: car ceux mê-
mes qui étoient contre moi, en parloient
avec de grands éloges. Mr. Petit, entr'au-
tres,
Anti-Baille t. P. I. 28r
trcs, fit à ma louange cette Epigramme
Latine: qui fera voir à Mr. Baillet que je
n'ai point poftulé.
Obtu'erat vacuamfacunda Academia fedem
M E n a g i o , tanti nomme capta viri.
lllt ultro ohlatum non dedignatus bonorem ,
Ut fibijam parto tnunere , Ut us erat.
Et méritas Mis grates de more parabat
Pendere : Bergeretls mm fubito e
latebr'is
Audax erumpens, athlett. occurrere tanto
Non dubitat. Vacuum pofeit at Mit locum.
Et tandem , ô mores ! prtnfanti dum favtt
Aula,
Doclrinam vincunt , ingeniumque , prects.
Eue indignantur Graia , LatUque Camen& :
Mufa indignât ur Gallica: Tufca Charis. C'eft uh
Defwite irarum , bona Numina,dixit Apollo : i»orateur
Delphinum talem non capit h^c patina, Amphicra-
r t r tes : qui fe
-, . . v ^ . . ., t>, trouvedant
J ajoute a cette Ep:gramme de Mr. re- p]utarquc
tit, cet endroit des Remarques de Mr. en la vie
l'Abbé de Marolles fur la Traduction de fuesLucul"
Virgile de Mr. de Segrai^ : qui fera voir puas* g?t
aufll à Mr. Baillet que je n'ai pas été jugé
indigne d'être de l'Académie par ceux de
l'Académie : Il faut avouer que P Acadé-
mie Françoife n'eft remplie que d'hommes
eboifis entre tous les autres ; Uf quels javent
parfaitement Part de bien écrire. De là
vint fue l'un de ceux qui la compujent^ di-
f oit une f -Ai à quelques-uns , qu'à peine en
woijjolt-'il trois quifufi'ent capables d'em
rem*
2%z Anti-Baillet. P. I.
remplir dignement des places. Entre les-
quels il nommoit Monfieur Ménage , que
Von avoit propofé pour être le Précepteur
de Mo>i feigne ur le Dauphin, {comme il le
dit lui- même à Monfieur de Méré) Mr.
VAbbé Hédelin Çjf feu Mr. le Prieur Ogier,
Cet Académicien qui parloir de la forte,
c'étoit le célèbre Monfieur d'Ablancourt.
Et dans l'affaire de Mr. Bergeret, ceux
mêmes qui furent contre moi , me ju-
geoîent très-digne d'être de l'Académie.
Mr. Furetiére fut un de ceux qui furent
contre moi. Et cependant, voici ce qu'il
a dit de moi dans une de fcs Epigrammes
contre l'Académie , adreiïee à fon con-
frère Mr. Racine , qui fut auffi contre
moi.
L'Académie, ayant fruftré Ménage
De l'efpoir d'être de fon Corps ,
Parceque fon favoir lui donnoit de l'om-
brage;
A fait en fuite fes efforts
Pour en chafTer l'Auteur d'un beau Diction-
naire.
Racine, prenez garde à vous ,
Vous haranguez fi bien au jugement de tous
Qu'on ne vous y verra plus guère.
Mais pour faire voir à Mr. Baillet que
ma Requête des Dictionnaires ne m'a
point brouillé avec l'Académie de la fa-
çon qu'il dit, c'eft que depuis quinze
jours une place étant vacante dans l'Aca-
démie par la mort de Mr. le Duc de St.
Anti -Baillet. P. I. 283
Aîgnan , Mrs. de l'Académie me l'ont
offerte le plus obligeamment du monde.
Et m'étant excufé de l'accepter à caufe
de ma mauvaife cuiiîe, qui ne m'ôt pas
permis d'aiîîfter à leurs Aiïemblées, Mr.
l'Abbé Huet, nommé à l'Evéché de Sois-
fons, un des plus dignes fujets de l'Aca*
demie, qui étoît en ce tems-là en Nor-
mandie en fon Abbaïe d'Aunaî , me fit
l'honneur de m'écrire là-defïus en ces ter-
mes : Je fuis très fâché que 'vous ayez, re-
fufé la place de F Académie qui vous avoit
été offerte de fi bon cœur & de fi bonne
grâce. On me Vécût avec chagrin. Et ce
chagrin eft une preuve que vous ne la de'
viez pas refufer. Voire mal de cuffe ne
vous auroit pas empêché a" aller à l'Acadé-
mie une ou deux fois par an. Ht quand
même vous ù*y auriez été qnc le jour de 'vo-
tre réception , cela auroit juffi. Il falloit
que votre nom parût dans les Fajles de l'A-
cadémie. Monfieur Ménage fe devoit À
l'Académie: & ï* Académie (e devoit à
Monfieur Ménage.
LXXXIII.
Méprife de Monfieur Baillet au fujet des
vers de' Mur et pris par Se aliter pour ceux
d'un Ancien Comique. Il n'eft point vrai
que Muret ait demeuré en penfion chez
fuies Scaliger. Plufieurs particulariîcz
curie ufes tondant Mur:!.
M
Onfieur Baille r. Il faut en effet Page 311,
■lue Muret ait fa bien parfaitement Pa;tie »•
' l J ■ ■ Tom. 4.
tmi-
284 Anti-Baillet. P. I.
imiter les Anciens , puifque Jofeph Scaliger
qu'il appel/oit fon frère <C 'adoption , & qui
connoijjoit fort bien l' Antiquité s'y laijja
prendre , lors qu'il lui fit paffer une Epi-
gramme qu'il avoit faite pour l'Ouvrage
d'un Ancien Auteur.
11 ajoute dans fes preuves: Janus Ni-
dus Erytbraus Pinacotheca 1. pag. 12.
Cejl que dans le tems que Muret demew*
roit a Agen en penfion chez Jules Scaliger \
père de Jofeph , Jules l'appelloit fon fils,
Joseph Z'ouloit fe vanger de la fourbe d,e
Muret, par une allufion affez froide qu'il
fît au fupplice qu'on préparoit à Touloufe
pour Muret, à caufe d'un crime déte fiable :
&F il fît cette Epigramme ,
Qui flammas rigidae vitaverat antè Tolofae
Rumetus, fumos vendidit ille mihi.
Ménage. J'ai fait voir en plufîeurs
endroits de ces Remarques que Monfieur
Bailkt eft tout-à-fait ignorant dans l'His-
toire des gens de Lettres. Ces vers de Mu-
ret que Scaliger prit pour les vers d'un
Ancien, n'étoient pas une Epigramme:
c'étoit un endroit d'une Scène de Comé-
die. Ce qui paroit par ces mets des No-
tes de Scaliger fur Varron de Re Ruftica ,
pag. 212. de l'édition de Henri Etienne de
15-73 où Scaliger a cité ces vers comme
étant
% i. Le bon homme Conrad lUttershufius qui
ne raffinoit pas trop en critique, Se qui apparem-
ment n'avoir vu que la première édition du Vairon
de ScaJiger, a cité comme anc;ens, pag. 25.6. £c
257. de fes Commentaires lui Oppien ces vers de
.Mu-
Anti-Baillet. P. f. 23y
étant d'un Ancien Comique : Producam
autem locum veteris Comici Trabeœ, ex
Fabula Harpace , ubi hoc loqucndi genus
ufurpatur\ Il parle de la façon de parler
auro contra : tum propter fcntenîiœ ele-
ga/itiam , tum etiam quia vu/go nondum
noti funt.
Hère, û querelis, eju'atu, fktibus,
Medicina fieret miieriis mortalium ,
Auro parandae lacrimse contra forent.
Nunc hsec ad minuenda mala non magis
valent ,
Quàm naenia Praeficae ad excitandos mor-
tuos.
Res turbidae confilium , non fietum expetunr.
Qiiis en'rm tara averjus a Mufis , tamque
kumanitaùs expers , qui horum publicatio~
ne offendatur. Scaliger fupprima ces vers
dans l'Edition poftérieure de fon Varron
(i). Muret les a fait imprimer dans le
Recueil de fes Poefies de l'édition d'Aide
de 1575". Et il les a fait imprimer avec
ce:te Note : Cùm veteris Comici Grœci
Philemonis fetttentiam a Phtareho CS5 à
Stohxo acceptant , avimt caujjâ exprimera
tentaffem , ciT dicendi génère , o numéro ,
veterum Latinorum fimillimo : placuit e-
tiarn experiri , nunquid eandern comice ex-
tu-
Muret, qu'il a cru de bonne foi être d« Trabeas ,
& d'Attius, quoi que Muret lut-Taême plus d«
vingt ans aupuravant eût déclaré la luppofition.
M. Ménage a remarqué ci- deflous p. 287. quelque
ciioie de icmblable touchant le Jeiirne Seraciusl
2S6 Anti-Baillet. P. I.
plicare pojfem. Vtfum e(l utrumque non
infeliciter fuccejjijje. Per jocum itaque
prioribus verfibus Attii , pofterwribus Tra-
be<e nomen afcripfi , ut experirer aliorum
judicia , & vider em num qui s in eis ineffet
vetuftatis fapor. Nemo repertus eft qui
non ea pro veteribus acceperit. Unus etiam,
& eruditione & jttdicio acerrimo prœdi-
tttïy repertus eft , qui ea à me accepta pro
veteribus public ar et. Ne qui s igitur ara-
pli us jallatur , & rem totam detegendam ,
& carmin a tpfa hîc fubjicienda duxi.
Afficla Attio.
Nam iilamentis aîlevaretur dolor,
Longoquc fletu minueretur mifcria,
Tum turpe lacrumis indulgere non foret,
FradHque voce Divûm obteftari fidem,
Tabifica donec pectore exceffet lues.
Nunc hase neque hilum de dolore detra-
hunt:
Potiùfque cumulum mlferis adjiciunt mali.
Afficla Trabece.
Hère, fi querellis, ejulatu, fletibus,
Medicina fleret miferiis mortalium ,
Auro parandse lacrumae contra forent.
Nunc hase ad minuenda mala non magis
valent,
Quàm n^enia Praeficse ad excitandos mor-
tuos,
Resturbidse confiliumnon fietum expetunt.
Ut imbre tellus , fie riganda mens mero:
Ut illa fruges, hac bona confilia efferar.
IJc
Anti-B ail le t. P. I. 2?7
je remarquerai ici en paiXant,queNïco-
laus Serarius dans Tes Notes fur l'Epitrc
90. de Boniface Archevêque de Mayence,
page 325-. a auffi allégué ce vers de Mu-
ret, Auro paranda lacrumœ contra, forent ,
comme étant de l'Harpacé de Trabéa.
Mr. Bailkt qui n'dr qu'un Copilte de
faifeurs d'il loges, a pris de l'Eloge de
Muret fait par Janus Nicius Erythraeus ce
qu'il a dit ici que ces vers de Muret é-
toient une Epigramme. C'elt aufli du mê-
me faifeur d'Eloges qu'il a copié l'Epi-
gramme de Scaliger. Car Janus Nicius
Erythraeus a répréfenté cette Epigramme
de la même façon que Monfieur Baillet.
Dans le Recueil des Poélies de Scaliger
fait par Scrivérius fur les Originaux de
Scaliger, elle eit de cette façon, qui eft
meilleure:
6}«i ri^'idâ flammas evaferat ante ToUÇa^
Rumctus , fumos vendidit Me mihit
Mais Monfieur Baillet a ajouté de fon
chef que l'ai lu lion étoit froide. Monfieur
Baillet juge des vers comme un aveugle
des couleurs. Et il ne peut pas en bien
juger, n'en ayant jamais fait. Il n'appar-
tient qu'aux Poètes de juger des Poètes.
Voyez ci-deiîbus le chapitre 85*. de ces
Remarques. Cette Epigramme eft très-
belle: & elle a reçu une approbation uni-
verfelle de tous les connoilfeurs. Ce que
Monfieur Baillet dit enfuiie, qu'on pé-
paroit à Touloufe un fupplice à Muret,
m'oblige de raconter ici cette facheufe
Hiftoire de Muret.
Mu-
2?S Anti-Baillet. P.L
Muret aimoit un jeune garçon de Dijon,
qui avoit été Ion Ecolier, nommé Fran-
CeFre- fois Menge Fremiot. C'eft le nom qu'on
miot, dan$iuj donne fous l'Epigramme qu'il a faite
Epigram" (0 fur le portrait de Muret, inféré à la
mes qu'il a tête du Commentaire de Muret fur le
adrcffcc à premier Livre des Amours de Ronfard.
wlTeMu?" ^ans ïeDelici* Poétarum Gallorum , où
rct Ton pré- font les Poëfies de ce Fremiot, & dans le
cepteur. Juvenilia de Muret, où il y a deux de
fes Epigrammes, il efl: appelé L. Mem-
mius Fremiot us. Et il eft appelé de mê-
Tol.so. me dans le Commentaire de Muret fur
Catulle. Ac memini equidem, L. Mem-
mium Fremiotum , nobilijfimum , fummo~
fue ingenio prœditum adolefcentem , cuiïi
oc carme» una evolveremus , mïhi die ère,
&c. Ce qui me fait croire , qu'il s'ap-
peloit Louis , ou Luc , ou Lambert Men-
ge Fremiot. Je remarquerai ici en pafTant
que Moniîeur Baillet a omis ce Fremiot
dans fa Lîlte des Poètes de France qui
ont fait des vers Latins. Je veux croire
que Muret aimoit ce jeune garçon d'un
amour honnête. Cependant il fut aceufé
de l'aimer d'un amour deshonnête. Ce
qui paroît par cet Extrait du fegond volu-
me des Regîtres Journaux de la Ville de
Touloufe : Cette année (lj^.) Marc An-
toine Muret , Limofin, qui a laijjé fes doc-
tes Livres a la pofiérité\ & du depuis k
Rome
% i. Je ne fai dans quelle édition des Amours
de Ronfard M. Ménage a trouvé ce François Fre-
miot. Il y a dans toutes celles que j'ai vues L.
Memmii Fremiot i excepté dans celle de itfio. in 12.
ànti-Baillet. P. I. 2S9
Rome Orateur du lape; fut brûlé en effi-
gie ai ce un Memmius fremiot , de Dijon ,
pour être Huguenot & Sodomite : en la
place St. George : par fentence des C api-
toux, confirmée par arrêt. Il n'y a point
d'apparence que cette Sentence des Capi-
toux de Touloufe ait été confirmée par
Arrêt du Parlement de Touloufe. Car
ayant été donnée par contumace, & or-
donnant le plus févere des fupplices, il ne
peut pas y en avoir û appel à minima de
la part du Procureur du Roi. J'ai appris
de Monlieur Baluze qu'il avoit appris de
Monlieur deCafeneuve, qu'un Confeiller
du Parlement de Touloufe, ami & admi-
rateur de Muret , fut chez lui pour lui
donner avis des pourfuites qu'on féfoit
contre lui , & que ne l'ayant point trou-
vé, il lui écrivit ce vers, Heu fuge crude-
les terras , fuge littus azr/rum. Muret
fur cet avis s'enfuit de Touloufe, & s'en
alla en Italie. Cafaubon dans fes Ani-
madverflons fur Athénée Livre x. en. 1.
fait mention de cette fuite & de ce voyage,
en ces termes: Accepimus etiam à viris fi-
de dignis , vifas manifeftb aures movere ,
(il parle des hommes à qui les oreilles re-
muent) viro cuidam erudttijfimo, cum per
Allobrogum fines tranfiens , vivicomburii
periculum fibï à Magiftratu imminere in-
tellexiffet : quôd diceretur nefandi crimi-
nis
où il y a E. Memmii Fremiott. L-e premier nom
de ce Fremiot commençoit afîurémenr par une L,
cette L renverfe'e eft devenue une F, & de cette F
on a pu ailement faire un E,
Tom.ni.Part.l. N
K)o Anti-Bai ll et. P. I.
ni s reus l'a lofa in Italiam fugere.
J'apprens d'Antoine du Verdier de Vau-
privas dans fa Profopographie Livre vin.
que Muret fut à Paris avant que d'aller en
Italie & qu'il y fut fait prifonnier au fujet
du même crime. Voici fes termes; Marc
Antoine Muret , Citoyen Romain , natif
en Lrmofin, grand Orateur & Poète-, ain-
fi que jes Oeuvres témoignent , était Coufim
Muret ap- de Jean Dorât, Poète du Roi. Après a"
pelé Dorât voir donné a la France l'odeur de [on érudi-
fon parent tion ^ efpérant de grands fruits . fut ac-
dans fon r, ' , , Jr , • s . J_ j r\\ r
Ode Latine cuJe ^ une domination: dont il fut prtjon-
à Doiat. nier auCkâtelet à Paris, & tenu fort é-
troitement dans un cachot. Là,fentant le
ver de fa confeience, & craignant une mort
honteufe ; encore qu'il devoit davantage
craindre le jugement de Dieu, 1$' la mort
éternelle', il fe délibère de fe laijjèr mourir
de faim. Dorât me le contant, difoit, les
Grecs appelent cela &£0Jiap7£p£fVt Toute-
fois Dieu eut pitié de fon ame , & ne le
voulut perdre. Ses amis s"1 employèrent.
Son f avoir, & Vefpérance qu'on avoit qu'il
fer oit quelque fruit, & fe repentir oit, fit
qifon trouva moyen de Voter de la: Mais
il lui fallut abandonner le Royaume. Il
prend fon chemin en Italie : où étant , en
une Ville de Lombardie , il tomba malade.
Il étoit a/fez mal vêtu, pour ce qu'il s^étoit
déguifé. Avec cela, il avoit un vif âge as-
fez grojfier , couperofé : tellement qu'on
r? eût jamais jugé que ce corps dans fes bail-
Ions ût logé un fi bel efprit. Il fa:t appeler
lp Médecin. Ce Médecin V ayant quelque
peu traité ', trouvant fa maladie douteufe ,
dit
Anti- Baillet. P. I. 291
dit qu'il falloit consulter avec un autre ; h*
autre vient. Ils consultent librement en fa
préfence , & en Latin , pour ce qu'ils n'eus-
fent crû que François ût entendu Latin , e'~
tant fi mal de cwnehe. Il ne perdoit pas un
feul mot de ce qu'ils difoient. Après avoir
long-tems débat u fur un remède non ufité ,
Vnmjk met a dire, faciamus periculum in
corpore vili : & prenant cette réfolution de
faire une expérience fur ce corps abjet, le
congé prins par les Médecins, avec quelque
promejje de bon remède ; & lui ayant donné
l'ordre de fan régime', le compagnon qui fa-
voit b:en autant de Latin comme eux , fe
levé , paye fon hôte , & s^en va. Ayant
fait quelques lieues , Pappréhenfion de fe
mettre entre les ma'ns des Médecins, le
guérit. Il arriva à Padouë , où il trouva,
ainfi que lui-même écrit , un jeune Ecolier Iln'etoït
Sicilien , qui n avait pas grande doéîrine, Pas ?'<*■ #
mais f ai foi t des merveilles par Fart de mé- cor'^Vo*
moire. Il regretoit que cet Ecolier n*em- yez Muret
ploiât fon art à chofes utiles, & que lui- dansfesdi-
même ne le fût. Il fe fit tant fon ami verfes Lc*
aii il le lui apprit: & dit en avoir été fou-
tagé grandement , quand il fallait haranguer.
Delà il vient à Rome : où fa doéirine fut
recueillie des Cardinaux , & du Pape mè~
me, l$c.
Etant à Padouë & à Venife, on prétend
qu'il lui arriva une autre affaire de la mê-
me nature. Scaliger dans fon fegond Sca-
ligérana en parle en ces termes: Muretus
fugit Tolofa: venit Venetias : fed quiapri»
mœ nobilitatis filios volebat comprimer e, id-
eofugit Romam, &c. On ne Papas vou-
N 2 lu
292 Anti-Baillet. P. ï.
.lu endurer à Venife ob paederaftiam. Laitt»
bin dans une de les Lettres à Muret, im-
primée dans VEptftoU Cîarorum virorum ,
en parle à peu près en mêmes termes.
«Voici l'endroit de cette Lettre qui regarde
cette particularité : Muretus nofter , imr
quam , quid agit ? Ut valet ? Nihilne novi
fer : bit , quod alios deleéîet, ipfum laudibus
œternis iiluflret ? Ille vero , inquit , Pata-
vio dies aliquot abfuit : quam ob cauÇamn
nefeio : niji quod Patavii diffcmlnatus efi
ab invidis (opinor) hominibus rumor de e&
non bellus. Itaque nobiles f/eneti pudentes
& boni, qui cum eo vivebant, recepiffe fe
ad fuos dicuntur. Muretus autem cura
paucts poft diebus illos confecnîus effet, hoc
çonfilio ut fe purgaret , atque ai i quantum
îemporis dum rumor ille defervefeeret , Ve~
petiis confediffet , Patavium rediit, triftis
ne demiffus : diciturque prioriuus jcdtbus ,
in quibus' laxijfimè habitabat , reliai:: s, a-
tias anguftiores conduxifje, Hœc cum au-
diiffem, v aide que ea audit ione perturbaîus^
çjf propemodum ex animât us, obflupuiffem,
& vix tandem me collegifjem , qucefivi
certone feiret tues abs te difceffiffe: negavit
ille fe certofeire: eorum quœ diceret , ru-
mor cm effe nuncium ; prœterca nerrinem :
hoc unum [e exploratorem habere , te l^ene-*
tias profedum effe , ibique dies aliquot cons-
titifje : deinde Patavium rêver fum effe : cè-
des tuas non eâ, quâ antè fréquent: a celc
hrari. Hœc mihi Theoloçus ille: quee me
plane perculerunt atque ajfUzerunt : neque
extollar dut recreabor prias quam ex tuis
iitttris qmd aççiderit mvi , cognovero.
Quam"
Ant i-Baillet. P. f. 2^5
Quamobrem , fi me amas , fac ut de toto
ter ad me fcribas : ut fi
ver us fit , quod Dît im;?:ortales omen aver-
fépft, nos Jubveniamus : fin falfus; quod
Ipero & opto ; cura metuque liberemur &
imin. Et ce qui fait. Muret ré-
pondant à cette Lettre, dit à Lambin:
Primùm de fis q:tce iftuc allât a funt , metH
omnï te libère. Ego Patavïo pedem non
mov'î : nifi quod nuftr negotiorum caufâ^
Venetias profeàlus fum. Met omnes adhuc
mecum funt: n-fi quod très , cùm febri cor-
repti effent, ad fuos fe contulerunt , ut ibi
meliits curareHtur: Hce ego, mi Lambine ,
am fum ad invidiam fato.
Nam quia mirum cfl ifluc pervewfje falfus
quofdam de ;;;<.' rumufculos , cùm Veneîns ,
hoc eji , m ea urbe in qua bœc qnàm vana
effent , oculis vider't poterat , cadem ilïa
iftuc allât a ejjfe fcyibis , diffemtnata funt,
La réponfe de Lambin à cette Lettre de
Muret efi imprimée dans le Recuei! des
Lettres de Muret à Lambin, & de Lam-
bin à Muret, & dans VEpifloia Clarorum
•ilrcrum. Muret fut enluite à Rome, où
il fut fait Citoyen Romain : ce qui donna
occafion à Bcze de faire contre lui une
Epigramme, où il dit, que Muret, pour
le crime de non-conformité fut chaiîé de
i'rance, & en fuite de Venife, & que pour
ce même crime il fut fait à Rome Ci-
toyen Romain. Tout cela foit dit fans1
offenfer la mémoire de Muret; pour la-
quelle j'ai toute forte de vénération : ayant
appris du Jéfuite Bencius , que les neuf
dernières années de fa vie il étoit d'une
N j dé-
294 Anti-Baillet. P. î.
dévotion il fervente qu'il pleuroit en à\-
fan t la Meffe . Novem jsm Çunt anni , A le-
ditor es , cùm facris efi initiai us M. Anio-
nius , ac facerdos faâius : ex quu tempore
tam fepèy tam religiose T tant fanât è fecit
rem divinam, ut inîer Çacrificans.um net
lacrimas teneret ipfe & eafdem etiam audi-
tor'ibus excuteret. Ce qui détruit ce qui
eft dit de lui dans le premier Scaligerana:
qui fi tam bene crederet in Deum, qukm
optimè perfuaderet effe credendum , bonus
effet Chriftianus (î). Je reviens à îa Let-
tre de Lambin à Muret. Muret & Lambin
qui étoient amis à n'être qu'une même
chofe, fe brouillèrent enfin: car c'eft de
Lambin qu'il faut entendre ces paroles de
la Lettre de Muret à Nicot: Hoc autem
ccquiore animo pajfîis furn exftare aliquas R»
pifîolas meas , quhd quœdam jam multis ab-
hinc
ç. î. On n'a pas eu trop bonne opinion de la re-
ligion de Muret, jufque !à que Campaneiie lui at-
tribuoit le fameux Livre de tribus impoftcribus. J** me
iouviens du moins l'avoir lu ainfi dans un petit Re-
cueil in-12. d'Obfervations Critiques d^Henri Erns-
tiua, ne fâchant point d'ailleurs li Campaneiie rap-
porte rien de tel en quelque endroit de les Oeuvres.
C'eft a mon avis une chimère que ce Livre comme
je le ferai bientôt voir dans un D;fcours où j'épuife
cette matière.
<fî 2. Muret ne fe plaint pas d'à ic Lettre feule
fuppofée, mais de plusieurs, & après avoir remar-
que que c'eft de Lambin dont il entend parlerdans
celle qu'il écrit à Nicot, 11 n'eft p:?s malaile decon-
clurre que ces Lettres prétendues fuppofées ne font
autres -que celles qui avoient paru dix-huit ans au-
paravant fous le nom de Muret à Lamb:n parmi les
EpiflaU clarorum virorum imprimées à Lion chez An-
toine Gryphe in- 8. l'an rj6r. Une preuve convain-
cante de cela eft qu'elles ne fe trouvent point par-
mi
A NT i- Bail le t. P. I. 29?
èhtc ann'tf eâ.tx fxmt pro mets , de quibus
fcribendis ego ne fer (Omnium qu'idem un*
qmsm ctgitàvi, Conjinxerat eas is ipfc qui
tamquam à me ad Je mijjds divulgavcrat :
homo eruditns il le qu'idem ,fed imprubus &
nuturâ necendi ac malefaciendi cupidus :
cùm plurima & maxima officia , quibus à
me ajftclus erat , fummis i/ijuriis compcn-
fare v elle t. Qua de re olim à me graviter
objurgatas, multis cum îacrimis à me ve-
ntant petiit : laqueo digna comm'ifijfe fas-
fus : cùm ei fermoni Hadrianus Turnebus
Cjj5 Joannes Auratus prjfentes effient. Les
Lettres que Lambin & Muret fe font é-
crites , ont été imprimées en un petit vo-
lume à part. Je n'y trouve rien qui puîife
fe rapporter à ce que dit ici Muret: 6c je
ne fai ce que c'eft que cette Lettre iuppo-
fée par Lambin à Muret (2).
Il
mi les autres Lettres de Muret 3 suffi avoir- il rat-
fon de les defavouër, elles lui faifoienr d'autant
moins d'honneur qu'elles étoient jointes, ôc fer-
voicnr de réponfes à ceitaines Lettres de Lan bin
d'eu l'on tiroir de puifiantes ir.duftions contre lui
fur le panchant qu'il avoit au vice dont il a été tant
accule. Lambin érant à Lion dans le tëms qu'An-
toine Gryphe faifoir imprimer un Recueil d'Epities
d'hommes :lluftr?s, lui en fournit bon nombre des
tiennes parmi lefquelles étoient celles-ci de Murer.
11 n'y 2 pas d'apparence qu'elles ayent été fuppo-
fees. Ce qu'on peut dire de plus vraifemblable , eft
que Lambin ne fut pas fâché de trouver cette occa-
fion de fe venger de Muret. Us avoient été les meil-
leurs amis du monde , & fur ce pié là ils fe com-
muniquoient toutes chofes. Lambin dans le defléin
où il eroit de publier fes Commentaires fur Horace
avoir f.tir part à Motet de fes ex pli ririons lur plu-
fieurs endroits difficiles de ce Pi ëte. Muret, à ce
que prêtent Lambin , employa dans fes d'verfes
N 4 leçons,
iç6 Anti-Baillet. P. î.
II me relie à remarquer que ce qu'a é*
crit Monsieur Baillet que Muret demeu-
roit à Agen en penlïon chez Jules Scali-
ger, n'eft pas véritable.
Premièrement : fî on en croit Jofeph
Scaliger dans fon Confutatio Fabulœ Bitr-
donum\ car cet Ouvrage elt de Jofeph
Scaliger ; Muret n'a jamais demeuré à A-
gen. Les paroles de Jofeph Scaliger mé-
ritent d'être rapportées en ce lieu. Les
voici :
leçons, auxquelles il travaillent alors, la plupart
de as explications telles qu'elles lui avoient été
communiquées, &c pour s'en approprier tout l'hon-
neur le hâta de faire imprimez ton Livre. Lambin
ne pouvant fouffur une telle fupercheiie en ht des re-
proches très-aigres a fon ami da;>.s une longue Lettre
qu'.l lui écrivir là-deflus, où entre autres traira pi-
quans celui-ci mérite d'être remarqué. Dans le 2t.
chap. dus. Livre ces diverfes Leçons de Muret iieft
dit que les femmes Pavantes font ordinairement lu-
briques} furquoi Lambin le relevant: je voudrois ,
dit il, eue vus ne vous fuiriez pas avife de traiter
un pareil chapitre, on diroit que vous ne faxczpr.s
jufqu'olt va la coiére des femmes, cependant, r,e
vous en déplaife, Pavanrure d'Orphée devoit un
peu vous faire fage là-deflus, & vous apprendre à,
ne pas irriter une nation u dangereufe. f'eltem Ca-
pi'.î XXI. de mulierikut eruditis £r Lbtdinofit a.
tibi non vtn-.fftt in mentent. Videris içnotare quant fit
iracunium mutierum gêmus $ c.'qui debelut te mîfer*bilh
Orpbci ciius erudirc , &• a m:1, ieribw irrita.nd.it déterre-
te. Muret n'eut garde de faire reponfe à une Let-
tre de celiile-là, il le tut,.& n'en peufa pas moins.
Quelque- tems après il vint à Paris, où Lambin &
lui fe réconcilièrent , mais que les ciieonitaacfs de
cette réconciliation ayent été telles que Muret les
rapporte , que Lambin lui ait demandé pardon la
larme à l'oeil, avouant que ce qu'il avot fair mé-
ritoit la corde, c'eft un fair dont, je doute fort. Les
témoins qu'il en allègue à Nicot me lont du moins
très- fufpetts , l'un, qui etoit Turnébe, étant mort
il y avo.it quatorze ans, Ôc l'autre, fon compatrio-
te,
Anti-Baillet. P. I. 297
voici : Mure tus nuraquara triduura inte*
grum Aginni deg'it , l^c. Bencius , vir
doéins & amœni ingénu, mnltaper conjec»
t ht ara de Muret 0 dix h , tant rncreMbilia
quant à vero remota'. cujufmodi illud,Mu-
retum adolefcentulum Aginni docu'ijj'e. Res
tta habet. Marcus Anton'tus Mmretus an*
-nos natus 18. Aginnum venit "Juliï falu-
tandl cauffù : un de digrejjus ad Aufcios No*
. bulaniœ fcje contuiit : ubi in Collegio
■ Ar*
té, & Ton arhï. Lambfn qui «oit bon, comme en
fait foi ie premier Scaligerana,ne manqua point de-
puis cette réconciliation aux devoirs de l'amitié,
parlant toujours honorablement de Muret, auquel
Tannée lin vante il dédia fon Commentaire fur le 4.
Livre de Luc;ecc. Muret n'en ufa pas de même à
fùn égard; outre ce qu'il a écrit à Nicot,il a laiiïe
d'autres marques de fon reilemiment dans trois de
fes Lectres à Giphanius ennemi juré de Lambin, en
l'une delquelles il dit qu'il ne tient qu'à lui de con-
vaincre ce dernier d'impudence & de perfidie en
publiant les Lettres qu'il lui avoit écrites pour le
remercier des Obfervations dont il lui" étoit redeva-
ble, 6c qu'il avoit depuis réclamées iî effrontément
fur celui qui en étoit l'inventeur. Je garde, ajoute-
r-il , ces Lettres foigneufemerrt , non pas pour les
publier , la choîe n'en vaut pas la peine, je les gar-
de feulement pour les faire voir à mes amis dans
l'occafiun. Er eas l itéras diligenier adferio , non ut
edam t necjue enim tanti ejje duco , fed ut ojîendam îuttr*
dura amiiis fi (juando de me faÊtLambino ferma incidit.
On remarquera cependant que parmi toutes ces
plaintes de Muret il n'y a pas un feul mot toucharft
cette fjppofition dont il a depuis fait tant de bruit
écrivant à Nicot, 6c de laquelle il ne s'eft avilé de
ic plaindre que fept ans après la mort de Lambin.
Il y a au Ai de l'apparence que ce que Ciofanusdaas
{es notes fur le 4. Livre des Métamorpholes d'Ovi-
de a écrir pour Muret contre Lambin lui a été ins-
piré par le premier dont il étoit le difciple & T*^
mixateux.
ïfî ÂKTI- B A ILLET. P. I.
Archiepifcopali Ciceronem & Terentium
docere cœpit : quo tempore Eclogas in lau-
dem Car dînait s Armaniaci , & Tragœdiam
fuam , Julium Cœfarem% in illa urbe , edi~
dit. Hinc profecius in oppidum Nitiobri-
villeneu- gum. , cui nomen Villanova, ditiffimi mer"
vftd'Agen. cator'ls de Brevant //£*r/j prœfetfus, in
Scholâ public â illius oppidi Autores Latinos
interpretabatur. Anno autem atatts fuœ
20. cum illis pueris difeipulis fuis Agir."
num fecundo venii , 'Julium falut an ai caus-
[a ; femel antea vifum ; fedfatis notum lit»
ter arum commercio : eofjue pueros , cum
Mur et 0, Jofephns meminit domi vidjjèfe,
annos natum [ex. Bis y aut ter , pofteà
exceptus hofpitio à Julio : .îdque die m u-
num aut biduum tantum : ingenii fui pr..?S'
tantiam , cujus fpecimen per litteras du?:-
taxat dederat , colloquio jamihari compro-
bavit. Ex illo , quia illum nojfe propiùs
contigerat , Julius amare eum cœpit , &
ejus dotes animi Senatoribus Burdegalenjis
Curice per literas commendare: ut non ait'
ter eum quàm jiïYt nomine appellaret ^quum
Burdegalam , relié? a Se ho la Viilanovanâ,
profecJus , ibi in unâ Clajfium Gymnafii
Aquitanici doceret, cir citer annum Chrtfti
I547. Ne que ex eo unquam aut Aginnum
repetivit , aut Julium pofleà vidit. Quo»
modo igitur Aginni , aut quando docere po~
tu'it ; qui in tribus profeélionibus vix fex
feptem die s ibi fubJUtit"1. Burdegalâ , Lu-
tetiam\ Lutetiâ , T'olofam pet Ht] ubiju-
ris Inflitutiones cum exponeret, exercendi
caufâ^ut tyronibusjuris mos efl ^inde abire
ç-Qaftus Venetias [e contulit. Quare qu<eBen-
ans
Akîi-Baillet. P. I. 2^9
CtMS de eo retulit , quia ex conjectura colle-
git , ea non folxm falf* , /^ etiam inter-
d:vn ridicnîa funt : Ut, qnod ait; Rerem
Henricum & Catharhram Reginam 'Mitre*
tum public h docentem audire voluijje.
Numfuam en. m In Athenœo Rcgio , fed in
Gymnaflis doc ait. Neque c a urne erat cur Ceraifon-
â'jceret enm Tolofic Juris Chilis primiim ncmcnt cft
docend't facnltatem , deinde etiam pofc/la- J»a"«»î
te m acccpijje. (Jjtod quid Jit , non capio. ]a Reine
Hoc fcio, Ji ille , #£ fXtAff Bencius , ff.cul- pouvoient
tatem & poteftatem Juris publiée inter- entendre
fretandi Tblofie accepijjet, non opus Mi fui;- ]csUcolle--S
fe eam Afculo petere , ut y us Romœ publi- gcs.
ce profiteretur. Qj'.o tempore enim Ludo-
vic us Rupipoz&usKomœ fub GregorioXlII.
Chriftianimmi Rcçis Legaius agebat , Mu»
retum AÇculum clam pet'ujje & lauream
Juris confecutum fuijje , tara multis no-
tum, qu'ira mirum eji Bencium ignoraf/ey
qui eo terapore Romœ erat. Reliqua que
finxit non pauca, libens omitto : video enim
ab yofepbo ceriiora de Mureto peti poJJ'e
ou an ah Mo, quo plura neminem de Mu-
ret') [cire ftobis certo confiât.
Mais d'aîlleors , quand Muret auroît
demeure à Ageri, h quand il y auroit ré-
genté comme je l'ai crû autrefois, il ne
s'enfuîvroit pas qu'il y ût demeuré en pen-
fion chez Jules Scaliger. J'ai écrit la Vie
de Muret ; & peur l'écrire , j'ai lu foï-
fffieWemèint tout ce qu'ont dît de lui, le
Pr.'lidem de Thou, Sainte Marthe, la
Croix du Maine, du Verdjer, Bencius,
Gabriel de Lurbe, & le Roffi ; j'ai lu foi-
gneufement tous fes Ouvrages : & je n'ai
N 6 trou-
300 Anti-Baillet. P. I;
trouvé nulle part que dans MonfieurBaiî-
let qu'il ût été en penfion à Agen chez
Jules Scaliger. Et je puis afïurer mes
Lecteurs que Monlieur Baillet a été mal
informé de cette particularité.
J'ai dit que j'avois crû autrefois que
Muret avoit régenté à Agen. Voici les.
raifons fur lefquelles je me fondois. Ben-
cius dans l'Oraifon Funèbre de Muret,
le dit en termes exprès. Ut prïmum im-
butus efl litteris , quibus informari ad hu-
manhaiem œtas puerilis foletr m patrïàjuâ
Lemovici primàm, de rade vero Aginni , ea
docere inceprt cùm effet adolefcentulus , aut
potius puer ,quee nunc quidem commuai
more atque ufitato, ea ietaie.fi qui s difceret^
in fumma laude poneremus , quippe ut inge-
nio doéiritiam , fie etia-n ufu prœcurrebat
(tiatem. Agïnn't vero eoàem tempore ufus
eft Çuorum duce & adjutore fîudiorum ,
Julio Ccefare Scaliger o , viro in omnt eru-
ditionis atque humanitatis génère perfeéîo
ac perpolito. Hune Me, ut parentem co-
lebap: a quo eùam ut filius diligebatur : ad*
mirabaîur en: m vtr omnino admirabilis ex-
cellent ijfrmnm ingenium adolefcentis : eique
volens ac libens reciam ac brevem , quœ ad
rerum fc'tentiam ferret, viam monftrabat ,
&c. Cum igitur aliquandiu A ginni fuis-
jet , ejufque doflrina atque ingenium om-
nium fama & oratione celebraretur, ad il-
lud domicilium doclrinarum , & , ut ita
dicam , orbis terra Mufieum , Lutetiam
profeélus eft, &c. Et Bencîus avoit été
le Difciple favori, & il étoit l'ami intime
de Muret. Et Muret peu de tems avant
A-nti-Baille-t. P. î. 30Ï
fa mort, lui dédia fa Tradu&ion Latine
des deux premiers Livres de la Rhétori-
que d'Ariftote; & il Te difoit Ton Ecolier
pour la piété. Mais ce qui m'avoit obli-
gé particulièrement à croire que Muret a-
voit régenté à Agen, c'eft cet endroit du
fegond Scaligerana : Muret étoit de ce vil-
lage qui fappeiloit de ce nom : & a été
Pédan à Agen : où Jofeph Scaliger dit
tout le contraire de ce qu'il a dit dans fon
Confutatlo Fabula Burdonum. Mais com-
me cette Gonfutation de la Fable des Bor-
dons elt de Jofeph Scaliger , & que le
Scaligerana eft-de Jean de Vaffan, qui fé-
foit des Recueils de ce qu'il entendoit di-
re à Jofeph Scaliger, cet Ouvrage d'au-
trui ne fait pas tant de foi pour le témoi-
gnage de Jofeph Scaliger que fon propre
Ouvrage. Et je croi que Jofeph Scaliger
avoit dit à Jean de Vaffan que Muret avoit
été Pédan à Villeneuve d'Agen , & que
par une faute de mémoire Jean de Vaffan
a pris Agen pour Villeneuve d'Agen. A
l'égard de Bencius , il a dit tant de fauffe-
tei touchant Muret, que fon témoignage
n'eft pas de grande autorité en cette oc-
cafîon.
Ce qui eft dit dans le ScaHgerana, que
Muret avoit été Pédan à Agen, me fait
fouvenir de ce que Ronfard difoit de Mu-
ret, de Turnébe (1) , de Bucanan , &
d'Antoine Govéan , qu'ils n'avoient rien
de Pédan que la robe & le bonnet. J'ai
appris
f 1. A Tegard de Turnébe voyez aufli Montai
cac au chap. du fe'dantiime.
N7
302 Anti Baillet P. I.
appris cette particularité de Monfieur Te
Lib. Hift. Préiîdent de Thou ; dont voici les ter-
76.pag. mes: Memini Petrum Ronfardum , virum
5*2, acerrimi judicii, qui, lie et in difpari for-
tunâ conftitutus , tôt a vit â Scho'.aflico otio
obleéîatus fuerat : ckm de Buchanano , Ha*
driemo T'urnebo , Antonio Goveano , Marco
Antonio Mureto, quibuftwn aréîà am'icitiâ
conj UnÛu 's fuerat , ver ba face ret, dicere fo-
liturn , illos hommes nih'tl pœdagogi.e pra-
ter togam & pileum habuijfe. Et tamen
de vulgo pœdagogorum fie cenfere , num-
quam incorrigihills ineptiœ ex P.edagogid
contraSics cbaraBerem , vel longiffimi œvi
c.urriculo, deîeri pojfe. Et en effet, c'efl
une chofe merveflleufe que Muret , qui
avoît pédantifé toute fa vie , ût tant de
politefle & d'élégance, & même tant d'ur-
banité. J'ai fait autrefois une lïile de fes
Régences : dont je ferai ici part à mes
Lecteurs ; étant permadé qu'elle ne leur
déplaira pas. Car outre qu'elle rectifie
les paiïages de Scalîger & de Bencius ci-
deiTus rapportez , & celui du Préiîdent dé
Thou dont il fera par'é ci-après , elle con-
tient plulïeurs chofes curieufes qui ne font
fues que de très-peu de perfonnes.
Bencius a écrit que Muret avoît li pres-
que plutôt des Ecoliers que des Maîtres :
car il prétend que Muret dans fon enfan-
ces régenta à Limoges: & dans fon extrê-
me jeunelfe à Agen. Jofeph Scalîger dît
que tout cela eft faux. Le Préiîdent de
Thou a écrit que Muret régenta premiè-
rement à Paris: & enfui'te, à Bordeaux:
& enfuite à Aufch. Mais ce que Jofeph
Sca-
Amti-Baillet. P. T. 303
lîgcr dit , qu'il régenta premièrement à
Autch où il fit imprimer fa Tragédie de
Jules Céfar; & enfuite à Villeneuve d'A-
gen; où il étoit Précepteur domeftique
des enfans d'un riche Marchand nommé
de Brevant , eft plus vraifemblable. Car
Jofeph Scalper l'a connu très- particuliè-
rement & très -familièrement ; & Jofeph
Scaliger ctoit né à x\gen : & Muret l'ap-
peloit fon frère. Scaliger dans le Segond
Scaligerana page 163. Mur et us me voca~
bat frai rem : quia pater illum vocabat fi~
Hum. Il pouvoit avoir 17. à 18. ans lors
qu'il régentent à Aufch, & 1S. à 19. lors»
qu'il régentoit à Villeneuve d'Agen.
De Villeneuve d'Agen, il vint à Paris:
où on prétend qu'il régenta la troifiéme
au Collège du Cardinal le Moine. Il
pouvoit avoir en ce teins- là 19. a 20. ans.
Moreri a écrit dans fon Dictionnaire, que
Turnébe , Bucanan & Muret , régen-
tèrent en même tems dans ce Collège:
Turnébe, la première Bucanan , la fe-
gonde; & Muret, la troisième. J'ai ouï
dire la même chofe au Père Bourbon qui
étoit un bon Regître de femblables cho-
fes. Et en me difant cette particularité ,
il me difoit que chacune des trois parties
du monde ût été bien partagée d'avoir un
de ces grands hommes. Et fi Bucanan &
Muret ont régenté au Collège du Cardi-
nal le Moine dans le tems que Turnébe y
fefoit la première, il faut en effet que Bu-
canan y ait fait la féconde, & Muret la
troiiiéme. Mais comme Bucanan ne dit
point dans fa Vie qu'il ait régenté au
Col*
304 Anti-Baillet. P. h
Collège du Cardinal le Moine; qui efl
un Collège plus célèbre que celui de Ste.
Barbe où il dit qu'il a régenté, quelques-
uns doutent qu'il y ait régenté. Et com-
me Turnébe a régenté au Collège de Ste.
Barbe; ce qui paroit par V Admonïùù d'Au-
domarus Talseus, ils prétendent que c'eft
dans ce Collège que Turnébe, Bucanan
& Muret ont régenté en même teins.
Mais dans le tems que Bucanan régentoit
au Collège de Ste. Barbe, Muret n'avoit
guère plus de fept ou huit ans. Voyez
la Vie de Bucanan. Que fi Bucanan a
régenté dans le Collège du Cardinal le
Moine dans le tems qu'y régentoit Mu-
ret, comme j'en fuis très perfuadé, non
feulement à caufe du témoignage du Père
Bourbon, mais auiïi à caufe de celui de
Lambin: car Lambin, dans fon Oraifon
de reéîa pronuntiatione Linguœ Grxccc,
en parlant des hommes illuitres qui ont
régenté dans le Collège du Cardinal le
Moine, nomme parmi ces Illudres, Tur-
nébe , Bucanan , & Muret : S\ , dîs-je ,
Bucanan a régenté dans le Collège du
Cardinal le Moine, il faut que c'ait été
depuis 1 5"44- (qui eft la datte de fon Elé-
gie à Taftaeus & à Tévkis) jufques en
15-45-. car auparavant il régentoit à Bour-
deaux dans le Collège de Guyenne: où il
fut trois ans, comme il le témoigne lui-
même dans fa Vie; & en 15-39. le premier
de Décembre, il y harangua l'Empereur
Charles Quint qui paiToit d'Efpagne en
Flandre. Et fi Muret avoit régenté avant
ce tems-là au Collège du Cardinal leMoi-
Anti-Baillet. P. I. 30?
ne avec Bucanan , il faudroit qu'il y ût
régenté du moins en 15-38 & en ce tems-
là il n'avoit que quatorze ans (1). De
Paris, il fut régenter à Poitiers. Ce que
j'ai appris de ce* endroit de fes Commen-
taires fur les Catilinaires de Cicéron; qui
eft une particularité qui n'a été remarquée
par aucun de ceux qui ont écrit fa Vie.
Mactari. Ufutn qtiemdam bujus 1er-
b't. panels, ut arjbltror. notkm\ quem an- r . .
te ffos decem annos annotant CiT publiée dû' onLimo-
cut, ckm etiant, tum adolefcentulus , Li~ nnm, c'eft
mini, quod PïÛonum oppidum efi , huma- î°me,x,s' .
r_5 rCr • * J-r n j-> félon Popi-
n litteraritm er jurts Lïvtlis juta-us nion co[n.
mum, Amphitruonem Plautlnum mune:mais
r, tradere hoc loco injlitui. En qui eft ré-
ce tenu-] à Muret pouvoir avoir 20. à 21. ^Xva-
an. Car il naquit en 1526. Et l'Epitre îoisdansfc
Dedicatoire de ces Commentaires fur les Notice des
Catilinaires de Cicéron , adreiïee à Léo- Ga*sc"jg«
nardo Mocénigo, noble Vénitien, eft da- dans^on *
ie Venife du 9. Octobre 1556. Le premier
Préfident de Thou a é :rit que Muret a- Scaiigera-
voit étudié en Droit à Poitiers & à Tou- ^' pagc
loufe. Il peut être que régentant à Poi-
tiers les Lettres humaines, il y prit le de-
gré de Licentié es Loix. Quoi qu'il en
, il n'a pu régenter publiquement en
Droit à Touloufe , qu'il n'ait été da
moins Licentié es Loix. Et ainfi,ce que
Scaliger a écrit des degrez qu'il prit à As-
coli, doit s'entendre du degré de Doc-
teur.
De
Ç t. Muret étant né en i$z6. il faloit dire pou*
compter juile qu'en 15} 8. il n'avoit que 12. ans.
306 A nti-Bai ll et. P. I.
De Poitiers, il fut à Pourdeaux; ce qui
paroît par ces vers d'une de Tes Elégies à
fa Margaris :
Nam te PitfemcJL reùmnt felicia terr&
Oppida t qua Clanus pinguia cuit a fecat.
Me vero , invidia procul à te dentibus aclum,
Fortia lunatA mxma BurJegaU.
Et ce qui paroît encore pa*r ces mots de la
Chronique Bourdeloife de Gabriel deLur-
be: En 1^47. Marc Antoine Muret Pro-
fejfeur au Collège de Guyenne avec gran-
de réputation (1). Car Muret étoit à
Poitiers en i^jô. II pouvoit avoir 21. à
22. ans lors qu'il commença à régenter
à Bourdeaux & ce fut apparemment Jean
Gélfda, Efpagnol de la Ville de Valence,
Principal du Collège de Guyenne , avec
lequel il avoir régenté au Collège du Car-
dinal le Moine, qui l'engagea à régenter
dans celui de Guyenne: car Gélida, com-
me l'a remarqué le Préfident de Thou,
avoît régenté la Philofophie à Paris dans
le Collège du Cardinal le Moine; & il
quitta cet emploi en iy^. pour fuccéder
à
% ï. C'eft à ce tems-là qu'il faut rapporter ce
que dit Montagne chap. 25. du L. t. de Tes Elîais,
que Bucanan & Muret étoient fes Précepteurs do-
mefttques. Ce qui fedoit entendre des inftruftions
particulières qu'ils alloient règlement lui donner
en la maifon de Ton Père. Montagne avoit alors
quatorze à quinze ans, &c ce qu'il ajoute que Bu-
canan 5c Muret appréhendoient de l'accoiter en fon
enfance à caufe de la facilité qu'il avoit à parler
La-
A mti-Baillet. P. I. 307
à André Govéan dans la Principalité du
Collège de Guyenne. Lequel André Go-
vean alla en ce term-la en Portugal y éta-
blir le Collège de Conimbre inilitué par
le Roi Jean III. où il mena avec lui Geor-
ge Bucanan ; Patrice Bucanan frère de
George; Nicolas de Gruchy (2), dit en
Latin Gruchius\ & Guillaume Guérentée,
Jaque Tévius , & Elie Vinet. Je corrige-
rai ici en paiîant une faute d'impreflion
qui fe trouve dans toutes les Editions des
Poëfîcs de Bucanan (3). C'eft dans fou
Elégie à Taftseus & à Tévius.
C&t (raque ut cejfent gelide , pia cura foddis
Et patrii er patri& fungitur ufque vlczm ,
Il faut;
C&teraque ut cejfent , Gelids, f;a cura fodalis.
En 15*5-2. il étoit de retour à Paris: car
cette année- là, le cinquième de Février
(ce que j'ai appris de l'édition in douze de
fes Oraifons) il récita dans l'Eglife des
Bernardins de Paris fa première Oraifon ,
qui eft intitulée de l'Excellence de la Théo-
logie, Il fît imprimer à Paris en la même
an-
Latin fait voir qu'il faloit que Muret eût fait d'au-
tres voyages à Kourdeaux.
^1 2. Montagne appelle le premier Nicolas
Grouchi, & le fécond Guillaume Guérente. Mais
nous voyons que Gvuchiu* dans fes Ouvrages Fran-
çois éc.it fon nom de Groucbv
1H j. Cette ûute ne le trouve point dans l'édi-
tion de isf>9. in 8. chez Henri Etienne, où une par-
tie des vers de Bucanan a été imprimée avec les
loclles de Beze.
3o§ Anti-Baillet. P. I.
année fes Poëlïes , intitulées Juvemlta:
qu'il dédia ï Monfieur Brinon Confeiller
du Parlement. Dans la Dédicace , qui
eit du 24. Novembre de la même année
iyyi. il y parle de fes Leçons de Droit &
de Philoîbphie. Subfe:iv:s igitur kor'is a-
liquod mih'i tempufculum à Philofophiœ Cif
Juris Civilis Prœlect'iombus , quibus aj]i~
due (Kcupatus diftineor , efc. Ce qui don-
ne iujet de croire qu'il enfeignoit en ce
tems-là à Paris le Droit & la Philofophie.
Au chapitre i8\ du Livre x de fes diverfes
Leçons, il fait mention des Leçons qu'il'
fçfbît à Paris.
En 15-5-4. il étoit à Touloufe Ci), com-
me il paroît par l'Extrait des Regîtres des
Capiteux de Touloufe ci deuus rapporté.
J'apprens de Gabriel de Lurbe dans fo;i
de î/ïris Iïlu$ribus Aquhama , qu'il y ré-
genta en Droit. Jofeph Scaliger au lieu
allégué a écrit qu'il y enfeignoit les Infti-
tûtes pour s'exercer. On apeloit en ce
tems-là à Touloufe Halebardiers •', ceux
qui n'étant point ProfeiTeurs, régentoient
en Droit pour s'exercer: ce que j'ai ap-
pris de du Verdier dans fon Eloge de
Cujas. De
<fî 1. Avant que d'en venir à cet article, il au-
roit été à propos de parler de Pemprifonnement de
Muret au Châtelet de Paris, car il faut que ce foit
en 1552. ou 1553. que cette difgrace lui foit arrivée,
puifqu'il eft fur que Muret étant parti de Paris pour
Touloufe ne revint point de Toulcmfe à Paris, mais
s'enfuit de là par une autre route en Italie. Aufll
du Verdier ne le fait-il point revenir de Touloufe à
Paris, il dit feulement avoir appris de Dorât que
Muret avoit été prifonnier au Châtelet, ce qui peut
biea
Ànti-Baillet. P. ï. %oç
■DeTouloufe, il alla à Paris, (2) où il
fut prifonnier au Châtelet : félon le témoi-
gnage de du Verdier; lequel ne pein être
révoqué tn doute.
De Paris, il fut à Venife & à Padoué,
où il régenta fix ans ; ce qui a été remar-
qué par Monlieur de Thou.
De Venife & de Padoué, il fut à Ro-
me , où il enfeigna dîverfes Sciences.
Mais de Rome il revint à Paris en 15-62.
avec fon patron le Cardinal Hippoli e
d'Efte de Ferrare: où il fit imprimer les
Phi ippiques de Cicéron , qu'il dédia à
Turnébe.
Et de Paris, il retourna à Rome en
15-63 où il enfeigna publiquement les Let-
tres Humaines, le Droit, & la Pnilofo-
phie. Jl dit d ,ns quelqu'une de fes Orai-
fons qu'il a régenté 20 ans à Rome, J'ap-
prens d'une Lettre de Claude du Puy,
Confeiiler au Parlement de Paris, à Vi-
cemio Pinelli , qui m'a été communi-
quée par Mr. Bigot, qu'il y lût, en par-
ticulier, Thucydide à Mr. d'Abain de la
Rochepofai , AmbafTadeur de France à
Rome. Voici l'endroit de cette Lettre
qui
bien être vrai , maïs quand U ajoute du fien que
Muret étant forti de pnfon avoi. pafle de Paris en
Italie, on lui loutent qu'il fe trompe, & que ce
n'a pas été de Paris, mais de Touloule que Muret
fe retira au plus vite en Italie. L'autorité de du
Verdier qui n'eit pas un Ecrivain exact ne peut ^as
tenir en cela contre celle de Scaliger, de Calaubou
& de M. de Thou.
f z. Je croirois qu'il faudroit ôter tour cet ar-
ticle , ôc reformer ainû le commencement du fui-
yaflt. De Ttitltnjt il fm k Venife Ùr aPAdtHï ôcc^
3îo Anti-Baillet. P. I.
qui regarde cette particularité : je vous en-
'voie une Parodie fur le Phafcle de Catulle ,
faite pie pa contre un de nos amis de Rome ,
tfagueres jurifconfulte , rjr1 maintenant
Prêtre. Cet ami de Rome de Claude du
Puy , c'eft Muret : Vous me mandez qu'il
lit le Thucydide à Mr. d? A bain. Si c*ejl ,
ut morem gerat ampliffimo & dodliffimo
Régis Legato, il fait bien; mats s'il cui~
de lui pouvoir enfeigner quelque chofe de
nouveau après Mr. de la Scala , lequel lui
a autrefois expliqué cet Auteur, il s'abuje
grandement : car l'autre le devance de deux
mille parafantes en cette matière de Let-
tres : mémement je leur ay oui dire qu'ils
furent deffus un hiver entier.
Il mourut à Rome en 1585. le 4. Juin
dans la 60 année de Ton âge. Sainte Mar-
the & Jean le Clerc, qui ont écrit qu'il
mourut dans la 57. ont été mal informez
de cette circonftance. LXXXIV.
% r. Dans le Recueil des vers des Académiciens de
Rome fur la mort de Platine il y a uneEpigramme
Latine de ce Rhallus en vers Phalcuques , laquelle
ne lui donne peint de démenti fur le jugement qu'il
a fait de i'Epigrammc. Ou en voyoit plulieurs au-
tres de fa façon du tems de Lilio Giraldi, mais il
faloît que ce fût en manuferit, car elles n'ont ja-
mais été imprimées. Il avoit anflï fait des Elégies
dont fait mention Pontan 1. z. Baiarum où il l'ap-
pelle Manlius Rhallus. Minltus , M/illiys , Mani-
lius fe trouvent (ouvent mis indifféremment. Af.
Ménage dit après Paul Jove que Alanilius Rhallus
fut Archevêque de Malvoifie Ville de Tzaconie an-
ciennement Lacouie, mais Lilio Giraldi metlaFré-
lature de ce Rhallus en Candie , Mjrttllo, dit-il,
7{fia'li:j fortuuatior, quippe qui a Leone decirno bis men~
fibus Cic-cnfiHrn fit PontificAtu honeftatus. Paul Corre-
fius Lib. 1. de CArdin.1b.1u fol. 2S- écrit 7^ Il us , mais
înal. Nuper , dit-, il , mm Ami me a Mmilim Câlins
été-
A NTI-B AILLE T. P. I.
LXXXIW
m
Réflexions fur ce que Monficur Baillet a
dit de mes Ep.grammes.
M On (leur Baillet. Ceux des Cri-
tiques qui ont rochcrché les moyens de
en quel genre de V »ë fie Mr. Ménage
a le mieux réujfi , efliment que c'eji dans
F Elégie & dans l'Epigramme. A dire le
vrai , Mr. Ménage paroit avoir eu plus
(T inclination , Ç53 de talent même , pour ces
deux genres que pour les autres , puis qu'il
s'y efî appliqué davantage. C'efè ce qu'on
peut ajj'urer au moins de fes Epigrammes ;
parmi lesquelles il s'en trouve de fort belles
dans un grand nombre de plates & d'in-
fipides.
Ménage. Manilius Rhallus (r), ou
Rai la,
r't*v.s imfrimù PoFta Z<c. Le même Livre 2. feuil-
let $6. S«iis intelligi potefî as qui fie doctrine dedide-
runt , canfianttus foltre fiarnu t Ar i , cum minus abduci à
vitx pcrpetuit&te fj/eant. Quis enirn diutius cwi qv.o*
auam cjuam aut Manilius T^illus cum Mtrco B-i-rbô , aut
Bdrtholomxus Salicetus cum .Àfilania Sftrtia, five J. 5.
^Almn.dia.nv.s cum Oliver io Carrapha vixtt , qu*rum dues
nihil unauam , ni fi mors herilis , ab aJfeJfando avocavi;:
aber ita eft in famrUndo confiant ia continuât a fi du s ut
idem ei prope confiitulus videatur ioiwendi, i" c. > ïandi
finis. 11 paroit p<r là que ce Rhallus furvécut au
Cardinal Marc Bavbo ion patron ,mort le xi. Mars
T490. C'eto't Je ci>ufîn germain du Pape Paul II.
Franco:"; Phiklphe , dans la 18. Lettre du 1-. Livre,
parle d'un XktJalii TfyaUb c'eft "P*x>.»f , ?««*{§
prononçant alors comme l'ià-ra) qui en Tan 146t.
étoit à Rome auprès du Delpote Thomas Taléa-
loguc.
gis Anti-Baillet. P. 1.
Ralla, comme l'appelé Paul Jove dans
l'Eloge de Mufurus , étoît un Savant de
Grèce, quwvînt en Italie après la prîfe de
Conftantinople. Je crois qu'il croit de
Conilantinopie : car dans les Poches
Grecques de Lafcaris , il eft fait mention
d'un blupyjjio; PuK>,yg , qui croît de
Conftantinople. PgAAtjS , Rhallus, Rai-
lus , & Rafla ^ eft le même nom. Ce
Manilius Rallus fut Archevêque de Mal-
vafie. Marulle lui a adreiTé une Ode &
une Epigramme. Ce Savant difoit que
perionne n'avoît encore réuni dans TE pi-
gramme. Ce que nous avons appris de
ces vers de MaruI-'Ie:
A mor Tibullo , Mars îiJri , Maro , débet,
Terentio foccus levis.
Cothurnus clim nemfah/âtis multurn
Horatio , Satyra C7* Cheiys.
Natura magni vtrfibus Lucretii ,
Lepore Muf&o Miiis.
Epigramma caltum , te fie Rballo , aàhuc nulii,
Le Père Rapin eft à peu près du même a-
vis. Car voici comme il s'eft expliqué fur
ce genre de Poéiîe dans fes Réflexions far
la Poétique : l' Epigramme eji de tous les
Ouvrages de vers que ï* Antiquité ait pro-
duit , le moins confîderable &c. Ceft une des
efpeces de Vers oit Von réujfit peu ; car c'eft
plutôt un coup de bonheur , que d'y réuffir.
Une Epigramme vaut peu de chofe , quand el-
le n'eft pas admirable. Et il eft fi rare d'en
fére d 'admirables, que S eft ajjez d'en a-
voir
Anti-Baillet. P. I. 313
voir fait quelques-unes en fa lie. Et Mar-
tial difoic, que quand il y avoit autant de
bonnes Epigramtrujs dans un Livre d'E-
pigrammes que de mauvaifes , on pouvoit
dire que ce Livre étoit bon. Il eu eft de
même du Sonnet , qui ell une eipéce d'E-
pigramme.
Un Sonnet fans défaut vaut feul un long
Poème.
Mais en vain mille Auteurs y penfent ar-
river,
Et cet heureux Phénix eft encore à trouver,
<îit Mr. Defpréaux. Le Tolomei, au rap-
port de Stefano Guazzo dans Ton D.alo-
gue de la Poélîe Latine & Tofcane com-
paroit le Sonnet au lit de Procrufte. Voi-
ci les paroles du Guazzo : Fà quejio Pro-
crufte cofi fanlaftico c beftlale che tutti i
foreftieri che capitavano al fuo albergo y far
ceva csricar in un certo letto: e à quelli
che cori la lunghezza délia perfina fopra-
vaxzavana il letto, t agitai- a le gambe con-
forme alla mifura di effo : à quelli c/S era-
no plu corti , tirava con le corde il collo e le
gambe : fi che glungevano egualmente à
quel la mifura. E pero\ ejfendo quafi im-
poffibile il trovar) Jogetto che giuftame-ite
capifea nel corpo del Sonetto, conviene per
h più , 0 aggiungervi parole oziofe , 0 îr un-
car i concetti, in cofifatta guifa cheU co;n*
ponimento riefei , 0 Unguido^ 0 ofeuro , là
onde Ji puo dire che h fatta una 'non m:no
lodevole che faticofa imprefa, ed ifalmoh
Tom. FIL Part. L O le-
3T4 Anti-Baillet. P. I.
legittimo d'ApoIlo colui ilquale felicemente à
tirato un Sonetto con tutti quejli proporzio-
wati mezi al fuo debiio fine. Et j'ai fo vi-
vent ouï dire à Gombaud, que quand un
Poète avoit fait un bon Sonnet , il pou-
voit fe repofer, ayant allez acquis de ré-
putation. Et ainiï, Mr. Baillet qui dit
que j'ai fait de fort belles Epigrammes
parmi un grand nombre de plates & d'in-
fïpides , en penfant dire de moi des cho-
fes defavantageufès, en dit de très-avan-
tageufes.
Mais il n'eft point vrai, qu'il n'y ait
point, ou qu'il y ait peu de bonnes Epi-
grammes , fi ce que Jules Scaliger a dit
des tiennes, eft véritable. Voici comme
il en a parlé dans fa Lettre à Charles Se-
-vin; qui eft la 81. de fes Lettres: proinde
fie commutas ut temerè uimis edenda jefti-
Tiarim: Il lui parle de l'édition de fes E-
pigrammes : cùm id egi confuho uti emen-
data arbitratu tuo legerentur. Ex milli-
bus ferè duobus , aut ampliùs , leéia font :
utinam bonafide* ld in ipjis curavtmus ,
nti Ralîus , vir doéîus , meniiretur , aut
rnutaret judiciuYa , qui Epigramma ullum
cultura negarat. Et il a fait imprimer plus
de
^1 t. Marulle en rapportant le fentiment de
Tthullus n'a pas voulu dire que généralement par-
lant on n'eût jamais fait de bonne Epigramme,mais
feulement qu'il n'y avoit point encore eu de Poète
Epigrammataire qui n'eût fait que de bonnes Epi-
grammes, ou qui eût du moins auflî bien réuffi en
ce genre qu'il prêtent que Térence a fait dans la
Comédie , Lucrèce dans l'explication des chofes
naturelles, Catulle dans les Hendecafvllabcs ♦ Vir-
gile
Anti-Baillet. P. I. 3[?
de mille Epigrammes. Mais parmi ce
grand nombre, je foûtiens qu'il n'y en a
pas une feule, je ne dis pas excellente,
mais médiocre.
Il n'eft pourtant pas vrai que perfonne
n'ait encore réutfi en ce genre de Poëfie.
Il y a un grand nombre d'Épigrammes ad-
mirables dans l'Anthologie (i): parmi les-
quelles celle de Niobe de vivante faite
pierre par les Dieux , & de pierre faite vi-
vante par Praxitèle , tient, félon moi, le
premier lieu. Il y en a aufli un grand
nombre d'excellentes dans Catulle; dans
les Priapées ; dans les Recueils des an-
ciennes Epigrammes publié par Pithou &
par Scaliger; dans Maniai, & dans Au-
fone. Il y en a de très-belles dans San-
nazar ; primus Epigramma cultum dedijje
creditur à mbh\ dit de lui Jules Scaliger
dans fa Poétique: dans Politien; dans le
Bembe ; dans Jean Batille Amaltée (2) ;
dans Flaminius; dans Bucanan, & dans
le Père Vavaffeur.
Mais à propos du Père VavafTeur, com-
me il a fait deux gros Livres d'Epigram-
mes, il ne fut pas fatisfait de ce qu'avoit
dit le Père Rapin au palTage de fes Réfle-
xions
gile dans le Poëme Epique où la guerre a le p-lusde
part , Tibulic dans les vers d'amour, Horace dan»
l'Ode & dans la Satire.
% 2. Je croi que M. Ménage a voulu dire Jérô-
me. L'Epigramme du moins qu'il déiigne &: qu'il
loue pag. 52. du 2. tora. eft de Jerôrr.e\\malthéc,
Se vaut mieux feule incomparablement que toute»
celles de Jean Baptiite.
O 1
3i<5 Anti-Baillet. P. I.
sions fur la Poétique ci-delïus allégué.
Et c'eft ce qui l'engagea à écrire contre ce
Livre du Père Rapin. J'ai fû cette parti-
cularité de lui-même.
LXXXV.
Mr.Bailîet n'ayant jamais fût de versn'eft
pas capable de juger des vers,
MOnfîeur B a i l l e t a écrit cinq vo-
lumes des Poètes. II ignore les fl-
nefles des Langues dans lesquelles ont
écrit la plupart de ces Poètes. Mais quand
il les fauroit, n'ayant jamais fait de vers,
il n'eft pas capable de juger des Poètes. Il
n'y a que ceux qui font des vers, ou qui
en ont fait , qui puillent connoirre toutes
les beautez & tous les défauts de la Poèiie.
C'eft ce qui a été très- véritablement re-
marqué par St. Jérôme en fon £pi;re 26.
Felices , snqu'st Fabius , effent art es , fi de
îllss fols artifices judicarenî. Pvètam non
potefl noJJ'e, nifi qui verfum potefl ftruere.
Je remarquerai ici en pafTant que ce mot
deQuintiiien ne fe trouve ni dans fes Ins-
titutions ni dans fon Dialogue de Claris
Oratoribus: car ce Dialogue eft conftam-
ment de Quîntîlien, & non pas de Taci-
te: ce qui a été depuis peu démontré par
Mr. Pichon dans fes Remarques fur ce
Dialogue. Il eft de la Poëfïe comme de
!a Peinture, dans laquelle il y a de certai-
nes beautez qui ne peuvent être apperçuës
que
Anti-Baillet. P. I. 317
que par ceux du métier. Omnium quidcmy
fed artificum pracipuo miraculo , dit Pline ?
en parlant de la ligne d'Apelle tirée fur
celle de Protogene. Et en parlant d'une
des peintures de Paufias, il dit, Sunt qui-
bus place at diligentia, quam tntelligunt Jo-
li artifices. Je raconterai ici à ce propos
ce que dit (1) Elian dans une femblable
occafion. Le Peintre Nieolir2te, ou plu-
tôt Nicomaque; car c'ett ainfi qu'il faut
lire ce nom de Peintre dans Elian, com-
me je l'ai fait voir dans mes Gbfcrvations
fur Laërce; ce Peintre, dis -je, contem-
plant a\ec admiration le portrait d'Hélè-
ne fait par Zeuxis, un particulier lui de-
manda ce qu'il trouvoit de fi admirable
dans cette Peinture. Et le Peintre lui
répondit, vous ne me feriez pas cette de-
mande, fi vous aviez mes yeux. C'eft-à-
dire, que pour bien juger de la Peinture,
il faut avoir des yeux favans ; oculos erudi-
tosy comme parle Cîccron ; qu'il faut a-
voir des yeux artilans; TsxyiKÀ q/x/x#t#,
comme parle Elian.
Mr. Baillet n'ayant donc jamais fait d«
vers, n'eft pas capable de juger des versv
Et il en juge aufll très mal.
Mais n'ayant jamais fait de vers, il a
cet avantage fur ceux qui en ont fait, qu'il
n'y a point de repréfaille fur lui.
Cerrumpit fine talîone c&Ubi. Mutât
Cacus perden non potejl , qutd atiftrt,
u
% 1. Il faloit dire Elit».
O %
3'ïS Anti-Baillet. P. I.
Tadiùs tfl U e^ kien aifé de parler de l'art, mafs
deartedhe- il eft difficile de parier félon l'art. Il effc
requàmex b{en ajfg cje ^fre ^ £fJ TerJ de Chapelain
Cuiatilien. f0/ît rades \ ces vers de Chapelain font
froids ; ces vers de Chapelain font languis-
/ans: Mais il feroit difficile à Mr. Bai 11 et
d'en faire de plus doux, de plus ardans,
de plus animez. En un mot: je fuis très»
perfuadé que Mr. Baillet ne pourroit pas
faire de fi bons vers que les plus mauvais
de ceux qu'il reprend.*
LXXXVI.
Jufiification de ce que fat dit que les li-
belles qu'on a faits contre moi, me font
plus glorieux que les Livres qu'on a faits
à ma louange.
M
Onfieur Baillet. Cefi une pé-
danterie de dire de fin propre Ouvra-
ge qu'on peut l'appeler, le Recueil des fau-
tes d'autrui : de Je croire fi peu ( i ) faillible^
& fi fort à l'épreuve de la cenfure que de
faffurer que les libelles q.uyon fait contre un
homme qui travaille pour acquérir de la ré*
■putation , lui jont plus glorieux que ceux
qui ont éeé faits a fa louante y & de ne
laiffer pas de recueillir tous les témoignages
Tome I. d'eftime que les Savans ont rendu a [on mé-
page s>î. rite , pour en tirer avantage , ç«f en entre-
chspiuc tenir fa propre vanité.
** Ménage. C'eft du Père Hardouîn,
Prctre
% i. Tétt'lliblt n'eft pas François , Se je fuis fur-
pris que M, Ménage ait Iaifre'paflsr. ce mot à M.
Bail-
Anti-Baillet. P. L 319
Prêtre de la Compagnie de Jéfus , dont
parle ici Mr. Baillet, en difant que c'efi
une pédanterie de dire de [on propre Ouvra"
ge qu'on peut Rappeler le Recueil des fautes
é? autrui. Car c'eft ce que ce Père a dit
dans la Préface de ion Livre des médail-
les , de la première édition. Horum hic
detegentur errores : qui cura fingulis ferè
fent aî'peïfi paginls, totum ah iis opus ER-
RATA A n r 1 q u a R 1 o R u M , ni tam
infolenti titulo jaélantiœ fufpitio adh<ererety
inferib: meritb potuljfet : Comment un pe-
tit homme comme'Mr. Baillet peut-il par-
ler de la forte d'un auflï grand perfonna-
ge qu'elt le Père Hardouin? En vérité
Mr. Baillet eft un homme bien inju-
rieux (2).
Ce qu'il a ditenfuite, me regarde uni-
quement : ce qui paroît par cet endroit de
la 2. partie du Tome 2. pag. 342. de Tes
Jugemens des Savans. Mr. Ménage dit de
lui-même (dans fa Préface fur Malherbe)
qu'il n'y a guère d'hommes favans dans
Ï Europe qui ne lui ayent donné dans leurs
écrits des témoignages de leur eftime: &
que plufieurs mêmes d'entr'eux lui ont fait
l'honneur de lui adrejjer leurs Ouvra-
ges : que néanmoins tous les témoignages
cCefllme de tant de grands hommes font
beaucoup moins avantageux à fa réputation
que les injures que je ne fai combien de pe-
tits envieux ont publiées contre lui dans
leurs Rhapfodies : & que b* libelles qu'on
s
Baillée
f u Injurieux fe dit-il de la perfoanc!
o4
320 Anti-Baillet. P. I.
a faits pour le diffamer , lui font infiniment
plus glorieux que- tous les Livres qui ont
été faits a fa louange.
Ce que j'ai dit, que les écrits qu'on a
faits contre moi , me font plus glorieux
que ceux qu'on a faits à ma louante, ne
marque aucun caractère de pédanterie. Et
il eii étrange que Mr. Baillet qui a été
Pédan au Collège de la Ville de Beauvais,
& qui eft préfentement Pédagogue chea
Mr. de Lamoîgnon, me traite de Pédan
à ce fujet, & fe connoiïlè fi mal en pé-
danterie. Mr. de Balzac qui n'étoit pas
fans doute un Pédan , a dit à peu près la
même chofe que moi. Si la chofe étoit
nouvelle , il fe peut que je ne ferais pas fâ-
ché de la fupprcffion du premier libelle qui
me diroit des injures. Mais a cette heure
qu'il y en a pour le moins une médiocre B/-
bliothéque, je fuis prefque bien aife qu'elle
fe groffiffe: CS3 je prens plaifir à faire une
Mon; oie des pierres que /' envie m'a jettées
fans me faire mal. Le blâme de certaines
ferfonnes ne me femble pas honteux , parce
que leur eft'tme ne me femble pas honnête.
Livre t$. C'eft dans une de fes Lettres à Mr. le
Leurc 4j. Chancelier Séguier, lequel avoit réfufé de
féeller le privilège d'un Livre fait contre
lui. Et Mr. Baillet a dit auvll à peu près
la même chofe de fon bon ami Mr. Dcs-
préaux.
Mr.Defpréaux a toujours paru plus zélé
pour ramaffer & publier les écrits qu'on a
faits contre lui de tems en tems , que les
autres ne le font pour recueillir ou écouteur
les louanges qu'on leur donne. Le noml-re
et
ànti-Baillet. P. î. 33*
de ces libelles eft devenu fi grand, qu'il fui
foupçonné d'en avoir forgé plufieur s lui-mê-
me , pour décr éditer encore (es ennemis d'u-
ne manière plus certaine, & pour fe défai-
re d'eux-mêmes par leurs propres mains*
Et quoique pluf:eur s de ces Ecrtts faits con-
tre lui fuient allez a d autres ufages que
ceux pour lefquels ils ont été faits , Mr.
Dejpréaux ne laiffe pus de Je vanter encore
d'en pouvoir amaffer de la, rnefure de plu r
d'un pied dans les trois dimenfions. C'eil
à la page 5*40. de la fegonde partie de
fon quatrième Tome. Et Mr. Defpréaus
lui-même a dit quelque chofe de femblable
de lui même.
Moi, qu'une humeur trop libre, on efprit
peu fournis,
De bonne heure a pourvu d'utiles ennemis^
Je dois pins à leur haine; il faut que je l'a-
voue;
Qu'au foibb & vain talent dent la France-
me loue.
Mais Mr. Baillet ne s'eft pas contenté
de me traiter dePédan: pour faire croire
que je fuis en effet un Pédau , il dit en
plufieurs endroits de Ton Livre que j'ai des-
Ecoliers. Voici les endroits, Mr. Ména-
ge ne s' eft pas contenté de fe voir le Maître
& le Père nourri/fier d'une certaine race de"
Poètes qu'il a élevez, dans un des quartiers
du Parnaifer où il s'' eft retranché : mais ifi
s^.ejî fait Poète' lui-même 7 pour fortifier les-
levons qu'il leur a données de fon Art P»è-
tique 1 par des exemples pris de lui-même:
G % *fiw
322 Ànti- Bail le t. P. K
afin de les rendre plus efficaces & plus pr$~
portionnées à fies difciples, &c. Voilà quel
a éié jufqu'à préjent F état des Poëfies de
Mr. Ménage ; & l'on peut dire qu'elles
font toute la féconde partie du mode lie qu'il
a préjent é h (es Difciples , êjjv. C'eft à la
page 444. & 447. du Tome 4 partie fe-
gonde. Et à la même page 447. Ce
M.onfieur Boileau dans le tems qu'il fe
contait encore au nombre des difciples de
Mr. Ménage , lui avant demandé , com-
me a (on Maître, C5T<r. Pag. 448. Ceux
qui faveit les obligations que les Maîtres
ont de parler (auvent a leurs Ecoliers &
de leur propofèr leurs propres exemples ,
n'auront garde de foupçonner Monfieur
Ménage <.e la moindre vanité. Et à la
page 498. du Toire 4. partie 2. On peut
dire que PAonfeeur âe Pinchefne eft un des
plus connus d'en, re les dijciples de Monfieur
Ménage.
Je demande à Mr. Ba:lkt qui fait pro-
feffion de ne rien dire de ion chef dans
fon Livre des Jugemens des Savans lur
les principaux Ouvrages des Auteurs ,
dans ooel Auteur il a lu que j'étois un
Pédan.'
Ce n'a pas été dans Mr.de Bateac. Mr.
de Bal/ac a dit de moi dans fon Poème
fur>Mr. Guyet, imprimé dans mon Li-
vre Adoptif :
Mte t'ibi p.icato qui. funt referenda Gukto,
Ivl e n A G r , melïora tua referentur ab artt
€hm référés; fer et tam grato interprète CeltA
ÇêïHs lk§r ;fed Gr illa £rebo Vmns infidtt cri;
lite
Anti-Baillet. P. I. 323
Jlla Venus tingens facundas neftare voees;
Averfum pojjet qud c&ncïl'iare Guiitom,
Et ailleurs:
Durabunt plena ftcilif quot promis ah nrtâ9
Romanufque lepos , Cecropiique /aies.
Sic jubé t ille pot en s Genius qui fat a libellit
Dividiî; o> àulces hoc meruere joc'u
Ce n'a pas été dans Mr. des Marets. K
a dit de moi dans fes Lettres Latines,
Commoda quis mfcit Critices, urbane Me-
na g 1 , &C.
Fac potius verfus : quod jam facis, Extre &
moeni
Vim genîi , fcribens ariimo jucunda*
Ce n'a pas été dans Mr. deSaumaife. Mrv
de Saumaife m'a traité de cuhijfimus da:i3'
fa DiiTertation fur fHerodes Infanticide
d'Heiniïus , qu'il m'a fait l'honneur de
m'adrciTer.
Ce n'a pas été dans Mr. Bochart. Il a
dit de moi dans fon Livre des Colonies
des Phœniciens, Livre r. chap. 35-. page
696. Quoy in Irenico fuo , nuper ita al-
lufit, elegantiffimi ingénu vir , Jbagidius
Menag'us.
Ce n'a pas été dans Mr Heiniïus. Il »
dit de moi dans tes Pocfies: Amoenitatum
promiconde\ Me N AGI* Me NAG !,./>*-
ter Elcgantiarum.
Gfc a'a pas été dans Mr. Héraud. IT
G 6 Btf*
324 ànti-Baillet. P. T.
m'a traité de vir poiîtijjimus , & de vir s-
legantiffimi ingénu dans fes Animadver-
Jions fur les Obfervations de Mr. de Sau-
maiTe fur le Droit Attique & Romain r
Livre vi. page 436.
Ce n'a pas e'té dans Mr. Payen Profes-
feur en Droit dans l'Univerlité d'Avi-
gnon. Il a dit de moi dans fon Prodro-
mus Jttfïtniani , page 365-. Ut notât vir
amikniffimus JEgidius Menagius , Amœni-
taium Juris c api te 33.
Ce n'a pas été dans le Père Commire,.
Il a dit de moi dans fa Fable de la Folie :.
Vtnuft'iorU elegar-tU pater ,
Cm Fabularum Mufa dotlarum artifex
Molle C7 facttum quod erat JEfoft, annuité
Ce n'a pas été dans Mr. l'Abbé Huet,,
nommé à l'Evêché de Soiffbns. Il a dit
de moi dans fes Obfervations fur les Com-
mentaires d'Orîgéne. Vide Laèrtium in
Zenone , CS3 *"# eum Obfervationes JEgidii
Menagït) viri , omni ur'oanitaùs , doèlri-
nœ , (tf humanitatis génère fiàrenttJfimL,
Et dans une Lettre en vers Latins qu'il
m'a ad reliée ;
Pater aime leporum,
Si vdcattZ? veteris perm'utunt Jcrïpta Laèrt'i^
Rem mn difimiUm ; née lonza eft fabula ; di/ce,.
Ce n'a pas été dans Mr.Bmméros de
Lipiic. Il a dit de moi dans Ion Com-
mentaire fur h Loi Cincia7 chapitre 78...
Anti-Baillet. P. I. 32^
éoéhr'tnx jtixta ac morum elegantiâ prœftan-
tiffimns vir JE c i d i u s Me nagius.
Ce ira pas été dans Mr. de Mofant de
Rrieux. 11 a dit de moi dans une de fes
Epigrammes, cultiqtu M en a g iu s orh*
Et dans une autre:
Tôt Charhum fotcunda nitent tua fcrïpta M E~
N A G I ,
BUada-jue tam doclo pollue fila moves ce*
Ce n'a pas été" dans Mr. le Moine. Il
a dit de moi dans fes Notes fur l'Epître
de Saint Polycarpe, page 395*. Hoc non,
omnlno probatur Nie n agio ,bunarum çjf ele~
guntiorutn Hier arum columini maxtmo.
Je prie mes Lecleurs de remarquer, que
torique Mr. Baillet m'a traité de Pédan &
d'homme pétri de vanité , je ne favois pa&
qu'il fût au inonde.
LXXXVIÎ.
Des Adzerfaires deTnrnébe.
MOnfieur Baillet. Le principal Tome 3
des Ouvrages de Turnébey efl [ans partie z.
doute celui des Adverfaires, ou Cahiers, PaS* é^
en trente Livres : quoi qu'on ne puifje pas
dire qu'il foi t achevé. Il y corrige £3* il y
explique tant d^ en droit s difficiles de toutes
fortes d'Auteurs Grecs cfT Latins y & avec
tant de capacité, qtSil efl difficile de dire
fi c'efl l'efpnt , ox fi S efl la d.ligence de
£ Auteur qu'on y doit le plus admirer : fe-
O 7 lea.
$16 Anti-Baillet. P. F.
Ion Mr. de Ste. Marthe. Et Seft ce qui
a fait dire aux Aile m an s que c'eft un Ou-
vrage digne de ï' ''éternité'. Néanmoins Sca-
liger qui favoit ajfez bien le prix d.e Tur-
nébe , conjidéroit ces Adversaires comme un
embryon venu avant terme: & il avoit
coutume d'appeller cet Ouvrage Pavorton
de Turnébe : difavi qu'il y reconnoijjoit
pourtant les traits de Pefprit du vrai Tur-
nébe-
Ménage. Il eft vrai que Jofeph Sca-
lïger r dans fon premier Scaligérana, a
fait ce Jugement des Adverfaires de Tur-
nébe» Turnebus , viv ' maxvmus erat , doc-
tijjimufque. Cujus Adverfaria aboriivuïtt
fœt'um joleo nuncupare : potuit enim melius
ferihere , agnojeas tamen genuh-tum partum
Turnebi. Et Turnébe lui-même parle des
douze premiers Livres de fes Adverfaires
à peu près en mêmes termes. Duodecim
Adverfariorr.m libros fubitâ Qjf repentinâ
eperd confeéîos , CS* pœne , immaturo abor-
îu , antè in lucem e dit os quam fat à s atqus
concept os : & ce qui fuit. C'eft dans fa
Dédicace du 2. Tome de fes Adverfaires
à Henri de Même. Mais dans fon Se-
gond Scaligérana pme 126 (1) il en parle
jvantageufement en ces ternes: Les Ita-
liens T comme Viùîorius cV Muret \ font un
chapitre tout entier , en leurs diverfes Le-
çoxs, à*une petite corjeéîure: [5 Ce mot"
quent de Turnébe , qui a j^lus dans un cha-
pitre qu'élue en tout un Livre. Et à la
page
f r. c.*t il fe rapporte â Ttiincbe *u lieu de- &
. fca^QXtc* a Sçaiiger,
ânti-Bait.let. P. f. 327
page 245" T'urnebus plura habet uno libro
quàrn Vtéiorius l.bris triginta fePtem* rit
j'ai ibuvent oui' dire à Mr. de Sauma'Te
que C'j Livre n'étoit pas alfcz elh'mé. Mu-
ret Peftimoit infiniment : comme il paroît
par cet endroit du chapitre 29. du Livre
xviir. de les Dîverfes Leçons: At texam
hutc obf.rvationi alinm valdè djfimilem*
Qu'idni é*trn tnibs quoque Ttspvs&Çeiv ali~
quando iiceat ? Uttnam quidem zerè ac fe-
rio pojjem. Sed ut , qui divnas Ariflui élis
ac Platonis virtutes im'tari non poterant r
hums g'.b-urn , itlius quuadam oris in In*
qitcr.do vilium imiiabantur . ut ,al>juâ Jal-
tem in re, ta*torktn liïrommfimiles eflent?
ita ego ; qnando ad illam mfinitam multi-
plie t s dociïinœ cnp'am qua in Turnebo fuity
afpirare non aufin ; licentiam quamdam il**
lius in dijfimilibî'.s rébus conjungendis hoc
loco imitabor.
Il me relie à remarquer, que Turnébe
n'avoit pas donne le titre tfAdverfaires à
ce Livre. C'ell ce que j'ai appris de cet
endroit de fon Epître Dédicatoire du To-
me 2. à Henri de Même : Nam prêter-
quam quod non fatts liberata mendïs &
purgata in apertum prodierunt Adverjaria^
tumeum, imprudente me, ignaro , infeio ,
eis prajcripferuttt titulum , qui arrogant'tâ
fui & jluhitiâ , me perpeuâ traduccret a-
pud omnes ordïnes trifamiâ: ut non tantùm
mcorum peccatorum , quœ illis in libris ni"
mis multa feimus ejje , culpa prœftanda
effet, fed etiam aliènes (lultit><e & temeri»
tat'ts luenda pœxa* Eum ego titulum Ht le-
giy De&m immortalem, quàrn acerbe ,gra<*
vifer»
328 A NT i -Bail le t. P. I.
•viterque tulil Ut prepe aniraum defpondï r
lit œ que renuntiavi ! Et taraen cura eo no*
mine apud tanti malt auélores conqttererer ,
ultro injuriam expoflulabant , quod ingra-
tus ejjern in eos , à quibus laudatus & or-
natus ejj'era. Vos, inquam, ifiam laudem
ducit'iSy quâ qui affictur , turpiiis , fœdiui-
quefe contaminari putat, quant ullâ cenfc—
ri ci nota. Ne multa: itajibi in ea infcrip-
tione belli videbantur, ut vix tandem fura-
mis precibus & obfervationibus irapetrare
potueri/ny ut de Itbri principio tara fœda
macula labefque tôlier et ur. Je remarque-
rai ici, en paifant, que ce titre cYAdver-
faria ell demeuré à tous les Tomes de.
cet Ouvrage de Turnébe.
Je conjecture, au refte,. par la Dédica-
ce du Tome premier de ces Adverfaires
de Turnébe au Chancelier de l'Hôpital ,
& p;r ceile du Tome fegond à Henri de
Même, que Turnébe avoir intitulé ce
Livre Qbfcrvations.. Et dans cette créan-
ce , je remarquerai ici par occafion une
chofe aiTez remarquable : qui efl, que
François Hotman eit le premier , fi on
l'en croit, qui s'eft fervi de ce titre depuis
un certain Septimius , qui vivoit avant
Quint'.lien* Voici les termes de François
Hotman ; qui font de fa Préface au Lec-
teur fur fes Livres Refyonfionum Arnica-
bilium : Nunc envoi tempm efl , omijjis
prafationib:is , ad mjïitutwn nofirum accé-
dera dura taraen hoc te, Leéior rfi quid
jfortè ad caufara intereffe patabis r raaturè
admonea^a , me pritimm omnium huit va-
rJartt.n rcrum jcn^tioni %.cftm Argenturatî
libsir-
An ti -Bail le t. P. I. 329
li fallut* fuemdam edidiffem , Obfervatio-
num nomen impofufje cùm apud Quintiha-
legiffem , eodem nomine libres à Sep'
timio quo.lam editos ac promulgatos. L'en-
droit de Quintilien eit au chapitre premier
da Livre quatrième de fes Inilitutions O-
ratoires.
LXXXVIII.
Du L'ivre du Tajfe, intitulé Difcorfi deî
Poëma Eroico. Additions au chapi-
tre du T'ajfe.
MOnfïeur Baillet, Tome 4. par-
tie 1. chapitre 1348. en parlant de$
Traitez de la Poé'tie Italienne faits par le
TaiTe, n'a point fait mention nommément
de fes Difcours du Poème He'roïque : ce
qui donne fujet de croire qu'il n'en a pas
û connoiirance. Ces Difcours font très-
bien faits: & ils font d'ailleurs remplis de
doctrine. Mais le Spéroné les vendiquoit.
Voici comme il en parle dans une de fes
Lettres au Cavalier Felicé Paciotto:Lrf#-
d» voi infinit ame nie di voler ferivere délia
Poética: délia cfuale interrogato moite fiate
dal Tajjb , e rifpondendogli io liber ameute ,
fi corne foglio . egli n'afatto un Volume , e
mandat 0 al Signor Scip'to Gonzaga per cofa
fua , e non mia : ma ta ne chiarirb il mon*
do. Et dans une autre, au même Paciot-
to : Dal Signor Scipione non fpero che ab-
biate nulla : perche a moflrar quello che fi
ufurpa quel pazzo (il parle du TaiTe) fi
ëjjtetta chyio mot a. Ma io gli dijji nella
330 Anti-Baillet. P. I.
Minerva , che tutto era mio ; efenzœ vcde~
re i fuoi fcritti , profetizai chelfuo Poëma
mon farta fcritto colï artficio da lui notato:
fegno che Parte non era fua.
Mr. Baillet dit au même chapitre, page
389. que le P. Raptn a écrit, qu'il y a du
bas & du comique à l'excès , pour ne rien
dire davantage , dans les difcours tendres
& galans qu'il fait tenir h quelques-uns de
fes Héros: Ç53 fur tout à Olinde & à So-
phronie. Ce qui m'oblige à remarquer ici :
que le TalTe lui-même n'a pas approuvé
cet Epifode d'Olinde & de Sophronie.
Volui genio , & Principi indulgere. C'eft
comme il s'en excufe âans une de fes Let-
tres Poétiques.
LXXXIX.
Le Bonfadio , omis par Mr. Baillet dans
fa hifle des Poètes <£ Italie.
MOnlieur B fv i l l e t a omis plus de
cent Poètes célèbres dans fa Lifte
4es Poètes d'Italie. Il a omis entr'autres
Jacopo Bonfadio (1) de Salone, près le
Lac de Garde: excellent Poète Latin &
Italien. C'eft ce Jacobus Bonfadius qui
fut décapité à Gennes, comme Mr. de
Thou l'a rrès-vérîtablement remarqué au
Livre xxvi. de fon Hirtoire, page 808. de
l'édition deGenéve. en l'année 15-60. (2)
en ces termes ; Jacobus Bonfadius poft
eum
% ï. Il faloit dire: de Salo fur le Lac de Garde.
% z. Le Boaudio fut exécute l'an 1551. com-
me
Anti-Baillet. P. I. 331
eum (Lœlium Capilupum) commémorât*-.
dus Vernit: Salonœ ad Benacum natus : fo-
luto pedejlrique fcribendi génère in fuây
Latin aque Linguâ clarus. Sed tantas do-
tes diverfi mores corruperunt : ita ut, ob
rem tacendam, Genuce , cujus urbis Hifto-
riam aliquot annorum fcripferat , Jecuri
perçu]] us fit , adhuc végéta atate , & in-
fraéîo mentis robore , quod ad ultimum us-
que fpiritum fervavit : fcriptâ fub id tern-
pus elegantijfimâ epi/lold : quâ, Socratis
exemplo , animum tranquillum & intrepi-
dnm ad morîem fe affcrre contefiabatur*
Scipioné Ammirato , dans ion Ritratto
du Bonfadio, a écrit qu'il fut brûlé, Voi-
ci fes termes: Non fia che cofajia gentilez-
za neW arte & maniera dello fcriver Let-
tere , chi non à letto le Lettere di Jacop*
Bonfadio : délie quali quella ove dpinge il
lago di Garda , dallequali contrade egli du-
vet te tirar lafiua origine , è maravigliofa-
mente bella. Dato in qitefto modo faggio
del fuo fehcijfimo ingegno , fù condotto da
Genovefii per fcriver la loro Ifioria : alla-
quale , féconda io 0 udito , avea dato //obil
cominciamento. Ma trovato che egli t'rra-
va la gioventà a governo contrario di quella
che allora fi era indiritto , fotto coLre d? im-
pudici amori gli pofer le mani addoffo : e
feravventura non trovatolo fenza colpa , il
condennarolo al fuoco. Del cattii etto \ *er
che foffe meno fcufabile ; fi leggono ans or ri»
me, le quai par che rendan teflimonianza di
cotefla
me l'a bien marqué le Ghilini, & non pus i'an
»j«o. comme Ta cm M. de Thon qui s'eft trompé.
332 Anti-Baillet. P. I.
cotefta fua inclhazione. Ma comunqnr
tutto cio fi fuffe avvenuto , non fi puo con
occhi afciutti di lagrime ricordar d?uom taie
fine cosi doForofo ççf acerbo. Onde far à be-
ne tra-r quefîo ricordo, non dover chi che
fia per qualunque fuo gran merito , vana-
mente a fe lufwgando , fperar à fuoi mis-
fatti perdono t o \cemamento. di pena: poi-
che a di noflri con pari pajjo, e qitefio mi-
fera- c$l fuoco in Genova, eU Franco col ca-
peftro in Roma* Tedemmo terminare Pinfe-
lice lor vita. Le Cavalier Marin dans
deux Madrigaux de Tes Ritratti a écrit aus-
Il que le Bonfadio fut brûlé. Voici 1s
premier Madrigal.
jtrfi , farfalla incauta , ed infelke ,'
In foz.z.o foco di vietate voglie.
Or vergognofa e mijera fenice ,
Logo d'infâme a.furat ecco m'accoglie.
Ma bencb' Aftrea, ch"e di Natur* ultrkt]
Incenenfca que/le immonde Spoglie,
Cener non fia pero , che la brttttura
PoJJa lavar de la mia fam* ofim**
Voici îe (ègond :
TfQmero e Marone la fcritturs
Imitai pria vi vende.
M*
% r Ceux qui ont écrit qu'il fut butlé, 5c ceux
qui ont écrit qu'il fut décapité ont tous deux rai-
fon. Il fut décapité & enfuite brûlé. Tout ce que
ces Meflîeurs qui follicitérent pour lui purent ob-
tenir fut qu'il, ne feroit point brûlé vif. G'eft ~e
Anti-Bai llet. P. I. 333
Ma Troia nell' incendio , # nell' arfura
Imitai poi morendo :
Ella, preda delfoco;
Iot de le flamme gioco.
Ma divtrfa cagion tarder ne diede ,
Elena a l'una, at'altro, Ganimedc.
Il eft vrai qu'il fut condamné à être brû-
lé: mais . à la follicitation de fes amis ;&
particulièrement du jeune Grimaldi; ion
fupplice fut changé: (1) & il ne fut que
décapité. C'efl: ce que nous avons appris
du Poëme Latin de Paul Manuce; inti-
tulé Ad eos qui laborarunt pro faïute Bon»
fadii , imprimé dans le De lie ta poëtarum
haï or um. Voici l'endroit de ce Poème
qui regarde ce changement de fupplice :
Exprimitur tandem hoc invito a^udke^ivus
Ne comburatur crepitanti deditus igni.
lum fe carnifici fevo Bonfadius ultro ,
Mentt Deum fpeclans , animo imper ter ùt ut
fiffert.
Ille minifleriê properè funclurus iniquo ,
Terribilii rigidam fufpendit ad alta fecurim.
Voici
que difent affer clairement les vers de Paul Maau-
ce citez par M. Ménage.
Exprimitur tandem hoc invito à Judice , vivftt
fit tomi/HTAthr crtfitMli deditus igui, ;
334 Anti-Baillet. P. I.
Voici la Lettre qu'il écrivit en mourant :
Al Signor Giovanbattijla Grimaldl,
Mi pefa il morire : perche non mi pare
di meritar tanto : e pur m'acqueto ciel voler
' d'Iddio: e mi pefa ancor a, perche moro in~
grato : non potendo render fegno a tanti o-
norati Gentiluomini che per me anno fuda~
to & angufliato , {e majfimamente aV. S )
del grato anima m'u,. Le rendu con Veftre-
mo fpirito grazie infinité: e le rac comman-
do Bonfadino^ mio nipote : ed al Signor Do-
menico Grillo , ed al Signor Cipriano Pala-
vicino Sepelliranno il corpo mio in San
Lorenzo, E fe da quel mondo di la fi po*
trà dar qualche fegno fenzafpavento , lofa-
ro. Refiate tutti felici.
Cette Lettre fe trouve imprimeV dans
un Recueil de Lettres Italiennes (i), in-
titulé Lettere di diverfiUomim illuftri rac-
coite da diverfi libri, imprimé in- 8. ivTrc-
%'ifo apprejfo Fabritio Zanetti, en 1603.
xc.
De Théophile Viaud , Poète François,
MOnfîeur B a 1 l l e t , au chapitre
1428. de Ton Livre, a écrit que
Théophile , furnommé Viaud, étoit
mort à Paris après deux ans de prifon
dans
^ I. Elle avoit paru dès Tan 15 $9. à Vcnife dans
un Recueil de même titre chez Gabriel Giolito de*
Eenaii, Ce qui feit à faiie voix que le ioufadio
OC
Anti-Baillet. P. I. 33^
dans la Conciergerie du Palas. Théophi-
le mourut a Paris dans l'Hôtel de Mom-
morency, (je l'ai ouï dire à Des-Barreaux
qui le vit mourir) où Mr. deMommoren-
cy, qui l'honoroit de fa protection , lui
donna retraite quelque- tems après l'Arrêt
du Parlement de Paris par lequel il fut
condamné à être banni. De la forte que
Mr. Baillet s'eit exprimé, il femble qu'il
ait voulu dire que Théophile mourut dans
la Conciergerie du Palais de Paris.
Mr. Baillet ajoute, que c'eft particu-
lièrement contre les accufations du 1ère
Gara/Te que Théophile a fait fon Apolo-
gie : ce qui eft véritable. Mais le Père
Garafle n'eft pas le feul Jéfuîte qui ait écrit
contre Théophile. Le Père Théophile
Renaud (2) l'a encore plus maltraité que
le Perc GaraiTe. Voici comme il en par-
le dans fon Traité de Theophitis , p.
229. Theophilus VlAUl), fô^i-
norum <evi noflri , & Atheorum elancula-
riorum ftgnifer , omnium turpitudinum
reus faiius eft: & ,-quod eft negationis
Dei veftibulum , de negatâ anbn<e immor-
talitate eft infimulatus, Cui macula abs-
tergenda Jibrum confcripfit de Animsc im-
mortalitatc : fed adeo énervera, utvidea-
tur perfuadere voluijfe, rêvera ânîmam ra-
t'tonaîem ejfe mortalem. Opus item , cui
titulus eft ParnafTus Satyricus:y«/>ra quas-
vis Apuleii , Luciani , Romantii à Rofa^
ac
ne fut pas exécuté l'an ij6o.
fl 2. C'cft T^jnahd qu'il s'appeloit & non pas
T^enAud.
a Anti-Baillet. P.I-
tijjim >»ge«» ^f'iflejuventut, t»-
rte.?'»!»,*.™ I * %% omnia d,JJi«u.
cm profîerea /nv.ua <& x N rais
?u longue » r*Jf" JJ„C^ "uCThdoPhilc <-
Anti-Baillet. P. I. 337
impietatem , itf Socraticam noxam de ju*
ventutis corruptione , pncjidio excellentijfi-
mi cujufdam Magnat is , (c'eft Mr.de Mom-
morency) ab hum ans hic tutus fuit. Sed
quia De us non irridetur , Magnas Me ,pau»
to pofl majeftatis reus , capite minutus eft.
Ejus vero c liens yiaudus , nihil minus ex-
fpeclans , fubita & improvifa morte abiit in
locum fuum ( i ) ; nullis expiatus facramen-
tis: magno injeéio terrore omnibus qui in
magifterto impietatisfub eo meruerant: ne
forte praoccupati ipfi quoque , fubitanea £5*
improvifa morte in Lfci manus inciderent z
ultorem fenfuri quem in impatientia expec-
tantem defpexerant.
Le Père d'Orléans de la Compagnie de
Jefus,ne l'a pas non plus épargné. Voyez
ce qu'il en a écrit dans la Vie du Perc
Coton.
Mr. de Balzac dans une de Tes Lettres
à Mr. Sébaflien Boutillier, Evêque d'Ai-
re, qui elt la 14. du Livre premier de Tes
Lettres ,ne l'a pas non plus épargné. Voi*
ci comme il en parle : fi Théophile eûtfui-
vi cette maxime, il vivrait en fureté par-
mi les hommes, & ne ferait pas pourfuivi
à outrance comme la plus farouche de tou-
tes les bêtes : mais il a mieux aimé finir
par une tragédie , que cC attendre une mort
qui
traire à un malade le lui refufa , & depuis s'en re-
pentit, diiant, quand l'ocdlion le prefentoit d'en
parler, que ces a^choix auioient peut être fauve la
vie à fon ami, la nature fouhaitant quelquefois des
chofés qui toutes mallaines qu'elles paroifl'ent lui
feroient très- falut aires par la difpolition paitiçulic*
te où elle fe trouve.
ÏM.yiLPart.L P
g*S Anti-Baillet. P. I.
qui fut inconnue au monde , Ç33 ne faire rien
que des chofes ordinaires. A ce que j'ap-
prens, & fi le bruit qui court eft véritable ,
il s' eft imaginé qu'il pouvait être ce dernier
faux Prophète, dont la vieillcjfe de l'Eglife
eft menacée: C5* quoi qu'il fait né pauvre ,
Ê25 qu'il eût peu de fortune , il a été fi pré'
fomtueux que de fe prendre pour celui-là,
qui doit venir avec des armées troubler la
paix des eonfciences , & à qui les Démons
gardent tous les tréfors qui font cachez fous
la terre. Du tems qu'il fe contentait de
faire des fautes purement humaines, &
qu'il écrivait avec des mains qui n'étoient
pas encore coupables , je lui ai fouvent mon-
tré qu'il ne faifoit pas d'excellens vers , &
qu'il s'efiimoit injuftement un grand per-
fonnage. Mais voyant que les règles que je
lui propofois pour la rejormation de fon fiy-
le , étaient trop févéres , Cff qu'il ne pour-
voit pas venir ou je le voulais mener , il a
jugé peut "être qu'il devait chercher un au-
tre chemin pour fe mettre en crédit à la
Cour , & que de Poète médiocre il pouvoit
devenir grand Légiflaieur. Si bien qu'on
dit par tout, qu'après avoir renverfé quan-
tité de faibles efprits, & paru lo.-ig-tems au
milieu d'une multitude ignorante , il a fait
à la Un comme un homme qui fe jetterait
dans un précipice , pour acquérir la réputa-
tion de bien fauter* Cette Lettre efl: datée
du 20. Sept. 1623. Théophile y a répon-
du par une Lettre adreflee à Mr. de Bal-
zac. Cette Lettre de Théophile mérite
d'être lue. Elle eft imprimée dans les
dernières Editions des Oeuvres de Théo-
phile. . Mal-
Anti-Baillet. P. I. 339
Malherbe de Ton côté a auiïi fait men-
tion de l'affaire criminelle de Théophile:
mais avec moins de véhémence que le Pè-
re GaraiTe, le Père Théophile Renaud, &
Mr. de Ba zac : ou plutôt, fans véhémen-
ce. Car voici ce qu'il en a dit dans une
de fes Lettres à Mr. de Racan ; laquelle
elt du 4. Nov embre 1623. Pour 'Théophi-
le, je ne faurois que vous en mander , c'eft
une affaire qui , felm la coutume , fit un
grand bruit h fa nouveauté. Depuis il ne
s'en eft prcÇque point parlé. Ce qui m en
donne plus mauyaife opinion, c^eft la coït"
dit ion des ferfbnnes à qui il a à foire. Il en-
tent parler des J: foires: & emre autres,
du Pcrc Voifin & du Pcre Garaffe. Pour
moi , je penfe vous avoir déjà écrit, que je
ne le able de rien, que de t? avoir
rien fait qui va die au métier dont il fe mé-
ïoit. S'il meurt pour cela vous ne devés
point avoir de peur: on ne vous prendra
pas pour un de fes complices. Quoique
Malherbe n'eftimât pas les vers de T
phile, Théophile ne laitfbit pas d'eftimer
ceux de Malherbe. Voici comme il en
parle dans une de fes Elégies:
Imite, qui voudra les merveilles J'autrui.
Malherbe a très-bien fait, mais il a fait pour
lui.
Mille petits voleurs l'écorchent tout en vie.
Quant à moi , ces larcins ne me font point
d'envie.
j'approuve que chacun écrive à fa façon.
J'aime fa renommée, & non pas fa leçon.1
P \ Ces
3<p Anti-Bai llet. P. I.
Ces Efprits mandians d'une veine infertile
Prennent à tout propos ou fa rime ou fort
ftile:
Et de tant d'ornemens qu'on trouve en lui
fi beaux ,
Joignent l'or & la foye à de vilains lam»
beaux,
Pour paroître aujourd'hui d'auffi mauvaife
grâce
Que parut autrefois la Corneille d'Horace.
Ils travaillent un mois à chercher comme
à fîs
Pourra s'apparier la rime de Memphîs.
Ce Liban , ce Turban , & ces rivières mor-
nes,
Ont fouvent de la peine à retrouver leur*
bornes.
Cet effort tient leur fens dans la confufîon ,
Et n'ont jamais un rais de bonne vilion.
Il en parle encore plus avantageufement
dans fa Prière aux Poètes de ion tems.
Je ne fus jamais fi fuperbe
Que d'ôter aux vers de Malherbe
Le François qu'ils nous ont appris.
Et fans malice & fans envie
J'ai toujours lu dans fes écrits
L'immortalité de fa vie.
Plût au Ciel que fa renommée.
Fût auûi chèrement aimée
De mon Prince qu'elle eft de mou
Soa
A m ti- Baille t. P. I. 341
Son deftin loin de la commune
Seroit toujours avec le Roi
Dedans le char de la Fortune.
J'ai remarqué dans me» Obfervatîons
fur Malherbe, que Théophile fe moc-
quoit néanmoins de ces vers de Malherbe,
Cette Aû?ie*ji belle, &c. & que pour les
tourner en ridicules, il en avoit ainfi pa*
rodié le premier couplet,
Ce brave Malherbe
Qu'on tient fi parfait,
Donnons lui de l'herbe,
Car il a bien fait.
Mais comme Mr. Baiîlet Ta fort bien
remarqué , Théophile pouvoit conter au
nombre de fes difgraces , d'avoir vécu
au même tems que Malherbe; car Mal-
herbe l'obfcfircilîbit : ou plutôt, il l'ef*
façoit.
Je reviens à fon affaire criminelle ,
comme je ne le tiens pas iï innocent que
l'a cru Malherbe, je ne le tiens pas non
plus li coupable que l'ont cru le Père Ga-
raflc & le Père Théophile Regnaud :Mes-
fîeari du Parlement ne l'ayant condamné
qu'à un banniifement. Jl eft au relie très-
conltant qu'il n'eft point l'Auteur duPar-
naflè Satyrique. Ce Livre , comme les
Priapées, cft un ramas de Pièces compo-
fées par dîfterens r\uteurs: car je ne fuis
pas de l'avis de Mr. Guiet, qui croyoit que
P 3 Do-
%42 Anti-Bmllet. P. ï.
Domitius Marfus étoit Tunique Auteur
des Priapées.
J'ai ouï dire à une perfonne qui avoit
connu Théophile très- particulièrement,
qu'il étoit l'Auteur de la Sophonîsbe de
Mairct; & que Maîret la lui avoit volée;
& qu'il en avoit ouï réciter des vers à
Théophile, comme étant fe$ vers. Il
peut être que Théophile ût commencé u-
ne Tragédie de Sophonîsbe, & que Maî-
ret qui le voyoit familièrement (car Mai-
ret étoit Secrétaire de Mr. de Mommo-
rency , le Patron de Théophile) ût tra-
vaillé fur fon plan ; & même qu'il eût
emploie quelques-uns de fesvers; mais
il n'y a point d'apparence qu'il lui ait vo-
lé cette Tragédie toute entière : dont le
ilyle d'ailleurs eft très- difiemblable de ce-
lui de la Tragédie de Pyrame & Thisbé de
Théophile.
Théophile, félon le Mercure François,,
mourut !e 25*. Sept, de l'année 1616.' Sa
maladie commença par une* fièvre tierce
qui fe tourna en quarte par un remède en
poudre que lui donna un Chymifte.
Il étoit de BoufTeres Ste. Radegonde,
village fur la rive gauche du Lot: un peu
au defïus d'Eguillon : ce que j'ai appris de
cet endroit de fa Lettre à fon frère:
Quelque lacs qui me foit tendu
Par de fi fubtils adverfaires,
Encore n'ai-je point perdu
L'efpcrance de voir Boufferes.
Encore un coup , le Dieu du jour
Tout
A nt i -Bail le t. P. I. 34J
Tout devant moi fera fa- Cour
Es rives de notre héritage, &c.
Ce font les droits que mon païs
A mérité de ma naiiîance:
E: mon fort les auroit trahis
Si la mort m'arrivoit en France.
Non, non, quelque cruel complot
Qui de la Garonne & du Lot
Veuille éloigner ma fépulture,
Je ne dois point en autre lieu
Rendre mon corps à la Nature.
Ni réfigner mon ame à Dieu.
Ce frère de Théophile étolt Maître
d'Hôtel de Mr.de Mommorency.
Le Père GaraiTe Livre 1. chapitre 14.
de fa Doctrine Curieufe, dit que Théo-
phile étoit fils d'un Tavernier de village.
Ce qui, félon Théophile dans fon Apolo-
gie, eft une fuppoiition.
XCI.
ù<m au chapitre de Mamett Pati£on1
Imprimeur de Paris.
PAtiJfon et oh £ Orléans , & fui' oit quel-
que chofe. Ce font les termes du
Thuana. François Pithoa dans fon Pi-
thœana minuter it, qui et! dans la Biblio-
thèque de Mr. Peletier Contrôleur Géné-
ral des Finances , a aufli remarqué que
Mamert Patiflbn étoit d'Orléans. Le Poè-
te Régnier, dans fa quatrième Satire, adres-
P 4 fée
§44 Anti-Baillet. P. î.
fée au Poète Motin, a fait mention de lui
en ces termes ;
Or que dès ta jenneflfe Apollon t'ait appris -,
Que Calliope même ait tracé tes écrits;
Que le neveu d'Atlas les ait mis fousfalyre,
Qu'en l'antre Thefpéan on ait daigné les
lire;
Qu'ils tiennent du favoir de l'antique leçon;
. Et qu'ils foient imprimez des mains de Pa-
tiilbn ;
Si quelqu'un les regarde & ne leur fert d'obs-
tacle,
Eftime, mon ami, que c'eft un grand mi-
racle.
Scévole de Ste Marthe lui a adrefTé des
vers Latins., par lefquels il lui recom-
mande l'édition de fes Ouvrages. Jofeph
Scaliger lui a écrit la troifiéme de fes Let-
tres Latines , où il le traite d'homme fa-
vant (î). Cette Lettre de Scaliger, pour
le marquer en palTant, eft écrite, ce qui
eft remarquable, contre un certain Fran-
çois de rifle (2), Procureur du Parlement
de Paris, lequel avoit écrit en vers Latins,
contre Jofeph Scaliger au fujet des en-
droits
«If r. Il ne l'y traire pas de favant, en termes ex-
près, mais il lui écrit comme à un Savant, la Let-
tre qu'il lui adreiTe fuppofant en lui une érudition
plus que médiocre.
f 2. Dans le fécond Scalirerana Jean de VaiTan le
qualifie Procureur au Chârelet.
fl 3. Il mourut l'an t6oo. ce que nous apprenom
3'une Lettie de Cafaubon au Jéfuite André Sehoit,
la-
Akti-Bxillzt. Prl. 34^r
droits de Lucain qui regardent l'Adrono-
mîci & lequel, au jugement des connois-
feurs, lui avoit porté des bottes franches.
Voyez Mornac dans fon Ftriœ Forenfcs,
à l'article de FranciJ'cus Injulanus page 75*.
Mamcrt Patilfon mourut avant Tannée
1606. (3). Car en cette année-là Philip-
pe Patiilbn, qui, apparemment, étoit fon
fils , imprima le Recueil des vers d'Amour
de Bertaud ; & le Privilège pour l'édition»
de ce Recueil eft obtenu par la veuve Ma*
mert Patiilbn.
XCII.
Addition au chapitre de Nivelle.
COntius, dans fa Préface fur k Corps
de Droit de Nivelle de 15-76. parle de
ce Corps de Droit en ces termes: Si vero
miniat* , nigrœquc feripturœ mixtamjucun-
ditatem , qu.c & oculos & memoriam pafc'ti
& juvat : Ji chartee minime bibulœ bonita-
t$m , candorem ac nttorem : fi charatterum
multiplie e m elegantiam :fi emendationis do
nique limant ^ fummamque fidem fpecletis ,
fatebiraini nunquam hu'tc Corpori fimile
ejufdem bunitatu editnm fuijje : & mecum
des»
laquelle eft la 2jo. de l'édition d'Alemagne. Il y
eft parlé dte la mort de Patiffon arrivée deux an*
auparavant, anu biennium. La Lettre eft du 13. Juil-
let r6oi. ce qui fait voir qu'il mourut en i<îo». 8c
Sue le Patifl'on dont il eft parlé dans la 227. Lettre
u même Cafaubon datée du 1. O&obre Uoi-, ^'çfc
autic que Philippe fils de M.imert.
p*
34<5 Anti-Baillet. P. I.
defperabitis fimile unquam editum ite-
rum irii
Voici fon Epitaphe: qui eCi dans l'Egli-
fe St. Benoît de Paris: Ci-devant gifent
honorables personnes , Sébaflien Nivelle ,
Marchand Libraire "Juré en PUniverfitè&
Bourgeois de Paris : ^T Madelaine Ban-
deau , Ça femme : qui ayant vécu enfemble
Vefpace de cinquante- cinq ans , [ont décé»
dez : [avoir ledit Nivelle âge' de 80. ans ,
le 19. Novemb. 1603. £*f /<ra/te Bandeau,
âgée de 78.
XCIII.
Addition au chapitre de Jean Cotta, Poète
Latin d'Italie.
MOnfîcur Baillet, Jules Scaliger
d't que Jean Cotta avait cornpofé Ces
Epigrammes fur le modelle de celles de Ca-
tulle , rjfc.
Ménage. Et Flaminius dit que les
vers de ce Cotta font encore plus doux
que ceux de Catulle.
Si fas cuiqite fui [en fus expromere cor dis ,
Hoc equidem dicam pace, Catulle, tua:
Bfi tua Mufa qu'idem dulciffima: Mufa vi-
de tur
Jpfa tatnen CottA âulclor ejfe mihu
Mr.
% 1. Le Cavalier Marin a juge' cette Epigramme
tout au moins pafîable, plus indulgent en cela que
2&i Ménage qui pag. 31?, de ce Yolunae veut absolu-
ment
Anti-Baillet. P. I. 347
Mr. Biilîet , au refte, n'a pas traduit
avec fidélité les paroles de Jules Scaliger.
XCIV.
Addition au chapitre de Fracaflor.
QUand Fracàftor vint au monde, Tes
lèvres fe tencient; à la referve d'une
petite ouverture au mil-ieu par laquelle il
prenoît de l'aliment. Un Chirurgien les
lui fépara avec un rafoir. Et là-defïus Ju-
les Scaliger a fait cette Epigramme (i) :
Os Fracajîorio najcenti dtfuit , ergo
Sedulus attenta finxit ApclU manu.
Inde hauri , ïvledicufaue ingens , ingenfquè
Poe ta ,
Et magno f actes omn'vt plena Deo :
Laquelle a été ainfi traduite en Italien
par le Cavalier Marin :
Al Yracaftor nafcente
Manco la bocca , allora il biondo Die
Con arte diligente
Di/ua man gliela fece, e gliel' aprtol
Pot d\ (e glieï emplo.
Gjuinci ei divin divenne : ed egualmentd
Di doppia gloria in un gtunfe a, la meta,
E Fifico , e Po'étt,
xcv.
ment que de toutei les Epigrammes de Jule Scali-
ger il n'y c« ait pas une feule médiocrement bonce,
P 6
34$ Anti-Baillet P.L
xcv.
Mr. BailUt m'a pas fu l'Hifloire du diffé-
rent d'entre le Cavalier Marin & le
Murtola.
Tome 4. "\ \ Onfîeur Bail le t. Le Murtola
partie 1. IV A prétendant empêcher le Cavalier Ma-
pag. s 3 6. rin , nouveau venu dans la Cour de Savoy e,
chapitic £g s'infinuer dans les efprits , commença par
* * faire [a Vie. Cétoit une Satyre dans la'
quelle il déchirait fa réputation, & tâchait
de décrier fe s vers, auffi bien que f es ac-
tions. C'ejl peut-être ce que l'on appelle la
Marineide, Rifate, fi nous fuivons le Cras-
fo. Le Cavalier Marin fit pour lui répon-
dre la Murtoleide., Fifchîate; qu'il rem-
plit d'un felfort acre £«f fort pic quant. De-
jorte que bien que Murtola eût fait une ré-
plique , qui félon le Ghilini & le fuftinia-
ni , n'efl autre que la Marineide ; qu'ib
prétendent avoir été précédée de la Murto-
leide , il ne lai/fa pas de demeurer auffi. ri-
dicule que le Marini F avait fait. C'efl ce
qui l'obligea de recourir à l'arquebufe.
D'autres Auteurs Italiens donnent un autre
ordre à toutes ces Pièces Sa-yriques. Ils
di^nt que l'arquebuzade produijit la Mur-
toleide, & que Murtola s' étant fauve à
Rome au j or tir de la prifon, répondit de
loin par la Marineide : ce qui paraît plus
irai-femblable.
Ménage. Encore une fois, Mr. Bail-
let n'a point lu d'orîg-'naux. Il n'a vi), ni
la Murtoleide, ni la Marineide. S'il a-
voit
Anti -Baille t. P. I. 24?
voit vu ces deux Ouvrages imprimez en-
femble in douze à Francfort en 1616.
chez Jean Beyer, il auroit appris par ce
titre de la Marinéide, la Marinéide, Ris-
pofta che fa il Murtola al Marino , & par
ces vers délia Rifata prima t
lo mi rido , Marin , di quante mai
Sa: pi contra me far ver/i , 0 Tifchiate,
Que la Murtoléide a précédé la Mari-
néide. 11 eil auffi confiant que le Murto-
la ne publia la Marinéide qu'après le coup
d'arquebufe qu'il tira au Marin. Ce qui
paroît par cette Lettre du Marin au Con-
te Fortuniano San Vitali.
Il Murtola , ancorche Jl vedeffe da mt
molto Jlrappazzato , e beffato con tante fi"
fchiate , e fi accorgefie défier dhenuto fa-
yota e obbrobrio , non folo délia Corte , ma
di tutta la chtà. il tutîo non dimeno diffim
r/iulava : e fe bene in apparenza fi vedeva
turbuto , dimofirava pero una flemmatica
fojferenza. Ma finalmente , ejfendo Jlato
licenziato dal fervizio di S» A. non à fapu- II étôit
to pin contenerfi , ma per aver perduta la Ssgretaire
r. . . .J\ . * *. . du Duc df
raztone , e diventato ueramente rrraztona- savoyç-
le. E perfaadendofi effergli cio avvenuto
per opéra mia ; {corne s'io auejfi tanto d'au-
torità con quefto Seren'-jfimo Prencipe che
potefii fare e diffare ogni cofd) ne fapendofi
levar quefla imprefjione dalla mente , fenza
confiderare il fuo poco merito , &c. Do*
rnenica paffata, che fu il primo di Febraio s
vigilia délia Purificazione délia Santiffima
Vergine , giorno per me fempre memorabik,
P 7 fù
55*0 Anti-Baillet. P. I.
fit la flrada maejîra , prejfo la piazza pu-
blic a, poco innanzi aile 24. ore , mentre
ch'io di lui non mi guardava, mi appoftb
con una piflolotta, carie a di etnque palle
ben groffe , e di fua propria mano , molto
davicino 9mi tiré alla voita délia vita. Dél-
ie palle , tre ne anâarono a colpïre la porta
iïuna bottega, ch'ancerafe ne vede fegna-
ta: Paître due , mi paffarono ftrifeiando Ju
per lo braccio (iniftro , e giunfero àferire il
-Bratda, giovane virtuojo , ben nato , e mi 9
parziale amico : ilquale mi era allora al la-
to , e veniva meco paffeggiando'.talchepiac-
cia a Dio che la feampi , &c. Appena fu
in piazza, che die de tragli sbirri. E non
oftante che fi ritrovaffe addoffo (oltre la pi-
flold) un fufetto lungo due palmi, col quale
fi poteva per aventura difendere , infomnta
fuprefo : e tutto pefto dal popolo , fu con dot-
to in prigione : dove , fenza altra tortura ,
fubito confefjo e ratifiée d'avermi tirato con
animo deliberato d? ammazzarmi : affer-
mando , che quand@ aveffo potuto , tutto
che fuffe flato ficurijjimo di morire , mi a-
irebbe dato di bel mezzo di , quando io era
in carroza col Dîica e coi Cardinali. Loda-
to Iddin , la cofa à riufctta in guifa cttio la
poffo ferivere e raccontare. Quanio in ques-
ta cofa fento d'affanno , è da una parte il
rnale deW amico , tiquai mi preme in fino
alP anima : parendomi che fenza colpa ab-
bia patito per me: e 4alP altra, la roce
ïhe z-a fpargendo quel fîirfavte , per coprir
la fua invtdia e ifeufare la Ju? raalignith,
ch'io Vabbia con Poëfie ixgiurio) e ï irSama-
torie offefo neW onore dette forelle. E Id-
dio
Anti-Baillet. P. I. 3^
diofa, fe malin alcuna jcrittura di quelle
mie burlefche o trappafjati i termini del re-
dicolo e délia piacevolezza : parendomi
quefto un modo aJJ'ai dolce per mortlfictre
lajua arroganza. Ne anche tan? oltre far et
trafcorfo , s'eglifteftb con parlamenti fuperbi
edodiofï, non mi aveffe provocato, &c.
Deftdero , che fi fappia dagli amici\ e fpe-
ciaimente dal mio Signor SttgVani, il qua-
le à da fcufarmi , fi trafportato dalle pajjio'
ne , prefi di lui ilfofpetto che prefi : poiche
dopo il Juccejfo di quefto fatto , o faputo
quel che prima io non fapeva , cioè , che cos-
tui avea fatie , non m'tca délie compofizioni
da hurla ^ ma délie Pafquinate [facciatiffi-
me , e mandatele in quk e in la. Bafta egli
à volute rendermi fifchiata per fifchiata :
poiche in effetto ancora mi fifchiano Porec-
chie délia /parafa che fece la botta ; laquale
parve quajt nna arùiglieria.
L'Adoné du Cavalier Marin ctoit ori-
ginairement dédie au Maréchal d'Ancre.
C'efl: ce que j'ai appris de Mr. Bautru,
qui en avoit vu la Dédicace; laquelle il
m'a autrefois récitée.
J'ai appris de Mr. Chapelain , que le
Cavalier Marin étoit le premier, ou du
moins un des premiers; qui avoit intro-
duit les trois rimes dans les Tercets des
Sonnets.
Le Cavalier Marin ne fe tenoft pas in-
férieur au TafTe. C'efl: ce que j'ai appris
de cet endroit d'une Lettre du Cavalier
Marin à Bernardo Caftello: Sia mi leci-
to , in confidenza, di rompere il freno dél-
ia tnodeftia^ e di fmoderare alquanto in ar-
s
3f2 Antî-Baillet. P. I.
roganza. Iddio mi doto , la fua merc&,
d'intelietto taie , che fi fente abile à compor-
re Poèma non meno eccellente d'i quel che
fi abbla fatto il Tafjo : e s'io dicejfi che'già
Vofatto, e che h far h comparire alla luce ,
riavuti cWi'avro i miei fcritti , non direi
forfe mentita. C'eft à la page 178.
XCVI.
Addition au Chapitre de St. Amant.
Aint Amant récitoit fort bien des vers,
mais il y avoit beaucoup de défauts dans
ceux qu'il féfoit. Et c'eft de lui dont
Gombaud a voulu parler dans cette Epi-
gramme:
Tes vers font beaux quand tu les dis.
Mais ce n'eft rien quand je les lis.
Tu ne peux pas toujours en dire.
Fais en donc que je puilTe lire.
Il ctoit fils d'un Gentilhomme verrier.
Et c'eft de lui dont a voulu parler Map-
nard dans cette autre Epîgramme :
Votre nobleffe eft mince;
Car ce n'eft pas d'un Prince >
Daphnis, que vous fortes.
Gentilhomme de verre,
Si vous tombez à terre r :^ .
ftdipiUcs qualité^
XCVII
Anti-Baillet. P. I. 353
XCVII.
addition au chapitre de Ménandre.
AU fujet du talent qu'avoit Mcnau-
dre le Comique de bien caraclérifer
les Perfonnages, Mr. Baillet peut ajouter
ces vers de ÏVIénandre le Byzantin , dans
lefquels on demande à la Vie & àMénan-
drequi d'eux deux eft l'original:
■ ' ■ ii Msvuviïçe , xui Bt'c ,
HoTipoç dp' vpav ■zroTtpoy t^t^o-cCTO»
Ces vers font citez par tes Interprètes
d'Hermogéne à la page 3.S.
XCVIII.
Plufieurs erreurs de Mr. Baillet touchant
le Poète Licentius, compatriote , parent ,
& difciple de St. Auguftin. Mr. Bail-
let n* eft point Janfénifte*
MOnfîeur Baillet. Je pourrois
auffi ne pas omettre Licentius , Afri-
cain d'IIippone , l'ami de St. Auguftin : qui
le conftdéroit prefque comme fon Maître. Il
eft vrai que fes Hymnes font péries , avec
quelques autres de fes Pièces. Mais il nous
eft refté de lui une efpéce de Poème galant
& profane , des Amours de Pyrame & de
ThisbJ : dont le ftvle, au jugement du Pè-
re Briet, eft aJJ'ez oùfcur & ajjez bas:
n'ayant-
Lucilius.
Cette Let-
tre qui eft
la z6. de
l'édition
des Pères
Bénédic-
tins, eft la
39. de l'é-
dition de
Sâje,
35-4 Anti-Baillet. P.I.
n'ayant aucune qualité qui puij/'e le rendre
confidérablè.
M e n a g e. Tout cela eft faux.
Pergula piclorum , ve ri nihïl , omnia fifta.
Il eft faux que Licentius fût d'Hippone,
Il étoit de Tagafte: car & lui & St. Au-
guftin étoient d'un même lieu : comme il
le dit lui-même dans fon Poème à St. Au-
guftin , inféré dans la Lettre 26. de St.
Auguftin, qui lui eft adrellée.
Sed nos pr&terea qui ah una exfurgimus urbe ,
&c.
Quos domus una tulit , qui fanguine tingimur
uno.
Et St. Auguftin étoit de Tagafte. Mais
il eft vrai que Lilius Gyraldus a fait Lî-
centius d'Hippone: & qu'en cela il a été
fuivi par Gérard Volîius & par Borrichius
dans leurs Poètes Latins , & par le Père
Briet dans fon Acutè diéia Veterura Poë-
tarum. Et c'eft ce qui a trompé Mr. Bail-
let. Le Père Briet , pour prouver que Li-
centius étoit d'Hippone , & non pas de
Tagafte , dit que St. Auguftin l'appelle
civem fuum, h non pas conclvem: ce qui
eft dit fans raifon : avis lignifiant un con-
citoien : & conchis n'étant pas un mot La-
tin ancien
Il eft aufli faux que St. Auguftin con-
fidérât Licentius comme fon Maître. C'é-
toit au contraire Licentius qui confidéroit
St. Auguftin comme fon Maître. Et il
Tétoit en effet. Ce qui paroît par ces vers
de Licentius à St. Auguftin,
5*
Anti-Baillet. P.I. 3ff
— Jacet emn'is enim rnea cura legendi
Te non dante manum; v confurgere fola ve*
retur , crc .
Ferto, Magifter , opem : ac tune défère vires
Invalidas, ç?c.
Sed tecum reput ans tua candide vttba Magisr.
ter, a-c,
Et par ces mots de la Lettre de St. Pau-
lin à Romanianus, père de Licentius : U-
tinam hœc nunc Domini tuba, quâ per Au-
gujlinurn ini on at , fit vù noflri Lice nui im-
puîfet audit us , &c. l'une ierè fibi fum-
mus Chrifii Pontifex Auguflinus videbituri
quia fie (une & exauditum fentiet ab excel-
fo, fi quem tibi dignum genuit in literis ,
hune fibi digne filium pariât in Ckrifto. Et
par ceux-ci de la Lettre du même Paulin
à Licentius: Audi ergo, fili , legem patris
tut: id <?/?, ftdem Augujlini : q? nott re~
pellere conjilia matris tua : quod œquè no-
men in te Augujlini pietas vendicat ; qui
te tantillum geftavit finufuo, çjf à par vu-
lis primo laâle fapientiœ fecularis imbutum,
nunc etiam fpiritalibus laélare & enutrire
Domino geftit uberibus. Et par ces autres-:
qui font de Ton Elégie au même Licentius:
Tune remiriifceris fruflrà patris Augujlini
Contemffijfe delens veridicos monitus.
Mr. Baillet ajoute , que les Hymnes
de Licentius font pérfes. Et moi je lui
foûtîens que Licentius n'a jamais fait
.d'Hymnes. Lilius GyralJus a trompé M.
Bail-
35*6 Anti-Baillet. P. L
Baillet (0, en difant qu'il en avoit fait-
Et il a trompé de même Voïîius, Borri-
chius, & le Père Briet, qui fur fa foi ont
dit la même chofe. Lilius Gyraldus a é-
crit qu'il avoit auflî fait des Lettres envers.
Il ne paroît point que Licenrius ait fait
d'autre Lettre en vers que le Poème à St.
Auguftîn dont nous avons parlé.
Mr. Baillet ajoute encore, que de tous
les Poèmes de Licentius, il ne nous eil
refté que celui des Amours de Pyrame &
de Tisbé. Il eft très-faux , fauf le refpecl:
que je dois au caractère de Mr. Baillet,
que le Poème de Pyrame & de Tisbé de
Licentius exifte. Il ne s'en trouve pas un
feul vers. Et il ne paroît pas même que
ce Poëme ait été achevé. St. Auguftîn,
n'en parle que comme d'un Poëme com-
mencé. Il dit à Licentius dans fon de Or-
dîne, Livre premier, chapitre quatre: Ex-
pugnavi ne cum Pyramo £3? Tisbe çolh~
quereris. Et au chapitre huitième du
même Livre : Ubi fe Pyramus , & Ma
ejus fupra feminecem , ut cantaturus es in-
teremer'mt , in dolore ipfo quo tuum Car-
men vehementius inflammari decet , babrs
commodijfimam oportunitatem.
Ce que Mr. Baillet a écrit, que îe ftyle
de ce Poème, au jugement du Père Briet,
eft allez obfcur & affez bas, eft donc auflî
très-faux. Le Père Briet en jugeant du
ftyle
f 1. Peut-être auflî eft-ce Crinitus qui a trom-
pé & Gyraldus & Baillet.
f 1. Ce vers n'eft pas du caraitére héroïque, les
mon
Anti-Baillet. P. I. 3$7
flyle du Poème de Licentius, a entendu
parler du Poème de Licentius adreilé à
St. Augultin, & inféré dans la Lettre de
St. Augum'n à Lîcentius. Il y a au refte
de très -beaux vers dans ce Pocme. Ce-
lui-ci entr'autres, au fujet de Protée, eft
admirable (2),
Spumat aper , fiuit unda , frémit les , fibilat
anguis.
Et , pour le marquer en pafTant, j'ai quel*
qu'opinion que Bucanan a vifé à ce vers,
en difant dans le Prologue de fa Tragédie
de St. Jean Battifte,
Veteres Poèt& fabulant ur Protea
^uemdam fuijfe , qui fe in omnes vtrtertt
Formas, nec ullis conttneri vinculis
Pôffet: Uquentes nunc in undas dum fiuit ;
Nunc flamma ftridet , nunc férus rugit leo ,
Viret arbor , horret urfus , anguis fibilat.
Comme Mr. Baillet a donné de gran-
Ides louanges à ces Meilleurs de Port-
Royal qu'on appelle Janfjéniftes , & que
d'un autre côté il a fort maltraité les Ré-
vérends Pères Jéfuites, qui font leurs An-
agoniftes, on a cru qu'il étoit Janfénîfre;
Et en cela on lui a fait beaucoup d'hon-
neur.
•nots y font rapportez les uns aux autres avec trop
f affectation. C'eft un vers de Grammairien, un
rers technique, Virgile n'auroit eu garde d'en faiiej
m pareil,
3?8 Anti-Baillet. P. I.
neur. Il ne mérite pas de l'être. Ces Mes-
fîeurs ont de l'érudition : & il n'en a point.
Ils ont du jugement: & il n'en a point.
Ils ont de la candeur: & il n'en a point.
Ils écrivent correctement : & fes Livres
font tous pleins de fautes de Langue. Ils
ont de l'humanité & de l'honnêteté : & Mr.-
Baillet eft un homme fauvage , qui orïen-
fe tout le monde de gayeté de cœur. Il
eft d'ailleurs tout-à-fait étranger dans l'his-
toire des Livres Anonymes de ces Mes-
iîeurs, & dans celle de leurs Livres impri-
mez fous des noms fuppofez. Il dit à la
page5-04.de fon 2. Tome part. 3. qu'on at-
tribue à Mr.Arnauld la Traduction du Li-
vre du Sacerdoce (1) , compofé par St.
JeanChryfoftome. Elle eft deMr. le Maî-
tre. Il dit à la page fuivante, que laTra-
duclion du i.v. & du vi. Livre de PEneïde
eft de Mr. de Sacy. Elle eft de Mr. Dan-
dilly. Il dit à la page 5-04. du même To-
me,
«[J 1. Ces méprifes touchant les Auteurs de Port-
Royal ayant été reconnues Se corrigées par Baillet,
M. Ménage qui a vu ces corrections pouvoit iup-
primer fa remarque.
51 2. Defportes devoit fa fortune à fa Poéfie,teut
le monde en convient. Elle lui avoit acquis en bé-
néfices & autres biens trente mille livres de rente.
Régnier neveu de Defportes Satire 9. dit que fon
Oncle avoit acquis par fes vers dix mille écus de
rente. Si Mr. Baillet s'étoit contenté de dire cela,
il n'y auroit eu rien à glofer , & chacun demeure-
xoit d'accord avec lui de cette vérité, mais il l'a tel-
lement altérée en plufieuis endroits de fes livres,
& a rapporté fur ce fait tant de circonftances diffé-
rentes les unes des autres qu'on ne fait à quoi s'en
tenir. Après avoir dit, pag. 565, du tome r. part. 1.
car une note qu'il a mife en marge , que Delpôrtes a- "
voit
Anti-Baillet. P. I. 3^9
me, que la Traduction de l'Office du St.
Sacrement, eft de Mr. de Sacy, elle eft
de Mr. le Maître.
Mais rien nejuftifie mieux que Mr. Bail-
let n'eft point Janfénifte, que la Remar-
que que je viens de faire au lujet de Licen-
tius. Car il paroît par cette Remarque que
Mr. Baillet n'a jamais vuSt.Augultin,qui
eft le Patriarche des Janféniftes.
XGVIII.
Ce que dit Mr. Baillet que Defportes ût fi-
ne Àbbayie de dix mille écus pour fes
vers , ri* eft pas véritable,
MOnfleur Bai l le t a écrit à la page
$6$. du Tome i. part. î.que Defpor-
tes ut pour fes vers une Abbayie de dix
mille écus (2), ce qui n'eft pas véritable.
Il eft vrai qu'il avoit dix mille écus ce ren-
te
voit gagne à faire des vers une Abbaïe de dix mille
-écus , il femble vouloir fe corriger infirmant pre-
mièrement qu'il avoit entendu parler non d'une
feule, mais de plufieurs Abbayies. Secondement
en faifant voir qu" les diverfes gratifications tant
de Charles IX. d'Uenri ili. &; d'Henri IV. que
de l'Amiral de Joyeufe n'avoient pas peu contri-
bué à faire ce revenu à Defportes , qui entre au-
tres libéralitez de L'Amiral en avoit reçu pour u-
ne fois celle de dix mille écus. Enf.ite dequo:pag.
448. dutom. 4. part. i. comme s'il a/oit entièrement
oublié tout ce qu'il avoit dit auparavant, il n'a point
fait de difficulté d'avancer que i'Amhal de Joyeufe
pour un Sonnet, ou pour quelque autre Pièce de vers
d'aufii petite importance fit pre:ent a Defportes d'un
bénéfice de trente mille livres de rente. Cz qui a
enibaralTé Baillet elt un pailhge de Balzac pa0'. 400.
du
$6o Anti-Baillet. P. I.
te en bénéfices: comme nous l'apprenons
du Satirique Régnier, Ton neveu.
Or, Rapin, quant à moi je n'ai point tant
d'efprit.
Je vais le grand chemin que mon oncle
m'apprit:
LaiiTant là ces Doéteurs que les Mufes ins-
truifent
En des airs tous nouveaux. Et s'ils font,
comme ils difent,
De fes fautes un livre auiîl gros que le fien »
Telles je les croirai quand ils auront du bien,
Etque leurj belle Mufe, à mordre fi cuifante,
Leur donra, comme à lui, dix mille écus
de rente.
Mais
Dïflert ^u ** tcm* °*e Pcikïon i»fak où il dit j M. ? amiral
<Phrer &r* ^e J°yeiife àonna une ^Abbayie pour un Sonnet , je l'ai
Moral' 22 0Ht eitre att-fll ^'en yue x'01'5' (il P^rle à Conrart; La,
jr-rÇ * " feine que prit M. Defpertes à faire des vers lui acquit
un loifir de dix mille écus de rente. Mon Père qui Pa vu
m'en a affuré. Ces deux faits II clairement féparcz
par Balzac ont été confondus par Baillet qui a fup-
polé que cette Abbayie donnée àDelportes luiavoit
acquis ce loillr de dix mille écus de rente. Je fais
que Baillet cite un autre endroit de Balzac qui le
ftiflert trouve » la pag. 590. du même tome en ces termes.
Cririaue* ^' L* ^r'lira' ^e Joyet*fe donna dix mille écus à un hom-
VI >~haD me yi'e ^'l' conT"* P0Hr t"* avoir didié un discours de ce
VIU 'des ftyle-là où il n^avoit pas oublié le z^énit de la vertu, le
Rem'araues Solflice de L'honneur, & ? apogée de la gloire , non plus
fur les deux V*e ^ ^ ' <ies mervei^es-> à" la merveille des %ois. Mais
S nets ce palTage eft encore moins favorable que l'autre à
™ ' Baillet, Se nul de tous les Auteurs qu'jl appelle en
garantie ne dit ni que l'Amiral de Joyeule a.t fait
prefent pour une fois de dix mille écus àDelportes,
ni qu'il lui ait donne une Abbayie , ni que cette
Abbaïe valût dix mille écus de rente. M. Ménage,
pag. 3 si. de foa Livre Italien intitulé MefcoU»zs>
aug-
I
A NTI -13 A ILLET. P- I. 361
Mais ces dix miik ccus de rente ne con-
iiftoient pas en une feule Abbayie. Des-
portes avoit trois Abbayies: celle de Ti-
ron , celle deBonport, & celle de Jofa-
phat. Et avec ces trois Abbayies, il a-
voit une Prébende de la Sainte Gnapelle
de Paris.
XCIX.
jttftificat'ion de ce que fat dit dans PEpitrâ
Lk'dicatotre de mes Poèfies, que fans
Vénus Apollon efi froid.
JAi dit dans l'Epître Dédicatoire de mes
Poèfies : Amaiorios verfus , pudicos licet,
hic cxcufarem fi meum ejfet exemplum. Sic
fcrip-
augmente le revenu de Defportes de deux mille é.
eus, ôc rapporte a (on (ujet un mot que je me fou-
viens avoir iû dans une Epitre dédicatoire de Mai-
ret au Duc d'Oflbnne qui eft que Defportes avoit
lui feul recueilli les recompenfes de tous les Poètes
fes devanciers, les contemporains, Se fes fuccefléurs.
Queiq te riche au refte que fût Defpoites il ne tint
qu'a lui de l'être encore davantage, fi l'on en doit
croire l'Apoflat Antoine Fufi p.ig. 171. de l'Epirrc
Apologétique qu'il a mife au devant de Ton Franc-
archer de la vrae Eglife. L'^ALbé de Tiron , dit-il,
fut plaifant en une reponfe qu'il fit à Henri III. lorsqu'il
refuj'a d'accepter de fa. main un de* premiers lArchcvtjïhez,
de ce Royaume. Le 1{oi s'enquerant de la, raifen , il dit
nu' il n'aurait jamais charge d'ames. Voire , dit le \oif
& vous ejles lAblé , n'avez.- vous pas charge des âmes de vos
Moines r Non, répondit Defportes , car ils n'en ont point.
Du Verdier pag. 958. de fa Biblioth. imprimée l'an
1585. ne donne à Defportes que cinq à 6000. écusde
jette : ce qui peut avoir été vrai de ce tems-là , Je re-
venu du Poète n'étant pas encore aufli grand qu'il
le fut depuis.
Tont.VILParU. Q
§Ôi Anti-Baillet. P. I.
fcripfit, quicumque ver/us fer ip fit. Et pro-
fedhfine Venere friget Apollo. Mr. Baillet
fait là-defîus une grande invective contre
moi: comme iij'avois dit la plus grande
impiété du monde. Sur ce principe : ce
font fes paroles : /'/ faudra conclure que
Mon/leur Ménage efi un excellent Poète :
& qu'au contraire on n'a trouvé jufqu'ici
que des Verfificatetirs froids cT languiffans
dans toute la Société des féfuites : fujjent-
ils des Cafîmirs , des Hofjchtus , des Mam-
bruns, des lî'alltus , des Rapins, des Corn'
mires, ou d? autres de cette force : qui bien
qu'ils ayent fait des vers , n'ont pourtant
pas jugé a propos d'y méfier des amourettes,
ni aucun amour profane , que pour en ins-
pirer de l'averfion, & pour en découvrir
ladiformité\ & qui n'ont point voulu fouffrir
que jamais Vénus vint échauffer leur Apollon.
Je répons à Mr. Baillet , que ce que
j'ai dit d'Apollon dans cette Epitre ne
doit pas fe prendre à la rigueur des ter-
mes & qu'il faut l'entendre commodé-
ment. La plupart des Maximes de .Mo-
rale, la plupart des Règles de Droit, la
plupart des Aphorifmes d'Hippocrate ,
s'entendent de la forte. Il eil vrai qu'on
peut réuifir en vers en traitant d'autres
matières que celles d'amour: & on peut
même réuffir en vers fur toute forte de
matières.
Mais c'efl: particulièrement dans les
matières d'amour que réuffiiîent les Poètes.
Hon hoc Calliope , non hoc mihi diflat Apollo
Lngenium nobh ipfa puella fac'a ,
dit
Antî-Baillét. P. I. 363
4lt Properce. Lîv.^;
Si dare vis nojttx. vires ardmofaue ThalU, Cg" *■
Et viclura peu s carmin* , da quod amem>
Cynthia te vatem fccît , lajcive Properti,
lnicnium GaIU pulchra Ljcoris erat.
Tama efi arytti X.wejïs formofa Tibullu
Lesbla dïclavh , do cïe Catulle , tlbï.
Noft me PcUgnas , ne c [p émet Manîua vatem^
Si qua Corinna rr.ihi, fi quis Alexis erit ,
dît Martial. Et Socrate dans 'e bympofe Lîv. f -
de Platon dit que l'Amour n'eft pas feu-Ep/yj,
îemcnt Poète, mais qu'il fait les Poètes:
& que ceux qui ont le moins de difpofi-
tion à la Poc.ti>, deviennent'Poctes deve-
nant amoureux. Euripide, félon le té-
moignage de Plutarque dans fon Erotique,
a dit à peu- près la même chofe. :
Voyez le chapitre pénultième de ces
Remarques.
c
Addition au chapitre d' Apollonius : qui e(b
le 1127. page <\\o.jle la Partie
première du Tome 3.
MOnlienr Baill e t. On a d'ÂTuiek-
nés Schul.es fur Apollonius : qui font
fort courtes , mais f avant es , & utiles : qa'wz
croi' être de Tarrb.eus , de Théon , & de
quelques autres.
L'édition nouvelle que Jere'mie Hotzlin
en a donnée , efl ejlimée de quel que s- uns :
mais d'autres rien font guère s plus de cas
que de plujieurs de celles qu'on appelle de
Variorum.
Q 2 Mfr
364 Anti-Baillet. P. I.
Ménage. Le Scholiafte d'Apollo-
nius eft fans conteftation le plus lavant
Scholiafte que nous avions fur les Poètes
Grecs. Il eft rempli de chofes curieufes,
& lingulieres. Et il entre d'ailleurs très-
bien dans le fens de Ton Auteur: Et il en
explique aulfi très- bien les hîftoires : en
quoi il ne faut pas douter qu'il n'ait été
fecouru par le Livre des Hilloires qui
étoient dans Apollonius, écrit par un cer-
tain Charon , difciple d'Apollonius. Ce
Schoiiafte parle de ce Livre à la page 115*.
en ces termes Xccptcv, ùvt£ 78 'Àtoààwv/8
yv&pifjLCç êv t& T£pi 'Içop/wv 78 'AtoAàwv/8.
Pour ce qui eft de Jérémie Hotzlin ,
c'eft un miférable Ecrivain. Il eft tout en-
tier dans les Ebraïfmes. Il affeâe d'an-
ciens mots qui ne font plus en ufage: &
il en invente de nouveaux. Je remarque-
rai ici en partant, qu'il parle de Conradus
Rittershuiïus, comme de ton patron. Con-
radus Rittershufius , janciijfimus Me Juris
i Interpres & vin 'de x : idemfue patron us
olim meus , infigniter pi us , & conflans
amicus (1). C'eft à la page 115-.
Il y a à la fin de fon Edition d'Apollo-
nius des Notes de Mr. Holftein , qui font
fort judicieufes. Mr Baillet n'en a point
fait mention. Ce qui donne fujet de croi-
. re qu'il n'a jamais vu cette édition & qu'il
n'en a parlé que fur le rapport d'autrui.
ANTI-
% 1. M. Ménage , qui doit cette citation à M. Bi-
got j a lu dans la Lettre de ion ami du 17. Septemb.
'i«l7,"«n/»W»^uoi qu'il y eût amian bien écrit. Ily
a
Anti-Baillet. P. IL
ANTI-BAILLET.
SECONDE PARTIE.
CI.
Les noms des Divinité z Payennes peuvent
être employez dans les vers des Poètes
Chrétiens. Plufieurs particularitez tou-
chant Laurent Gambara*
MOnlleur Baillet. Laurent Gam- Tome ?.
bar a de Bretfe (qui mourut Van 1 586.) ggjf^;
a fait un Traité Latin de la manière de
rendre la Poèfie parfaite , imprime' à Rome
in 4. r année de fa mort.. Il prétend faire
voir dans cet Ouvrage , qu'il y a une obli-
gation indifpenfable à tout Poète, ou à tout
t/erfificateur & Rimeur fc difant Poète,
de retrancher , non feulement tout ce qui
peut être mal-honnête , lafcif, & libertin
dans les vers , mais encore tout ce qui Cent
la table* & le culte des faufjes Divlnitez*
M t n a g e. Laurent Gambara n'a
pas fuivi fes préceptes : comme il paroît
par cet endroit de fon Poème, intitule
L,eucon (1). JXim
a mal lu auflî Jérémie HotzJin pour JérémieHoelzlin.
^1 1. La raiion n'en elï pas difficile ; Gambara.
n'avoir pas er.core ecrt fes préceptes lois qu'il -a.
fait Ion Poéjîie Limon,
366 Anti-Baillet. P. H.
Dut» Venus injano Martis flagrant amort ,.
Optatos Man fs.pe toros , c?" amata. revlfit
Hojp'ma. At poftquam venant em vïdlt Adc-
é*i n'in
In filvis Venus h fa, alfas jam peràpit ;;nes,
tnv'ifîtmqjte abolere citpit de peâîcre Martcm,
Smttejjh neva cura Des,. Mars turhidus ait ai
Sîrymonls incolu'it rip4s , Rkodopeiaque arva.
Inttrdum Pbrygu Anthif* non ïmmtmor ,
Ida m
Incol'it aima Venus , jnolliquè la gramme d:d~
c.m
Inter z? amplexus ducit walefana foporem :
En quoi il ne peut être blâmé. Car vou-
loir ôter l'amour & les Fables de la Poë-
fie, ce feroit, pour me fervir de l'exprès*
Aiiftote fi°n de Pericles, vouloir ôter le printems
livre '3. de de l'année. Je ferai voir dans un chapitre
faRhet. à partï ^tf\\ n'y a jamais û\ de Poètes, à
IJvû mu- ^a re^erve de ceux qui font entrez jeunes
xaîJc ?<>«", dans la Religion , qui n'aient fait des vers
t*» vUtht*. d'amour. Et je vais faire voir ici cepen-
*%**"'*£ dant, que l'opinion de ceux qui veulent
mI/**,™ ôter les Fables des Païens à la Poé'fie
ffT»c»>«»i- Chrétienne, n'eft pas foutenable. C'eft ce
re«iê«T»e qU'a t-ort bien remarqué Guilielmus Cri-
7nP ttrtero P1US : en ces termes, qui iont de fa Pre-
fafi* T* face fur Manille à Fnmcifcus Thorius :
*ri*trr* Sed n'imis imperilè mlm facere tidentur
****** homines quidam nirnio plus religiofi , qui
P'oêtam hune veluî't impiujn criminavtur ,
Del'e'dï- quod antiqvitatis ftudiofus, queedam qu<e
tion de Pa- pugnare il lis cum noftrâ religione videntur%
rht%Knéïi°^eri^us fHls îmmilclicrît' ImpriMis vero
A nt i- Bail le t. P. II. 367
illud reprehendunt , quod Jovern , Mar-
tem , cœterofque Veterwn Deos , ccrmini-
bus fuis çelebrârtt. Sed ii Ça>iè hommes qu'ici
Poëtica Artt propojiutm fit , intelligere mihi
non videntur. Nec eriim an'fmadveHftnk il-
// reiigi'yfuli , hfngè al: ara î?i Poè/i quàm
Ctcteris rébus libertatem perraitti : aliafque
ejus legs* ej/'e : quas qui tollunt , totam-
Poëfim eâdem ope, a iollant oportet. Non
vent as à Poeta , fed obleciatio exigitur :
quam qui confequitur , probe fuo mitnere
perfunciut ejh Quafi ver à Maruilus ita in-
fa?/us , aut mentis expers fuerit , ut, aut
yovem umquam fuijfe , aut Msrteïti, crc
didertt ? Les Pères de PEglife les ont Epïtre 7'.
emploiées dans leurs Poèmes : témoin ce
vers admirable de Synefius , Evêque de
Ptolémaïde , fur le portrait de fa fœur
Stratonice:
Tyç XÇWrrx ItKm , r> Ku7r£itf«§ , îj? ^ZrpXToyîy^çl
Sidonius Apollinaris, qui a été mis au
nombre des Saints, a non feulement em-
ploie dans fes vers les noms honnêtes des
Dieux de la Fable , mais celui du Dieu
des Jardins: comme il paroît par cet en-
droit, au fujet de Pétrone :
Et te hîaffdienfium psr hertos ,
S a cri flipUis , ARBITER, colonum l
Hellefp»7*îiaco parem Priap$.
Si j'avoîs emploie ce mot dans mes
vers, que diroit de moi le dévot Mr. Biil-
"ket ? rajoute à Svnéfius & à Sidonius
Q 4 AccS
365 A N T I - B A I L L E T. P. II.
Apollinaris , les Sarbiofchi , les Jonîns,
les Vavaffeurs, les Vallius, les Hofïchius,
les Sautels, les Lucas , les Frifons, les
le Moines , les Rapins , les Commîtes,
& les de la Rue de la Compagnie de Jé-
fus. Et j'ajoute à ces Religieux, un grand
nombre d'Evêques de grande vertu: Vi-
de, Altilius, Bakhafar de Chaftillon, Go-
deau, Huet, &c. A quoi l'on peut enco-
re ajouter, ce que Dom Mabillon a re»
marqué dans fon Iter Itaiïeum, que dans
la Collection des Anciennes Infcriptions
de Raphaël Fabretti, il y eft fait mention
d'un Tombeau d'un Chrétien , avec ces
mots DIS Manibus ; & qu'au deiTus du
Tombeau d'Ottavio Ferrari , Profeffeur
de Padoiie, mort en 1684. lequel eft dans
l'Eglife de St. Antoine de Padoiie , on y
voit l'effigie de la Renommée , & celles
de Pallas & de Mercure. Mais quoi qu'il
foit bienfeant aux Poètes Chrétiens d'em-
ploier dans leurs vers les noms des Divi-
nités Païennes, il ne leur eft pourtant pas
permis d'introduire ces Divinitez dans des
fujets Chrétiens, ou Juifs. C'eft une ma-
tière que j'ai traitée dans mes Obferva-
tions fur Malherbe , au fujet de ce vers
du Poème des Larmes de St. Pierre, tou-
chant les Innocens. De cet jeunes Amours
les Mères amoureufes : & que j'ai traitée
en ces termes:
Il devoit dire, De ces Anges nouveaux
les Mères amoureufes , pour ne point mê-
ler les ch-jfes facrées avec les profanes. Cet*
te faute lui efl commune avec beaucoup
d 'autres Poètes : & particulièrement avec
k
Anti-Bailleï. P. H. 369
h fameux Hein fi us, qui a introduit des Fu~
ries dans fa Tragédie d'Hérodes Infantici-
da : dont il a été repris avec raifon par Mr.
de Balzac dans fa Differtation à JMr. Zui-
iicbtm , '^r par Mr. de Saumaife dans le Li-
vre qu'il a fait fur cet;e Tragédie C53 fur-
cette Differtation , if? qu'il raafait Hym-
ne ur de rna.irejfer. Le Cavalier Marin a
fait la même faute dans fn Poème intitule*
Strage àegii Innocent!. Jutes Scalger
dans fa Poétique aceufe Saxazar d'en avoir
fait une femblable dans fon P cerne de IfEn-
favtemtnt de la Vierge: en mettant entre
les mains de la Vierge les Lhres des Sibyl-
les. Neque prudente: pofait in Virginis
manibus îioros Stbyllîhos : potius iïaïîfe..
Mais comme plujieurs Doéleurs de PJEgfiJê
ou: pré. endu que divers myjléres de notre.
Religion fe trouvaient marquez dans ces
Livres, (j'en: en s parler des véritables Li~
vres de f Sibylles, & non pas des fuppafez\
lime pas que ce grand Critique fait
bien fondé dans fon accufaùon. Je juis per-
' :! reprend auffi (ans raifon le Car-
.'jo, pour avoir ufé du ynotdesAc-
ro; en parlant de Nôtre Seigneur. Cùm
Dominum Jefum Herca vocat, valdè me
commovit une vox ûnp'a. & qtroqûe in-
digna : ne argutetur qaifpiam Herocm è*:
fèmiflè Deum, ex aUero femiâè homi-
nem. Non poilu nt moriftrornm fomen-
ta vero Deo nollro convenue; ce mot ne-
int autre chofe en cet endroit ', qu'une
perfonne illuftre féf extraordinaire. Ainfi
les Poètes Chrétiens, fe veux dire les Poè-
tes qui traitent un fu jet Chrétien 7 peuvent
Q S fi**
370 ânti-Baillet. P. II.
fans impiété appeler le pain Ceres , £sP le
vin , Bacchus.
Je reviens de bien loin à Gambara. Il
me refte à remarquer à fou fujet,que Mr.
Bailler Ta omis dans fa Lifte des Poètes,
avec plusieurs autres , dont je pourrai bien
donner la lifte en quelque endroit de ces
Remarques. Mais peut-être queMr.Eail-
let l'a omis, ne le jugeant pas digne d'a-
voir une place dans fon Livre. Car, fé-
lon Muret, ce Poète étoit un miférable
Poète.
Brixîa, Tjeflratis mer do fa volumina Vatist
Non [tint nojlrates ter gère àigna nates.
Ce font des vers de Muret, écrits de
fa main à la tête de fon exemplaire des
Poélïes de Gambara, qui eft dans la Bi-
bliothèque du Collège des Jcfuites de Ro-
me : ce qui m'a été dit par le P. Sirmond,
lequel avoit vu cet exempla re dans cette
Bibliothèque. Mr. de Tribu parle néan-
moins de Gambara comme d'un Poète non
méprifàble (i).
CIL
^f t. M. de Thou lui a fait plus d'honneur qu'il
o*cn méritoit. G'etoit un pauvre Poëte que Gam-
bara , langirflant, & fans aucun agrément ni -de
jienfée nia'expreffion. Avec une très-médiocre cor.-
H0iilan.ee de la Laugue Grecque il a eu la témérité
d'en-
Anti-Baillet. P. II. 372
CIL
Ce qtte dit Mr. B a: 11 et ,que MaV-erle a etê
aceufé de [implicite de ft y le , n'efl pas vé-
. . C mfidérmio»fUr les vers de Mr.
Chapelain.
M On fleur Baîllet. Chapelain fr Page i$
■le de fa froideur &• de fa lan~ Tous»*,
•rueur , voyant Malherbe aceufé de /impli-
cite.
Ménage îî eft très -faux que Mal-
herbe aie été aceufé par qui que ce foit de
simplicité deftyle. Et s'il enavoit été aceu-
fé, ç'auroir été bien injuftement: fa dic-
tion étant très-figurée. Pour ce qui eft de
Ivlr. Chapelain, ce n'ef- pas tant la froi-
deurôt 11 langueur que ladureté&Ia non-
polîteile qui ont fait blâmer Tes vers. A
l'égard de la dureté, le TaiTe, qui ell le
Priivc des Poètes 3 'Italie, en a auïïî été.
accule: Et il s'en ell exeufé par ces vers5
La mi* t trier a joie
Duri chiama i miei carmi ,
Mâche? Son duri, e pur j on bd:l i marmi ,
Et Denis d'Haï icarnaffe, dans ton Trai-
té de l'Elocution , dit que la dureté des
mots
d'entreprendre de copier d'après le Grec,, msis il a
gâte tout ce qu'il a touché, corr.me par exemple-
les Ldyles de Bion & de Wdfcho» , & fui tout les
fcerjreries deLo;,gus qui ne font pat rccooiUMfiàhkfe
4e U mauieie doiit il les a défibrées.
çrntt. JW-
<j>»yîa euv-
yÛiS 7T01Û
Livre i .
ÎT£{ , il *"
■npiËiix.
Livre»,
ehap. i.
371 Anti-Baillet. P. II.
mots & celle de la compolîtion contre
buent à la grandeur, je veux dire à la ma-
gnificence du difcours. A l'égard de la
non-polîtefle de Mr. Chapelain , on peut
dire que la politeiL- dans les vers eft plu-
tôt une qualité d'une Epi gramme , d'un
Sonnet, d'un Madrigal, d'une Ode, d'u-
ne Elégie , ou de quelque autre petit Poè-
me fembtabîe, que d'un Poème Epique.
Un ColofTe poli feroit une chofe ridicule.-
Sa beauté confifte à être bien proportion-
né. C'eft ce qui a été juoicieufement re-
marqué par Strabon , en ces termes : v,a-
ôaTfp ys h roTç uo\ho-(7iiAûï; ïpyoïç x rô
M«ô' enctçov ày.pith Çîjrs/xéw , ÙKhà xutf
TO ohOV. STUC XÙV T8T01Ç K0i€i(/èctl $€?
7vy Kpièii. Denis d'Halicarnafîe dans le
Livre que je viens d'alléguer, a remarqué
à ce même propos que la trop grande ex-
actitude étoit contraire à la iublimité. Et
Quintilien a dit au même fuj t : Curant
Terberum , rerum zolo eff'e fallicttudiœtm.
Major i animo aggredienda eloquentia eft:
qua fi toto corpore valet , ungues polire ^
capillum reponere , non exijiimat ad curam
fua'at p&rti&ene*
cm.
De Robert Gantier , Poète Tragique.
de Tht
Tom.4. *% yrOnfieur Raille t. Mr. ae itou
part. 1. j\x eftime que Robert Gamier a arrache
«Kmo/ la paime à 'Jean de la Perufe & à Etienne
Jodelle. Et il ajoute , que ? étoit h fenti-
ment
Anti-Baillet. P.II. 373
ment de Ronfard: qui ne mettoh ferfonne
awdejjus de Garnier pour ce genre d'écrire.
Ménage. Voici l'endroit de Ron-
fard :
Le vieux Cothurne d'Euripide
Eft en procès entre Garnier,
Et Jodelïe qui le premier
Se vante d'en être le guide.
Il faut que ce procès on vuide,
Et qu'on ajuge le laurier
A qui mieux d'un docte golier
A bu de l'onde Aganippide.
S'il faut épelucher de près
Le vieil artifice des Grecs,
Les vertus d'un œuvre & les vices,
Le fujet & le parler haut,
Et les mots bien choifis, il faut
Que Garnier paye les épices„
Et là-deflus Etienne Pafquier a dît: Il
dit vrai: & jamais nul des nôtres n'obtien-
dra requête Civile contre cet Arrêt. C'eft
au livre & au chapitre feptiéme de fes Re-
cherches.
CiV.
De Mr. Rigaud.
MOnfieur Baillet. Nous avons
de Rigaud, concernant la Critique ,
des Correâïions & des Notes fur les Epi-
grammes de Martial.
Q 7 Me-
374 Anti-Baillet. P. IL
Ménage. Ces Notes de Mr. Ri--
gaud fur Martial font imprimées dans le
Martial de l'édition de Fédéric iVlorel à
Paris in-folio , en 1617. & dans fes Notes
fur Artémidore, imprimées en 1603. Il
dit en ces Notes, page 5-6. au fujet d'une
de fes interprétations fur un endroit de
Martial : Sed negant rnagiftelli yttv*o&>jx-
tv'ASQ, qui nafum una cum viro Martiali
eripiunt , firnul & Notas fuggillant quas
ad Qram libri met p'ridein mihi mtabam,Çed
inter alias , & nefcio cujus manu turuidè
& ojcitanter exfcriptas. Porro litrerati
Quirites , ne cui ea res fraudifiet , . hafce
tant km , quas hic recenjeo , meas ejfe cré-
dite : ceteras autem , fuppofititias çsf rei-
culas.
Je remarquerai ici, en paffant, que Mr.
Rigaud éroit fils d'un Médecin de Paris,
& que parmi les Opufcules de Paiferat à
la page 173. il y a une Lettre de Pallèrat à
Mr. Rigaud où il l'avertit d'éviter dans
fon ftyle les Archaïfmes trop fréquents.
Dum literas tuas, & libellera Unà miffum
lego , animadverto te ftudio Pîautini fer-
raonis labi longiks , & ad pravos antiquita-
tis imitatores divertere , quibus omne Ve-
nus ejl :n priais glojfematis , & omn'ts cu-
ra in concinnando tejfellato Lucillii Opère.
Blandum & pervicax malum ifta '/avc^-
hi'u ; à qua nifi mature caves ,{lylus ùbi per-
pétue perierit. Sapies, fi rationem ita mu-
■ tabis , ut eum tibi fingas & lœvem C35 ube»
, rem ; meminerifque fine filo œquabili or a*
tionem non reclè cuntex't. Aliud efl enira
(cribere , aliud fuere centones; quod qui fc,~
ciunt ,
Anti-Baillet. P. II. 37*
ciunt, vix eft ut non in pervagatum mor-
hum tnctdant , cui jam oltm h Marone in"
dttum nomen , Atticae febres.
CV.
// n'efl point irai que Mr. de Valois lejeu-
ne ait écrit que [on frère ût empêché le
P. Strmond iy le P. Pétau d'écrire F un
contre Vautre aufujet du Concile de Sir-
mtch. Calomnie de Mr. Baillet contre
Mr. de Valois le Jeune. Vers de Mr.
Valois le Jeune contre le Livre de Mr,
Baille*.
MOnfîeur Baillet. Mr. de Va- Page 27*.
lo s le Jeune qui a remarqué la même Tom.2.
chofe de nos deux Pères , (il parle du Père P*"162'
Sirmond & du Pcre Pétau, & des diffé-
rents qu'ils avoient enfemble) attribue à
Mr. fin frère Henri , la gloire de les avoir
fouvent raccommodez enfemble , & de les
avoir empêchez décrire F un contre l'autre :
fur tout , au fujet du Concile de Sirmich.
Ce qui ne fi pas entièrement vrai: puifque
Mr. Baluze a publié depuis peu deux Dis-
fer talion s fur ce fujet, écrites par nos deux
Pérès pour fe réfuter F un f autre.
Ménage. Mr. de Valois le Jeune n'a
rien dit defemblable. Voici fes termes: De
Sirmundo & Petavio in tranfeurfu dicam.
Cùm, ut folet doÛis accidere , nonnum-
quam alter ab altero diffentirent : alter <•-
tiam adverfus aîterum feribere parati effent:
Valefium , communem amienm amborum ;
hominem ab aèulatione aliennm ; libéré ,
que
376* A nt i -Bail le t. P. IL
qUie fentiret , dixiffe : & lie et utrimjue-
traheretur , alterius probavifje fententtam ,.
alterius nequidquam repugnantis palawt-
damnavifje : tarn fapïenter denique , tara
modejlè ac fincerè , juvenem inter corfum-
matos [en es de re controverfa ; vide lie et de
Synvdo Sirmienfi ; judicavijje , ut nibilo-
minus utriufque ujum amicitice retinuerit.
Ces paroles ne marquent point que Mr.
de Valois l'aîné ait empêché le P. Sirmond
& le P. Pétau d'écrire l'un contre l'autre
au fujet du Concile de Sirmich. Ce fut
par l'ordre des Supérieurs que les deux
DifTertations du Père Sirmond ne furent
point imprimées de fon vivant : car le Pè-
re Sirmond en a fait deux. Mr. de Baltr-
ze les a fait imprimer à la fin des Opus-
cules de Mr. de Marca, avec celle du Pè-
re Pétau, que le Père Pétau avoit fait im-
primer à la fin de fon Rationarium Tem?
forum. De la façon que Mr. Baillet s'eft
exprimé, il femble qu'il ait cru que Mr..
Baluze n'a fait imprimer qu'une des Dis-
fertations du P. Sirmond.
ïage 325. Mr- &A l L L E T. Mais ce flambeau r?é-
& 326. toit pas toujours fans fumée. Quelques-uns
du même remarquent dans fes écrits un air un peu
impérieux osf chagrin, & qui fait connaî-
tre un efprit rempli de lui-même, Ce qui
revient affez avec la peinture que Mr. fon
frère nous en fait dans fa Vie ; en ces ter-
mes: Quand il avoit dit à quelqu'un la
moindre chofe concernant les belles Lettres,
qu quelqu* autre Science , il voulait non feu-
lement qu'on lui en fût grJ , mais même
qu'on lui en témoignât des reçonnoiffance?
pu*
Tome.
An ti- Bail le t. P. H. 377
publiques dans Us Livres qu'on imprimoit^
& qu'on le fit toujours avec de grans élo"
ges , quoi que fouvent il n'eut dit qu'un mot
en pajjant. Il s'attribuait arrogamrnent
tout ce qu'il avait va ou qui lui était jamais
venu dans Pcfprit: -j3 il vouloit s'en ren-
dre tellement le maître CST le propriétaire ,
que quand il voyoit dans les écrits des au-
tres quelques- unes de ces penfées , ou de ces
mots, qu'il s'imaginait fottement venir de
lui y il fe mettoit tout oie bon en colère de ce
qu'an ne lui en rendait point l'hommage , £5*
qu'on ne chantoit pas Ces louanges , comme
il demandait. Sur quoi fan frère le condam-
ne , &c.
Ménage. Mr.de Valois le Jeune fe
plaint fort de Mr. Baillet, au fujet de ces
mots , // s'attribuait arrogamrnent : Il s'i-
maginait fottement : n'ayant point dit ces
paroles injurieufes de fon frère. Et c'efl:
apparemment ce qui l'a excité à faire ces
beaux ïambes contre Mr. Bailler.
§Luis hoc poteji vider e , quis poteji patiy
Ni/i Literis infeflus ac Scient Us ?
Ut ille Isajidetus , ille Bxjulus ;
Ut P&dagogus ille cum ferula truci,
Obfcurus atque indoclus ; ai fidens fibi ,
Satyris rnal'tgnls tentet inclarefcere :
Xova atque vetera dente car pat livido ,
Et univerfum rodât Auélorum genus*
Ideone Juvems impudens C7 arrogans ,
E la tus anbm vanitate ct* ingenî ,
Perambulabit omnium volumina,
37& A NT I-B AILLE T- P. II.
Ut fe ipfe faciat ftnguXorum judicem ,
Cnticumaue , Cenfcremque , er unicum &rbi-
îrum ?
Severa Cur'ia. , hoc videbis xy feres ?
Et bï libri lèvent ur Urbe Régis. !
Et auàet al'iquu h&c venena vendere !
Aâeftct Muf&: vefira turbatur quies:
Veflri clientes mille luduntur modis:
Et infolenter aula veftra perrumj>it:<r (r) ;
Ni fuite , vel tndentibus , hotninem novum j
Hom'inem profanum ; Monte dejicitis Satro.
CVI.
Méprife de Mr. Baillet au fujet de Char-
les Labbe\
Tome a. \ Jf Onfieur Baillet. Charles Labbê
partie z- JVjL e'crivoit fort bien en Grec au juge*
page 214. ment àe Scaliger.
Ménage. Ces mots, au jugement de
Scaliger , font voir que Mr. Baillet a cru
que Scaliger avoft dit que Charles Labbé
compotoit fort bien en Grec : & Scaliger
n'a entendu parler que de récriture de
Charles Labbé. Voici les termes , qui
font de fon fegond Scaligerana, page 134.
Labb.eus écrit fort bien en Grec. Cefl un
honnête jeune home , doéie , & infatigable.
Ce Charles Labbé écrîvoit en effet très-
bien le Grec , dont je fuis un bon témoin :
car
^1 t. Il faut lire, comme l'a écrit l'Auteur, ir*
rump'tur . autrement il y auroit trop d'une fvilafce-
èàns ce vers.
Anti-Baillet. P. II. #9
car il m*a laiifé par fon Teftament Ton fa-
meux Gloflaire , de Philoxéne : dont le
Grec étoit admirablement bien écrit. Mr.
du Gange dans la Préface de ce GloiTaire,
a raie mention de ce legs que m'a fait ce
Mr. Charles Labbé. Ce Mr. Charles
Laobé, au relie, n'a jamais compofé en
Grec ni en vers, ni en profe. Mais com-
me il écrivoit très- bien le Grec , il co-
pioit volontiers pour l'es grands amis, Ca-
faubon & Scaliger. Cafaubon dans les
Exercitations contre Baronius page 156.
parle de lui en ces termes: Collationem il"
lam ante annos quinque mftit?teram,{\?L\tt-
fion de Jofephe Ruffin , qu'il avoit confé-
rée avec le Grec fur le manuferit de la Bi-
bliothèque du Roi) opéra adjutus doéitjfirai
viri C52 amicijjïini Caroli Labbcei , Juris-
confuiti; quum id à nabis illufiriffimus Sca-
liger petiijfet , de editione nobilijjïmi Scrip-
tons tum cogitans. A l'égard de Scaliger,
| il paroi t par les Lettres que Scaliger a é-
crites à nôtre Mr. Labbé, que nôtre Mr.
Labbé a copié pour lui un nombre infini
de chofes. Et de là vient qu'un Ecrivain
Alleman Ta appelé V Amannenfis de Sca-
liger, penfant Qu'il fut fon domeftique.
Dottt Mr. Labbé fe pLignoit: & avec
raifon: car il étoit de très-bonne famille.
Il étoit ri I s de Labbé, Avocat du Roi de
Bourges , Commentateur de la Coutume
:4f Bourges.
CVIL
5§o Anti-Baillet. P. IL
CVII.
Fautes de Mr. Baillet touchant les noms dé-
bat ê me de quelques Auteurs*
ÎL dit à la page 379.Tome2.Partîe2.&à
la page 5-47. du Tome 2 Part. 3. que Mr.
Perrault, le *Médecin, Traducteur de Vi-
truve , s'appele Charles (1). Il s'appele
Claude.
Il dit à la page 169. de fon Art Poéti-
que, que Mr. Sarafîn s'appeloït Jean An-
to'tne. Il s'appeloit Jean François.
Il dit à la page 98.T0me4.de la 1. par-
tie, chapitre 1245-. que Lafcaris s'appeloil
Jean André', Il s'appeloit Ardre Jean. Cz&
a-infi qu'il s'appelle lui-même à la premiè-
re page de fon Livre de la Milice des Ro-
mains. Liber utuijjimus : ex Polybit Mis-
iorits: per A. Janicn, Lafcarem ' Rhynda-
cemum exceptus. Qui appeleroit Marc An-
toine Muret Antoine Marc Muret , feroit
une faute.
CVIII.
Méprife de Mr. Baillet touchant le Livre
de Jean Nicolas Pafcal Alidofi des
Docteurs en Droit de Bologne.
MCnfieur Baillet ne lit que les
titres de la plupart des Livres. Je
l'aï
% i. Baillet a reconnu de lui-même 8c corrigé
cette faute pag. 379. de la z. Paît, du Tom, z*
A nti-Baillet. P. II. 381
l'ai démontre: en pluiîeurs endroits de ces
Remarques. En voici une nouvelle dé-
monflration. Il dit à la page 129. delà
première partie du fegond Tome : Jean
Nicolas Pafchal Aldoji compofa un Recueil
des D odeur s de VUniverfité de Bologne,
qui avaient paru en Théologie , en Phitofo-
phie , en Médecine , & dans les Arts liùé'
raux , depuis Van lôoo.jufque en 162 2 U
en fit un autre à part , en Italien, conte'
nant les Docteurs en Vun & Vautre Droit
jujqu'en 1619. Ce dernier Livre comprend
les Dodteurs en Droit de Bologne jufques
en 1623. comme il paroît par la fegonde
partie de ce Livre, intitulée, Appendice,
Dicbiarazione, e Correttione al Libro délit
Dottori BAognefi di Legge Canonica e Ci'
vile, per tutto li 6. d1 Agofto 1623. impri-
mée à la fin de la première, intitulée Li
Dottori Bolognefi di Legge Canonica, e Ci'
vile , dal princtpio di ejji per tutto Vanno
16T9. Mr. Baillet n'a lu que ce premier
titre.
Autre faute de Mr. Baillet , au fujet
du même Livre. Mr. Baillet remarque
que ce fegond Livre d'Ali joli e.(\ écrit en
Italien : ce qui donne fujet de croire
u'il a cru que le premier eft écrit en
«tin. Et il eft écrit en Italien comme
ie fegond.
CAX,
382, Anti-Baillet. P.IÎ.
CIX.
Fautes de la Préface Latine de Mr.
Baillet.
PAge 14 [. Ex quo enim fponfalibus Ta-
bulis ad'udicata tïbi eft ab Iïluftrijfimo
parente locuples fatis & eleéla Biblivi cca.
Si le mot de fatis a été mis en cet endroit
pour le François a]fez(\), ce que dit-li
Mr. Baillet eiî. contraire à ce qu'il dit à la
page fuivante, que la Bibliothèque de Mr. de
Lamoignon eft unedes plus grandes du mon-
de : Sapientiùs igitur qukm îjii tuo nomlni
tuœque dignitati conÇultum iifti^quod mulîi
faciunt , laudare ingentia ruralubr,.
dearis; -at exigumn, quodpauci \oley*
Ure fedulus tnfiiùtèris : fi tantèn hllnâ cxi-
guum eft } in quo omragtna lïbrorum fa-
pelle x
% t. Le mot defatii a été mis en cet endro'tponr
le François égtx.\ & B.silkt ne le contrarie point
dans la fuite, puifque ce qu'il d;t de aire ïi:bi o-
théque regarde bien moins, fa grandeur que celle
de Ton Catalogue qui ecanr conç-i de la manière
que la Prefrce nous !« piopow doit être plus long
affurément que tout autre Catalogue qui ait [ aru
jufqu'ici de la plus ampie B 1 iiotheque. A l'égard
de fatis pris pour valdè , fi Ferroue, comme Hadrien
de Valois le prêtent, s'en eft fervi dans ce Ltr.s , il
s'enfut que cet uiaee eft plus ancien de fix fiécles
que M. Ménage ne le fait. Car M. Ménage eft du
fe .àmenr de ceux qui mettent rétrone du tems de
Néron, fit lui-même dans Tes Origines lalunnes
au mot affai croit que Pétrone a emploie fiais pour
va/dè prouvant cle plus que Sidonius Afollinaris,
51Û eft pointant mon dans le cinquième fiécle , a-
veiî
A nt i -Bail le t. P. IL 3^
pellex exfpat.atur : cujus etiam cenfus am-
pliffimutn tôt: us, non Urbïs modà^fed &
Urbis, Bibliothec arum Catalogos longé ex»
fuperat. Que s'il a mis faits pour valdèy
comme en ont ufé les Auteurs du vu. &
du vin (iécle, ce mot en cette fignirïca-
tion n'elt pas de la belle Latinité.
Page 143. Voluminum front em & anti-
pagmentum.~\ Quelle façon de parler?
Là- même, ^bornas ilyde.] Il l'appelé
quatre lignes après, Thomas Hydanus.
Pag. 144. per pluttorum , forulorurnque
exigentiam~\ exigenùa elt un mot tout-à-
fait barbare.
Là-même : prœmijfâpriùs.'] Le prœ du
mot prœmiff» emporte \epriùs.
L'-même. Priorem Indtcem, qui de re»
bus five argument'ts agit, menfium nove.71
(patio confeceram] Gallicifme (2).
Page 146. Qucreetani, five potius Du-
chefne
voit fourent ufé de ce mot en cette fignifîcation.
2. M. Ménage avertit qu'il y a là un Gillicifroe.
Il devoit k ijjecifîer. Apparemment c'eft au mot
Se ce qui me le fait croire c'eft qu'un peu plus
bas il remarque un ancre Gallicifme dans ces mots.
\on tnm tura retfn» qxim di ijft r ration :>m , a .'.t t racla-
tu^rn cl m'ier index. Je foufflilOÏS plutôt ret dailSÎC
riremier paflage que clans le Second, pa:ce que dans
c premier ce mot eft regardé comme fa.'lâUt une
oppofition aux per (on nés, ou aux noms des per-
fonnes , dans lequel fens res fc trouve emploie pa£
les bons A' teurs Latins j mais dans le lecond pas-
h oppofe à diffirtdtie auroir plus de p3ine à le
fauver. U.i talu pourtant avoir de bons yeux pour
m itre ces petites fautes, oc pour moi je me
ferois plutôt apperçu de celle ci: De novo me (jnam
frimum tecingéon. On ne dit paa en Latin de v.ovê
Comme de intègre.
3S4 Akt i-Baillet. P. II.
chefne Fr aneie ce Hiftoriec Script or es.] Il
falloir dire, Jhe potiùs Duchejmi.
Page 149. Majora duodecim, ut vocant,
Gubernamenta] Il pouvoit- fe fervir du
mot de Prxfeéittrœ : & dire, majores duo-
decira Prœfeéiurce : Gubernamenta vulgo
appellant.
Page TfO. Narbo-Martius ,pro Arecomi-
cis Volcis.] Narbonne eft in Volets Tec~
tofagibus , & non pas in Volcis Areco-
micis.
Ibidem. Arclate ,pro Dcfuviatibus.] Mr.
Baillet s'ell encore ici trompé. Arles eil
in Salgis , & non pas in Defuviatibus.
Page 156. Non enim tam rerum quàm
Dijfertationum , aut Tradaluum,ejl nofier
Index."] Gallicifme.
CIX.
D'Olive , Maitreje dejoachim du Bellai.
M
Oniïeur Baillet dans fa Prérace
fur les Poètes , page 106. a écrit
Pourquoi (lue Malherbe avoit changé le nom deMa-
cemot de dame Renée en celui de Nérée, & du Bel-
Madame? ]ay , celui de Viole en celui d'Olive (1).
Ce
% 1. Jaque Grevin femble faire allufion au mot
TVo/fquiétoit le véritable nom de cette fille dans cet
endroit de fon Ode pour le tombeau de du Bellay.
Je battis dans ce platfond ,
Les deux croupes du haut mont,
Dont il print jadis fa force,
Puis je fais à demi-botte,
Va corps qui fe convenir,
Déjà
A N T I - B A I L L E T. P. ï. $%S
Ce qu'il a pris de cet endroit de mes Ob- surîeFr*g-
fervations iur Malherbe: Nérée eji Fana* m«"t^<«
gramme de Renée. Et à ce propos, je me ^rf'"ndc
fouviens d'avoir oui dire ; mais je ne me fou-
viens point à qui ; que cette Nérée dont
parle ici Malherbe , et oit une Dame de Pro-
vence, qui avoit nom Renée. Ce nom en
effet eji fort commun en Provence a caufe
de René Roi de S;c:!e qui étoit Comte de
Provence. Les Poètes dégu'fent d'ordinai-
re fous des anagrammes les véritables noms
de leurs Maitrejfes. Ainji du Bellai , par
nn renrerÇement de Lettres , a aL pelé fa
Maitrefj'e Olive , qu> avoit nom Viole.
J* a fâ cette particularité de ïï/h'. Guiei ,qui
T o:t apprife d'un ami de du De lay. Mar-
caiTus dans fes Commentaires fur Ronfard,
dit au fil que cette Olive de Joachim du
Bcliai s'appeloit Viole. Mr. Guiet m'a dit
de plus, que cette fille du nom de V.de
étôît parante de Guillaume Viole, Evê-
que de Paris : ce que je ne croi pas : l'O-
live de Joachin du BeUay étant Angevine,
comme i! paroit par p'uiï.urs endroits des
Sonnets de l'Olive. Voyés Sonnet 3.60.
62. 75-. 83.
Je remarquerai ici par occafion , que
Joa-
Déjà petit a p;;:t,
En un Cygne qui s'égaie,
Voyant fa celefte roye,
lit qui ja femble imicer,
Ceiui-là que Jup ter,
Mit dans la plaine étoilec,
Témoin d'une * o.^e
Htm.VlLPtrt.L À
3&6 A N T I --B A I L L ET. P. II.
chin du Bellay appela Olivette, du nom
de fa Maîtrefîè , la fleur qu'on appelé en
quelques Provinces la fleur de Nôtre Da-
me. Ronfard, dans fon Poème intitulé
Le Voyage de Tour s, ou les Amoureux ; im-
primé dans les Amours de Marie, Livrer
Je meurs, tu me feras dépecer ce bouquet
(Que j'ai cueilli pour toi) de thym & de mu-
guet;
Et de la rouge fleur qu'on nomme Caffan-
drette;
Et de la blanche fleur qu'on appelle Olivette;
A qui Bellot donna & la Vie & le nom;
Et de celle qui prend de ton nom le furnom*
Belleau, dans fa Note fur ce vers,
Cafîandie. Et de la rouge fleur qu'on nomme Cajfan-
dntte :
Noire Auteur , pour donner louange im-
mortelle a fa première Maitre(fe , ne fa
pas feulement par fes vers célébrée , mais
aujfi il a nommé du nom d'elle , une belle
fleur rouge , qui communément s"* appelle de
la gantelée. Du Bellay a fait le femblable :
nommant une fleur blanche', qu'auparavant
en fouloit appeler la fleur de Notre Dame
{qui vient au mois de Février) Olivette,
du nom de s* amie Olive. Il dit ainfl% (il
parle d'Antoine de Baïf) avsir nommé du
nom de fa Francine une belle fleur , qui
main'
-ç i. BJchelet fe trompe. Muret ni Sce'vole de
Sainte Maithe n'éroient point de la Pléiade de Ron-
faid. Elle etoit compofee des Poètes que Juil-
let
Anti-Baillet. P.II. 387
maintenant s'appelle Francinette ; aupara-
vant appelée du nom Grec Anémone, ou
Coquerets. Francine étoit la MaitrefTe
d'Antoine de Baïf. Il paroit par ce Poè-
me de Ronfard, que Baïf devint amou-
reux de cette Francine fur les rives du
Clain : c'eft- à-dire, à Poitiers, félon l'in-
terprétation deBelleau.
CX.
La Pléiade des Poètes François.
M On (leur Baillet. Baïf étoit ds Tome 4.
la célèbre Pléiade des Poètes Fran->. Partic "■
çois qui v: voient fous Charles IX. Et elle ^c 37°"
avott été imaginée par Ronfard, a ï % imita-
tion de celles des Poètes Grecs dont nous a-*
vons parlé. Les fi x autres étoient , Jean
Dorât ; Etienne Jodelle ; Joachim du Bel-
lay \ Rémi Belleau ; Ronfard, lui-même ;
& Pontus de Tkiard.
Ménage. Guillaume Colletet , qui
avoit écrit les Vies de nos Poètes Fran-
çois, m'a dit fouvent que ces fept Poètes-
que Mr. Baillet vient dénommer, com-
pofoient la Pléïade des Poètes de France
du tems de Ronfard. Mais Richelet, le
Commentateur deRonfard, (1) en parle?
autrement dans fa Note fur cet endroit
de l'Ode xv. du Livre v. des Odes de
Ronfard:
Fai
1er a nommez, & qui font les mêmes que nom-
me Claude BiiiCt dans la Vie de Pvonfaid.
R a
j88 Anti-Baillet P. H.
Fai-moi venir Daurat ici:
Fais y venir Jodelle auffi :
Es toute la Muiine troupe.
Voici Tes termes : La M usine
TROUPE. L 'excellente Pléiade des Es-
prits de fon tems : d'Aurat , du Bellay , Bel'
/eau , Batf , Jodelle , Scévole de Saint:
Marthe, Muret : & notre Poète, par des-
Jus tous. Mais en les contant de la forte,
il y a huit Poètes '. & la Pléïade ne peut
^tre que de fept.
Mr.Baillet a fait à fafantaifie unePléïa-
de des Poètes Latins de France de ce
tems. C'eft dans le chapitre fur Mr. Pe-
tit: où il dit:
Afr. Petit efï un des fept illnfîres Poètes
Latins qui vivent aujourd'hui dans Par s ,
& dont on fe met ex tête de vouloir faire
une nouvelle Pléiade , depuis qu'on a vu
e'clipfer, ou difparoître , celle d'Alexandre
Vil, {dite la Romaine) par la mort de Mr.
Favoriti C53 de Mr. de Furftemberg Evè-
que de Munfîer. Cette Con/ieltation Poè'
tique s^ appelle la Pléiade Parifi?nne. Elle
efl composée de trois Jéfuites , [avoir, le
Père Rapin, le Père Comm-re 1$ le Père
de la Rue \ d'un Chanoine Régulier Mr. de
Santeuil de St. Viclor\ d'un Abbé fée ulier ,
Mr.
^ t. Il en f.tifoit peu, mais il en faifoit, & l'on
*n trouve de fa façon dan-s le Recueil de Tes Oeu-
vres. On pouvott rema quer ici contre Baillct
que ni ia première f lri'^de Parifienne u'a été com-
pofée de Poètes purement François, ni la leconde
de Poètes purement Latins Dans la première, ou-
ue Dorât, d?nt il a été parlé , du Bellay, & Baïf
BOftt
Anti-Baillet. P. Iî. 3S9
Mr. Ménage ; & de deux Laïques , Mr.
du Périer, Gentilhomme, \s Mr. Petit ,
Médecin. Ceft la fegonde qu'on ait vu for-
mer à Paris. Et elle diffère de la premiè-
re', qui e'toit de Piment ion de Ronfard , &
qui parut au Jie'de pajje , en ce qu'elle
nejl que des Poètes Latins , tous virans 1
an lieu que Vautre 'n e'toit que des Poètes
François.
11 n'eft p3S vrai que la Plcïade que Mr.
Raillée attribue à Ronfard , ne fût que de
Poètes François :'(c'eit ainfi qu'il faut dire,
& non pas des Poètes François). Daurat,
qui en étoit le Chef, ne fefoit point de
vers François ( 1 ). Et d'un autre côté , il
n'etï point vrai non plus qu'on ait fait cet-
te fegonde Pléiade Parifienne dont parle
Mr. Baillet. Mr. Baillet n'a nommé ces
Poètes qui la compofent , que pour dire
damai d'un d'eux, en difant qu'il y en a-
voit un qui écrivoit avec obfcurité. Je
voudrois bien que ce fût de moi dont il
tt voulu parler.
Je reviens à la Pléiade de Richelet. Mu-
ret & Ste Marthe étoient très-dignes d'ê-
tre de la Plcïade de Ronfard : & beaucoup
plus dignes que Baïf & Jodelle. Cepen-
dant , ils n'en étoient point. A l'égard,
de Muret , je croi que Richelet l'en
nous ont laifle un rolume de leurs Poëfies Latines»'
Dorar même & Baïf faifoient auîfi des veis Grecs.
Dans la (cconde Fleïade M. Ménage & M. du Fé-
rier ne lont pas des Poë'es purement Latins, Se
même M. du Périer n'étoit prefque plus fur la fi*
qu© i oë:e François.
3po Anti-Baillet. P. II.
a mis , parce qu'il étoit de la débaucha
d'Arcueuîl. Voyez Binet dans la Vie de
Ronfard , & Scaliger dans, le Confutatio
FabuLe Burdonum.
J'ai remarqué dans mes Obfervations fur
Laérce , que la plupart des Poètes de la
Pléiade Grecque , ne font prefque pas
connus.
CXI,
Des vers François me jurés.
Tome 4» \ yffOnfïeur Baille t. Antoine Baïf
partie i. J.VJL»* voulut pas même fe contenter des
i»age 37e. rvers rimez comme les autres : // tâcha aus-
fi à1 en introduire de me jurez à la mode des
anciens Grecs & Romains. Et dans le
àejfein de faire mieux réujjir la chofe , il a-
voit établi dans Ça maifon de plaifir qu'il a~
voit a un des Fauxbourgs de Paris , une
Académie de Beaux Ejprits; & particu-
lièrement de Muficiens , pour prendre plus
jurement la mefure , les nombres , & la *am
^dance du vers François [ans rime.
Ménage. Etienne Pafquier Livre vu.
de fes Recherches chapitre 12. réfute l'o-
pinion de ceux qui ont cru qu'Antoine
Baïf a été l'Inventeur des vers François
mefurés : prétendant que cela eft dû à Jo-
ddle. Le premier , dît-il , qui l'entreprit ,
fut Etienxeyodclle : en ce Dijiique qu'il mit
en l'an 15-5-3. fur ^es Oeuvres Poétiques
d'Olivier de Magny.
Piicebus , Amour, Cypris , veut fauver,
nourrir & orner
Ton
Anti-Baillet. P. II. 59*
Ton vers 8c ton chef , d'ombre, de fia-
mc, de fleurs.
Vo-la le premier coup d\ffai qui fut fait
en vers rapportez , &c . Ces deux vers
\nî couru par les bouches de ptufieurs
perjonnes d'honneur, le Comte Dalfinois en Nicolas
Pan i Çff.votdnt honorer la fegonde impres~ !>«*»«•
Jkn de monMonophile de quelques vershen-
décasyllabes , &c. Quelques années après,
mt avec Raraus\ personnage dejtktu-
liere recommandation, mai s anjfi grandement
defircux de nouveautez\ il me fomma d\n
faire un autre cffai de plus longue haleine
que les deux précédans. Pour lui comptai*
re , je fis en Van 15* 5*6. cette Elégie en vers
hexamètres £sr pentamètres , &c . neuf ou
dix ans après , 'Jean Antoine de Baïf, mar-
ri que les Amours qu'il avoit première,
compofez en faveur de fa Nié Une , puis de
Francine , ne lui [uccédo'-ent eyivcrs le peu-
ple de telle façon qu'il dejiroit , fit vœu
ne faire de la en avant que des vers meju-
rez: ainfi appelons-nous ceux auxquels nous
•fautions répréfanter les Grecs & Latins:
"Toutefois en ce Çujet , fi mauvais parrai?/ ,
que non feulement il ne fut fuivi a" aucun :
mais au contraire découragea un chacun de
s'y employer: d'autant que tout ce qu'il en
fit , était tant dépourvu de cette naïveté qui
doit accompagner eoj Oeuvres , qu'auffi-y'jù
que cette Jier.he Poèfie vit la lumière , elle
mourut comme un avorton. Mais la iét'u-
tatiun de 1 afquier a été réfutée par Mor-
nac dans fon Feria torenfes au chapitre
d'Antoine de BaïF: ayant mis cette NWe,
R 4 Con~
392 ànti*Baillet. P. II.
Contrarium \cripfit Pajquerius , L 7. f. 12.
Originum G allie arum : fed frujirày à la
marge de ces vers,
Tentavit anxte eruditns Ba'ijius
Pedem ad Latïnum arttarc rythmos GaMcm*
Jteravit hoc ipfum Rapinus cultior ;
lllicii v Aonïi pater , Pajjert'm.
Quajïqut in eo Gallis , quod ipfa ex Gricia
Olïm ^umtibus Itceat , hocce patrius
Vetat Genius t ipfaqut Minerva Gallicê.
Scévole de Ste. Marthe donne auilî la
loire de cette invention à Antoine de
aïf , non feulement dans PEîoge qu'il a
fait de lui, mais dans une Ode qu'il lui
a adreffée. Voici Tendroft de l'Eloge:
Jfernaculum fermonem tantt fecit , ut non
contentas illis fimiliter definenttbus , quos
haéienus noftri hommes coluerunt , experiri
prœterea voluerit, num ad veterum Grœco-
rum Es3 hatinorum numéros carra'tna GaU
l'tcè fingi poffent. Rem profefio pulcerri-
mam , & omnium applaufii dignijjimam , fi
ex fe, non ex inveierata hom'tnum opinio-
ne , ponderetur. Voici l'endroit de l'Ode :
Yitis repertor Evhyfus : frugum Ceres r
Oliv£t Athenarum Dea.
Vina ojfefunttir Evhyi , farra Cereri:
Oliva, Athenarum Des,
Ita
% 1. Quelque cinquante ans après on fait que le
Tolomei 8c fes diiciples fixent ce qu\ls pment pour
et a-
A N T I - B A I L L E T. P. Iï.
Ita numéro rum Gallicorum principem,
Ft art'it repertorem novt
Ks fas putarim te mfi prlmum omnium
Numéris falutem U allai s.
Il me refte à remarquer ici ; ce que 'f-àv
déjà remarqué dans mes Remarques fur
la V'ie de Pierre Ayrault, page 197. que
Léon Batiiie Alberti , Architecte Floren-
tin, a été l'inventeur en Italie de ces for-
tes de vers, félon le témoignage du Va-
fare dans la Vie de ce Léon Batîlte Alber-
ti (0. François Pithou dit dans le Pi-
ihoeana, qu'Antoine de Baïf étoit un fou».
CXII.
Quelques perticularltez curieufes tGU»
chant Marot»
MOnfîeur Bail le t. dît que Marot Pags *$.
excelloît particulièrement dans l'art Tome 4.
de faire des Epigrammes. Il n'excelloft pame"x*
pas moins à faire des Epîtres: ce que Mr.
Baiilet a oublié de remarquer. Celle qui
a pour titre , Au Roi , pour avoir été déro-
bé , & cette autre qui eft intitulée, An
Rot, pour le délivrer dcpnÇon, font mer-
veilleufes. Je remarquerai ici en pafïànt
que le Roi déféra a cette dernière Epî-
tre, comme il paroit par cet Extrait du
Regîrrc fecrer de la Cour des Aides de
Paris„
établir cet» mauicie de vers parmi les îtalieaa^,
mais inutilement.
j9f Antï«Baillet. P.H.
Paris, commenceant en 1517. & fmiiTant
en i^. côté B.
Lundi 14. jour de I^ovembre 1527. pré-
fens Louis Picot, Chevalier , Premier Pr/-
fident, Mre. François de Mareillac ,jecond
Bréfident\ Benoit Larcher, Cif Clériadus
de Ja Roziére* Conseillers.
Ce jour , par FEfcuier Cafl'dlon ont été
présentées à la Cour les Lettres mijjïves du
Roi: dont la teneur s' * enfuit :
Nos amez & féaux : Nous avons été a-
vertis de l'Emprifonnement de nôtre cher
& bien amé Valet de Chambre ordinaire
Clément Marot: 6: duement informés de
la caufe dudît emprifonnement : qui efl
pour raifon de rccoufîe de certains pri fon-
ciers. Et pour ce qu'il a fatisfaît à fa par-
tie, & qu'il n'eft tenu que pour nôtre
droit, à celte caufe, nous voulons , vous
mandons, & très-exprefïèment enjoignons,
que toutes exeufations çefïàntes , ayés à
délivrer & mettre hors des prifons. Si n'y
faites fautes. Car tel efl: nôtre plai/îr. Don-
né à Paris le i> Novembre. Signé Fran-
çois.
Et au de/fous , Robertet. Et au dos &
fuperfeription , à nos amez & féaux les
Généraux Confeilîers fur le fait de la Jus-
tice de ;>os Aides à Paris.
Après la le Bure de [que lie s , la Cour a
fait refpotjfe audit Caftillon , que orne la
Partie & les Gens du Roi , elle obéirait au
vouloir & bon plaifir du Roi ; a commis &
député Mr. Benoît Larcber & Clériadus de
la Rofiére , Conseillers du dit Seigneur , pour
interroger ledit Marot; pour en faire leur
rapport le lendeipaw, Mardi
Anti-Baillet. P. II. 39j-
Mardi 5-. Novembre içiik
La Cour, après avoir vu les Charge s &
Inj rwativws à P encontre du dit Marot : les
oratoires cif Confefjions ' les Conclu-
fwnsm du procureur Général du Roi : C2*
ouïe la Partie Civile : a élargi par tout
ues ledit Marot : en faifant lés fou-
us , & élifant domicile en lu manière
accoutumée,
. Sçaîiger a remarqué dans Ton Segond
Scaligcrana, que Marot avoir un merveil-
leux talent pour la traducïion.
J'oubliois à remarquer, que ce qu'a é-
crit Mr. Baillet au chapitre de Théodore
de Beze, que Marot a traduit les 5-0. pre-
miers Pfeaumes, n'eft pas véritable. Les
5-0. Pfeaumes que Marot a traduits, font
des Pieaumes choiiis.
CXIII.
j
Remarques fur le chapitre cPAriftopbane.
Ignorance de Mr. Baillet dans fou Mé-
tier de Bibliothécaire. Lifte des Editions
fPAriftaphanç.
MOnlïeur Baillet, tome 3. partie
I. page 397. dit qu'il n'èft pas vrat-
femblable que' L'Epigramme Grecque fur
Ariftophane, attribuée par M 'le. le Févre
à Platon, foit de Platon. Voici l'Epi-
gramme :
A< ^«s:Tfç, TcV.evoç 71 A«4ot7v, 'oxiç h%> b"#-
Zq-fVÇ-cti , fyvM'i fvpoi ' ^piçatpÂïXc,'.' '
R 6 La-
396 Anti-Baillet. P. II.
Laquelle a été ainii traduite par le Père
VavalTeur :
Irma, fibi sternum qu&reèat gratU templum*
i Vntm invenit peftus Ariftophanis,
Je demande à Mr. Baillet quelle raîfon
il a de croire que cette Epigramme ne (bit
pas de Platon. Elle eft très-digne de Pla-
ton : & Platon d'ailleurs eftimoit beau-
coup les Comédies d'Ariftophane. Et O-
lympiodore & Thomas Magifter difent af-
firmativement qu'elle eft de Platon. Voici
l'endroit d'Olympiodore: qui eft delà Vie
de Platon, publiée depuis peu par Emeri
Cafaubon dans fes Notes fur Laércer
ix*ip* àè k&m **) jApiço0uvei t<£ Kwpu*/âi,
nui YtâtppQVi lap1 «v ixipi'^aiv tm npovèTtuv
év toTç Aiuhéyoïç eo^fÀvjôvj. "KêysTUi de £tuç
kvtoTç %ctlpeiVy wçe nui v^I'au irehevr^rev ,
svps'Afyai iv ry HhiVia ccvts 'ApiçoQdvvp **}
%é(ppovx , ucii ê%iypcty,[Lct de TQtXTQV êiç
'Aptçofyàvyv vettjtynevï
Ai %*pnt<i ) Tf/ufv«ç rt >iftef7y , ro x-ep £%i w«~
(riîretl >
Voici celui de Thomas Magifter : qui
eft de fon abrégé de la Vie de Platon :
cciroèavovTct àê, sru UKutuv èrl^csv et
è j/yp^pL/xâJT/ vipuehêyelùp,
A't Xaptreç, repues rt h*Çt~r9 cnsç ti%t.srt-
Q-iïrttt ,
Eft
ànti-Baillet. P. If. 397
Et c'eft , fans doute, fur ces témoigna-
ges que Lilius Gyraldus & Jofeph Scali-
ger ont attribué cette Epigramme à Pla-
ton.
Mr. Baillet. Pour ce qui regarde
les éditions des Comédies a? Ariftopkane ,plu-
Jieurs témoignent faire cas de celle de Ley-
de : qui parut chez Jean Maire avec les
Commentaires de Scal.ger , & des autres.
Mais Mr. Colomiés prétend qu'on n'a point
encore donné d'édition de ce Poète qui foit
parfaitement bonne. Il eftime que la moins
mauvaife efï celle qui parut Grecque& La-
tine in folio à Genève Fan 1608. avec les
Scbolies Grecques de Marc Mufure y & les
Notes de Florent Chrétien , £3* des autres.
Cependant nous avons vu ailleurs que cette-
édition avoit été fort décriée par Claude
Chrétien , fils de Florent , à caufe de l'infi-
délité que ceux de Genève y ont commife.
Ménage. Nôtre Bibliothécaire eft
mal informé des Editions d'Ariftophane.
Scaliger n'a point fait de Commentaires fur
Arillophane; & dans l'Edition de l'Aris-
tophane de Leyde il n'y a aucuns Com-
mentaires : & les Scholies Grecques que
nous avons fur ce Poète, ne font point
de Mufure : & la meilleure des éditions
de ce Poète, c'tft celle d'Amfterdam.
Voici l'hiftoire des éditions d'Ariftophane,
En 1498. Aide Manuce, Romain, mais
Imprimeur de Venife, imprima à Venife
în folio neuf Comédies d'Arîftophane, *•
vec des Scholies Grecques fur ces Comé-
dies recueillies de différens Manufcrits par
Mufure, Candiot, homme dodte, & qui
R 7 fut
3p3 Anti-Baillet. P. ÏL
fut depuis Archevêque de Malvoîiie. En
ce tems-là Ariiïophane n'avoit point en-
core été imprimé. Aide Manuce dédia
cette édition à un certain Daniel Clarîus,
Parmefan, Profeifeur en Lettres Humai-
nes à Ragufe. Il dit nettement dans fi
Dédicace; que les Scholies Grecques fur
Ariltophane font anciennes. Accipe igi-
tur notera Ar'iftophanis Fabulas', nam de-
cimim, hyfiflraten , tdeo prœtermîfimus ,
quia vix dimtd'uita haberi a nobis poîuit.
Sint fatis h<e novem : cumoptimis -, & an-
tiqu'ts , ut vides , Commentants. Cette
Dédicace eft fuivie d'une Préface Grecque
deMufure: qui eflrrout ce que ce favarrt
homme a fait de fon chef fur Ariiïophane.
Enfuite de cette Préface, il y a une Epi-
gramme Grecque de Scipîon Cartéroma-
que, de Piiroie. G'eit ce Scîpio Cartero-
rnachus Auteur du Difcours à la louange
de la Langu. Grecque , dédié a Daniel
Réniéri, Noble Vénitien, que Henri E-
tienne a fait tnxpcitnér à la tête de fonTré-
for de la Langue Grecque. Et enfuite de
cette Epigramme,'! y a ir Extrait del'En-
chiri 'on d'Hephseltion , & un autre, de
Démétriusl rie inius,:ouchant les différens
genres de vers: & un autre, de Platonius ,
touchant la différence des Comédies h cel-
le des Caractères. Et enfuite, la Vie d'A-
riiio
f r, Il y a Accoîta à la page fuivante. Il faut
ÀCcoln .<r tour
. f : li faloi.t d;re (jijtnti > car J-nt* c'eft Je nom
^atin. Mh.c avaflt que de pafTer à Vin ij2j. il é-
teît boa d/obfeiYex que Nevizaa à la ûû du i. Li-
Tie
Anti-Baillet. P. IL 399
rfilophane par un Anonyme; & un abrégé
de Vie du même Poète, par Thomas Ma-
giller: & plufieurs argumens du Plutus;
faits en profe p.ir un Anonyme: & un en
vers , tait par Ariltophane le Grammai-
rien: & la Lille des noms des anciens Co-
miques, avec le nombre de leurs Comé-
dies. Tout cela ett en Grec. Les Ar-
gumens en vers Grecs fur les autres Co-
médies, font apparemment du même A-
rillophane le Grammairien.
En 1 51 y. Bernard Junta, fit imprimer
in odavo à Florence chez Philippe Junta
les ix. Comédies d' Ariltophane: qu'il dé-
dia à Francefco 'Vccolto (i), nommé à
l'Evëché d'Ancone. Il dit dans l'Epître
Dédica? oîre qu'il avoit deiTein d'y ajouter
la dixième & l'onzième ; mais que ceux
qui les lui avoient promifes lui avoient
manqué de parole.
En 15-15-. les Héritiers de Philippe Jun-
ta (2) , impr'merent in quarto , dans la
même Ville de Florence l' Ariltophane
d'Aide : revu ïol^neufement par Anto-
nius Fracinus, de Varchi près Florence:
auquel on ajouta quelques Scholies , &
un Indice des choies contenues dans le
Livre. Antonius Fracinus a dédié cet
Ouvra.j ;■: '•• Benoît Accolta, Archevêque
de Ravenne. Il lui dit dans l'Epitre Dé-
dica-
vre de fa Forejt nuptiale rapporte qu'Alciat lui avoit
mande d'Avignon avoir tiaduit de Grec en Latin
le;. Nuées d' Ariltophane ferv.itâ carmiuu Uzr. Or Al-
ciat enfegna le Droit à Avignûn depuis 151t. jus*
qu'au commencement de 1521. qu'il ictouxna à Mi-
lan.
400 Anti-Bail le t. P. IL
dicatoire, qu'il a ajouté environ 60. vers
dans laComédie de la Paix qui manquoient
dans l'édition d'Aide, & qu'il a été dirigé
dans Ton Ouvrage par Arfenius, Candîot,
Archevêque de Malvoifie. Cette édition
eft fort belle.
En 15-28. Pierre Vidouve, de Verneuiî,
imprima à Paris in-4. ix. Comédies d'A-
rifrophane. Il eft dit à la fin du Livre,
que ce Livre a été imprimé aux dépens de
Gilles de Gourmont, & par le confeil &
les foins de Jean Cheradame, & par le la-
beur & la dextérité de Pierre Vidouve.
«tutwÔii êv Aev%eT/a riapp^c/av,«v«Aw^a-
r/v 'Ey/£/8 r6pju.0VTi8, èià nctpaivécêcaç nui
ivifiehetaç 'Iwavv8 XeçaSduas irovq Se nxt
hziOTViTinsTpa'Oviïiictîz, irêt\ &c. De-
vant chaque Comédie, il y a des Epitres
Dédicatoîres en Grec de ce Jean Che-
radame. La première Comédie eft de*
diée à Jean le Clerc Ambaffadeur en An-
gleterre : la fegonde, à Thomas Vinter:
la troiiiéme à Pierre Danés : la quatrième
à Jean Viole: la cinquième, à Jean Tar*
tafïè: lafixiéme, à Jean Lapithe: la fep-
tiéme, à Jean Beraut : Ce Jean Beraut &
toit un homme favant ; la huitième, au
célèbre Médecin Jean Ruellius •: & la neu-
vième r
Ç 1. 11 faut lire Gilles de Gourmont. Il étoit
frère de Robert Se de Jean , mais c'eft Gilles qui
9'eft qualifié Imprimeur en Grec dès l'an 1507.
Comme l'infeription ordinaire qui eft à la fin de Tes
éditions le juftifie. Elle eft rapportée par Naudé
pag. 304. & 305. de Ton Addition à l'Hiftoire de
Louis XI- Se un peu moins correctement par le S/.
de la Caille pag, lo, de fon Hifl, de l'Imprime wel
Anti-Baillet. P. II. 401
viéme, à un Guillaume Cuinus. Les ar-
mes de ce Jean (i)de Gourmont font gra-
vées en plulîeurs endroits de ce Livre: ce
qui montre qu'il étoit, quoi que Libravre,
homme de condition. Je remarquerai ici,
par occaiîon, que félon fon témoignage
il fut le premier qui rit imprimer à Paris
des Livres Grecs.
En 15-31. (2) Ardre Cratander & Jean
Bébélius , Imprimeurs de Francfort (3),
imprimèrent à Francfort in-4. les neuf
Comédies Grecques d'Ariftophane dont il
a été parlé. Et ils ajoutèrent à cette édi-
tion deux Comédies de ce Poète , non en-
core imprimées : qui font , les Femmes
Sacrifiantes à Cerès , & la Lyfiftrate.
Dans cette édition ; qui eft auffi toute
Grecque; il y a une Préface Latine de Si-
mon Grynseus.
En 15-38. Andréas Divus,de Capo cTIs-
tria, fit imprimer à Venife in-8. chez Ja-
que de Bourfranc, de Pavîe, la Traduc-
tion Latine en profe des onze Comédies
d'Ariftophane : qu'il dédia au Cardinal A-
lexandre Farnéfe. Cette Traduction eft
pleine d'ignorances, & pour le Grec, &
pour le Latin.
En la même année 15-38. Barthelemt
Za-
% i. C'etoit ici le lieu de remarquer qu'en iîît.
Thomas Venarorius Alcman fit imprimer à Nurem-
berg in- 4. le Plurus d'Anftophane avec fa veiûoa
en vers Latins à côiédu Grec ~4rij}ophams Plaint».
(dit Gcfner. f. éit.B. de la Bibl.) CornaUiam fdcgtijfim
mam Latinis vtrfikut rtditi-.t Ptireim exeniit N<.rim*
b<r£<t 1 5 3 1 . ri*- 4. Gra.iè & Latine i rigione chartii IJ»
f 3. Imprimeurs de Bile.
\oi Àntz-Baillet. P. IL
Zanetti imprima à Venife in- 8. en Grec
les onze Comédies d'Ariflophane.
En 1544- Pierre Brubachius rimprïma
in-S. phane de Francfort de 1 5"32.
avec là Préface de Grynseus. Il y ajouta
là Yfc à* • • itophave de i* Anonyme Grec:
la Liite des noms des Anciens Comiques,
avec le nombre de leurs Comédies : & le
Dileours touchant la Comédie ; duquel
il a été parlé.
Ep, !f47. (1) Sî^ifmond Gélénius, de
Bohême, difciple de Miifure, fit impri-
mer à Bile, par Froben , les onze Comé-
dies d'Aritlophane , avec les Scholies
Grecques anciennes, tant de l'édition dé
Venife que de celle de Florence . fur les
neuf premières Comédies: car il ne s'en
trouve point fur la dixième & fur l'onziè-
me. Ces deux dernières Comédies font
plus correctes dans cette édition que dans
celles de Francfort.
En 15*49. Char1es Girard (2) , de Bour-
ges. Docteur Régent en Droit dans l'U-
niveriîté de Bourges , fit imprimer à Paris
in 4.
«
^J 1. Outre ce que Mr. Ménage remarque ici
pour l'année 1547. voici ce nue je trouve écrit,
d'une main qui m'eft inconnue, au devant de mon
exemplaire d'Ar.ftophane de Genève. Minus Ca.be-
dius yArijlefhanis Flutum Latinit verfitnu reididh <Jlgr*
ffohfâlio Pi'fdtrit Tinntkio'rum Epiùopâ tfoartnis III. Lu-
fiiania T^e^is in Gtittia LigAto avuncttlo ruo iica'vit , ex-
cuiit autem Vajcofanus 1547, in 8. L'Aureur do cette
note a mal interprété M. Cabedios, hfarats , au lied
de Mi.h&ël. Te! étoit le nom de batème
Portugais* dort on peur ro r la Vie dans la Biblio-
:héque d'Efpagne d'André Echott qui fait auflï inen-
A" M T I - B A I L L E T. P. II. 4O3
fïl-4. par Chrétien Véchel le Plutus d'A-
riltophane, avec une Traduction en profe
Latine è regio?ie du texte & un gros Com-
mentaire fur le texte Grec. Cet Ouvrage
eft dcdié à Janne Reine de Navarre, fille
de Marguerite, aulfi Reine de Navarre.
En 15 57. (3) on imprima in -4. à U-
trecht le Plutus, les Nuées, & les Cheva-
liers d'Arifioph^ne, avec la verlion Lati-
ne de Lambertus Horteniius: & en 15-61.
le Plutus & les Grenouilles en Grec. C'eft
ce que j'ai appris du Catalogue des Livres
de Nicolas Heiniius: car je n'ai point vu
ces éditions.
En 15-86. Jean Spies imprima in- S. à
Francfort fur le Mein l'Ariftophane Grec
avec la verlion Latine en vers de Nicodé-
me Frifchlin, & avec la Vie d'Ariftopha-
ne , & la Défenfe d'Ariitophane contre
Plutarque, parle même Frifchlin II eft
à remarquer, que Frifchlin n'a traduit que
!e Plutus, les Chevaliers, les Nuées, les
Grenouilles, & les Acharnenfes.
En 1589. Florent Chrétien fit imprimer
à
t'on de la rraduftion du Plurus. Un Flamand, nom-
me en Latin H*(iri<inu< Chimis Mal It^hemius , a tra-
duit en veis Latins le Plutus . imprimez à Anvers
IV 1 5 y 3 . Voyc2 Sander. dt dur. Bruz. lib. i.
f 2. Il s'vîppelloit Gérard & non pas Girard,
Gtr&tdm.
% 3. Avant que dVn venir à l'année 1557. on
pouvoir remarquer qu'il avoit paru à Nulles in 8.
l'an us' ■ une verfion Latine allez élégante au Plu-
tus bt de* N'ucs par Corioh'nus Marti:anus de Co-
ienec Evé>]ue de (an Marco, en vers Comiques Se-
naires, imprimée avec d'autres veillons & JoëliCs
du même Auteur.
404 À N T I - B A I L L E T. P. Iî.
à Paris in-8. chez Frédéric Morel la Co*
médie d'Ariftophane , intitulée la Paix :
avec fa vcrlion en vers Latins, è regione
du texte Grec: à laquelle il ajouta un
Commentaire allez gros. Cet Ouvrage
eft dédié à Jaque Augufte deThou, fils
de Chriftophle.
En 1607. iEmilius PoTtus,fils de Fran-
çois le Candiot , fit imprimer in folio à
Genève, fumptrbus Caldorïance Societatis ,
un Ariftophane revu par fon père. Cette
édition eft la meilleure (1) de toutes les
précédentes. Outre les Scholies Grec-
ques anciennes , fur les neuf premières
Comédies , elle a les Scholies Grecques
d'Odoart Bifet , Sr. de Charlai , fur les
onze Comédies d' Ariftophane : & celles
de Gilles Bourdin fur la Comédie des Sa-
crifiantes à Cerès. Ces Scholies de Gilles
Bourdin furent imprimées à Paris in-l.
en if^s- & dédiées à François I. C'eft
ce Gilles Bourdin , qui a été Avocat &
Procureur Général du Parlement de Pa-
ris. Odoart Bifet étoit un homme favant
de la Ville de Troie (2). Et outre ces
Scholies Grecques, anciennes & moder-
nes, cette Edition contient le Commen-
taire de Girard fur le Plutus, & ceux de
Florent Chrétien fur les Guefpes, fur la
Paix, & fur la Lyiiftrate, avec la verfion
Latine en vers de ces trois Comédies.
L'Ou-
^[ I. Il faloit dire. Cette èditim ejt meilleur
que tentes les précédentes. Mais touchant les diver-
ses éditions d'Ariftophane, voyez le dofte & labo-
xieux
Anti-Baillet. P. II. 405*
L'Ouvrage de Florent Chrétien fur la
Paixd'Ariitophane avait déjà été imprimé,
comme il a été remarqué. Ce qu'il a fait
fur les Guefpes & fur la Lytiltrate, n'a-
voit point encore paru. Claude Chrétien,
fils de Florent, envoya le tout à ceux qui
fe méloient de l'édition de Genève. Dans
une Lettre qu'il a écrit à Jofeph Scaliger;
qui eft datée de Paris du 20. Sept, 1610.
il fe plaint fort de cette Edition à l'égard
de l'Ouvrage de fon père. Je n\fe , dit-
il, tous parler de lJ Arijlophane , que vous
Avez, vu , je m*affuren premier que nous;
car F Ouvrage eft fi laid que je ne le puis a~
vouer pour parent. Le mal eft arrive de
Vavêir envoyé hors cP.ci: & en Ville oit ils
ne croient au:our£hui que leur tête. Us
oh' méprifé l'ordre que je leur avois envoyé:
ont retranché plufieurs chofes de mon père ;
VEpitre même à Mr. de Thou fur ï*lréhs\
imprimée à iJaris Pan I5"8q. in oiiavo f a*
vec cette Epitre: & y en ont mis de gepê
qui n'ont du t'jut rien contribué à F Oeuvre1:
puiç ont tellement mêlé ce que je leur avais
baillé, qu'A femble que leur defjein ait été
plutôt de l'étouffer, que de lui faire voir le
jour. Il y a dans cette Edition une Let-
tre Latine d'/Emilius Porte* à Odoart
Bifet, & une Préface Grecque, aux Lec-
teurs, & une autre Latine, du mêmePor-
tus.
En
lieux Jean Albert Fabrice I. 2. da tora. t. de fa Bi-
bliothèque Giecque, c. 21.
il 1. ]'a:mcreis mieux écrite Troits pom ne pas
confondre !>«* avec 7>#/*,
4o5 Anti-Baillet. P. IL
En 1624. Jean M^re, Imprimeur de
Leyde, imprima à Leyde in douze un A-
riltophane Gec- Latin, fans Commentai-
res Latins & fans Scholies Grecques.
Mais avec les Fragmens des Comédies
d'Ariltophane non exilantes , ramaifez
par Guillelmus Cantérus & Guillelmus
Coddasus, & une Préface d'Andréas Schot-
tus fur ces Comédies d'Ariftophane non
exilantes & fur celles qui exiiient : 11 y a
outre cela une Vie d'Ariftophane en La-
tin , & un Difcours Latin de Nicodéme
Frifchlin touchant l'ancienne Comédie.
je ne fai de qui eft la Vie. Toutes ces
chofes font à la tête des Comédies. Il y
a à la fin un Indice des Proverbes allé-
guez par Ariftophane, & expliqués par E-
rafme, par Junius Cognatus, & autres Pa-
rcemîogr.iphes : & de très-petites Notes,
qui ne confident qu'en diverfes leçons.
Ces Notes font intitulées, Nota in Arts-
tophanem\ excerpta ex variis Leéîionibus,
Emendationibus , & Conjeëluris virorum
doéîorum : ac potijfimum duobus exempta-
ribns manu Jofepbt Scattçeri emendatis*
E Bibliotheca Gerardi VoJJii. Chaque No-
te de Scalper ne comprend pas une ligne:
& toutes fes Notes enfemble pourroient
fe mettre en une feuille de papier. Mr.
Baillet qui appelle ces Notes de Scaligcr
& celles des autres Critiques , des Com-
mentaires , ne les a jamais vues.
En 1670. Jean Ravefteîn , Imprimeur
d' Amfterdam , r'imprîrna à Amflerdamen
deux volumes in douze l'Ariftophane de
Leyde: auquel il ajouta des Notes & des
A S T I - D A I L LE T. P. II. 407
varions de dirîerens Criiiques: avec
nue vcrlïon très élégante des Concionatri-
ccs([J par Mr. le Févre ProfeifeurdeSau-
mur, & avec des Notes très-favantes &
très-curîeufes fur ce;te Comédie, du mê-
me le Févre: dédiées à Mr. Bohéreau,
Médecin de la Rochelle. Cette édition
elt ia meilleure, pour le texte, de toutes
les Editions d'Aritîophane.
En 1654. M1!*5- le Févre, fille de Mr.
le Févre dont nous venons déparier, &
qui eil aujourd'hui, Me Dacier, fit im-
primer à Paris in douze une Traduction
Françoife du Plutus & des Nuées, avec
des Notes fur ces deux Comédies, & une
Préface fur Ariftophane. Sa Traduction
eil très-élégante : les Notes font très-fa-
vantes: & fa Préface eil: admirable.
Mr. B a 1 l L E T. Plutarque ajoute que rage 385.
toute Pin banité que Von donne à Ariftopha-
/,v, n'a rien que d'amer & de trèj-des*a-
le :que Jon fel n'a rien que de piquant^
î , de mordant : & qiCil ne fert-qu'à
ir les playes qu'il a faites lui-même.
Mknage. Le meilleur morceau eft
demeuré au plat. Je veux dire que Mr.
: Baillet a omis ce qu'il y avoit de meilleur
dans Plutarque au fujet du fel d'Arillo-
phane & de celui de Ménandre : qui eft,
que le fel de Ménandre eft de la mer où
Venus a pris naiiïance. Je me fuis fervi
de cette penfée dans mon Epigramme
Grecque à Mr. Colbert fur Mr. le Févre
Profefteur de Saumur»
ro.
if nK Pourquoi ne pas duc des Harangneufes ?
408 Anti-Baillet. P. II.
Tiwi)TCà* ursXxyei 3 <*> Ko7rpii; iyyéycve.
Mr. de Brieux s'en cft aufli fervi dans
une de fes Epigrammes à Mr. des Yve-
teaux le Maître des Requêtes.
— — lufufque, falefyue.
Sed natos ptlago , quo Venus or ta, /aies,
Mr. Baillet a remarqué eu quelque en-
droit de (on Livre, que Mr. le Févre de
Saumur ne croit pas que ce qu'on dit que
St. Jean Chryfoftome fe plaifoît à ta lec-
ture a' Ariftophane, foit \ érïtable. Et moi
j'ai remarqué dans la Préface de la fegonde
partie de mes Obfervations fur la Langue
Fran-
% i. Les Savans n'ont pu fufqu'ici marquer au
vrai en quel tems Achille Tace a vécu. Saumaife a-
vouë ingénument qu'.i ne le fait pas, 8c qu'il ne
f ,. trouve point d'Auteur qui le lui enfeigne. Quand»
T \ 5 vixtrit , juxta fao ct*m illis qui nefciunt , qu-a nec auc-
Yl Z l"j* torem hAhe0 9"' me td doieat- M. Huet dans fonTiaitc
Itr.tfh. & ^e ^'Origine des Roman» tout irrefolu qu'il paroit
p'f'^A *ur cctte difficulté "e ^'^e Pas <*e Pencher à croire
r ?a Achille Tace pofterienr à Heliodore. Je pente a-
voir trouvé un moien fui de décider cette queftion.
Achiile Tace dont nous avon* les amours de Clito-
phon & de Leucippe eft le même qui a écrit de la
fphére, & dont il nous refte une introduction fut
les Phénomènes d' Arat. Jule Firmique qui ecr.voie
fous Conftance l . fait mention , livre 4 chap 10.
de fes Aftronomiques, de cet Achille, d'où il s'en-
fuit que cet Auteur pour peu qu'il eût précédé Fir-
mique etoit plus ancien, ôc que St. Jean Chryfofto-
me, ôc qu'Héliodore qui n*ont vécu que fous le
grand Théodofe 8c fous les enrans. Cela étant, la
xonjc&uK de M. Ménage touchant ce Prêtre grand
1*0,
AXTI-B AILLET. P. IL 40^
Françoife , que l'Auteur le plus ancien
qui ait fait mention de cet Amour de St.
Jean Chryfolîome pour les Comédies d'A-
rilîophane , c'en Aide Manuce dans fa
Dédicace des Oeuvres de ce Comique à
Daniel Clarius: fi ce n'eft qu'on voulût
interpréter de St. Jean Chryfouome , ce
qui eft dit dans le Roman d'Achilles Ta-
tttJS (1), qu'un certain Prêtre, qui étoit
fort éloquent , étoit imitateur d'Ariitcr-
phane.
CX IV
'imitateur d'Àr'ftophane ne peut avoir lieu , outre
qu'il faut avouer qu'elle eft un peu bieii abftraite.
11 faut aufli conduire que (hotius s'eft trompe lors-
qu'il a infinité qu'Achille avoit im te Héliodore.
Suivant notre calcul ce doit être tout leicomraire.
A l'égard ces infamies contenuëi dans le Romande
Clitoplion &c de Leucippe je les regarde comme un
tine d'arcie^neté. Avant que le Ghrîftiàniîme fût
affermi les Ecrivains etoient plus licentieux. La.
Religion Chrétienne, moins indulgente , en refor-
mant les mœurs, reforma les exprefTions', de forte
que de* deux Romans celui d'Helioccre Auteur
'Chrétien étant le plus honnête doit 1 >ar confequent
être cru le moins ancien. Le célèbre la Fontaine
qui apparemment ne s'etoit pas donne le loin défaire
ni toutes ces recherches, ni toutes ces réflexions,
n'a pas laiflé de diie le plus heureulement du mon-
de d*ns la Ealade des Livres d'amour:
shon a. le pas par droit £ Antiquité ,
II h'id're peut par fort prix It pré tndre.
2W V IL Par t.L S
410 Anti-Baillet. P. IL
CXIV.
Charge de Maître des Requêtes , donnée pour
récompenfe à des gens de Lettres.
Tome i. \ Vf Onfieur Bail LE T. Charles V. Roi
part. i. iSjLde France, donna une Charge de
page 561. Maître des Requêtes pour une 'Traduélion
de la Cite' de Dieu.
M enage. Budée,dans fes Commen-
taires de la Langue Grecque , dit qu'il fut
fait Maître des Requêtes à caule de la
connoiiTance qu'il avoit de la Langue
Grecque. Voici l'endroit : Permultis an-
nis , antequam id munus à Rege fperare cœ-
/>/, (il parle de la Charge de Maître des
Requêtes) utriufque ipjle Linguœ commen-
datione accitus tum in Aulam ; cum ani-
mus meus alienijjimus effet ab hoc inftituto\
apud Principem tamen , tum corporis tum
animi dotibus , regiceque majeftatis honefla-
mentis & décor :b us, C23 naturâ, & divi-
nitus ita donatum , ut ampliora optare fine
piaculari infolentiâ nullus , me a fententiâ,
pofiît; (certè quidem ingénia & facundiâ
ornatum, iis qui non norunt, incredibili)
miré valuit Uterarum Grœcarum ftudii ad-
miratio : quibus ipfis hoc meum ornamen-
tum magis quàm Latinis literis acceptum
rttuli.
CXV.
Anti-Baillet. P. II. 411
CXV.
Ce que dit Mr. Baillet que les Epigram-
mes Fabuleufes font défedueufes , tfeft
pas véritable, & eft contraire a la pra-
tique de tous les Epigrammataire s .
MOnfîeur Baillet ne fe connoît
du tout point en Epigrammes; ce
que je ne dis pas parce qu'il dit que la
plupart de mes Epigrammes font plates &
in lipides. Il dit à la page $6i. du premier
Tome, la République de Venife femble a-
voir voulu pjjjer en magnificence Arché-
laus & Caracalla dans la gratification
qu elle fit à Sannazar ? pour une Epigram-
me qu'il composa à l'honneur de cette Fille,
Car elle lui donna un grand nombre d'écus
d'or po.:<r chaque vers. Mais cette libéra-
lité nous donne une plus grande idée de la
générofité & de la reconnoiffance de cette
République que de V excellence du Poète ;
puifque fon Epigramme eft défedueufe , é-
tant du nombre des Fabuleufes , & qu'on
ne l'a payé que paur fon Encens. Et là-
deffus il cite dans fes preuves le Parnafïè
Réformé. Il n'eft rien dit de femblable
dans le Parnaifè Réformé. Mr. Baillet
devoît citer Monfieur Lancelot dans fou
Deleùius Epigrammatum : car c'eft Lan-
celot, qui dans fon Delettus Epigramma-
tum a repris cette Epigramme de Sanna-
zar, à caufe qu'elle eft fabuleufe. Ce que
je fouhaitterois qu'il n'eût pas fait ; ces
fortes d'Epigrammes étant au contraire
S a très*
4'i2 Anti-Baillet. P.IL
très-belles & très -agréables. Et Ton o-
pinion a été très-bien réfutée par le P. Va-
vaiFeur dans ion Livre de l'Epigramme,
chapitre ix. Les paroles du P. VavaiTeur,
méritent d'être ici rapportées. Les voi-
ci : Neque inira res gejias & ver as hic fe
Poe ta contir.ety fedfiéias etiam adfcijfit a-
liunde atque ampleéiitur , eafque varias {$
multiplkes, Aut enlm tabulas ex omni
Fabularis Hifloriœ infirumento promptas
habet & parafas quibus apte & in loco uta-
tur : aut ipfe fingendi artifex , qttod lubet ,
comminifichur , fibique fabricat , & fuos in
ftfus convertit. Rurfum hoc utrumque vel
ex totofaciî ; ut aliud nihil Epigrammate ,
nififabulofa perfequatur : vel ex parte ; ut
ad aliud quippiam traducat hcec gênera faU
Jî , & ad infliîutum fermonem accommodet
fplendidum o3 folers menduium. Hœc
porro omn'ui fiers pojfe ; licere; faéîa déni"
que fuiffe ; auo modo c^ qui re melihs os-
tendemus , quàm exemples veterum , cùm
Grœcorum tum Latinorum, ex quibus, ars
ipfa, qualis ea cunquejit, petit a fuit ; ar-
ti fuafi.de s & aûfioritas accerfita"1. Aliqu'id
efife in Epigrammate fi ci i s fabulis & anti-
quis & r£centibus ac novis loci , prœter-
auam fûèd tôt exempla probatijfimorum
Scriptarum perfuident ; convincit etiam ,
MoN'TAUSERl , C55 fateri cogit ratio.
Quid entra ? Hu'us Pocta carminis omni
fiflione & commento, eT im;tandi pote fi a»
te privabitur : c.eteris Poëtis, nt fingant,
non tantùm relinquitur integrum ac libe-
rum . verùm etiam , fi tueri nomen fuunt
a: fufiinere velint , ncceJJ'arium judicabi"
tur ?
Anti-Baillet. P. IL 413.
tari Quid verô tara Epigraramatura pro-
pnura, quod Fabulas excludat', cura Epi"
grararnata munus exercere ac partes fuas ,
C55 opus perfccium habere , ut in faits per-
f'onis , ita in fiais rébus , valeant ? Aut
quid tara propriura tabularum, quod Epi"
grararaatis repugnet\ ckm tabula, trattan-
dis & ajjimu tandis rébus, vei ipfara adju-
gent veritatemt. Itaque nibil alicnius un-
qnara rai ht vifus cft fecijfe , dura Poêlas è
Re fua publica ejecit , Pldto; quara quis-
quis è Poëfi noftra Fabulas exterramandas
ejfe du xt t. Etenira civitas fine Po'étis [la-
re poieji , opinor ; carere oranino Fabulis
Poëfs qui pote fï1. Ne c fane in re tara ceria
taraque evidenti dijputarcra , nifi exortus
effet inter literatos , quod nun quara fore pu-
tajjera , qui ifïud tara nova tamque infolen-
tts diclrince, Script or & JM agi fier Artis Cx,r-
reas ponere non dubitarit in prœceptir fuisy
nihii ut Poëta nofler , nifi venrm , faéiura-
que , adbiberet, atque adeo hifloricura po-
tius & narratorera , quara fefe eura , qui
effe débet , Puètara gereret. Quis autem
non malle de beat aut proferre ait quid defuo,
quod ipfe non Uvijudicio raultaque artecon-
finxerit, aut confiélum ab alio folcrter &
injreniofè m ut u art , quàra nudara rera &
fimpticera, ita ut fe rcs habet , ut 7 ue con-
fiait , aut tranfacia efl , mandarc verfibus
ac juris faccre publia ?
j'ajoute à la remarque du Pcre Vavas-
ftur, que les plus belïésÉpîgrammes font
les fabuleufes : témoin l'Epî^ramme de
Niobe , de vivante faire pîerre par les
Bïeuï, & de pierre faite vivante par Pra-
S 3 xitéte:
4T4 Anti-Baillet. P. II.
u'téle: témoin l'Epigramme de Vénus ar-
mée ; témoin l'Epigramme d'Amaltte:
Perfpicuo in vitro pulvis qui d'vidit horas:
& plufieurs autres femblables dont l'énu-
meration feroit ennuicufe.
Ce jugement ridicule que notre Ariitar-
que a fait des Epigrammes, a donné lieu
à cette belle Fable du Père Commire:
ASINUS JUDEX.
AnimaVu imsr , erta cîtm contentio
Magna ejjet olim, fedit Afinus arbiter :
Quippe aurium menfura liberalior ,
Et cre tota fufa fimplicitas , probi
Atque patientis Judicis fpemfecerant.
Prim& ad tribunal fe novum fifiunt Afes ,
Direpta quefla mella Fucorum doîo ,
Cellafque inanes. Innocenta Me Apes
Voce altiore , ceu nocentes , increpat :
Fucofque labis integros pronuntians ,
. Dat habere ceras, o1 /avis Apumfrui.
Clangore pojl htc An fer objîrepens gravi ,
Dato libello fupplice , orat ut fibi
Socufque liceat flumina , çr lacus facros ,
Cycnis repulfis , colère. Pr&fes annuité
Ecce Philomelam Gracculus lacejfere,
Et vocis audax pofcere fibi gloriam.
Litem, inquit , Afini finiat fententia.
Cubent ur ambo canere. Lufcinia incïpit :
Animofque teneris omnium ac fenfus rnodis
Demulcet. Ip{& carminé inflex* caput ,
Et
Anti-Ba illet. P. II. 41^
Et lenta motant brachia in numcrum llices.
Nequicquum. Ineptis plus probatur auribus
Rude murmur atque ftridor ab[urd& alitis,
Quid multa ? Fortem vicit Mo Judice
Columbus Aquilam. Pulcrior picio fuit
Pavene Corvus : Ovis Lupo voracior.
Vulpes , iniqua /cita fibilantibus ,
Al'tud ab Mo nil , ait , fperaveram ,
Cujus palato carduus gratum fapit,
CXVI.
Addition au chapitre cFHe/îcde.
MOnfieur Baillet a remarqué
qu'on n'a prefque jamais douté que
le Poème du Bouclier d'Hercule ne fût
point d'Héiîode. Cette remarque n'eft pas
véritable. Il eft vrai que Longin dans
fon Traité du Sublime, à la fcclion 7. le
cite comme d'Héliode, avec cette excep-
tion, y il efl irai que ce Poëmefoit d'He'*
fiode. Et il eft vrai encore, que l'Auteur
anonyme d'un petit Difcours Grec fur ce
Poème, imprimé dans l'édition in ofiavo
de Daniel Heinfius, dit qu'Ariftophane le
Grammairien ne croioit pas que ce Poè-
me fût d'Héiîode. Mais il ajoute que
Megaclès l'Athénien le croioit d'Héiio-
de : (r) mais qu'il reprenoit Héfiode de
ce qu'il y feloit faire le Bouclier d'Hercu-
le
^1 1. Il auroit été mieux de dire quoiqu'il repr!tt
pour éviter ce fécond mais trop voifin du premier.
S 4
416 Anti-Baillet. P. II.
le par Vulcain; n'y ayant point d'appa-
rance que Vulcain ût voulu faire des ar-
mes aux ennemis de Junon fa mère. Et
il ajoute encore, qu'Apollonius Rhodius,
& ou'fichore, difoient que ce Poëme e'-
toit d'Héfîode.
je remarquerai ici , en paiTant , au fu-
jet de l'objection de Mégaclès l'Athé-
M'chdde n*en ' qae quelques-uns °nt de même
âiontagnc. trouvé à dire que Virgile ût tait comman-
der Vulcain à Tes forgerons de faire des
armes pour Enéequi étoit le bâtard de fa
femme , & qu'en fefant ce commande-
ment, il ût donné des louanges à Enée,
Arma acri facïendo Vtro.
CXVIL
Addition au chapitre de BeJJarion»
Tome 2. *|-£ remarquerai ici en paiTant que Bejfa-
ll^.'3'2**' J rîon étoit le nom de batéme du Cardinal
BefTarion. Sanâi Bejfarionis , un de i_pfe
nomen accepit, patriœ parent'is, ac patroni^
Vitam diligenter ac copiofe fcripfii , dit-
Platine dans le Panégyrique du Cardinal
BefTarion. La fête de St. Beftàrion fe cé-
lèbre dans TEglife Grecque le fixiéme
de Juin.
CXVIII.
Ce que dit Mr. Bail/et que mes vers ne
valent rien , ejî véritable.
M
Onfieur B a i l l e t dit que mes vers
ne valent rien : que ce ne font que
cen-
An ri- D ait; le t. P. II. 417
cernons: que pièces de rapport, & à la
mofuï'que:que la plupart de mesEpigram>
mes font plates & înfïpides. Il dit que je
n'ai jamais pu m'éléver au-dciTus du gen-
re médiocre. Et il donne à entendre que
ma Poê'iie n'eft que du bouillon d'eau
claire; que du Vin à huit deniers le pot.
Je demeure d'accord de toutes ces chofes.
Et je déclare ici à Mr. Baillet, que je n'ai
jamais prétandu & que je ne prétans point
à la qualité de Poète. C'eft un aveu que
j'ai fait publiquement en plufieurs endroits
de mes Ouvrages. J'ai dit dans la Dédi-
cace de mes Poëfies à Mr. de Montau-
fïer : Scripfit fuwmo vtr ingenio & fcientia
finguîari Philofophus , artifices omÈes opus
fttum adamare : Poètas autem , précipite.
Et fane , ita fe reshabet: hic, neficio quo
modo , magis quàm alibi , fua cuique ma~
ximè placent: ac nerao unquam Poéta fuit,
qui quemquam prcefiiantiorem quàm fie cre-
deret ; quique fie non libenter cœteris ante-
ferret. Ipfe , vel hoc nno , me non efife
Po'ctara intelUgo : qui enim Carmina fin a
minus probet quàm ipfe facto , inveniri vix
quemquam pofje arbitror. Nec certè Poe-
ta tantum & tam divinum nomen meretnr
/'/, qui fcribit, Utt nos, brevia qmedam ;
& pauca ; & fiermoni propiora ; r^j quœ
rare affiurgunt \ quœ mntu carent: in qui-
bus nulla inflammatio animi ; .nullus nkmi*
vis afflatuu
Ingenium cui fit, cui mens divinior,atque os
Magna fonaturum, des nominis hujus ho-
norera.
S s ^7-ï°
4i3 Anti-Baillet. P. II.
Adeo ver ton efl quod ajunt* médiocres Poe-
tas non ejj'c , & Poêjim qu<e admirationem
non habet, nullam exijlimari. Nafcuntur
votes , non fïunt. Qui s ver 6 unquam ad
fcribendos verfus minus quàm ego naturâ
valuh ? Qui s Numina , quœ Vatibus pra-
funt , m agi s adverja expert us eft ? Quin
Poèticenfolùm attigi , ne, ut de Pompon'19
Attico fcripjit Cornélius Nepes , expers es-
fem illiusjuavitatis. J'ai àh dans ma Pré-
face fur Malherbe: Quoique faye peu de
naturel à la Poe fie, & que je ne fajje des
vers, s'il faut ainfi dire, qu'en dépit des
Mufcs ,j*ai néanmoins aimé de tout tems la
leélure des Poètes J'ai dit au chapitre 4.
de la fegonde partie de mes Obfervations
fur la Langue Françoife: Je ne me pique
point d'être Poêle, quoique ï*aye fait des
vers en Grec , en Latin , en îtahen, & en
François. Et fi fai parlé a v ant âge uf°. ment
de mes vers dans mes vers , fa été par le
privilège qîfont les Poètes de fe louer en
vers. Mais jamais perfonne ne ra'en a oui
parler avantageusement dans le difc ours fa-
milier. Et je dis ici, que je défie Mr.
Baillet d*em'mer moins mes vers que je les
cftime.
Non potes in nugas dice*e plur* meas
Jpfe ego quam dixi. Quiâ dentem dente jw
vahit
Roder s ' Carne opus eft , Ji fatur ejje vêtis*
C'elt ce que difoit Martial à un Baillet
de fon tems. Que Mr. Baillet me laifie
donc en paix de ce côté-là: & puis qu'il
Anti-Baillet. P. TI. 419
a en tête de décrier mes Poefies, qu'il c-
crive contre ceux qui les eftiment: qu'il
écrive contre Mr. Francius, le Prince des
Poètes Hollandoïs,qui les a célébrées de-
puis peu par cette belle Elégie.
Optabam lonqi tibi mitîere p'gnus amont »
Pars ego Vierii FR A KC IUS una chori:
MESAGII, mea Mu fa , met pete limtna, àixu
I , mta fer , dixi , car mina ME N A G 10.
Ecce h&ret , Unique gênai Jujfundhur oflro ;
Seu quia virgo pudens;feu quia Mufa meaefl.
1 tarnen ,/-, dixi : timidumque évince pudorem,
Ruflica tam culto ne videare viro.
Quod metuas non efi : doutas amat Me puellas:
In quarum numéro tu quoque for fan eris,
îlla nihil; pautlo fed ab his animofiort ivit
Orba metu jujfam , nec tamen orba , viam.
Et meriib : quis enim , vatum cultifp.me vates>
Judicium fubeat , non timeatque tuum ?
Th legeris toto , toto cantarit in orbe ;
JEternumque tibi dant tua feripta decus :
Sive per Afïr&s. campos fpatiaris arnoenos ,
Submittit flores t? tibi Diva fuos:
Sive Sophos veteres Stygiis educis ab antris,
lllorum explanam dogmata , facla , genus:
Seu Franc â y feu Tufc& aperis cunabula lingu&i
Sablol'uve domus fïemmata longa doces.
Quod fi , Pegafea mentem lymphatus ab unda,
Aoniis mtvis neflere verba modis ,
Bic tua ft monftrat virtus ; hiç exerit omnet
S 6 If*
4p.o Anti-Baillet. P. II.
Jngenium vires eloquiumque fuas.
Te Themis , zypatrio rapuit fat a vertice virgo .*
AonU ante alias Jed rapuere De£.
Jnter Apollineos numquam delebile myftas
Nomen habes : fcripti pulcher in omne genus<>
Nunc paftorali carmen moàularis avena :
JNunc Lyra , nunc Elegi , nunc Epigramma
plaunt.
Nec fatïs eft'uvo d'ici fermone difertum:
Tuundum linguis pluribus ejfe , tuum eft.
Jam te Gr&ca vocat , ]am te Romana Pc'éjis9 .
Gallica jam, jam te Tufca Thalia juvat.
O qucties , Gn.co ludis dum carminé , nobis
Battiah aitt Tel.cred.ta Mufa tua eft !
Q quoties LttVs numeris ego dulcibus h&fi ,
Et dixi , Numéros toile, Tibulle , tuos !
O quotie; Italis laudem valmamque Po'étis
Vifus es, ty Gall's pr&rîpuijfe tuis !
Plauditnt mufdfo Nymphe Cephifides antro*
Ajfurgit v.ed'is 11; a mater aqu's.
Sequana carmin'.bus fufpenfus , flumina Jîjilt,
Attonitus rapidas fifiit e? Arnus a^uas.
Si qua fides , Cytherea polo Char'itefque reliùlé
In fcriptis habitant , culte Poeta , tuis,
Ain ex s ille Iber tejlis mihi. te tus A mores
Spirat. babet vénères pagina qu&que fuas.
Hic in me Paphios Amaryllis ventilât ignés.
Hk
fl i. Idvle eft aujourd'hui du Féminin.
% z. Il ne laiffe pourtant pas d'y avoir dans cet-
te belle Ep:gramme une grofTe faute de quantité.
, K/4»x, qui a la pénultième bieve , y 4oû ayoù
Anti-Bail lel P. II. 411
Hic quod furripiat me rnihi , Doris habet.
Nunc verfitilibus me Silvia cttptat ocellis.
Flore levi piclis nunc lelefille genis»
Jam me pulchra Corinna rapit : jam pulchra
Laver na :
Verfibus in c&lum veâï.i Laver na tuis.
Hei rnihi ! Non totum efl vel fie fpeclare La'
vernam.
Pridatur fenfus fie etiam Ma meos.
Uror io. Vatis fli?nmis ignofeito vates ,
6)uas movit , numeris diôia puella tuis,
Qha nec vifa places , ut tu rnihi vif a plactres ,
Gloria Sequanici , pulchra Lavernafoli?
Incedas Graiâ , veftis te Gra.a decebit.
Incedas Latiâ, palia Latina decet.
Indue Gxlortim cul/us , Italùmve récentes:
Convenu hic for m&^ convenit i'ie tux,
Jure tibi , qu& Peligno camata PoètA ,
Invidet , çp docli Lesbia vatis amor:
Heliaque, er Kejnefis , Umbrique puella Phi.
let& :
Et q-A&eumque aliquod carminé nomen ha-
bent.
Qu'il écrive contre le même Mr. Fran-
chis, quia traité de (1) divin mon Idylle
Grec , par cette belle (2) Epigramme
Grecque :
un aigu 5c non pas-un circonflexe. Auflï Franc:us
a-t-il depuis retouché fon vers de cette forte: Oj
m*f>\ rit <h/ajr Kf7w if «t9*yxT»r i ce qui n'eu pas
î*op bçnt
S7
42i Anti-Baillet. P. II.
GÔpO-tV XCtl KopVOMCl CIXK01VEOI (A.£ KiXtUttÇ,
Tvç y s iïicDcpiretv , èx. i/^tt , 'A I T l' A I E.
KocXei ZJvén Koçûiïav , Qupriç y.xhù-'. $7'Ay.«.-
pv^Xtq y
A7u Ktpr, @V\?\iç T3~ÛyX,U.ptÇ , Ù(4,Ç)0T'ipX.
Hr.Tlcç ùëc&vecTotç xpt'vot Uoiptç. ccÀXcl pot ety
'Ov zrep\ rat B-eiav y.pïpu , tcxi ùÔmxTm,
Qu'il écrive contre Mr. Fabrot, le pre-
mier Jurifconfulte de fon tems, qui dans
la Lettre qu'il m'a écrite pour me dédier
fes Differtations de Jufto partu , & de nu-
méro puevferii , a parlé de moi en ces ter-
mes: Hune autem animi fœtum offere tibi ,
C L A R I S S M E M E N A G I : qui cum olim
huud vulgarem amicitiam contraxi. Née
immérité: cum paucifint qui his ftudiis co-
lendis tecum pojjint contendere. Namjive
Grœco ludas carminé , Jive Latino , Jive
G allie o , fpiritus altioris Poëta diceris : fi-
ve te ad jludia feveriora vertas , vix eft ut
quidquam politius ad nos perveniat. "Jure
autem no flro non dxpoèr/Zç imbutus es : ut
verè liceat dicerc , virum te ejfe undecum-
que doétiflimum.
Qu'if écrive contre Mr. Charpantier de
l'Académie Françoife, qui a fait ces beaux
S calons fur la première édition de mes
Poè'fîes,
Culti M E n a G i jam novus liber prodit ,
Carus puellis , nu minus viris car us :
Giuemfalce numquam démet et fua Tempus
Nec rodet umquatn dentibus fuis Livor :
Tanttim eft leporis intus, & venuftatis, &c.
Qu'il
A N T I - B A I L L E T. P. IL 423
Qu'il écrive contre Mr. de Mommor
le Maître de Requêtes qui m'a adrefie
cette belle Epigramme fur le Recueil de
mes vers :
Men4 g 1 u s , decus Andegavûm, quemper*
pete plaufu
Agnofcit Vatem maxltna Romafuum:
Gallica quem laurus Phœbo texente , coronaî :
Quem célébrât doclis Attïca Mu fa fonts t
Om'inibus fauftis facro fe vertice Plndi
Sijltt , ut Aternum vivat in ore virum.
Carmïna vos fanclo comiti , pia turba Po'éu ,
Sic eût Aternis fient vefira ut carmin*
chartis ,
Nec memori hAc &vo àetrabat ulla dies.
Qu'il écrive contre Mr. de Balzac, qui
dans le tems que je commençai à faire des
vers , m'appela une nouvelle lumière du\
Pin de:
Succenftt lux exoriem , nov* gloria Vindi%
Fies juvenum , wc
C'eft dans fon excellent Pocme intitulé
Crudelis Umbra: & qui a dit dans fon
Poème au Cardinal de Reu , alors Coad-
juteur de Paris:
Vïdiego mentis opes alt&\ chartafque difertal
Miratus , Socio invidi , cui talia credis
f ignora, , nafcentefque datur cegnofcerg curas
G OH-
424 A N T I - B Ai LLET. P. ïî.
Gondiadis. felicem operum fub Principe^
tanto
Artem Menagi, & fauflos quofcunquela-
beres !
llle poteft veri cacas aperire latebras ,
Et Graios cenfere Sophos -> v mafcala fcrîpta
JEneadum , par Scaligeris: square M u-
RETOS
Dîcendi virtute poteft ; v coniere Carmen
6£uod Chrtstina probet , prifcA Virgo a-
mula Rom a , vc
Qu'il écrive contre Mr. Halle Profes-
icur de Caen en Rhétorique, qui a dit de
moi dans une de fes Epigrammes:
Dum lego Menagi numéros , mir orque La-
t'mos t
Car mini s hune patriï fufpïcor ejje ruàem.
Sin prius mfplcïam Franco quA carminé lufit , .
Romanas jurem non tetigijfe fides.
Me quoque Menagi^ me rapit Aiùca
Sir en y
Ut rear haud alios edidicijfe mod&u
Nulli quippe datam vari.is decerpere l%uros
Undant Cyrhdi quels juga celfa Dei:
Haclenus c? paucis quos tquus amavit Apollot
Laurea pr&cinxlt de tribus una zaput.
Carminé tergemino excellit MenaGIus tt-
nus:
Giuâque béant alios Jîngula , cimcla beat :
€ajh apis in morem , G*Uis_ fmticantia in
cris .
Lilia: .
Anti-Baillet. P. II. 425-
Lilia , Psfliin.is Aufcnïafyue rofas:
Cumque thymo, Atl&i flores populatus Hy-
metti f
Inde merum exprejfit , ncSlar V ufnue flutnsi
Qualia Dis, ipjique y ov'i pofi fulmina fejjo ,
Proplnat niveâ.pulcra Juventa manu, z?c.
Et qui a dit de moi dans le Poème qu'il
a fait fur la mort du Père Bourbon , en
parlant de ceux qui ont fait des vers fur
cette mort :
Vit faftus ad unguem
Menagius : Mufi. Andïno cui molle de-
corumque
Andïni annuerunt Vatis , tenerique pudicas
Nafonis ventres*
Qu'il écrive contre Mr. Halle le Pro-
felTeur en Droit de l'Univeriîté de Paris-,
qui a commencé un de Ces Poèmes par ce
vers, Erroné, nojirorum^ Menagi-,»**
tidijfime Vatum.
Qu'il écrive contre Mr. Mofant de
Brieux , qui a fait cette Epigramme à ma
louange :
Tet Charitum fœcunda nitent tua fcripta M E-
N ag 1,
Blandaque tam dcâîo pollue fila moves,
Ut te miretur , von/que ardentibus ingens
Exoptet vnltus cerner e Rom a tttos.
Nempe Orco reducem crédit, quemque expulit
olim
JUaJontm revocAt jam pia Romafuum.
Et
4i6 Anti-Baillet P. II.
Et qui a dit ailleurs:
Cyrrhvs quondam , nunc Francis nctus m
arvis
Parnafus , duplici tendit ad afira jugo.
Hic magni HalUus , cubique Menagius oris ,
Partito imperio red.iere jura foknt.
Aima ïlii heroos cantus Caïliopeia ,
Huic molles elegos blanda Thalia dédit.
HalUum mih't jur.x'it amor , facunde Menagi
Et pxrili nexu me t'ibi jungat amor.
Sic mihi Phœbens optanti carpere lawos
Tota caballinus jam riget ora liquor :
Et bifid* fub rupe queam nunc ducere fomnos*
Si bifide rupis Ntimina bina favent.
Qu'il écrive contre Mr.Maurus, qui a
dit dans fon Poème à Mr. Dati:
Namqtte canebat , uti cunclas excuit a fer ar-
tes
M E n a G 1 1 mens dta : hic fontibus eruit
imisy
Vndique vejîigans , patrù primordia Lingut;
Nec non cui teners. nomen fecere capelU ;
Virginis indomita qui facla heroïca ver fa
Condidit Aterno pojl fe Tajfumque reliquit :
Ambiguam prope faclurus tibi , Mantua , pal-
mam :
Nobile par Vatum , nofirA duo lumina gentis,
Cet tarent doclo certamina magna duello,
Laurs. utri mdius foret intelleclus amator ,
Cum
Anti-Baillet. P. II. 417
Cum fenfu anctfui , parvo difcrimïne , iixit ,
Torjitan , ah ! Quïd fpero ? lllï mora nojira dt-
lori tfi.
Et qui a dit ailleurs dans une de fes E-
Fcgîes à Mr. Rédi , premier Médecin du
Grand Duc de Tofcane:
Te, Citharamque tuam M E NA G I, t? con-
feia uftor
Car a Peljfoni tecla , lare [que mei , crc.
lîllus ad menfam quant doâïe rijimus ! Albos
Mifcuit JEGIDIUS, quâ Joltt arte,fales.
Et ce qui fuit.
Qu'il écrive contre Mr. le Févre, Pro-
fefTeur de Saumur, qui me dit dans une
de fes Lettres Latines , qui eft la 47. du I.
volume de fes Lettres: Venuflijfima Poë-
mat'<a, quee te ha volente ad me mitti cu-
r avérât elegantiffimus Bluinus, fex feptem
aies (unt cum accepi, non plures , M E N A-
G 1 clarijfime. Videlicet , quod tute facile
credas, ampliffimo viro eut commendata il-
lafuerant, mirificè placuere : quo effeilum
eft, ut poftquam fuere ab eo letfa, non me-
cum ftatim , uti decuerat , omnium primo ,
fed cum uno & item altero , atque adeo
cum omnibus ferè qui in hac urbe literas
fciunt , communicata fuerint. Itaque ad
me non nifi poft longos demum errores deve-
nere. Hoc eo dixi , Vir clarijjime , quo me
rufliciorem paulo ejje me exiflimes quant
fim : quafi tara feiti, tamque elegantis mu-
nujeuli vénères , honoremque eximium , quo
me
428 Anti-Baillet. P. If.
me ornari Vêhiîjfi , Jerlùs quàm debueri?/.
videar fentirc & agnofcere. Et dans une
de les Epigrammes fur la Paix faite pour
le Cardinal Mazarin,
Accipe ; parva mora eji- ; decus imrnortale-
Sororum ,
M E n a G i , Fabro fotnnia mijja tuo , &ci
Qu'il écrive contre Mr. de Valois le
jeune,, qui m'a adreilé ces beaux Sca-
20ns :
M E N A G i acute , qui per omne ftripttrum
Gênas vagaris , ungue flofculos carpenst
<§jul Gr&ta, diclas , qui Latina componis ,
Patruque fontes retegis abditos LinguA:
Pede quifolutOy quique curris adjirifio, .
Et diïigenti cnnÏÏa per polis llm* , v.c.
Qu'il écrive contre Mr. Henninîus,qui
dans fon Hdiénifme a produit le Poème
Grec que j'ai fait fur la mort d'Adonis y
pour montrer que les vers Grecs font plus
doux & plus fonores que les Latins: &
qui en a parlé en ces termes: Et ne natu-
ram effxtam putemus , habet & nofîrum
feculum quo [uperbiat , virum cultïjfimum
JE G I D I U M M £ N A G I U M , magnum
Gallice fnœ décris ; virum in omnl erndttio*
ne unlcè doctum , ac va utraque Lirtguafa*
i'ilè principem : ut taceam vernacnlas , Ita~
licam Gailicamque : qu'tbus non minor ex-
celltt. Ejus eft fequens Adon'iafmus , noftro
judicio & prœconto longe major : quem ad-
mira*-
Anti -Baillet. P. II. 429
mirabundi non fine invidia veteribus oppo-
vere folemus. Ita habet :
''Otyjr"A$mtçi &C.
& après avoir produit le Poëme tout en-
tier, il ajoute: Donabit nobis Auéiar hu-
manifjimus hune errorem , quo , abrepti ad-
mira'oili hujus carmmis dulced-.ne & arte ,
illud, ceu gemmulam quamdam noftro ope-
ri nullius fané momenti inferuimus , exe i-
taturi prcsclara ingénia tara illuftri exemplo
ad elegantiffima Linguœ fludium Ne vi-
de ar Letâoribus diffidere ', eorum judicio &
auribus délie atioribus relinquo admirandum
hoc Carmen. Ihc habeo profiter i , quod fi
à perito Mufico , ad débitas pro re nata mo-
dulas cantetur , vix fore quemquam etiam
Linguœ Grcccan'iccc imperittjfimum , qui
non aliquo trifiitia & commtferatioms af-
fecta ad lacrimas ufque , in Fabella lie et
fiel ~a , fit deducendus. Mi rare itaque , mi
Leclor , vith , copiam , & eloquentiam
Grœcifmi. Quid enim fimile dabit ulla,
tut pojfet dare Lingual
Qu'il écrive contre Mr. Borrichius ,quï
dans fa DiiTertation des Poètes, page 116.
a parlé de moi en ces termes : JE^idius
Menagius , prêter eruditiffimos in Dioge-
fiem Laèrtium Comment arios , {lie et fer
ofeitantes Hofios , in eof'em varii Ce nxvï
ingefj'erint) prêter Itaiiea m cira cultiffima^
œîiam Lxtina Poèmata jcripfit , varii &
ar-
430 Anti-Baillet. P. II.
argumenù & gener'ts : omnïa Mu fis appléiu-
dentibus. Eum adbuc in v'ivis effe puto :
& voveo : vel propter eam quam mihi Pa-
rifùs teflatus efl humanitatem.
Qu'il écrive contreMr.de la Monnoîe,
qui nous a régalés Mr. Petit & moi de
ces beaux Hendécafyllabes :
Qub d M E n a G i u S , ille Varro no fier ,
Et fddi decus alterutn Petitus,
Suorum mihi quos requirit orbist
Tarant mittere Carminum libellai ,
Non parum vîdeor mihi beatus.
Vident ur mihi fed beatiores ,
Et M E N a G i u s , ille Varro no fier ,
Et f&cli decus alterutn Petitus,
Ter quos fie ziideor mihi beat us.
Qu'il écrive contre Mr. Petit, qui a dit
dans fon Ode à Apollon :
Félix , arnica quem face refpicis.
Non illum iniquus militU labor;
Non arma y non currus juvabunt
Part a qu& funeribm troph&a.
Non fies avaras infliter horridis
Credet procellis : non rabiem feri
Spumabit, aut fumet fecures
Arbitrio popularis aura.
Std longe am&riis devius injugis
Vifet fréquentes Cafialidum chorts ;
Quàfons Meduf&us fonantes
Précipites agit arnne lymphas.
Vifcef
Anti-Baillet. P. II. 431
Difcet fub umbra ludere qu& legant
Sert nepotes : qualia candidi
Tcftudo décantât Menagi,
Andegavis iteranda Nytnpbis.
Et dans fes Poè"u*es,à la page fç. Hanc
ipfam Fabulam de Font'ts Gajjinvillœ pro-
prietate , illujlris bnjus atatis Scr'tptor Grœ-
ce, ex fuperiori P oèmtte , élégant er ex-
prejjit ,hoc difllcho,
'Ëvrctàe àtifjLrMt Ki-eT* XyrctTO. (taxe êif^crêliv,
Qu'il écrive contre le Père Mambrun,
qui dans lbn Eglogue intitulée Menalcas ,
a donné des louanges infinies à mes Vers.
Qu'il écrive contre Mr. de Santeuil ,
Chanoine de St. Victor de Paris, qui a
dit dans Ton Ode à Mr. Pellifïbn,
Nunc y nunc , fonantes , MïnaGid* tu-
bar.
Tubas , Rapini; cantibus &mults
Inflate. Sat nobis , canendo ,
Grandiloquos animajfe Vates.
Qu'il écrive contre Mr. du Périer,qui
a dit dans fon Poème fur la maladie de
Mr. Gaflèndi , qu'il nous a adrefle à Mr.
Chapelain & à moi ,
Tuque illas jam tende fides: hte funde, Me-
nagi,
Carmina, quels célébras Chriftint Principis
aflrum : Ajlrum ,
Voyez.
Paiera E-
ruditcrum
de Lipfic,
Tome 2.
pag.428.
en l'an
1682.
432. Anti-Bail le t. P. II.
Aftrum , <j«0 A/at/i Utantar Vatibus : cr è^m
Panditur affliâîis fiatio fecura Camenis.
Qu'il écrive contre Daniel George Mor-
hofius , le premier Poète d'Allemagne;
qui dans Ton Traité Allemand, de la Lan-
gue & de la Poëfie Allemande , a fait
mention de moi entre les premiers Poètes
François de notre tems.
Qu'il écrive contre Mr. Bachot, qui a
fait ce diftique fur mon Elégie à Mrs. du
Perier & Santeuil , qui difputoient en-
tr'eux du Sceptre Poétique :
Dam tibi Sandolide, tribtùt tibi Sceptra
P E RERI
Mufica Menagides, ajjerit ipfi (ibu
Qu'il écrive contre le Père Hardouîn^
qui a écrit dans fes Notes fur Pline, Li-
vre XX s iv. page 213. In hanc Myronis bn-
culam Epigrammata Gncca di-oerforum
Poëtarum , plenijjima elegantiœ ac leporisy
fermé quadragena reperies in Anthologia li-
era 4- cap. 7. Lai'ina undecim apud /Jufo-
mum, à si- Epigrammate ad 63. Illud
quod ibi efl ord'me frïmùm Juvat hic refcr-
re ob eleganiiam.
Bueula fum , cœlo genitorh faÛa Myronis
JErea : net fattam me puio , fcà genitam.
Sic me taurus mit : fie proxima bucula mugit;
Sic vitului fitiens ubera no/ira petit.
Miraris, quodfallo gregem ? Grcgis ipfe magijîer
Inier patientes me nurr.erare folet.
Vide
!
Anti-Baillït. P. II. 435
Vide ïsf Joannem Tzeizen , Chiliadis 8.
liiftori 194. verfuyj^. Feiictus t amen ce"
teris lufit in eam Myronis Buculam V. Cl.
M £ N A G I U S : qui non hommes modo ar-
tijicio fuo fefellijfe Myronem, fed'Junonem
quoque ipfam , cecinit,hoc eleganti difticho}
Ttjv yia.\y!r,y ^Hpt} STdTf zropriv \o£tX Mvp&)Voç3
Qu'il écrive contre le Père Cdmmire,
qui a dit dans fa Fable de la Folie qui
conduit l'Amour,
Venufiioris elegantu pater ,
Cul Fabulartim Mufa doclarum artifex
Molle trfacetum quod erat JEfopi , armult :
Et hos vicijfim noftri amoris objîdes,
Prompt ique tejîes obfequi, fenarios
Habe M E n a g i. Sunt tuis quïiem impares s
Taijfe quoi Augufii Libertus velit.
Qu'il écrive contre Mr. de St. Génie* ,
Poète célèbre d'Avignon, qui m'a adres-
fé cette Epigramme , en m'envoyant fes
Foëlies , & en me remerciant des mien-
nes :
Do t'ibi pro dottïs quA funt mihi tnijfa M £•■
n ag I ,
Carminlbus Mu/a carmin/i nata rudi :
JNtf» tamen kdf fperms : nec , qui pretiofa li-
benttr
Munera â*t , €gre vilia fufeipies.
tm.VTLVarul T Et
434 Anti-Baillet. P. N.
Et qui a fait cette autre fur celle que
je lui ai adreiîee dans le Recueil de mes
Vers :
Rujîica Mufa mea ejî: tamen banc dim'iitere
nollem.
Et mérita : quamvis ru/îica , chara mihx ejl.
Eliclt ingrato jucundos carmina cantus ,
Et facunda rudi provocat or a fono.
llli doùliloqui refpondet Mufa Menagi,
Maxima Cafialii, primaque Nympha chori.
Hocfatis efit ut me felicem Fama Poetam
Pr&dicet , v nomen tollat ad aflra meum.
jlffequar Aternas aliène* carminé laudes ,
Nullas ferre meo carminé qui mcru'u
Qu'il écrive contre Mr. Craflb, Baron
de Pîanure, qui dans fon Hîftoire des Poè-
tes Grecs, imprimée à Naple in folio en
1678. a parlé de moi en ces termes: Bgi-
dio Menagio hk chiofato in queflz noflra etn,
a bénéficia délia Republica Letterâr/a ,Laèr-
zio : e data alla luce , con purità di ftile
ammirabUe , diverfe Poê/ie , in Lingua Gre-
ca, Latina, Italiana , e France fe.
Qu'il écrive contre Mr. Carlo Dati,
Gentilhomme Florentin, qui a écrit dans
fes Apofiilles fur la Vie d'Apellès, page
144. Ma facendo ritorno alla Venere ira-
perfetta d? A pelle , e nellafua imperfezione
maravigliofa , piacemi di port are in que [la
luogo un argutijfîmo diftico d?Egid;o me-
nagio ^ alla cui erudizione t arment e [on te-
rnits le Lettere Greche, Latine, Fraxcefi,
e Tos-
A n t i - 13 a i L l e T. P. II. 435*
//j f//# amorevoie corrïfpox-
de»za debbo tanto prcgiarmu Ed è queflo:
Non Venerem Cois Csus perfecit Apelles.
Si perfecijfet , fecerat Me minus.
Qu'il écrive contre Mr. Rédi , premier
Médecin du Grand Duc de Tofcane, qui
a dit dans fon Incanto Amorofo;
E G i d i o , un duolo eterno
A;i ferpe in [em\ e la m'ta bella Bea
Umprê gira a i miei danni un guardo arrière»
Ver addoîcir quel fiero
Sdegno-, per ammollir quel cuor tiranno ,
1 Carmi tuoi V Incanto mio faranno.
Bt Carmi tuoi coïï arment celejîi
Stringi a i Gallici fiumi
In cepp'i àï flupor X argent eo piede.
Tu glorioje prede
Ritogli al tempo , v a i Jartarei fiumi
Bel muto Lete : E tu U Morte arrejîi
Tu addormentar fapefti
B'Invid'.a il drago: e ai tant" Opre il gride
Bella bella Tofcana ajforda il lido.
Qu'il écrive contre le Pape Clément
JX. qui a écrit dans une de les Lettres à
Mr. de S or bière : Frufïrà queritur de luftris
fuis Dominus M E N A G I U S , quafi ait-
qu'td detraxerint de prîft'tno fuo fpiritn ad
Poêfim. Nam Carmen ipfum quo id que-
ritur, & qm nomini tneo honorera habuit.
T x fi»
43*5 A N T I * B A 1 1. L E T . P . Iî.
jeu *y?us humeris mets impofuit m'ihi grave,
fatis fuperque ojîendit tpjî in peragendis
•verfibus, ne que juvénile ceflrttm deejj'e , ne-
que fenilem maturitatem Innotuit mihi
iampriaem9 & fermone Literatowm , &
eUttts ah eo libris eîegantijjimis , Men A-
Gll nomen: eut etiam Italie a Literœ nos-
frœ,nifi ingrat te effe velint , multum debe>
re fe profitebuntur. Laudarem pluribus £-
legiam ab eo feriptam; eft enim perfpicua ,
feftiva & prorjus vetere Latio digna ; fed
cogit me ejus argumentum non minus tenui-
tatis me ce , quhm alieni ingenii habere ra-
tisnem. Tu illi meis ver bis grattas âges :
fimulque teflatum faciès , me , fi qutd erit
in quo me a ipfi opéra , induftriaque , *-
fui effe pojjit , occafiones alacriter ample-
xurum.
Qu'il écrive contre Mr. Antonio Pé-
roné Florentin, qui m'a adreifé cette bel-
le Ode:
Defcende Pindi vertice , Lesbium
Diclura mecum , Melpomene , melos ,
Pulcerrimam quà Gallitrum
Sequanicus rigat amnis urbem.
Dofto otnendas nunc , tn'ihi carminé,
Lux Galliarum , Menagius meus :
6)ui vos colit; quem vos amatis;
Qui fuperis & amicus imis*
Hune ; ceu perennis vis fuperantïum
"Ripas ajuarum, plura per oftia,
Kilum in procellofos ruentem ,
JEqwws jubet ire campas ;
Vis
A nti-Baillet. P. II. 437
lis magna mentis, venayue nobilis ,
Totumque zejîri plénum , çr Apollinis :
Per fax a , defertafyue filvas ,
Exped'mnt ad amtxna Plndi.
Nam five Gr&cis , feu Lattis modh
Heroas ajîris condere , feu faces
Cantare Cyprias Etrufcâ
Atit patna. pr opérât loquett;
Regina ut aies , defpiciens humum ,
Tcrtur fnpremum clarus ad dthera :
A#;j dente Livoris premenàus ,
Nen Stygia rapïendus unda*
Sed quid tnels te verftbus ,^gidi^
Laudare tento .' Quid d*re linte*
lam parva tam vajlum per A^uor,
Artis inops, viduufqug rttnhï
Diiêfis uno vate Rin erio,
Summo Latini Carminis alite.
Ht Gallic malit Camend,
Aut fîde te ctlebrare Iberâ :
Set* {auâ (lupendus) cogitet h al à ;
Namaue hac jlupendut his auo^nt Vatibtil
Qui pulcra nati funt ad Ami,
Qui liberis rapila ai fluenta.
\Jirum\ue veftrâm fofpltet , ah Precor^
Ridens benigna luce Diefpiter:
Claro/qrte vos Fortuna longum
Servet, v ineolumes , per annosi
Vt clara nofiri nomina JacuU;
Vt dora vefirï Çr^Ua Prinùpis;
7 3 H
43% Anti-Ba illet. P. IL
Vt cunâîa tcrrarum can.iîis
Francigenum imperio fubatla.
Et ce qui fuit.
Qu'il écrive contre Mr. van den Broe-
ke, qui a dit dans une de &s Lettres en
Vers à Mr. Rédi, par laquelle il le prie
de lui procurer mon amitié :
O cui Pegafides facunda per oppida , vtrfii
Etrufco dedtrunt , dederunt placuijfe Latlno :
Cuipmur Medicas concefiit DeLus artes :
Cui pandit Natura finus ; arcana recludit :
Qui Je F e r r a n d u s (qtto Yiunc Etruria Rege
le îa.tefelix, opibus cumulât a fuperbrs)-
Et fe tutandttm , fervandos z? dédit annos.
Num qttid viciwis nunc tentas îradere chariis?
Quod tuus ille amor , V deùli Jpes altéra Phœbi
Menagius légat : Aonidum cura ille TXearum
Me n a c iu s;ncftriille ingens nova gloriafadi:
Quo pajfim unantmis nunc tôt a Europa fuperbit,
LAta viro: doclofque jocos, lufufque,falefque,
Qui felix reddit Latio ; qui reddit AthtnU :
■ Sermones Tu feos felix v Car mina Tufca,
Ceu média fatus Aufoniâ, Floraquefub ipfa,
Qui condit; Tufc&que aperit cunabuU Lingu&
Gallus , v attonitos FlorA nunc ducit alumnos.
Si/as , docle R e d i ; fi non indebiiapofco ;
Me tetum , tant& incenfum virtutis amore ,
D de viro. Sinat ille fuis mea nomma amlcis
Qualiacunque addi.
Qu'il écrive contre Mr. Tcliitis, qui
me
Anti-Baillet. P.II. 439
me régala de ce diftique Grec, en m'en-
voyant Ces Fortuites , lors que je lui en-
voyai un exemplaire de mes Poéfies,
Xç'jte' rira f«5.' t retire M £ N A' r I O 2. «»-
TaroTriUTn
Qu'il écrive contre Mr. Grœvius, qui
m'a dit dans une de les Lettres : Pcêmata
'Jfima, terfijfima, & tenerrima,
r ; qui non cunt plaufu
. * illl irait t Mufis natifunt. Non
à tôt te S ednntur. Tara cupide
ur ab elegaMtorlbut honiinibus , ut
Aefiderium emtortira ex-
. Me qnutfue , càm Ai
permixtum vidi , non potut non gatidere ,
de immortalitate nr>m:ms , quant
m fperare tentùtas ingemi mei , Jed
qaam tmmm m'thi promitttt , ^rattiiar':.
Qu'il écrive contre Mr. GodeauEvêque
de GralTè & de Vence, qui dans une Let-
tre qu'il m'a écrite en vers pour me félici-
ter d'avoir fait imprimer les'PoëiiesdeMr.
de Balzac, me follicite de faire imprimer
les miennes :& m'en follicite par ces beaux
vers:
A ces hommes fameux dont les Oeuvres cé-
lèbres
Du tems & de l'oubli pererront les ténèbres,
Balzac avec raifon joint fon nom au-
jourd'hui.
Mais il tient cet honneur plus de toi que de lui:
Puis que fhuvant fesVers d'un arrêt trop fé-
vere
T 4 Tu
440 Anti-Baillet. P. II.
Tu peux bien te vanter d'être leur fegond père.
Quand pourrons-nous jouïr de la beautédes
tiens ?
Quand ces nobles captifs rompront-ils leurs
liens ?
Ton efprit généreux qui veut être tout libre,
Se promeine tantôt fur les rives du Tibre,
Et tantôt dans la Grèce il (i) tire lestréfors
Qu'enferme le tombeau de ces illuftres morts.
Tu fais d'un dofte choix qui confent l'igno-
rance
Faire de leur beauté la jufte difTérance :
Et s'il t'en faut parer, tu fais par leur emploi
Que d'un nouvel éclat elle brille fur toi.
Ne nous cache donc plus tes admirables
veilles:
Charme par tes beaux Vers les cœurs & les
oreilles :
A ceux de ton ami donnant la liberté,
Délivre auffi les tiens de leur captivité,
Et goûte promptement la grande renommée
Qui va dans l'Univers par eux êtrefemée.
Quand la mort nous enferme en l'éternelle
nuit ,
-Notre nom dans le monde a beau faire du
bruit ,
Il ne peut pénétrer l'obfcuritté profonde.
Qui nous tient féparez. du commerce du
monde.
Ne
«Ç i. Godeau avoït mis
£t tAn'.ôt dans U Grèce il pille la tre'firt.
Mais
A N T I - B A I L L E T. P. IL 44T
Ne crains point la fureur des cenfeurs en-
vieux,
Dont tes vives clartez éblouiront les yeux.
Plus le mérite eft grand , plus le nom eft au-
gufte,
Plus on relient les traits de leur fureur injufte*
Balzac, dont fes beaux Vers doivent tout
à ton foin,
N'en eft- il pas un noble & malheureux té-
moin ?
Sur qui jamais l'envie avecque plus d'ou-
trage
A t- elle fait pleuvoirtous les traits de farage.*
Mais il a fagement méprifé tous ces traits.
Son mépris lui procure une fameufe paix.
11 jouît en repos de Fiilufîre couronne
Que malgré fes rivaux nôtre Apollon lui
donne :
Et fon nom qu'ils penfoient avoir mis atj
tombeau,
Après leurs vains efforts vit d'un éclat plus»
beau.
Rîéprife comme lui la plus- rude cenfure:
Ta louange croîtra par fon aigre murmurer
Et tes doclcs écrits par unbien-heureuxfoit
Te combleront d'honneur fans attendre la
mort.
La Mufe me l'a dit dans- ces bois folitaire*
Où je vais tous les jours confulter fes myfléiœ?
Et
Mais Mr. Ménage a bien fait de changer ce mol
^ui pouvoir, douaci uuo idée peu avaaugeufç*.
T S
44i Anti-Baillet. P. II.
p Et fa main m'a montré deflusle double Mont
Le laurier immortel qui doit ceindre ton
front.
"Qu'il écrive contre Mr. Coîîn, qui a
fait ce joli quatrain fur le Recueil de mes
P oëiî es:
Le feul défaut de cet Ouvrage,
Où tout eft mis avecque choix,
Ceft que l'on ne fait fi Ménage
Eft Grec, ou Latin, ou François.
Qu'il écrive contre Mr. Gombaud qui
m'a adreffé cette Epïgramme :
Ménage, ta profe èc tes vers
En tant de Langages divers
Etonnent le fiécle où nous fommes:
Et ton génie officieux
Fait tout ce que firent les hommes
Que l'on a mis au rang des Dieux.
Qu'il écrive contre le Préfident Mai-
nard , qui a fait ce Sonnet à ma louange :
Quels honneurs éclatans n'as- tu point méri-
tez?
Tu n'es qu'aux premiers jours où l'homme
eft vrayment homme,
Et déia ton efprit a toutes les clarteï
Des fameux Ecrivains d'Athènes & de R<
me.
Apollon me Ta dit : tu feras fans pareil
Anti-BàiXxët. P. IL 443
En l'art qui nous apprant tant d'illuflres
menfonges.
11 n'ell point de Savant dont le profond
fommeil
Sur la double Montagne ait fait de fi beaux
fonges.
M e n a g t , fi tu vis autant que j'ai vécu,
Tu verrai à tes pieds !e Critique vaincu
Applaudir a ta Mufe éloqiunte & fertile:
Et le fiécle préfant, & tous ceux qui nais-
tront,
Ne fe pourront Iàffer d'admirer fur ton
front
La couronne d'Homère & celle de Virgile.
Qu'il ccrive contre Mr. Colletet de
l'Académie Françoife, qui a dit dans un
de fes Sonnets ,
Ménage, dont la Mufe & docte & re-
nommée
Comme un jour éternel n'aura point d'oc-
cidant :
Qui du Climat glacé jufqu'au Climat ardant
De L'odeur de ton nom vois la terre enbau-
niée, &c.
Qu'il écrive contre Mr. de Lalane, qui
dan> ion Eglogue fur la mort de fa fem-
me, a parlé delà première de mes bgk;-
gues , en ces termes :
Sous les arbres facrés de ce fameux vallon
Où le divin Gondi répréfante Apollon ,
Daphnis , renouvelant fes fortunes paiïées
T 6 fc
444 Anti-Baillet. P. il.
Erroit à la merci de fcs triftes penfées,
Et par les fons plaintifs de fa mourante voix
Attendriflbit le cœur des Nymphes de ces
bois:
Quand frappé tout d'un coup & ravi par
l'oreille
D'une douce Mufiqueà nulle autre pareille,
Il fe traina fans bruit au travers des buiflbns
Pour ouïr de plus près de fi douces chantons.
Helas ! il les ouït, & fon ame abatuë
Loin d'en voir émouffer la pointe quiletue,
La fentit plus piquante: & s' abreuvant de
fiel,
Convertit en poifon les délices du Ciel.
Ménalque & Lycidas formoient cette har-
monie :
Etle beau feu d'amour échauffant leur génie»
Tous deux amis parfaits, mais plus parfaits
amants,
Découvroient à Damon leurs divers fenti-
mants.
Devant lui chacun d'eux avec d'égales armes
Défendoit fa Bergère, eu exprimoit leschar-
mesr
Et voulant acquérir le titre de vainqueur,
Appuyoit de fa voix le parti de fon cœur.
Tant de rares beautez naïvement dépeintes
Donnèrent à Daphnis de mortelles attein-
tes, &c.
Qu'il écrive contre Mr. Sarrafîn. qui
a dit dans la Pompe Funèbre de Voiture
qu'il nïa fait l'honneur de ra'adrefler:
Anti-Bail le T. P. M. w
Voiture avait compofé en Latin quelque E-
pitre & quelques Vers que l'ancienne Ro-
me aurait approuvez- Et pour l'en récom-
penfer plufieurs priaient Tibulle de pleurer
fa mort par une Elégie, & Pline le jeune
d'honorer fa mémoire par un Panégyrique,
Mais ils s'en excufoient tous deux : l'un-
parce qu'il y avait long-tems qu'il n'avait
fait de Vers: Vautre, fur ce qu'il ne ha-
ranguait plus depuis qu'il étoit mort. Et
ils vous les renvoyaient : protefiant , que
vous compofiez des Vers dignes du fiécle
<£ Augufle , & que votre Profe égaloit
celle des meilleurs Ecrivains de ce même
fiécle.
Qu'il écrive contre Monfîeur Coftar,
qui me dit dans une de fes Lettres: Vos
Poêfies Italiennes ont été leuês dans la peti-
te famille. C'a été avec un plaifir fenfi-
ble. Si je m'y connois, il n'efl rien de plus
pur & de plus chafie que votre élocution ;
rien de plus fin & de plus fubtil que vos
penfées : & rien de plus harmonieux que la
ftrufture de vos Vers. Vous inventez très»
heureufement : & vous imitez ai ec un pa-
reil fuccès. Vos originaux méritent d'être
copiez en toutes les Langues', & vos copies
pafferont quelque jour pour des originaux:
tant elles ont de naizeté, de génie , & de
hardieffe. Enfin, Monfîeur , ce que vous
venez de publier , pourra donner de la ja-
kufic à vos Confrères de F Académie délia
Crufca. Feu Mr. de Nancel m'a conté y
qu'étant a Rome, un de fes amis l'avertit
de ne plus faire de fi bons Vers Italiens , &
a us s'il continuait, il J avait de bonne part
T 7 que
44<5 Anti-Baillet. P. IL
que les Beaux'Efprits ,de ce pays-là éroient
rejoins de le poignarder. Prenez , Mon-
fieur , vos mefures là-dejfus; & que cet
exemple ions fajfe fage fi vous allez jamais
à-. Florence, &C. J'ouùliois a tous dire,
que ce que vous avez mis de Pétrarque an
comma?icement.d€ votre volumetto, efl fi
admirablement fait pour votre fujet , & ap-
plique avec une fi merveilleuse juflejje , que
fai cru à? abord que vous en étiez F Auteur,
& que vous vouliez tromper le public , corn-
me vous me trompaftes Vautre jour , quand
vous me fîtes pajfèr un de vos Madrigaux
pour être du Taffe. En ces fortes de trom-
perie , il m'y a que du plaifir pour la Duppe,
Ç«f de la glo're pour le Fourïe : abiîc verbo
invidia. Vous trouverez l'hiftoire de cette
tromperie dans mes Mefcolanzè ', je vous
prie de la lire.
Qu'il écrive contre Mr. de Fenne qui
a donné de grandes louanges à mes Poe-
lies.
Qu'il écrive contre Mr. Crifpo, Gen-
tilhomme Sicilien, qui dans un Poème 1-
talîen qu'il m'a fait l'honneur de m'adreiler,
m'a appelé Cigno d'ogni fiume.
Qu'il écrive contre Mr. Régnier, Se*
crétaire de l'Académie Françoife, qui m'a
traité d'Apollon lans l'Epigramme Lati-
ne qu'il m'a adreiïee pour me convier d'al-
ler dîner chez lui, avec Mademoifelle de
ScudJry, le PereRap-n, & le Père Bou-
hours.
Qu'il écrive contre Mr. de Segrais: qui
a dit dans fa Préface fur Virgile \Mo»fieur
Mfc nage, qui a marqué fan exaâituà?
Anti-Baillet. P. IL 44y
& fa politefje dans tous [es Ouvrages, Cif
qui co'inoit parfaitement le tour , lajujiej/e,
& C harmonie du Vers, ÊsrV.
Qu'il écrive contre Mademoifelle de
ry : qui dans la Rcponfe qu'elle a
faîteaux Vers que j'ai faits, intitulés £-
treines à Madame je/le de Scudsry , a parlé
ainli de ces Etreines :
Quoi qu'il en foit, vos Vers Ton excellants,
Ils font ingénieux, naturels, & galants:
Et ces belles Etreines
Valent mieux que des gans,de l'or, des por-
celaines ;
Ni que tous ces bijoux fi beaux & û jolis
Dont on étreine lesPhilis,
Les Amarantes, les C '.y mènes.
Qu'il écrive courre Mr. deLongepierre,
qui dans fes Remarques de l'Idylle de Bion
fur la mort d'Adonis, a dit, Je ne dois
pas finir ces Remarques fans dire aupara-
vant que le célèbre Mr. Ménage, dont la
grande érudition fait honneur à la France
dans unfiécle oit elle a produit tant d'habi-
les gens , a traité cette Idylle dans une Piè-
ce qu'il a faite jur Adonis. Ce petit Ou-
vrage eft fort beau. Et un Auteur moder-
ne n'a point fait de difficulté de le donner
four modelle de la douceur & de l'harmonie
des Vers Grecs. Et fur l'Idylle de Mos-
chus de l'Amour fugitif: On peut voit
plufieurs ân ces imitations de Mojchus dans
les agréables & favantes Remarque* fur
ï Awynte par Mr. Ménage ; qui a lui-mê-
me
448 Anti-Baillet. P. IL
me fait une belle Epigramme fur ce fujef.
Qu'il écrive contre Mr. Furetiere de
l'Académie Françoife , qui dans les Eflais-
de fon Dictionnaire Univerfel, au mot
Oifeleur, a parlé de mon Idylle de TOife-
Ieur , en ces termes: Ménage a fait une
belle Eglogue intitulée l'Oifeleur.
Qu'il écrive contre les Auteurs de F Ac~
ta Eruditorum de Lîpfîc: qui ont dit dans
leur Gazette littéraire de 1*682. page 245-.
Ceux qui favent connaître la bonté & la
beauté de la Poe fie Latine, rendront au
mérite de Mr. Ménage la louange que [es
Vers fi bien fats &fi polis nous obligent de
lui donner. Ses Poèmes ent été trouvez.- fi
élégans que cyeft pour la feptiéme fois quron
les imprime. Cette dernière édition eft la
plus ample de toutes 1 puifque vous y trou-
vez beaucoup de Pièces Latines, Grecques,
Françoife s , & Italiennes. Depuis cette
édition (1) on en a fait une huitième à
Amfrerdam , & plus ample & plus cor-
recte.
Enfin, qu'il écrive contre Mr. Slanus,
contre Mr. Munkerus , contre Mr. le
Clerc, l'Auteur de la Bibliothèque Uni-
verfel le, & contre un nombre infini d'au-
tres célèbres Ecrivains , qui ont célébré
mes Vers dans leurs Ouvrages : & qu'il
dife
fl 1. On ayott déjà retranché des éditions pré?
sedentes ce d.ftique Grec:
nipStmc 'AvJïvsi BptÇjia> vréw' Cytnhuty
Anti-Baillet. P. II. 449
dife encore une fois, que tous ces éloges
font voir que la fympatbie & l'amitié mu-
tuelle des Poètes 'eft bien capable far la ver-
tu de l'invention Poétique de trouver dans^
l'un des leurs les plus belles qualitez, qui
font imperceptibles à des Critiques farou-
ches £y intraitables. C'elt ce qu'il a dit
des Eloges qui compofent mon Livre
Adoptir".
CXIX.
Ce qu'a écrit Mr. Baillet que Jean de la
Cafa , Archevêque de Bénévent , a fait
un Livre intitulé de laudibus Sodomiae,
feu Paederaftiac , neft pas véritable. Ce
que dit Mr. Baillet que Scaliger a dh
que Jean de la Cafa ne réuffiffoit pas en
vers Italiens, n'eft pas véritable,
MOnfieur Baillet. Il eft inutile Tofae^
dans le tems où nous fommes de ca- P*rt* ** ,
cher le nom , la matière , & la foi tune de
ce fameux & déteftable Poème , dont ly Au-
teur a cru pouvoir fe juftifier devant les
hommes , puis que le fcandale en eft fini y
& que les Proteftans n'ont pas jugé à pro-
pos d'en laiffer périr la mémoire. Ce Li-
vre qui n'eft plus , ou du mjim qui mérite
de
Non pas tant à caufe de l'imitation trop évidente
de ce qui eft rapporte dans le 15. Livre del'H^ftoire
d'Ammien Marceltin au fujet de Julien qu'à caule
de la 'econde fyllabe de nhJiitt abrégée confie l'u-
lage. Il refte encore une faute de Langue dans la
petite Ode à Corinne, ok ipufyitÇu eft emploie deux
fos pour ifvfyte.
4fo Anti-Bail let. P. IL
de n'être plus au monde, avoit pour titre
de Laudibus Sodomise, feu Pasderaftise. //
Il faut parut à Ven'fe l'an \ 5 5-0 chez Trajan Nœ-
Trajan sa- vus. Ceux qui font là , nous apprennent
**• que ce miférable Poète a prétendu faire
voir quil n'y avait rien que d'héroïque &
de divin dans le plus horrible de tous les cri-
mes, & qu'il en préféroit F 'exercice à tout
ce qu'il y a de plus abominable dans tous les
autres péchez de .cette nature , fans ajouter
beaucoup de foi a ce que /' 'Ecriture Sainte
nous apprend de la punition de cinq Villes
atteintes de ce crime. Quoi que Dieu ait
fouffert que ce Miniftre d'iniquité' fe foit
ghjfé parmi les Princes de fon Eglife , &
."il fe foit revêtu d'une des principales
d'entre les Dignitez Ecclefiafliques , il n'a
pourt a?it pas permis que ce Poème infâme
& fa De'fenfe Latine demeuraient long'
iems dans l'impunité ; même dès ce monde.
Il s' efi fervi de deux moyens ajjez oppofez
pour arriver à cette fin. Le premier eft ce-
lui de la diferétion des Catholiques, qui ont
toujours été très-perfuadez que la punition
la plus humiliante pour un méchant Livre ,
\g en même tems la plus mutile pour les fi-
délies, efi de l'accabler fous le filence , &
les horreurs d'une éternelle nuit\ & tfui
expérimentent tous les jours que la réfutation
ou la condamnation éclatante des Ecrits les .
plus méchants, eft toujours dangereuse , en
ce qu'elle n'éteint pas en nous la curiofité
de connoître ce quia mérité ta cond.
tion. Le fécond moyen dont Dieu s' eft fer*
vi pour punir le Cafa en ce monde, efi ce
Zèle extraordinaire que la plupart des Pra-
■ tefi'ants
\nti-Bajjl le t. P. II. 45-1
1 ont témoigné pour révéler la turpi-
tude d'un homme dont la réputation pou-
vait impojer à la pofténté. Il a été fuff~
f imment décrié par leurs [oins dans toute
l'Europe; & dès fa naijjancc, en Allema-
gne , par 'Jean Sleidan , 'Thomas Naogeor-
ge , cif Charles du Moulin , Jurifconfulte
tranyois de Germanie , qui étoit lors à Tu-
binge : en Suiffe , par Jofias Simler , Con-
tinuateur & Abbrev'iateur de Gefner : en
France , par Henri Eflienne : CiT en Angle-
terre , par Jean Juvel, ou Ivel : en E/pa-
gne , par Cyprien de Valera : en Hollande ,
par Gishert Voet , naturel dn pays; par Jo-
feph Scaliger, par André Rivet, & quel-
ques autres retirez de France : dont le plus
Jignalé ejl fans doute Mr. Jurieu , qui a
trouvé depuis peu des couleurs affez noires
pour nous dépeindre cette production de l'es-
prit corrompu de la Cafa, dans un de fes
Livres contre l'Eglife Romaine. Quelque
'désobligeante qu'ait été l'intention de tous
ces censeurs à notre égard, nous leur avons
toujours l' obligation de nous avoir inspiré
une forte horreur contre un Livre dont ils
ont tâché de rétablir la mémoire , dans la
penfée de nous humilier & de nous faire du
déplaifir* Mais s'il m' étoit permis de me
fervir d'une des expreffions du F* ère Labbe,
foferois dire , que puis qu'il y a des Prophè-
tes en Ifraêly il n' étoit pas fort néceffaire
que nous allafp.ons confulter PÔracle d'Ac-
caron. ni le Bcelzébud des Philiflins. Car
fans parler de ceux qui ont fait perdre à
cet Auteur le Chapeau de Cardinal , dont
on avoit voulu couronner ce qu'il avoit de
ïnévite
4fi A NT I-B AILLE T. P. IL
mérite d'ailleurs , nous n'avons pas man»
que d'Auteurs Catholiques qui ont cenfuré
cet Ouvrage , & flétri le Poète avec une
féverité aujfi aigre , mail plus falut aire pour
nous , que celle de ces MeJJieurs. Cefî mê-
me une efpéce de consolation pour nous , de
voir qu'un Proteftant ait vangé FEglife
Gatholique de Pinfuke de quelques-uns de
[es Confrère s, lors qu'il a fait voir que dès Can
1 569. un iélébre Critique de la Communion
Romaine avoit cenfuré le Poème de la Pé»
déraftie , ou Sodomie y d'une manière qui
tfeft guéres plus indulgente que celle des
plus animez d'entre nos Adverfaires.
Ménage. Premièrement, ce pre'ten-
du Livre de Jan de la Cafa ne peut avoir
U pour titre de Laudibus Sodomie , feu
P<edera(lia : car félon Henri Eftienne,
Scaliger, Simlérus , Balasus, Zuingerus,
le Préfîdent de Thou , Gisbert Voet,
Lanfïus, Rivet, & Mr. Jurîeu, il étôit
écrit en vers Italiens ; & il feroît ridicule
de donner un titre Latin à un Livre Ita-
lien. D'ailleurs , Jan de la Café étoPt
trop élégant Ecrivain Latin pour fe fêr-
vir du mot de Sodomia. Les élégans E-
crivaîns Latins de Ton tems ne fe fer voient
point de ces mots Barbares, témoin Lon-
golius, qui dit Perfuafio Chrifiiana^ pour
Fi des Chriftiana: Legati , au lieu à*Apos-
toli: & Antiftites , ou Pontificesy au lieu
tfEpifcopi , témoin Sannazar , qui dans
fou Poème de Partu Virginis , ne s'eft
point fervi du mot de Chriflus. Et en
troitiéme lieu , je foutîens pofitivement
que ce Livre n'a jamais exifré, & qu'on
L'k
Anti-Baillet. P.II. 45-3
l'a confondu avec le Poème Italien du
Cafa, intitulé Capitolo del for»©, qui exis-
te; & dont il y a plufieurs éditions; mais
qui eft fait fur l'amour des hommes pour
les femmes, & que l'Auteur fît dans fon
extrême jeuneffe, & étant Laïque: & qui
ne contient que 166. vers.
On dit que Monfeigneur de la Café é-
tant Doyen des Camériers d'honneur du
Pape, SegreMire des Brefs, Archevêque
de Bénévent, & Légat a Latere à Venîfe,
fit imprimer à Venife en i^S. & en I5 5"0.
fur la fin de fes jours (car M. Bailîet le
fait mourir en ifjô.) un Livre, intitulé
de Laudibus Sodomia , feu Paderaftiée ;
dans lequel il prit toutes ces qualitez : &
que ce fut un Imprimeur nommé Pompée
Nave , ou Trojax , ou Trajan Nuits , Na-
ntis, Navus , ou Ncevus , qui l'imprima
& le débita. On ajoute , que Monfei-
gneur de la Café foutenoit dans ce Livre
que la Pédéraftîe (c'eft le mot dont fe fert
Mr. Baillet) étoît une œuvre non feule-
ment bonne, mais divine: qu'il îe favoit
par expériance: & qu'il s'y vantoit d'avoir
mis en pratique toutes les théories des
Poftures de PAretîn : & qu'il y difoîr que
de tous les plaidrs de la chair, c'étoit ce-
lui où il fe plaifoit davantage. Et moi, je
dis que tout cela eft faux : &que Mr. Bail-
let qui eft un Prêtre, doit être bien (1)
déplaifanr & bien honteux d'avoir ainfi
diffamé un Archevêque & un Lé^at: &
que l'adtion de Monfeigneur de la Café
d'avoir
f 1, Cela eft- il bien Fian$ois.s
4^4 Anti-Baillet. P.IÏ.
d'avoir fait enftjeuneiTe& étant Laïque
le Capitolo del Forno , eit bien plus excu-
fable que cette diffamation : car il efr à
remarquer que Mr. Baillet a plus diffamé
lui feul Mgr. de la Café que ne l'ont
diffamé tous les Proteitans : Moniieur
Baillet étant le feul de tous les Ecrivains
qui a dit que ce prétandu Livre de Mon-
ieigneur de la Café avoit pour titre de
Laudibus Sodomiœ, Jeu Pœderajliœ.
Monfeigneur de la Gafe n'e'toit pas feu-
lement un des plus (i) élégans & un des
plus éloquents hommes du monde ïja***
nés Cafa, Archlprccful TSenevcntanus , ad
prœclarijjima natus officia: utfcilicet hond-
rum lit er arum ignaros redis habenis d. rigc-
ret ; infulfos , terfo eloquio erudiret , cP
Pkilofophiœ fplendore dejlitutos , pulÇa pro
cul caligine , nilidijfimo fulgore illumina-
ret : cujus Çermo venuftijfimus diiïtnâ potiu
quam mortali facunàiâ compofitus videba
tur, dit Pocciantius dans fon Catalogu
des Ecrivains Florentins; il étoît encore
un des plus honnêtes du monde.
Casa gentil , ove altamente alberga
Ognivirtute, ogni real co/lume,
dit le Varchi.
Casa, ver a magion del primo beno ,
dit le Rota.
Casa, in cm le virtuti an chiaro al berge,
E pur a fede , e ver a cortejia ,
dit
% x. Homme élégant ne fe dit pas.
\
A M T I - B A I L L E T. P. II. 457
dit le Cardinal Bembo.
Casa gentil , de con fi coite rime
Scrivete i caftï e doUi affeiti vofirj,
dit le Capello. // mo'to Reverr.nâo , e
v rtH)J:jjlmj Monfigmore , Méfier Giovanni
délia Cafa, Fiorenttno, in uno non meno
grave e do'.to che ornât o , e leggiad.ro Sonet*
to , da hii nel primo fiore délia Giovinezza
fua, &c. délia bonta e dottrina de II' Atito^
re di efio favellare corne fi richiederehbe ,
tni vieta non meno la grande zza loro ePin-
Jujpcienza mia , che la Patrta comttm , ^
/tf ma de fit a fua , bencfe e Cîtna e Valtra è,
[on certo, notifiima alla raaggior parte di
DM, dit le Varchî dans fa Leâtire fur le
Sonnet de Monfei.^tieur de la Gafe de la
J filou lie, recite'e à Padoue dans la célè-
bre Académie degl1 Infiammatii. ISiriu-
tes atetem il Le ::tœ folidje ac firm.v, quje H»
no omnium ore célébrant ur , ac mirificos
fui mmatoret cotldle iviveniunt, dit Petrus
Viâorius dans fa Dédicace des Politiques
d'Arillote à Monfeîgneur de la Café. Et
quelle apparance qu'un des plus honnêtes
hommes du monde ût voulu écrire ii ou-
vertement de la matière du monde la plus
deshonnête, & avec un titre il infâme?
Lui, qui a tant recommandé l'honnêteté
des paroles. Voici comme il en parle
dans fon Galatée: Dee oltre a cio ciajcun
Genîiluomo fugfir di dire le parole meno
-che onejîe. E la onefla de' vocaboli con/is-
te , o nelfuono e nella voce loro , o nel loro
Jignificato. Conciofiacofacbe alcuni nomi
•a en-
■4f6 Anti-Baillét. P. Iî.
'vengano a dire cofa onefla , e nondimeno fi
fente rifonare ne lia voce ifteffa alcuna difo-
wefta: fi corne rinculare: laquai par o la ao
non oftante fi ufa tutto di da ciafcuno ; ma
fe alcuno , o nomo o femmina , dicefje per
Jimil modo , ed a quello medefimo raggua-
glio^ il farfi innanzi che fi dice il farfi tn-
dietro , allora apparirebbe la dif onefla di co-
tai parala : ma il nojlro gufto per la ufan-
Za fente quafi il vino di quefta voce , e non
la rnuffa.
Le man* alzô con amenduo le fiche,
diffe il no/lro Dante. Ma non ardifcono
di cosi dire le noftre Donne : anzi per ifchi-
fare quella parola fofpetta , dicono più tos-
to le caftagne : corne che pure aie une poco
accorte nominino affai fpejfo difavveduta-
mente quello che fe altri nominaffe loro in
fruova, elle arrojfirebbono : facendo men-
zione per via di beftemmia di quelle onde
elle f on o femmine. E percio quelle che fono
o vogliono ejfere ben coftumate r procurino
di guardarfi non folo dalle difonefte cofe ,
ma ancora dalle parole : e non tanto da quel"
le che fono , ma eziandio da quelle che pos-
fono ejfere , o ancora parère , o difonefte , «
feoncie e lorde : corne aie uni affermant ejfe~
re quefte di Dante ,
InF. c. 17; ^e noD c^ a* v^° » e ^ f°tt0 m* venta.
*cS£ 0p»rq«elle:
font mal^ per^ ne ^tCf on(j> £ prefïb pertugio.
tez dans E un di quegli fpirti, difie: Vieni
Anti-Baillët. P. II. 45'7
<E dei fapere , che , comeche due , o più ,
parole vengano tal v oit a a dire un a me de fvmx
€efa , nondimeno Vuni farà più onefta, e
Paîtra meno: Ji corne e a d'ire con lui giac-
que: e délia fua perfona gli fodisfece:/>c'r-
cioche que/la ijlejjafentenza detta con altri
•voc aboli farebbe difonejla cosa ad udire. E
più acconciamente dirai il Vago délia Lu-
«a , cbe tu non direfti il Drudo : avvegna-
<he amendue que fit V^oc aboli import ino lo
Amante. E pin conveneuol par lare pare a
dire la Fanciulla e l'Arnica^ che la Con-
cubina di Titone. E più dicevoU è a Don-
na, e anco ad uomo cojlumato , nominare
le Meretrici Femmine di mondo , corne la
Belcolore dijfe ,più nel favellare vergognofœ
cbe nello adoperare , che a dire il comune loro
nome : Taide è la puttana. E corne il
Boccaccio diffe , la potenza délie Meretrici
e de' Ragazzi : che je con aveffe nominato
daW arte loro i mafchi, corne nomino le
femmine , farebbe (lato concio e vergognofo
il fuo fave tiare. Je prens la liberté de de-
mander à mes Lecteurs ii un homme qui
parloit de la forte avant que d'être Nonce
& Archevêque, & avant que d'être avan-
cé en âge; étant fur la fin de fes jours;
étant Nonce & Archevêque ; a pu inti-
tuler un de fes Livres de Laudibus Sodomie ,
feu Pœderafiia2. Je fuis très-perfuadé que
Monfeigneur de la Café n'ût pas feule-
ment voulu prononcer ces deux vilains
mots. Mais quand Monfeigneur de la
Café auroit u l'cfprit aufTi corrompu eue
le dit Mr. Baillet après Mr. Juricn ,'ferort-
il vrai femblable qu'un Premier Came'rkr
Tom.VlLPart.L V d'hon-
4?S Anti-Baillet. P. IL
d'honneur du Pape, qu'un Segretaire des
Brefs, qu'un Légat à Latere , qu'un Ar-
chevêque, ût voulu. feproftituer de lafor-
te, & ruiner fa fortune avec fa réputation?
Mais le Pape Paul IV. qui étoit grand
Zélateur de la Difcipline Ecck'iiaftique,
ût-il fouffert cette abomination r Car il eft
à remarquer qu'auffi-tôt que Paul IV. fut
fait Pape en ifSS c'ell-à-dire cinq ans après
l'édition & la publication du prétandu Li-
vre de Monfeigneur de la Café de Laudi-
hus Sodomice ,feu P 'céder aftice , il fit venir
auprès de lui à Rome Monfeigneur de la
Café, ou plutôt il le força d'y venir.
Voiez Vi&orius dans fa Préface fur les
Oeuvres Latines du Cafa, & dans fa Let-
tre au Cafa qui commance par Quant am
voluptatem , & l'Hifloire du Concile de
Trente du Cardinal Palavicin. Mais le
Maginrat de Venife auroit-il fouffert l'é-
dition & la publication de ce Livre? Mon-
feigneur de la Café n'a pas même fait im-
primer le Capitolo del torno. Ce qui par
roît évidamment par la première édition
de fes Capît'Aî, qui e'1 de i$)& in 8. à
Venife chez Curtio Navo, & il-s frères:
dans laquelle on lit cet AvertiiTement de
l'Imprimeur au Leéteur : Curtio Navo a
gli Letiori. Vo'i averete , Lettori m'tei , /'#
quefto libretto tutti i Capitoîi di Mejjer
G:o. Dell* C*/4i e di Meffer Btno : li-
quali abbiam dati in luce, fi perche non
giacejfcro indegnamente difperji nelle ténè-
bre , corne per non fraudar gl" Antori délia
Iode fua, conciofiache aie uni di quefîi fi
Uggevano gia ftampati fotto Faltrui nome.
Anti-Baillet. P. II. 4#>
Il che vedtamo do-ver ejfere non jolamente à
to: , benignijjimi Lettori , ma eziandio a
colora che gli compofero , fommamente
grato.
D'ailleurs, il eftà remarquer que ce Li-
vre iVexille point. Mr. Baillée le dit lui-
nie me : ce qui fait voir qu'il n'a jamais
exillé\ S'il avoit exifté, il exifteroit en-
core: car comment auroit-on pu fuppri-
mer l'édition de Venife de 1548. & celle
de 15*50.? Qnrle du Moulin dit qu'en
1 5-5-2. on avoit à Bade un exemplaire de ce
Livre, & qu'en 15"50. l'édition de 1570.
fe débitoit à Venife. Et ii ce Livre avoit
exiité, non feulement on en auroit plu-
lieurs exemplaires, mais plufieurs éditions.
Car comme Jean de la Café étoit fans
contention le premier Poète Italien de
fo n tans pour la beauté, la nobleife, &
la régularité de l'expreffion , on auroit
rimprimé plurîeurs fois ce Livre en fegret
dans la plupart des Villes d'Italie.
Mr. Baillet dit que Janus Rurçerfîus,
ou plutôt jofeph Scaliger, dans fon Con-
faiatio Fabhlce Burdonum, a prct.wdu que
le Cafa ne réuûKfoit pas en vers Italiens.
Cela eft très-faux, fauf le refpecl que je
dois au caractère de Mr. Baillet. l! n'y a
rien de femblabie dans ce Livre de Jofeph
Scaliger. Mr. Baillet fait ainli foavent
dire aux Auteurs des chofes où ils n'ont
jamais penfé. Et ii Scaliger avoit dit ce
que Mr Baillet lui fait dire, il auroit d't
une grande impertinance. Le Cafa étoit (î
grand Poëte Italien , que le Tafle le Prin-
ce des Poctcs Italiens le cite avec eftime,
V 2 &
460 Anti-Bail le t. P. II.
& le propofe pour modelle en plufieurs
endroits de fes Di (cours fur le Poème E-
pique, & qu'il n'a pas dédaigné de faire
un Commentaire fur un de fes Sonnets :
£'eiï celui qui commance par Quefta vit a
mortal. Le Quérengo , qui étoit un
homme d'un grand mérite dans les Lettres,
& fait auffi une DfiTertacion fur un autre de
fes Sonnets , c'etî celle qu'il a intitulée
De* Rcmedi d'Amore. Et il ne faut pas
s'étonner n les Vers du Cala font fï ache-
vez , puis qu'il les limoit & relimoit fans
.çefTe.
S'egli averrà, cbe quel ch'i* fcrivo , 0 de tu
■ Qon tanto Jîudio , e già fcritto , il difiorno
\ Ajfaî fovente , e, corne ïo foy l'adorno
Penjofo inmiofelvagglo ermo ricetto , &c.'
Ceft ce qu'il dit de lui-même dans le 52.
de fes Sonnets.
Je reviens au prétandu Livre de Mon-
seigneur de la Café de Laudibus Sodomia.
Les Proteftans d'Allemagne de leur côté,
& ceux de Hollande, & ceux d'Angleterre,
n'auroient pas manqué non plus de le fai-
re rimprimer , pour le reprocher aux Ca-
tholiques. Et les Dévots d'Italie n'au-
roient pas manqué auffi de le reprocher à
fon Auteur: comme Nicolas Villani dans
fon Difcorfo Accademico fopra la Poèfia
giccofd, imprimé fous le nom de V Acca-
demtco Aldeano , lui a reproché fon Capi-
iolo del Forno , & quelques Parodies de
l'Arioûe , & aucun Italien n'a fait men-
tion
Anti-Baillet. P. Il: 4<5t
iïon de ce Livre de Laudibus Sodomïce. Il
eft donc confiant que le prétandu Livre
de Laudibus Sodomue de Monfeigneur de
la Café, Archevêque de Bénévent, Doyen
des Camériers d'honneur du Pape , Se-
gretaire des Brefs , & Légat ù Latere à
Venife, n'a jamais exifté.
11 me refte à faire voir qu'il a été con-
fondu avec le petit Poé'me Italien de Jean
de la Café, intitulé Capttolo del Forno.
Cela paroît clairement par les beaux ïam-
bes du Cafa adreflez aux Allemans : car
je ne fuis pas de l'avis de Scaliger qui les
traite de Vers froids & fans agrément :
Qued vos apttdy dermaniéi hum*nijji?n&
Cens , culpor , atque turpioris flagitii
Ornajfe dicor nefeio quid laudibus ,
Jmpuro id efi ab homme confiélum ©• Uvfa
Tejlifque tellus omnis efi mthi Itala ,
Tantum me ab omnl abejfe turphudine ,
Quantum ille ab omni laude femter abfuitr
Annïs abhinc triginta , ejr ampllks , fcio
Uonnulla me , fortajje non cafîijfimis r
Lufijfe verfibus : quo.i £tas tune mea
Rerum me adegit infeia , e? femper jocis
Licentius gavifa , cenrejj'u omnium,
Cuvent a; quod fecere ejr aliï item boni.
At mine abït juventa , lufus permanet.
Et Carmini ilïi nomen adfcribunt meum
Idem quod ante erat , me adfcribunt diem
Eamdemt trat quA quando ii elim lufimus\
Cei quod puer peccavit , aceufant fenerri.
Vermm box ut ut tam°" fit, obfcm'i nihiV
V 3 Scrip-
462 Anti-Baillf.t. P. II.
Scripfiffe me fcitote : namque tune quoqus
Feftiva nos a turpïbus fecrevimu-s,
A molllbujque impur a. Cumque verfibus
Laudavimus Furnum , haud mares laudavi*
mus:
§luod Me ait per max'tmam calumniam :
Sed feminas pla.e : ut vider e Carminé
Ex ipfo adhuc pottfiis. Atque moribus-
Jndujiria, pudore , continent iâ,
Lafcivi.im nos Carminis cerreximus
lliius : emendavimufque fer'iis
Jccos; boni quod literis quam plurimi
Teftantur : inter quos fenex Me optimus
Eji B e m e u s. Is me verfibus USlifpmh
Crnavit : is pedejîribus fermonibus :
Chm maxima effet dignitate pr&ditus :
Et fplendiSè habit are in me a dixit domo
Virtutem. Homo gravis , fentelute ultim&y
Eburmâ tu , Flamini, me concinis
Lyrâ: ct* libellos dicis aureos meos.
Victoriu sque candtdus me laudibut
Complexus omnibus, vereri vos vêtit
Quid turpe de me. Non ego peffum infici
Calumni& caligtne ulla turbids. ,
Gjtiando tuetur fama me confentiens
Confianfque Vatum , totaque teflimonio
Et aéla pure vit* luce in Urbium
Clarifftmarum. Diligit me civitas
Vi&orïus Be*ta Venetùm , ut ddljt cives fuos*
dit lame- Quid, clariorem h.ibere quod me neminem
sue chofe, ^ jjgfa ps ^afria jjryutm mea ?
Qj-tidy
Anti-Baillet. P. II. 463
&luii , nohile oppidum liononU , art'tum
Caujfâ bonarum cognitum vobis quoqne ?
Exquiritote , amabo vos , qmd [enfuit
De me. Aléa illa civitas nutrix fuit :
Sam que trudivU illa nos à parvulis.
G}uid ipfa Rcma ? Pr&dlcanti ignofcite
De me mihi : non tota nos compleclitur
Arnore , mater liber os uti finu
Complexa gaudet ? Qu^re habere transfuge
De me fidem nolite terditiftmo :
Sed enecate in dies maris , fiti
Ped.ribufqve , V efuritionibus.
&uod bdle adhuc feci/Je vos exiftimo,
Virtute natio O' fide atque indu/lrU
Et literis clara , ingenique gloriâ.
Car il paroi t par ces Vers que les Alle-
mand n'aceufoient Monfeigneur de la Ca-
fé que d'avoir fait le Capitolo âel For-no,
mais qu'un Transfuge qui étoit parmi eux,
prétandoit que l'amour des Nonconfor-
miftes étoit loué dans ce Poème.
■ i ■ Cum que verfibus
Laudavimus Furnum , haud mares laudav'fr
mm
Quod Me ait per maximum calumniam.
Et ce Transfuge, c'eft Pietro Paoîo Ver-
gerio, Evcque de Capo d'Khia , homme
de beaucoup de mérite dans les Lettres;
qui étant aceufé d'héréfie par le Pape Paul
III. s'enfuit en Allemagne, où il fe fit
publiquement Luthérien. Monfeigneur
V 4 de
4<H A nti -Baille t. P. II.
de la Café étant Nonce à Venife en 1^46.
ut ordre du Pape de lui faire Ton procès
comme à un hérétique : & il lui fit défenfe de
retourner en fonEvêché. C'eft çequen ou s
avons appris de l'Hiftoire duConcile.de
Trente de FraPaolo. Le Vergerio,pourfe
vanger de Monfeigneur de la Café, publia
dans toute l'Allemagne que Monfeigneur
de la Café avoit loué l'amour des garçons
dans fon Capitoîo del Forno. Et il fe ion-
doît , fans doute, fur cet endroit de ce
Poème, où il eft parlé en effet, en pas-
fant , de cet amour avec quelque forte.de
louange;
Tennero il Forno- giàir le Dmne foie,
Oggi mi par che certi Garzonacci
L'abbian mandate poco men ch' al Sole.
Sp*&
îi. Il y a dans l'édition de Venife 1540. in- S.
E fonne btn cagion quefii frAtacct.
C'<eft la véritable leçon , l'autre eft fuppofée ôcn'eib
pas même Italienne.
^1 2. II. y a dans la même édition que je viens
de citer^
Con tutto che'l mio pan Jîa pur pica'no
ce qui eft plus élégant.
f 3. Les Froteftans ont extrêmement appuyé, fur
cette exprefiion qu'ils ont relevée comms un blas-
phème. Les Apologiftes du Cafa ne l'ont point
défendu là-deïïus, 5c lemblent avoir pafle condam^
îiation par leurlîlence. Je ne fai s'ils ont jugé l'ob-
jection Ci foible qu'ils n'ayent pas daigné y répon-
dre, les mots en effet divine , & fanto , ne doivent
pas être pris à la lettre , ce font des manières po-
pulaires établies prefque dans toutes les Langues
pour marquer l'excellence 5c la fingularité d'une
ckpfe. Les Italiens fur tout en ufent Souvent dans.
le
ànti-Baillet. P.IÎ. 465-
Spaztinlo a po/la 1er , nejjun non vacti.
Bicon pur ch' egli e umido e mal netto.
(1) E fono ben cagion quelle fue flracci.
Io per me rade volte altrove il metto :
(0 Con tu:to che'l mïo pan fia pkcolino ,
E'iforno délie Donne un po grandit to,
Benche chifa que/lo mejller div'mo ,
Sa ben trovar dôve l'anno ntfcojlo
Cola dirieto un certe fornellino,
Maïs ce qui ne permet pas de douter que'
c'eft ce Capitolo que les Allemans repro-
choient à Jean de la Café, c'eft ce qu'ont
écrit du Moulin & Henri Eftienne , que
Jean de la Café appeloit ce péché (3) une
Oeuvre divine : qui eft ce qui eft dit dans
ce Vers :
Benche
Ve'burlefque, témoin le Lernia dans le Sonnet O
fphito Oiz.zjtrro, ou parlant d'une méchante mule il
dit par ironie
La mnla poi divîna.
Le même dans te Capitolo del peicaie.
Ch':<n pefee buono è un boccon divino.
Et le Varchi dans le Capitolo délie risette.
0 cilro piit xlfamah , pit* che divino.
Le Dolcc dans celui del Sputo.
Lo fpute à in lui mille'virtù fegrete
De quai ciafeuna Ji pua dix divina,
L'Arétin dont Balzac 1. 2. de (es Lettres à Chape-
lain, Lett.- 2. dirqu'il ne peut comprendre la Di-
vinité, a pourtant été furnommé le divin, & fou
Dialogue délia vira délie fuore qu'il dédi;l à ion : et t
Siagc a çté Jtoffi traité de divin par le mêmeDoke.
V ; O
466 Anti-Baillet. P. IL
Esnche chi fa quefle me/lier divïno.
Mais ce qui néanmoins en bonne Gram-
maire doit s'entendre de l'amour des fem-
mes, & non pas de celui des garçons.
Voyez ce qui précède & ce qui fuit.
L'Auteur avoit dit de même auparavant
en parlant de l'action de l'homme avec la
femme , Soleva ejfer gWl Forno un arîe
fanta: & il dit enfuite , en parlant de la
même action , Dite qt^dcofa ai quel mcft'ier
fanto. Voyez le Poème. Et c'eft avec
vérité que le Cafa a dit Cumque verfùus
laudavintus Furnum , haud mares iauda-
vimus* Ce que Charle du Moulin &
Henri Eftienne ajoutent , que le Café a
dit dans cePoë'me, qu'il fa voit par expé-
riance que cette action e'toit une Oeuvre
divine, & que de tous les piaîlîrs de la
chair c'étoit celui qui luiplaifoit davantage
ne
0 ^Aretîno benedttts voi
Che vendete li Principi al qttattrino r
Egli ftimate men d'afini e buoii
E percic quel dialoio divino ,
Uignoranz.a. lor madré conofcen.io ,
Driz.z.ajïe iegnrmenle al Ba^ttino.
II en eft de même de Santo. Le Bernia dans le C&-
fiiela de* Ghiozjz.i.
0 pefci fenzji lifcht y o pefci fanti.
3^e Mauro dans fon Via&j*9 di %omat parlant d'un
excellent vin.
Die conforto a ciaflun quel liqttor fanto%
He même ». Capitol* del lelto»
Mi ehe doUczjytfentiria m amant 4
Anti -Ba illet. P. II. 467
ne fe trouve point dans ce Poème: ce qui
fait voir qu'ils ne l'ont point vu, & qu'ils
n'en ont parlé que par ouï dire. Voyez
leurs termes au chapitre tuivant. J'ajoute
à toutes ces preuves, que Gisbert Voet, „?n prl^
«., « j 1 » • 1 XXT 1 l- nonce i««ô
& 1. Auteur de ,a Lettre citée par Wolphius, enHoliacr
difent nettement que le Capitula del Forno de.
de Monfei^neur de la Cale eft ce Livre
plein d'ordures qu'on reproche à Monfei-
gneur de la Café. Voyez leurs termes au
chapitre fuivant.
Le Cafi dit la même chofe dans le Dis-
cours Latin qu'il a fait , fous un nom
étranger, contre le Vergerîo, Evêque de
Capo d'Klria. Ses paroles méritent, d'être
rapportées en ce lien. Les voici : Prœ-
terea, fi qui funt paullb minus cafli libelli ,
fer jocum aliquibus in adolelcent'ta feripti ,
eas tu cuitibi commodum fuerit , aferibito:
çu.e dubia erunt , tn pejfimam partem rapi-
De gfi frtt'îi dTamor fenzji fpogliarfi
l toccar qucl'e lenz^uola fante ?
Le Flno, capir. de l mal Franciofo, pailanj: des effets
de ce mal
Veigonfï poi di lui jt vertuofe
Opère y es si belle , c cou fante ',
Le Dolce, cafrit. dtlU fpers.r.z.&.
Tuito il mal t cbyè cjho. giù , [offre CarruirÀt
Solo per che trà fe divifa , e fpcfA
Trovar merceïe da ine luci fante.
Ce qui fait voir que le reproche qu'on a fair auG>
& de ces fortes d'espteflïons n'eft qu'une pure du*»
cane,
V 6
4©^ Axti-Baillet. P. IL
t» : multa de tuo addito : quod de verficpiii ,
Mis qui de Furni laudibus infcripti jam
olimfunt, fecijfie te video: qua/nquam illos
me annis *b hinc qninque & vigtnti éditas,
alterius cujufdAm nomine infcriptos , legijfe.
me memini. Z^Joanni Cas M attri-
buts : quem tumet ajfirmare foies ornatè ,.
politique fcribere & verfibus poffe & foluta.
oraÙ9ne. ld quod video Bembo quoque
& F L A M I N I O vifum effe\ aliifque multis
item bonis , doàlifque viris , qui de ejus~
hominis cum eloquentia , tum temperantia ,
integritate , kumanitateque, elogiaquœdam
fcripta reliquerunt, Sed fi J o A N s I a
CaSjE ii verficuli funt, ejus ego hominis.
gravitaîem & conjtantiam laudare pojjim \
nifi tu iratus illi de judicio tant opère fis ;
qui toties a te lacejfitus , ref pondit tibi
numquam : prœfertim cum tribus verbis
facere illi hoc Ucuerit quicumque eos verfus
ludens fcripfit : nam fi tu aliud atque tiîè
dicit, intelligis, tua iflhœc culpa eji, qui ,
non malè diéîa^ maie interpréter is-: quod
fi aliud dicitur , aliud fignficatur , tamen
îu- in aliam partem accipis ac cogitatum ab
ejus carmin: s auôlore fit : féminà enim Mis
verfibus plané, non mares , laudantur, fi
modo quicquam prœter Furnum ipfum lau-
datur , neque tti ignoras, fed vetere Mo
tuo titeris artificio Oratorio : Comme ce
Difcôurs n'a jamais été imprimé, & qu'il
e(t rempli de chofes curieufes, & très-
élégamment exprimées en Latin , j'ai jugé
a propos de l'ajouter à la fin de ces Re-
marques :&je prans la liberté d'y renvoyer
mes Lecteurs.
Apres
A>ïti-Baillet. P. II. 469
Après avoir démontre que Monfei-
,^neur de la Café n'a point fa't de Livre
intitulé de Laudibus S'jdom'iœ , feu Pœde-
rafliœ, & qu'on a confondu ce prétandu
Livre avec fon Capitolo del Fomo , il faut-
faire voir que ce Capitolo del Fomo eft un
Ouvrage de fa jeuneiTe, & que Mr. Ju-
rieu qui a écrit le contraire , a été mal-
informé de cette particularité. Je n'au-
rai pas beaucoup de peine à le prouver.
Le Cafa le dit lui-même dans fes ïam-
bes.
Annis ab hinc tr'iginta , O1 ampliùs, fcio
Nonnulla me , fortajfe non cajliffimis ,
Lufijfe verfibus : quod &tat tune mea
Rerum vie adtgit infeia , cr , femper jocis
Licentius gavifa , concejfu omnium ,
Juventa, z?c.
Sed quod puer peccavit , aceufant fenem.
Le Préfidant de Thou dit la même
chofe. Ses Paroles feront produites au
chapitre fuivant. Et ce Poème d'ailleurs
fe trouve imprimé en 1538. & il efi: dédié
à Marc' Antonio Soranzo Noble Véni-
tien , camarade du Cafa ; Et ce Marc'
Antonio Soranzo mourut jeune, comme
il paroît par ce Sonnet que le Cafa fit fur
fa mort :
// tuo candido fil tojlo le amare
Per mt3 Soranzo m'w Marche troncaro, ô'c,
Lajfo ! ti paru tu , non ancor pieno-
J pfimi fpaz.it del corfo umano,
V 7 Celt
470 Anti-Bai llet. P. Iî.
C'eft le domiéme des Sonnets du Ca-
fa. J'ajoute à ces témoignages celui du
Poccianzio dans fon Catalogue des Ecri-
vains Florentins. Edidit adhnc juvenis ,
antequam ad facrum Arcbiprœfulatum à
Paulo Tertio admitteretur , qœ.cdam , & fi
jocofa , arguta tamen ac fubtilia Carm.ïia ,
Etrufco fermone : car c'eft des Capitoli du
Cafa que parle le Pocciamio en cet en-
droit. Il faut donc coniïde'rer ce Poème
comme l'Ouvrage d'un jeune homme.
In giovettil fallire è men vergogna. Mais il
ne faut pas feulement le coniîdérer com-
me l'Ouvrage d'un jeune homme, il faut
encore le confïdérer comme l'Ouvrage
d'un Laïque. Mr de Thou l'excufe par
la licence du fîécîe & celle du lieu dans
lefquels il a été compofc. Et en effet,,
pour ne point parler du lieu de la naîs-
fance du Cafa , le fiécle dans lequel le
Cafa a vécu , étoît extrêmement corrompu ,
comme il paroît (1) par les vers de Pon-
tanus, par ceux de Politien, par ceux de
Sannazar, par ceux du Cardinal Bembo.
Et ces Capitoli in terza rima fur des cho-
fes honnêtes , mais qui avoîent relation
à des chofes deshonnêtes , étoient en ce
tans*là fort à la mode: ce qui paroît par
îe Capitolo délia Fava du Mauro; & par
celui délie Fiche du Molza, fi célèbre par
le Commentaire du Ser Agrefto , c'efl-à-
dire, d'Annibal Caro. D'autres l'excufent
par
% i. Le Cafa n'eft venu au monde qu'après la
mortdepontan, & n'a point vécu dans le ûeciede
*«4Uicn*
Ant i-Baillet. P. II. 478
par le Lafciva eft nobis pagina, vita pro-
ba eft , & par le Lafcivus verfn , mente
puMcus erat. Et il elt très-vrai- fcmblable
en effet que le Cafa s'eft ici calomnié lui-
mefme: à l'imitation de plulieurs autres
Poètes. Nam caftiim eft'e de cet pium Poë-
tam ipfum , verfuulos nih'tl necejje eft : Oui
tv.m deniqut habent [aie m \$ Uporem , fi
ïmnt moll cuit & forum pmdici. "Mais de
toutes les exeufes qu'on allègue en faveur
du Cala, au fujet de Ton Capitolo del For-
no, la meilleure, félon moi, c'eft ce qu'il
dit qu'il a reparé cette faute par une vie
vertueufe.
Moribus ,
iKdiflriâ, fudore, continentia:
Lafcivia>n nos Carmïnis correximus
Jllius : emenda vlmufaue f riis
Jocos,
Parmi fes Rimes Italiennes , il y à en
effet de très-beaux Vers de Morale & de
Dévotion. Et à ce propos, je fupplie Mes-
sieurs delà Religion prétandue Reformée,
de trouver bon que je les falïè fouvenir
que c'eit ainlï que leur B-ie, dans fa No-
te fur le verfet 19 du premier chapitre de
St. Maihieu, a exeufé l'on Rimnla difpe-
ream , ni mwogramwia tua eft , & fon
banc quoefue quara quœro , Pontice, ftriéla
via eft, & fes autres vers licentieux tou-
chant fa mignonne Candide & fon ami
Audebm. Dicitur ittptthiypKriÇen inter-
dura
47^ Ant i-Baillet. P. iï.
dum etiam quum a Judice , non infligit;n«
pœna. Ut apud 1? lut arc hum Archilochus*
fcribitur editis parum honeftis verficulis fie-
fe 'Ku^cihsiyixcniTa.i. Quod & mihi juveni r
necdum in Ecclefiam Dei afcito , evenit.
Quam iamen maculam fpero me tara diéîis
quam faéiis eluijje. Il dit à peu près la
même chofe dans fa Réponfe à Balduin :
Sed conjicio fortajfe quid velis , objicis ni-
mirum mihi, quce paulo ante commémora-
vi , Epigrammata : de quibus paucis tthh
rtfpondebo. Si tu qucedara in iilis {neque
emm omnia potes) ut impura & obfcœna
reprehendis , reclè facis. Sednemo hoc ante*
me fecit; Nolui enim illi Heliodoro fimilis
ejfe , qui fuara Xctplxhsiccv Chriftianifmo
prcetulit. Sed contra ; & voce çff fcriptis ,
primus damnavi, quœ ifl'ic , Balduine, ita
fîudiofè DoHorum hominum manibus tere-
ùantur , ut quamvis multis èrratis fcate-
rent , tamen nemo effet {quod fine invïdia
di £lum fit) qui non in eo fcribendi génère
mihi plurimum tribueret.
Outre les ïambes adGermanos que nous
avons rapporte2 ci-delTus, Monfeîgneur
de la Café, a fait en profe Latine une
Defenfe de fes mœurs contre le Vergerio.
Cet Ouvrage n'a pas été imprimé. Mon-
iteur Maglîabechi, Bibliothécaire du Grand
Duc de Tofcane, qui l'a manufcrit, m'a
promis de me l'envoyer: & je fais état de
le faire imprimer à la fin de ces Remar-
ques.
Je finis ce chapitre, en déclarant à Mr.
Balllet, que quelque chofe que j'aie dite
ici
Anti-Baillet. P. II. 4.73
ici en faveur du Cafa, je n'approuve nul-
lement le fujet de ion Capitolo del Fomo ,
c\ que j'en blâme très-fort les vers que
j'ai rapportez.
J'oubliois à remarquer que Mr, Baillct
qui juge fouverainement de tous les Poè-
mes Italiens, n'a jamais lu ce Capitolo',
qui eft fi fameux , qu'il a fait nommer fon
Auteur par le Caporali le Pourvoyeur Gé-
néral de Ï Armée a" Apollon. Il n'a pas lu
non plus les ïambes ai Germavos. Il eft
auffi à remarquer que Mr. Baillet a omis
le Cafa dans fa Lifte des Traducteurs. Le
Cafa a traduit (1) en Latin plulïeurs cho*
fes de Thucydide. Ce qui fait voir que
Mr. Baillet n'a point lu aufïi les Oeuvres
Latines du Cafa.
CXX.
ILxamen des témoignages dont on fe fer£
pour prouver que y an de la Café a fait
un Livre intitulé de Laudibus Sodo-
mix, feu Paederaftix.
SLeiDan, Livrexxi.de fon Hiftoï-
re, en l'an i)"48. Ille quem diximus ,
Archicpifcopus Beneventanus , libellum con-
fcripfit plané cynœdum , & quo nihilfœdius
excogitari pojfit. Nec enim puduit , fc élus
longé omnium turpijfimum , fed per Ita-
liam nimis notum atque Grœciam^ celebra-
i ^iibus.
Remarquez , que Sleidan ne dit point
que
f !. Il n'en a traduit que. des Harangues.
474 Anti-Baillet. P. II.
que ce Lrivre fût intitulé de Laudibus S&~
domîx : & ce qu'il dit, que le crime de
Nonconformiré y ctpit loué, tombe fur
ces vers du Capuolo del Forno , ci-deilus
rapportez :
Tennero il Forno gik le Donne foie , vc
Remarquez auffi , que Sleidan eft un
Proteftant: & que ce qu'il a écrit contre
Jan de la Café, il l'a écrit dans un Li-
vre fait contre les Catholiques Romains.
(i) BfcZE ; ou plutôt Besie; (c'cii
ainfi qu'il s'appelloit) dans la Dédicace de
fes Poélles à André Duditius; olim qu'i-
dem Hungarici pfeudocleri in T'ridentino
Conciliabule* Oratori, nunc vero fido, Je-
fu-Chrifti firvo , de l'édition de Genève
in 8. de l'année 1576. Exfiat excufum So-
domiœ Encomium joannis a Cafa , Floren*
tint, rhytmis Italicis , ut idonei tejles fcri"
bunt , unà cura Berniœ Capitutis, quce vo~
tant , ed'ttum. Et tamen eum Cacolyci Be->
neventanum Archiepifcopum , Caméra //-
poftolicœ Decanum , çjf fummum in Vene-
torum Domin'io adLutheranos perfequendos
Lcgatum defignârunt : Papam etiam for-
tûJJÏS
% 1. Je me fouviens avoir vu une Chronique La-
tine in fol. de Jean Leiars Religieux Céleft;n im-
primée chez Jean Kerver à Paris 1521. ( L*z.iardi
Cbronicon) & dédiée fous le nom du Libraire à
Nicolas de Beze Confeiller Clerc au Parlement Je
Paris, oncle de Théodore, où dans la fufcription
de la Dédicace il y aN'colaode Be'Ve , & non pas
de Bes ie, qu'on ne trouvera nulle part. De Btfz.e e(ï
donc l'ancienne orthographe , telle qu'on la voit
enr
Anti-Baillet. P. II. 475*
ta/fis futurum , nifi monfirum iilud homints
mors irîtcrcepijj'ct.
Remarquez que Beze ne parle que par
ouï dire: & que ceux dont il tient la cho-
fe , ont été ici-deiîus réfutez. 11 eft au
relie étrange , que Beze dont les Poë-
ties font très-licentieufes , ait parlé de
la forte de Mon fugueur de la Café y
un des plus honnêtes hommes du mon-
de.
Je rapporterai ici à ce propos , en fa-
veur de BLjze & du Cafa, fes paroles de
la Préface des Lettres Amoureufes du
Cardinal Bembo : Se gï'uomini naÇceffero
vecchi, e ornati délie degnità, e de'* gradi y
a* quali Ji perviene pot aile volte in proces-
fo di tempo, tutte le loro azzioni douer eh»
bono efiere d?un medefimo ténor e \ grave ,
e coftumato : e fpezialement le Scritiure ,
ficome più perpétue , e plu unlverfalmente
•vedute , e confiderate. Mapoiche alla vec- •
chiezza non fi puo ventre per altro cammini,
che perla via délia piùfrefca età di mano in
manoi e poiche la fortuna varia e rnnia le
noftre condlzz'toni , ed i noflri ftati , corne
le place , fe non e b:afvmo che i vecchi e le
perfore graduate Jcrivino corne alla vec-
chez-
encore dans l'E^itaphe que Théodore fît mettre
pour Ton Oncle à Paris en I'Eglife S. Côme 1543.
Depuis on h communément écrir Btz.e , & cetre or-
thographe a prévalu En Lat-n c'eft prefque tou-
jours BtXAt rarement BrU, & deux fois feulement
Bez,fus , l'une dans Ptpigramme ad Mufas, l*autre
dans l'Epi;ramme nd ptdtm dv.iUdx , où contre la,
rev',1? de la quantité la premiéie de Be&tus le trou-
ve brève deruioi il a été repris par du Menai.
4>6 Anti-Baille't. P. If.
chiezzaed al lor gradofi richiede , perche fé
debbe riprendere cke ejfi abbiano fcritto gio-
veni e Jecolari quelU , ed in quel modo , chc
alla gioventu , ed afecolari , non fù grair
fatio difdicevole7. Le fcritture non d.ivengo-
no canuie con i loro Autori e Compofitvr: 1
ma fi rimangono nella loro et à, e nella loro
giovinezzafempre: e net ci muùamo. Chl
pub a buona equita maravigliarfi , de i
campi iquali producono di ftate utili fruttij
abbiano uani fiori di primai' cr a gêner ato.
Il bue che teftè ara , giovenco fcherzo. E;
Licurgo e Sohne , e C atone e Mario, pian"
firo ne lie cune , corne gl* altri fane iulli fan-'
no : e non furono cofi feverl , ne coft rigidr
nella prima et a corne nella- eftrema. Colora
dunque a cui non difpiacerà di leggere ques-
ie Lettere , Jiano da noi caramente pregati
di rammemorarfi che elle furono dettate ,
non da quel canuto Signore che ejfi vidde-
ro , ma da un gtovane di privata condizzio-
ne, nella fua nova età\
Charles du Moulin, Profes-
feur en Droit à Tubinge, dans l'Oraifonr
qu'il récita le 4. des Calandes de Mars
de l'année 15-5*4. dans les grandes Ecoles
de Tubinge , imprimée premièrement en
Allemagne en feuilles volantes , & inférée
enfuite par Mr. Pinfïbn Avocat au Parle-
ment dans la dernière édition de Paris"
des Oeuvres de du Moulin: Joannes délia
Cafa Archiepifcopus Beneventanus , Papa-
lis Camerœ Decanus , C53 in toto Veneto-
rum dominio cum pote [laie Légat i a latere
Légat us , eâ Légat i on e fungens , Venetiis
librum compofuit & .edidit de Ltudibus So«
Anti-Raillet. P.îï. 477
éômi<e. Quis hîc non exbcrrefcat? Sedhor-
ribtlius ejt quod in eo libro affirmât , exe-
crandiffimum illud Sodomice j ce lus , cjje ar-
Jem & opus divinum , idque etiam propria
expcrientiâ perfuadere & facere credi niti-
iur : dicens , fe non aliâ magis venere de-
ieéîari. Qiùs Ethnicorum , etiam cynœdo-
rura , immo pathicijjlmorum Poëtarum , tara
impudenii & projeéiâ liùidinis prur:entis
•& pluj'quam belluince liceyitiâ uti aujus eft ?
Qjiid quod vetcres illi Sodomitcc , De i vin-
-diffâ^ fîtlphuris CS5 ignis pluviâ , & abyjfio
in Infernum vivent es abforpti : Genefis 19.
jKunquamjcelus fuum ita laudaverant : nec
artem iff opus divinum efife dixerant. Et
tamen non puduit Legatum iîlum & Ar-
■chiepifeopura Papalem , interioris etiam
■Confit ii Romance Se dis Antejignanum C53
Decanum : uteiiam inde fibi ,fuifque Syra-
iniftis, tanquam de egregio & iîli Curies
gratifijimo palmario plaudat : non clam , fed
in totius crbis tanquam libidinibus Ànti-
chrifti fîtbatti theatro, noraenque fuum , &
qualitatem , in honorera Sedis & funélionis
fuœ libro prœfixerit. Venetiis per Traiar.um
Navum , publicum Chalcographum 7 propa-
lam impreffio & vendito : & nondura bien-
Tito in Comitiis Hehetiorum Badenfibus ,
tam prodigiofam fœditatem execrantium ,
ieclo, &C.
Remarquez, que Charle du Moulin 11e
dit point qu'il ût vu ce Livre: & que ce-
la même qu'il allègue, que l'Auteur y dit
qu'il favoît par fa propre expe'ri;mce que
la jouiÏÏance des garçons étoit une chofe
divine , & que de tous les plaiiirs de la
chair,
47S Anti-Baillet. P. IL
chair , c'étoit celui qui lui plaifoit da-
vantage, témoigne qu'il ne Ta point vu:
car il n'y a rien de femblable dans le
Capitolo del Forno. Remarquez , que ces
mots, exccrandiffvmurn illud Sodomie [ce-
ins , effe artem , & opus divinum , eft re-
latif à ce Vers, Benche chï fa quefto meftier
divino. Remarquez qu'il eft ridicule de
croire que Monfeîgneur de la Café étant
Légat à latere à Venife, y ût fait impri-
mer fous fon nom un Livre de Laudibus
S»domiœ, & qu'il ût pris dans ce Livre la
qualité de Doyen des Camériers d'hon-
neur du Pape, de Segretaire des Brefs,
de Légats latere à Venife, & d'Arche-
vêque de Bénévent. Remarquez , qu'il
eft faux que Monfeîgneur de la Café ait
compofé le Capitolo del Forno étant Non-
ce à Venife. Remarquez , que Monfeî-
gneur de la Café n'étoit que Nonce à
Venife , & non pas Légat à latere. Re-
marquez , que Charle du Moulin étoit
irrité contre la Cour de Rome, qui avoit
cenfuré fes Livres. Remarquez , que
cet endroit de Du Moulin rempli de faus-
fetez & de calomnies, eft la caufe de la
plupart des fauiTetez & des calomnies que
les Proteftans ont débitées contre Mon-
feigneur de la Café.
Henri Estienne dans fon Apo-
logie d'Hérodote, Livre i. chapitre 13
Car ceci ne fe doit taire , que Jan de la
Café , Florentin , Archevefque de Béné-
vent, a compofé un Livre en rhytr/ie Itd'
Uenne , ou il dit mille louanges de ce péché ',
auquel les vrais Chrétiens ne peuvent feu-
le*
Anti-Baillet. P. IL 479
le nient penfer fans horreur ; & enfr* autres
chofes , l'appelle Oeuvre divin. Ce Livre a
été imprimé à VeniÇe chez un nommé Tro-
jan Nantis , félon le témoignage de quel"
ques uns , lequel ils ont mis par écrit. Or
efl r Auteur de ce tant abominable Livre ,
celui-mefne auquel f ai dédié quelques miens
vers Latins pendant que f et ois à l/enife.
Mais je protefle que je commi cette faute
avant que le connoître tel: & qu'après en
avoir été averti, la faute et oit j a irrépa-
rable.
Remarquez, que Henri Eftienne n'a-
voit point vu ce Livre, & qu'il n'en parle
que fur le témoignage d'aurrui. Remar-
quez , que Henri hllienne étoit Protes-
tant, & qu'il parle de ce Livre dans un
Livre qu'il a tait pour décrier les Catho-
liques.
GuillelmusCanterus dans fa
Préface fur Properce de l'édition de Plan-
tin : Qjiis ferai , quod fuperjoribus annis
accidit , Cafalem qwmd*m , fummum pro-
pe dignïtatïs in H:erarchia gradum obti-
nentem, carminibus turpiffimis in f and a fia-
gttia prcedicare'i En egregium familia di-
tmcc cù lumen: cui turpitudo per Je magna
faits non ducitur^ nifi ad eam accédât im*
pudentiffima gloriatio.
Remarquez, qu'il n'eft point parlé dans
le Capitolo del Fomo de cette vanterie dont
parle Camérus. Je remarquerai ici en pas-
sant que l'édition de Pbntin du Properce
de Canrérus eft de 15-69. & non pas, com-
me l'a écrit Mr. Baillet, de 15-99.
Joseph Sca'liger dans fon Con-
fia-
48o Anti-Baillet. P. II.
futatio Fabula Burdonum: Et hoc quoque
magnum fiagitiu 'm ejl , alienos verfus licen-
tiores vertere , quam proprios edere : quoâ
fecerunt Joannes Cafa & Petrus Bembus ,
ambo Ecclefiaftici Ordinis. Quorum aller ,
Archiepifcopus Beneventanus : alter , Car-
dinales. Hic , Etrufco carminé p céder as-
tiam celebravit : & quu:n hoc nornine ma-
ie audiret , id îambo fatis frigido fcj3 illepi-
do ad Germanos exeufare conatus efl frus-
tra.
Et dans Je fegond Scaligerana , page
44. Cafa a fait des Vers en V honneur de la,
Bougrerie. Les Allemans Font trouvé fort
mauvais : car ils haijfent ce vice a merveiU
le. Cafa a fait un Scazon ad Germanos
pour s^en exeufer. Il y en a qui ont le Li-
vre : mais il ne Je trouve guère s. Ce Sca-
Zon n'efî gueres bon. 'J'en voudrais faire
de meilleurs. On en faifoit bien e'tat : mais
ce tfeft pas grand cas.
Remarquez , que Jofeph Scaliger étoît
Proteftant, & que dans cet endroit de la
Confutation de la Fable des Bordons, il
parle contre les Jéfuites qui le blâmoient
d'avoir traduit des vers licencieux. Re-
marquez qu'il n'avoit point vu ce prétan-
du Livre. Remarquez , qu'il dit que le
Cafa avoit fait des Vers aux Allemans
pour s'exeufer de ce Livre , & qu'il pa-
roi t par ces vers, comme il a été prouvé
ci-defïus, qu'il ne s'agiiToit que du Capi-
tolo del Forno. Remarquez, que dans ce
Segond Scaligerana 11 appelle ces Vers des
Scazons , qui font des ïambes. Remarquez ,
qu'il dit que ce Livre du Cafa ne fe trouve
gue-
Anti-Bail le t. P. IL 481
gueres: ce qui donne fujet de croire qu'il
a cru , comme les autres , que ce Livre
étoit un autre Livre que le Capitolo del
Forno : car dans le tans que le Scaligéra-
na a été compofé, qui eft vers 1606. il y
avoit plusieurs éditions des Capitoli du
Cafa : celle de Venife de Curtio Navo
en 15-38. qui eft la première: Celle de
Venife en 1 5-42.. celle de Florance par
Bernardo Giunta , en la même année 1 542.
Celle de Venife de ijyo. par Trajano
Navo, dont parle Du Moulin (1). Celle
de 1572. par les Giunti à Florance :
Celle de Venife de 1564. par Dominico
Giglio : & plufieurs autres qui ne fon:
pas venues à ma connoilTance.
G o l d a s t , dans fes Collections page
71. au Sermon de St. Valerien, de Bono
difciplina ; Ve liera ut vellemus , & har.c
pœnam in eos quoque porrigeremus , qui
yoannis délia Cafa , Archiepifcopi Bcne-
•ventani libros de Laudtbui Sodomies fpur-
cïffimos illos , & extrême impi's: nec non
Pétri Aretini abominandas & deîeftandas
imagines, ex Italia important , ac diven»
dunt , &c.
Jan de la Café n'a point fait de Livres
de Laudibus Sodomies. iVlais il a fait, lit-
téralement , la louange du Four , dans
un Capitolo qui ne contient que 156,
vers.
Salmuth, dans fes Commantaîres
fur
% 1. L'année de fon édition n'eft point marcuée
par du Moulin qui ne l'avoit point vue , & qui n'eu
parloit que par ouï dire.
Tom. VIL Paru L X
4$i Anti-Baillet. P. II.
fur Pancirolle, partie i. titre 47. de Din-
demate , page 2.22. de l'édition de Franc-'
fort de 1646. in-4. Quœ tamen non deter-
ruerunt in Italia (ô tempora ! ô mores !)
Epifcopum quemdam ■N.u.cerimtm, Jehan-
non de la Cafa , quin Sodomice laudes ne-
fario libro fuerit compl>xus, uti Conradus
Rittershufius conqueritur in Novellis Lec-
iionibus, part, 12. cap,. 9. n. 7.
Rittershulius, dans le lieu alle'gué par
Salmuth , ne nomme point Jan de la Café.
Voici fcs- termes: Plura de Sodomia, (cu-
jus etiam Lzudes , nefario libro , complexus
eft quidam in Italia Epifeopui) videantur
ttpud Julium Clarum, &c. Il eft néan-
moins vrai qu'il a entandu parler du Cafa;
mais il le connoiffoit n* peu qu'il Ta appe-
lé Evêque , au lieu de l'appeler Archevê-
que. Salmuth l'a encore moins connu,
raiant appelé Evêque de Nocera , au
lieu de l'appeler Archevêque de Béné-
vent.
Le* Présidant de Thou , Li-
vre xvi. de fon Hiftoire , en l'an issi*
page 4S9. de l'édition de Genève: Etiam
de Claudio Efpencao , Parifienfi "ïheologo.,
& Joanne Cafa, qui Pontifici ab Epiflolis
erat , in Cardinalicium Collegium cooptan-
dis tune aâum. Utrumque commendabat
gêner is nobilitas : o* dofirina , quamvis
diverfa. Nam alter 'Theclogicis Studiis in-
nu tri fus , in prefeffione fua confenuerai :
alter , eloquentiâ , atque eleganter Etrufcè
m Latine feribendi peritiâ vel cura anliqais
tomparandus , magna r.egotla fub Pontifi-
itbus fnmmâ follertiâ gejlrat. Se.d lonçè
dis*
A.nTi-Baillet. P. IL 4^3
dtfpares utriufque mores erant : chm ille
janélitate v.'t.e ac murum caflitate prœfta-
ret ; hic , feculi lïcentiâ , ac loc't , in qui)
degebat , ibertate ufus , folutus ferc vitam
eg{$et. Itaque ab amulis uterque apud
Ponttficem Uelatus : Efpencœus qu'idem ,
quod quœdam perperam ïnter toncionandum
de Aurea quam vulgo appellant LegcxJa ,
locutus , cùm Ftrream pottùs vocandam
ejfe contenderet , poftea publiée recantare
coaélus fuïjfet ; quod & a Roanne Sleidano
mémorise prodttum efi : alter , quod. etïam
Carminé rem nefandam in juventute lau~
dajfe dicereîur. Sicque ob diverjas longé
caujfas uterque ab eadem -digniîate commo-
tus eft.
Remarquez, que le Préfidant de Thon
ne parle de ce Poème Italien du Cafa que
par ouï dire : quod laudajfe diccretur : •&
qu'il dit que le Cafa l'avoit fait dans fa jeu-
neife. Remarquez, qu'il dît qu'en i$Sf+
le Cafa étoit Secrétaire des Brefs du Pape
Paul IV. ce qui ne permet pas de croire
que le Pape Paul IV. lui ût donné ce
grand emploi s'il ût été vrai qu'en 15-50.
ii ût compofé ck fait imprimer un L'vre
de Laudibus Sodomia. Et Henri II. Roi ôc
France n'eût pas écrit à Paul IV. pour !e
prier de faire le Cafa Cardinal, iï le Cafa
ût fait ce Livre infâme: car j'apprans par
le Recueil»! m.mufcrit des Lettres du Ca-
fà, que Henri II. Roi de France écrivit
au Pape Paul IV. pour lui faire cette priè-
re. Cependant il til vrai que le Cafa ne
put jamais être Cardinal , ni fous Paul
tlL ni fous Paul I y. quoique pov.r
X 2,
4$4 Anti-Baillet, P. II.
tenir cette dignité il ût fait toutes chofes
poffibles.
Copra mi ornai vermiglia vefla , o mro
Manto , poco mi fia gioia o dolore :
Ch'a fera el mio discorfo : e ben l'errore ,
Scorgo or del Vulgo , che mal fcerne il vero.
C'eft ce qu'il dit lui-même dans le 48. de
fes Sonnets. Et dans le p.
Or pompa ed ojîra, & crfontana, ed elce ,
Cercando , a vefpro addutta 0 la mla vita.
Et dans fa Seftine:
Dilà , àovt per oftro , e pompa , ed orê
Tra genti inermi a periglio/a guerra ,
Tuggo io mendico, efolo: e di quella efca
Cb' ï bramai tanto , fazio , a quefie querce
Ricorro , vago ornai di miglior cibo ,
Per aver pofa almen quefii ultïmi ann'u
Petrus Viclorius dans fa Dédicace des
Politiques d'Ariftote à Monfeigneur de la
Café & Scipione Ammîrato dans fon
Ritratto di Monfignor délia Cafa, en at-
tribuent la caufe à l'étoile. Voici les pa-
roles de Petrus Victorius : Virtutes autem
illœ tua folid.e ac firma , quœ uno omnium
ore celebrantur , ac mirificos fui amatores
cotidie inventant , dira honore non parvo,
dignitatcque décorât ce fint, videbantur ad-
bue altiore gradu dignœ , ut probi vin non
Jïne caujju j'eepe quejîi fînt, tibi eum hono-.
rem
Anti-Baillet. P. IL àfis
rem delatum non e]Je , ad quem alii , mino-
ribus fortaffe laudtbus commendati , facile
pervenerunt. Nec tamen non Alexander
Farnefius , optimus ac • clanjfimus juvenis y
tuique amantijfimus , qui plurimum olim
in hoc potuit , ac de prob'ttate dodrinaque
tua egregiè femper fenfit , non magnoperè
pro te laboravit , ut mihi ipfe crebro cum
apud nos maneret , commemoravit , & tibi
enim tpfi , honorique tuo , toto animo fave-
hat\ & banc rem avo fuo Pontifici Maxi-
mo laudi datum tri intelligebat. Sed vincit
fcepe omnia omnium ftudia fortune iniquitas
ac fatum ipfum, quod ùbi nunc , non fine
damno fummi Ordinis contigit: cui, quam-
zis ampiijfimo , ac fanfiijjintis pluribus r
honeftijjimifque v'iris fuigenti , fplendoris
aliquid decorifque ïirtutibus tuis attuliffes.
Vera tamen laus efl , dignum fe prœbere
maximis konoribus , non alùffimum digni"
tatis locum adipifci. Voici celles de TArn»
mirato: Ma niuno m' 'à fatto tanto confer-
mare in quella credenza che in vano j' "ffa-
ticano gli uornini a confeguir gli onori , fe
non vt fono a'Ulati dalla rorlnna, mini/Ira
di Uio , quanto eglt : poiche coftituito in
dignita Arcivefc ovale, ricco £e strate , non
po-vcro di ferrigi fatti alla Chiefa, ornato
di lettere ,e finalmente\ procura?ido di farlo
Cardinale gli flejfi nipoti del Papa , non
potè mai coxjeguire il Cardinalato. Ces
ri'fons du Vfttori & de FAmminto font
les véritables nifons qui empêchèrent
Monfeigneur de la Café d'être Cardinal :
car il n'y a point d'apparance de croire que
Paul III. & Paul IV. ne le rirent point
X 3 Gui--
4*& Anti-3aillet. P.IF.
Cardinal à caufe de Ton Capitolo delForna,
puifque nonobftant ce Poème Paul III. le
rit Archevêque de Bénévent & Nonce à
Venife, & que Paul IV. le fit Secrétaire
des Brefs. Et fi ce que d:t Moniïeur de
Thou étoit véritable, que le Cafa fut ex-
clus du Cardinalat par Paul IV. à caufe
de ce Poème, pourquoi Paul IV. lui au-
roît-il laiiïe le Segrétariat des Brefs? Et
i>'ii étoit vrai que le Cafa ût été exclus
du Cardinalat à caufe de ce Poème, le
Cardinal Bembo auroit été plus heureux
que lui : car les vers licentieux qu'il fit.
dans fa jeuneiTe, & qui font encore plus
licentieux que ctux du Capitolo del P'or-
no , ne l'empêchèrent pas d'être Cardi-
nal. Le Cardinal Palavîcin dans fon His-
toire du Concile de Trente , Livre 13:
chapitre 14. à l'endroit où il parle du
R-ucceliai qui fat envoyé en France par
le Pape Paul IV. pour y négotîer une
Ligue avec le Roi Henri II. a écrit que
le Pape Paul IV. fut détourné de faire
Cardinal Monfeîgneur de la Café à caufe
de quelques-uns de fes Vers Latins obs-
cènes, quoique faits long-tans auparavant.
// jMejfagio fu Annihal Ruccellai, nipote di
Giûvan délia Cafa Arciz'efcovo di Bene~
vexto , cheH Papa dalla Nnnziatura d't
Vinezzia aveva chiarna'.:o alla Segreleria
di SiÂîo, corne perfona excellentijjima nelle
Lettere umane , e fia che otdinaria an-
cor a nelle divine. A eut dicono T cke avend?
una
% 1. Quand il en anroit été l'Auteur, elle n'au-
ïojî pas au-l'empêchei d'érre Cardinal, pmfqu's»
Anti-Bail le t. WAt 4^7
un* fera il Pontefice deflinata la maggiot
dïgnita nel Conct/loro fitturo, la mat tin*
feçuente ne fà di'lolia dalla lezzione d^al*
cum Latni verfi lafifai , comtofti dal Cala
in alîro tempo , e mofirati ai rigorofo Pur,'
fefice per ruina de If Autore.-
Remarquez que le Cardinal Palavicîrr
ne parle que par ouï dire: dicono: & qu'il
parle de vers Latins, au lieu que le Prcli-
dant de Thou parle de vers Italiens. Quel-
ques-uns croient que,ces vers Latins doi-
vent s'entendre deTEpigrammede la four-
mi : mais j'apprans de Moiîiïeur Maglia-
bechi, que Monleigneur de la Café iAft'
point (i) l'Auteur de cette Epigrammf.
L'Epigramma délia Formica io /'o feritto dt
quel medefimb tempo col nr>me di Nic:o!:J
Secco , uoma dotto delT iflrjfo' tempo del
Cafa : del quale Ji leggono altri verfi Lati-
ni : corne anche alcune Comme die : e fra
ejje , la célèbre , intitolata GV Inganni,
Jtampata pik volte anche quà in Firenze ,
e che en grand? applaufo fit récit ai a in
JMilano , alla prefenza del Rè di Spagna
ttlippo //. Ce font les termes d'une Let-
tre de Monlïeur Magliabechi à Monlïeur
Bigot.
Jan Ivel, Evêque de Sarisbcri, dans
fon Apologie de l'Eglife Anglicane, page
69. de l'édition de Londres 15-91. Après
avoir débité la fable de la Papeiie Janne,
comme une hillofre, il ajoute : Ouïs non:
audï>it quoi Petrus Aloif}tts , Punit Tcrtii
filin fi
rapport du Ghilini, la Sccco lui-même l'auroit cié,
idas la more qui le prévint.
X 4
488 An ti-Baillet. P. II.
films , defignârh in Cofinum Cherium f
Epifcopum Fanenfem ? quod Joannes Cafa ,
Archiep'ifcopus Beneventanus , Legatus
Puntificis apud Venetos , Çcripferit de hor-
rendo fcelere ? & quod ne fando qu'idem
aud'.ri debeat , id verb'is fpurcijfimis &
fceleratâ eloquentiâ commendârit. Et en-
fuite; Joannes Cafa, Archiepifcopus Be-
neventanus adhuc vivit* Immo etiam Ro»
ma , & in Sanâ'îJJimi oculis & conjpeéïa
vivit.
. Remarquez , que Jan Ivel étoit Protes-
tant , & furieux Proteflant : & que ce
qu'il a dit contre Jan de la Café , il Ta
dit dans un Livre fait pour diffamer les
Catholiques. Remarquez , qu'il ne dit
point que ce Livre de Jan de la Café fût
intitulé de haudibus Sodomiœ : que ce
qu'il dit que le Cafa étoit auprès du Pa-
pe, réfute affez ce qui a été dit de la pu-
blication de ce Livre par le Cafa en iss°-
Car quelle apparance que le Pape Paul
IV. ût auprès de lui un Archevêque &
un Légat qui peu d'années auparavant
avoit fait imprimer fous fon nom, & avec
les qualitez de Légat & Archevêque, un
Livre de haudibus Sodomies.
Josias Simlerus, dans fon E-
pîtome de la Bibliothèque de Gefner:
joannes de Cafa , Romani Pontificis Le~
gatus , fcripfit Catalogum Hœreticorum ;
cui refpondet Ver^erius. Pratereà impu-
riffimus hic nebulo edidit poëmata quœdam
Italica , in publîcum Venetiis excufi , in
qu'ibus {proh fie lus!) Sodomiam laudibus
extollit. Et dans le même Livre, à l'ar-
ticle
Anti-Baillet.P.II. 4S9
ricle de Petrus Paulus Vergerius, en par-
lant des Livres de Petrus Paulus Verge-
rius : Contra Catalognm Joannis délia Ca-
fa, Sodomie patron:.
Je ne fai ce que c'eir. que ce Catalogne
des Hérétiques : & je n'ai point lu ail-
leurs , (i ce ireft dans les endroits de Ba-
Iseus & de Zuingerus qui feront rapportez
ci-deflbus , que Monfeigneur de la Café
ut fait ce Catalogue. Il y a apparance que
ce Livre n'étoit autre chofe que le Cata-
logue de ceux à qui le Cafa avoit fait le
procès comme hérétiques. Pour en parler
avec certitude, il faudro:t voir la Reponfe
de Vergerius : & je ne l'ai point vue»
Monlîgnor délia Cafa a répondu à cette
Reponfe : ce qui a été remarqué ci-
delîus.
L'Auteur Anonyme, d'une Let-
tre, intitulée de Julii III. varia ratione ,
&c. tsf joannis CaÇœ libro : félon le té-
moignage de Jan Wolphius, dans fon Li-
vre Ledionum Memorabdtum , Centenaire
xvi. page 812. "Joannes à Cafa, patriâ
Flonenttnus , Arckiepifcopus Bencventanus r
Decanus Camercc Apoftolicœ , ac in tolo
DominioVenetorum Nuncius cum poteflate
Légat: à latere 'Y fcripfit Po'éma rhytmis
Italicis , quibus primo quidem afpecîu vide'
fur laudes Furni celebrare , verhm ubipaulu-
litm fueris ingrejj'us , fenties eum laudes At>ie.-
Sodomice (falvo honore) fatïs avertis ver bis J**?w5fT
decantare: & difertè dicit fe eâ val de de' y a dans*
leéîari , neque aham venerem a?n_fcere. Zu inge-
Qu':n addit Sodomiam ipfam ejfe npus d:vi- 1US' lta'°~
Tium & artern divinaru {ht: auidem r J:\t- r:>r> l***y
X £ mi
490 Anïi-Baillet P. Iï:
mi fn er tint imprejfi lrenetiis apud Traja*-
num Navur/i.
Remarquez, qu'il paroît nettement par
cet Extrait de Lettre, que Jan de la Café
n'3 point fait de Livre intitulé de Laudt-
hus Sodomiœ, comme le prêtant Monneur
Bafllet, & que ce prétandu Livre de Jan
de la Café n'efi: autre chofe que fon Capï-
tolo dei borna, comme je le foutiens. Re-.
marquez , que l'Auteur de cette Lettre
n'avoit pas bien lu ce Pocme , comme
il paroît par ces mots. Et difertè dicit fe
ea valde delefiari , neque aliam vexèrent
agnofeere: Jan de la Café n'aiant rien dit
de femblablc dans ce Poëme: & y aiant
dit le contraire, comme il paroît par ces
vers,
'îènmro il Tôt no gia le Donne joie. &zc.
Stazzinlo a pofta lor , nefjun non vacci. &C,
Jo per me rade volte ahrove il mette :
Con tutto che'l m'io pan fia pïccolino 3
E'I for no délie Donne un po grandetto.
L'Auteur de cette Lettre s'en efl rap-
porté à Charle du Mouiin, qui n'a parlé
de ce Poëme que par ouï dire. Remarquez,
que Jan Wolphius étoit un Protcfîant, &
un Proteilant furieux. Cet Auteur Ano-
nyme, aurefte, a été copié par Joanxes
Zu'iKgerns : car 'Joannes Zuingerus dans
fon Traité de Fefio Corporis Çfrijty, Page
14$. a écrit les mêmes chofes & en mêmes
mots . que cet Auteur Anonyme. Ponti-
fiçc hoc régnante (Paulo lll.)foruit in lta~.
lia
Axti-Ba illet. P. II. 49T
lia Joannes à Cafa , patriâ Florentinus : &
ce qui fuit. Et après ce> mots, Qui qui-
dem rhxtrai fuerunt irapreffi Vendus apud
'Trajanura Navum, il ajoute: Nerao du*
hitavit SanéiiJJimum hune Patrera , pro eo i
quem pnetendebat , proraerendœ glorice Dei
Zelo, Auclorera y cura fuo Poëraate ferra
£sf fiammis prefecuturum , C553 hae ratic?:c ,
capitale fuum odiura in hujufraodi Diabolos
incarnat os toti Mundo c orapr ob aturura . Afi
boxa ifla opinio de hoc Pontifice multùm
eos fefellit. Eventus entra docuit , eura in
graiia apud tpfura raanfijje , cura ejus opéra,
in variis Legationibus fuerit ufus : execra-
biliffimumque hoc feriptum ,nuraquam fuis*
fe à Pontifie e cùndentnàtumi utinec àfuc-
cefj'oribus ipfius , Julio III. & Marcello
II. Demum Pau/us IV. raoius importu-
nitate Pauli Verger ii , qui feepiffirae in
fuis , pneferiira Italicis , fcnpiis irapurijfi-
mura , Satan'- cura a ne hune Archlepifcopum
exagltarit , PapiÇque exprobrauit aboraï-
nandura hoc Poëraa , Caf-alogo Hceretico-
rura , libroruraque prohwitorum , ar.no i j^q.
inferuit : ut ipfe Vergerius refert in Anno-
tationibus in hune Catalogum , pag. 8 II
eit vrai qu'en 155*9 ^s Poelies de Jan
de la Café furent mifes dans le Catalogue
des Livres défandus, Jo. Cafa: Poëraata.
Mais en 1 564. fous le Pape Pie IV. fon
nom en fut ôté. Et il n'a point été mis
dans les Catalogues fubféquants.
Thomas Lansius dans fa Con-
fultation de Principatu inter Provivicias
Europee , en fon Oraifon contre l'Italie:
Iramo y ut Sodemara feelere omnium tut*
X 6 pijfi-
49^ Anti-Baillet. P. IL
ptjfimo vinceret Italia , Johannes Cafust
Florentinus , Archiepfiopus Beneventanus ,
Apofiolicœ Caméra: Decanus , repertus eft
qui Sodomiœ laudes Italie o Carminé con-
eelebraret, in quo nefarius Cyncedus illud
fuigitiorum pojiremum & fpurcijfimum au-
jus eft appel lare divinum opus : teftattis
praterea illofe maxime obleélari ,nec aliam
ve?;erem novjfe. Liber , qui una cum au-
tore flammis debuijjet aboleri, Venetiis eft
typis exjcriptus à Trojano Navio.
Remarquez, que Lnniius n'a point vu
le Poème du Cafa, & que tout ce qu'il a
d't ici , il Ta pris de Sleidan & de Da
Moulin.
On pro- Gisbert Voet, ProfelTeur en
nonce Théologie à Utrecht r partie i. de fes
Hollande. Dictes Theologiques , Difpute 4. Ea-
dem hac occafior.e quwro de Johanne Ca-
fa , Arch'epiÇcopo Êeneventano C5* Ponti-
ficis ad Venetos Légat 0 Romano. Certum
ejl eum edidijje Poëma Italicum, titulo il
Forno; in quo h'rrenâum flagitium Sodo-
rniticum commendat & extollit tanquam
opus divinum &fanâum : meft'er divino :
meftier fanto , quod obftitijje dit refert
Thuanus in Hiftoria, quominus fieret Car-
dinalis. Petrus Vttlor'ius in Epiftola Dedi-
catoria prœmijfa editioni P oliticorum Aris-
totelis , Florentin iffi. eum ab eruditione
C53 eximiis virtutibus profuÇè commendat*
Virtutes autem iîlae tuce folidx ac firmae,
hc. Poëma hoc editum ab eo fatetur , ex
Pontifiais Thuanks tomo 2. hîiftrnartim.,
paçind 6lO. 642. 643. Hardingus contra
ivcllum ; fid fie lus Epient eum extenuare
JÎH"
Ahti-Baillet. P. II. 493
Jîudet , quafi non tam laudaffet quàm exte-
nuajjet flagitium Sodomiticum : quod fal-
fijfimum eft. Objecerunt hanc maculam
Sanéiitati Romanorum ex noftrts non pauci:
ut Sleidanus in Hiftoria: Beza in Prœfa*
tione adPoèmatafua cditionis in-Q. quorum
aliquos puto fuijfe tejles oculatos : Petrum
Paulum Verger mm , Ivellum , Marnixium
Sancîaldegondium ; qui citant editionem
Venetam apud Pompeium Nave. Carolus
Molincsus apud Wolphium heèlionum Me-
morabilium Centenario \6 ait librum Ve-
netiis editum, ckm Caja ibi Papce legatum
ageret. Quia autem h P onti fie iis f cèpe ne*>-
gari folet, noftrique propterea mendacii ar-
gui, ind.co bénéficia amplijjimi kujus Rei-
publias Senatons, nuper incidijfe in editio-
nem Pocmatum aliquot halicorum , Flo-
rentice in-S. anno 1^48. apudBernardum
Juntam, hoc tituîo. Il primo libro delP
Opère Burlefche di M. Francefco Berni,
di M. Gio: délia Cafa, del Varchi, del
Mauro, di M. Bino, del Molza, del
Dolce e del Firenzuola : ricorretto, e
con d'H^enza riftampato. Ubi poft folium
132 habetur (celer atum hoc Poèma , fub
hoc tituîo. Capitolo di Meffer Giovanni
délia Caft fopra il Forno, conflans pagi-
nis fex, verfibus 166. Exemplar illud in-
tuli in Bibliothecam publicam , ut fub pu-
blica euftodia perpetuum Sanilitatis Roma-
nce monimentum exftaret , & perfraélè né-
gantibus oflendi poffet.
Remarquez, qu'il paroît par ce paflage
que Jan de la Café n'a point fait de Livre
intitulé de Laadibus Sodomiœ , & que ce
X 7 pré-
49* zVmti-Baillet. P. H.'
prétandu Livre n'elt autre chofe que le
Capital» ciel Forno. Remarquez que ce>
vers de ce Capitolo ,
So'eva ejjc-r gial Forno un artejanta ,
Et cet autre,
Dite qualcofa di quel mejlier fanto;
s'entendent conftamment de l'amour des*
hommes pour lés femmes : comme il a été
remarqué ci-de(Tus. Du refte, ce Profes-
lèur d'Utrecht a fort bien remarqué que
ce Poème, au fujet duquel on s'eft tant c-
crié contre le Cala , eft fon Capitolo del
Forno: & il eft le feul de tous les Protes*
tans, avec Zuingerus , qui paroiiïe avoir
îu ce Poème.
André' R i v e t , Cafligaiionum NQ-
tarum in Epiflol ara Mùlinai ad Balzacura^
chapitre 3. paragraphe 8, Ne quid autem
fupereffet ad [céleris complementum; deve-
nien dura fuit ad jummum gradttm : utetiam
in koe facro feilicet ordine pœderaflia pttbli*
cura haberet laudatorera. Ex fiât Fenetiis
editum apud Traiamtm Nœvum anno I J5"Ch
liber de Lauaibus Sodomie Italicis verjibtts-j
auèlore Joanxe deha Cafa : m quo fertbit
Sodoraiam effe arrem fingîilarem\ otms bo-
'aura , immo divinum : feque hoc proprid
experientiâ corapennra haberc, rj? non ait a
magis 1 entre deleéïari. Fuit taraen il le
délia Cafa Archiepifcopus Benc lentanus ,
Papalis Ç amer ce Décanta, & Lcgatns
Pontifcius à Latere ad Sere&'tffir&am Kern*
pjiblicam Vcnetam* Hac tara fada tain
hor-
ânti-Baillet. F. H. 49 y
l'orrenda à Carolo Moiinxo J. Cto. in Or.i-
t'wne habita Tuiingce anno 1 5"5'4- obeéla,
cùm in Apahgia EcclefLe Angluanœ'Johan-
nas IvcI/uSy Angliis Epifeopifs , commemo-
r affût, Thomas Hardmgm qui Lovanii A-
pologiœ Conflit atlonem fufcepit , faelum xe~
gare non eft aufus , fed illud , quantum po-
tu'it , elevare conatus , fie fcnpfit ad caprit
2- divi flanc prima: Si Johannes Cafa , ju-
yeuis adhuCv.Sc imbetbis, priufquam fe ad
Cterûra conrolerat, adeoque multo priùs
quàm vel Archîepifcopatu vel Legatione
Papaî fungçretur, amatoria quxdam Poë-
mata Italicîs numeris, ad imitationem Pe»
trarchre compofuit: quo génère, exercita»
tionis caufâ , admodum capiuntur fi qui
ex Italîca juventute ingcnioiïores funt; &
defîgnato nominatirh nemine; nefario fa-
cinori afîentatoriè Orationis fuco, odiurrv
potiùs ademit quam laudem attribuit: Qua
tamen in re peccatumab eo elfe fatemur.
Et cùm eximiis alioquîn dotibus animi es-
fet prœditus, ob id ipfum nih'lominus a-
dolefcentîœ erratum Cardinalicii honore
per omnem deinde viiam exclufus efh
kixe omnia C\ concedamus , & fubdu&a
ratione rite penluemus, quid hincChrilH
Ecclelias honoris dépérit & Sanéb'tatis?
Nthil certè ; nam Ecclefia Chrijii monjîra
talia num luam fetens & volens promovet
ad di^n'ttiues EccLfiaflicas : numquam ta-
lia exeufat [cèlera, .vel exprejas feelcrum
laudes emollit , diftinéîijne inter Iaudare&
odïum adimere : numquam exifiimat dignoi
Arckiepifcopatu Isf Apojto/ica Legatione
qui ob Sodomiticum feelus excludaniur à
Car'
496 Anti-Bail le t. P. IL
Cardinalatu. Sed k<ec funt gravia Sodomi*
tarum fttpplicia Rome, &c.
Remarquez, que Rivet n'a point vu le
Capitolo del Forno , & qu'il n'a fait que
copier Charles du Moulin. Remarquez,
que ce que Harding a dit , que le Cala
e"toit jeune lorfqu'il fit ce Poème , eft
trè^-véritable : ce qui a été démontré ci-
defllis.
Kippingius dans fes Supplémens
Hiftoriques, en l'an 1547. Vergerius , Pa-
pa; Ntiticius , ad Ev ange lie am Keligionem
c on vert ébat ur , chm altiàs expenderet fat a
Franc'iÇci Sïierœ Veneti , qui converfus ad
Fidém melîorem , & rurfum defertor ejits ,
coram Epifcopo Beneventano Roanne délia
Cafa , impnriffimo homme qui de Laudibus
Sodom:<e Ubrura , ftammts dignum , fcripfitr
fu&us\ &t.
Remarquez que Kippingius n'a fait que
copier ceux qui ont cru fauiïèment que
Jan de la Café avoit fait un Livre de Lan-
dïbus Sodomia:.
Christianus Mathias, dans
fon Théâtre Hiftorique, page 171. de l'é-
dition d'Amfterdam : Unde Joannes délia
Cafa Ârchicpifcopus Beneventanus , Papa'
lis Caméra: Decanus , anno i^fO. l^enetiis
hbrum de Laudibus Sodomie compojuit , e-
didït , mulùfque legendum mifit , in quo-
horrendum Stdomiœ flaghium , artem
fcripfit effe fingularem , tzf opus bonum ,
imo opus div'mum : feqtte hoc propriâ expe-
rientid compertum ha'oere , & non alia ma-
gis Venere deletîari ; quemaimoàum anno-
taruni Sleidanus libro 11 . & Carolus Mo-
lintus
Anti-Baillet. P. IL 497
lin a us in Oraùone Tubingœ habita anno
Tout cela a été refuté à l'article de
Charles du Moulin.
Jan Bal^US, de Scrïptoribus Mus-
tribus Majoris Britannia, Centurie 5-. pa-
ge 449. Joannes Balftariusy Cathalanus y
Carmelitarum Generalis , cire a hœc tempo-
r&fcripfit de novijjimis ad Papam, & de
Bello forti militantis Ecclefiœ , atqtte An-
tic hr'tfti ipfam impugnantis. Sed timeo
wiateriam non refpondere operis argumento:
quod Gregorio H. Pontifici Opus dedica-
tum tune fuerit. Scio tamen nofîris tem-
poribus, hoc Opus à Papiflis damnari , &
auélorem inter Hareticos poni : ut in Cata-
logis Arcimboldi Mediolanenfis Archiepis-
copi, & Joannis Cafie Archiepifcopi Bene-
ventani & Apoftolicce Caméra Decani ,fub
Julio III. patet. Qui Cafa etiam Poëma
Italicis rythmis , fceleftijjlmus nebulo ,. de
Sodomiœ Laudibus, Et à la Centurie 8.
page 682. Suh hoc (Julio \\\.) floruit, at-
que ex illius îatere fanéîo prodiit ejujdem
generis Legatus Apoflaticus , nempe jfoan-
nes à Caja , Florentinus , Archiepifcopus
Beneventanus , Caméra Apoflolicœ Deca~
nus , & in toto Venetorum Dominio Nun-
c'tus fùmmus , cum plenitudine poteftatis ;
qui£ff brevi futurus crat Cardin alî s . Mag-
nifiais Me Papijlici CTÏibatus ProfeJJbr ,
mitratus, rafus , & unelus, atque injignis
Catholtcœ Romande Ecelefiœ Columna ,
rythmis Italicis , Poëma fcripfit : in quo 0-
pere , Sodomia, Papiftarum Diance laudes
ctUbravit : tllamque appel lavit divinum 0-
pus%
498 Anti-Bail le t. P. IL
pus , atque affirmavit fe ea plurimum de*
leéiari : imo aliam vénérera non cognofcereï
Proh pudor ! Opus eflVenetiis imprejjum^
apud Trojanum Navum. At hi non funt
egregiï Archiepifcopi"1. His Judicibur uîun-
tur Papa&Diabolus in fuis Confiftoriiji
ISlam hic potejlatem habebat Chriftianos
Doéîores pro Hœreticis damnare. Vidi ego
C atalogum que m fectt in fua Légat io^te : tii
quo non altos connumerat quam qui puni a*
te m Evangelic<e dréirinœ profiiebantur An
non te pudet . inquit Vergerius , infelff
Archîepifcopj ? Tune audes proiire ; or
iibros fanclos damnare? Tu s qui PcëVna
fcriplïlti , qui execranditîimnm Sodomise
feelus extulifti tanquam divinum opus?
Fateor, (alibi inquit) ha2C,& longe plura,
me adverfus eum fcrîpiîiïe , &c Hujus
Ba'yylonici Carn'ijicis tyrannidem met tiens
Francifcus Spiera, hamo forenjis oT iaujï-
dicus Chrifli veritatem abnegavit , C55 «•
fumma deÇperatione decejfit : ejufque carni-
ficinam v':x Peirns Paulus Venger. us , Jus-
tinopolitanus Epifcopus , vit multce érudi-
tion'; s, evafit. Ui^ramque Hiftoriam Slei-
danus habet : qui CS3 Cynadici ejus libellé-
menti onem facit &C
Tout cela a été réfuté ci-defîus.
Mr. d e B a l i ac dans Tes DifTerta^
tions Critiques, Chapitre vu. en parlant
de Monfeigneur délia Gafa: Il étoit Flo-
rentin , de très-bonne es5 de très- ancienne
Maifon. Il avoit été nourri petit Garçon
à la Cour de Rome \ oit d? abord il ut ï* ap-
probation de tout ce qu'il y avoit d'honnêtes
gens. Sous le Pontificat de Paul Quatriè-
me
A'nti-Baillet. P. II. 4Ç9
me il fut fait Secrétaire des Brefs , & Ar-
chevêque de Bénévent au Royaume de Na~
pics. Mais il ne fut pas fait Cardinal Et
on lui donna Cexclufion en plein Confifloirc,
mfe de je ne fit quoi que je vous dirai
a Vartille. Jofeph Scaligcr a publié à fon
de trompe ce que je voulais v us dire à l'o-
reille. C'efl dans un Livre qui a pour ti-
tre Confutatio Fabula: Burdonianx: oh
vous trouverez, ces paroles injurienfes. Joh.
Cafa Archiepifcopus Beneventanus Etrus-
co carminé, &c. Et cùm hoc nomme
ma'è audiret, id lambo faris frîgîdo & M-
lepido ad Germanos exeufare conatus cfr.
Je ne fuis pourtant pas de l'avis de ce Prin*
ce dédaigneux. Et fon Alteffe de Vérone
me pardonnera , fi feflrme moins les vers
que nous avons d'elle- & du Prince Jules
fon Père, que ceux qu'elle efiime fi peu.
Mr. de Balzac s'eft trompé en difant
que Jan de la Café avoit été fait Archevê-
que de Bénévent par le Pape Pau! IV.
Paul IV. fat fait Pape en t 5f f . le îo.Juin:
&] n de la Cafa fut fait Archevêque de
Bénévent le 7. Avril 15-44 & Nonce à
Venife au commencement du mois d'Août
de la même année 1 5*44. Voyez ci-des*
fous l'article fuivant. Paul IV. le fit feu-
lement Secrétaire de fts Brefs. Il n'eft
pas vrai au refte qu'on a<'t donné à Jan de
la Café en plein Conlïftoîre l'exckilïon
pour le Cardinalat. Voyez ci-defïus à
l'article du Prélidant de Thon.
Mr J iiRiEU, dans fon Apologie
pour les Réformateurs chapitre ix. Si
Con tenait regitre dç ces Onvrages qui ont
gâté
yoo Anti-Baillet. P.II.
gâté tant d'efprits & appris tant d'abomi-
nations , on trouver oit que de mille ou de
dix mille , il n'y en a pas un composé par
des gens Proteftans de Piofeffion. Les
Auteurs étoient Papiftes: £ff quelques-uns
membres du Clergé : & même des plus dis» \
tinguez par les grandes diçnitez de l'Egli- l
fe. Témoin le Livre du célèbre y an de la
Café , le Ciceron , le Virgile , & l'Horace
de l'Italie moderne : ly original & le mode lie
fur lequel tous les Poètes & les Orateurs
Italiens ont travaillé du depuis. Notre
"Balzac nous dit , qu'il a écrit en profe C59
en vers , en l'une çjf en l'autre Langue , &
avec tel fuccès dans la vulgaire , qu'aujour-
d'hui il efl propofé pour exemple à ceux qui
cherchent la pompe & la dignité du Jiy le r
qui veulent ajouter la force & l'éclat à la
douceur & à la clarté. Il faillit a être Car-
dinal. Mais Balzac dit qu'on lui donna
l 'exclu fion en plein Confiftoire, à caufe de
je ne fai quoi que je vous dirai à Toreil-
le. Ce que Balzac promet de dire à l'oreiU
le de fon ami , je vous le dirai tout haut t
& fans détour. Il avoit écrit un Livre en
vers Italiens de Laudibus Sodomix: dans
lequel ilfoutient que la ,eft un Art fw~
gulier : que c'eft une Oeuvre, non feule-
ment bonne , mais divine : qu'il le fait par
expérience : & qu'il n'y avoit aucun plat-
fir de auquel il fe plût davantage
qu'à celui-là. Voilà , Monfieur , un célè-
bre Catholique Romain ? qui fe vante &
qui s'accufe dans toutes les formes du plus
exécrable de tous les crimes. Il avoue qu'il
avoit goûté de tous les plaifirs de la chair:
qv'il:
Anti-Baillet. P. II. foi
q u'il avoit mis en pratique les effroiables
théories de l'Aretin : £3* qu'après avoir goû-
te' de tout; il s'en tenait à cet horrible péché
qui fit descendre des torrens de feu & de
\ouffre fur Sodome. Ce Livre de Jan de
la Café parut en ly^O. à Venife, imprimé ilpaïutdcs
chez Trajan Nœvus : & les Poèmes de 1538-
Beze furent imprimez à Paris l'an 15*48. cet Impri-
Beze a donc précédé de deux ans : mais «n«u dont
l'autre Pa emporté en impur et ez. de mille V^^\u
millions de devrez. Les Poèfies de Beze s'appel'oit
font des bagatelles c^ des fottifes, & celles Tr*jan Né-
de Jan de la Café Jont des blafphémes c^ **'
des chofes à faire frémir ^horreur les plus
libertins. Cependant , Monfieur , ce Jan
de la Café fût Archevêque de Bénévent au
Royaume de Naplcs, Segretaire des Brefs ,
Doyen de la Chambre Papale, & Légat
à llatere vers la République de Venife. Il
me femble que ce font la les premières di-
gnité z de VEglife. Thomas Harding, Pa-
pijle Anglois , a voulu diminuer l'horreur
de ce fait : mais il s'y prend d'une manière qui
mérite que vous y fajfiez attention. Premiè-
rement , il avoue que Jan de la Café dans fa
première jeunejje & avant que d'être entré
dans le Clergé \& par conféquant avant que
d'être ni Archevêque , ni Légat du Pape^
avoit écrit quelques vers amoureux en vers
Italiens, à V imitation de Pétrarque icfpéce
d'écrits auquel les gens Italiens qui ont de
l'efprit , Ce plaifent extrêmement. Il ajou-
te , que dans ce Livre Jan de la Café ,Jans
nommer perfonne , tâcha d'en diminuer par
les fauffes couleurs de la Rhétorique la hai-
ne qu'on avoit four cet horrible péché ', plu-
tôt
foi Anti-Baillet. P.il.
têt qu'il ne le loua. En quoi pourtant ,d'.t-
il, nous avouons qu'il a tort ■;<& étant d'ail-
leurs pourvu de merveilleux avantages de
i' ef prit , pour cette feule faute de fa je une ffe,
il fut privé toute fa vie du Chapeau de C ar-
dm al. Il y a dans cette Apologie bien des
chofes p.ngulieres , fans conter celles qui font
faufjes. Premièrement il eft faux que fan
de la Cafa ait fait cet abominable Livre
dans fa première jeunejfe : adhuc imberbis
{comme dit Hardinf) avant que d'être entré
dans le Clergé. Car fon .Livre parut Pan
iyyo. & il fut avancé quatre ou cinq ans
après. Sous le Pontificat de Paul lif. il
fut fait Secrétaire des Brefs, & Archevê-
que de Bér^évent au Royaume de N.iples.
Ce fi Balzac qui nous le dit. En quatre
qu cinq ans on ne dp vient pas vieux: &
l'on ne pajfe pas Çuccejfivement par tant de
digniîez Ecclefiajliques, Mais n'admirez-
vous pas ce que dit Hardmg que "fan de la
Café ne loua pas h proprement parler ce cri-
me : qu'il travailla feulement à diminuer
l'horreur qu'on avait pour lui. Cela ne
Jied-il pas bien à un célèbre Douleur ex
Théologie d'exténuer C35 d'excufer un Li-
vre détejlable, comme celui-ci^ qui a pour
fujet, de Laudibns Sodomise ? Outre cela,
trouvez-vous que ce ne fait pas proprement
louer un Crime que de l'appeler une bonne
Oeuvre ? Une Oeuvre divine? Enfin ne
trouvez-vous pas que llard'mg a une mo-
rale
«f i. Après avoir dit que Jean de la Csfe fut fait
Archevêque de Be^éver.t le 7. Avril 154*. ce n'eil
p.is fans doure parler jufte , d'ajouter immédiate- '
■nient, qu'il etoit Nonce à Veaiie dès jj4A d'au-
tant
A*nti-Baillet. P. II. *Q3
r,f!e bien fevcre ? // trouve que Jean de lu
Café a été bien puni pour avoir publié le
crime qu'il avoit commis , parce qu'il n'a
été qu'Archevêque , Doyen de la Chambre,
if Légat à Latere , & n'a pu obtenir le
Chapeau de Cardinal. Voilà comme on pu-
ni JjVit fév ère ment à.Kome dans le fiéclepaffé
ce crime déteftable. Ce Jean de la Café
fut privé du Chapenu de Cardinal , non par-
ce qu'il avoit eu .l'infamie de commettre ce
crime y mais parce .qu'il avoit V impudence
de s'en vanter devant toute la terre par un
Livre imprimé. Pour flêtrijfure , // lui
fut dit, Vous ne ferez jamais Cardinal :
.niais à cela près, vous ferez tout ce qu'il
-vous plaira. Après cela , on ne peut pas
fe plaindre du relâchement de la Morale
de l'Eglife?
Me. de Baliac a trompé Mr. Jurîen.
•jan de la Café fut fait Archevêque de
Bénéveut, & Nonce à Venife, par Paul
III. comme il a été remarqué, & non pas
-par Paul EV. Sleidan, qui ne doit pas être
fufpcct à Mr. Jurieu, fait mention de Jan
de la Café en ces deux qualitez en 1^48.
& Paul IV. comme il a été auiîi remar-
qué, ne fut Pape qu'en kfff.. Jan de 1*
Café fut fait Archevêque de Bénévent le
7. Avril 15*44. comme l'a écrit Ferdînan-
do U^hello dans fon Italia Sacra, ix\ cha-
pitre des Archevêques de Bénévent: & il
-étoit (1) Nonce à Venife dès 15*46. car
c'elt
tant plus que douze lignes plus bas, J: trois pages
plus haut , M. Ménage lui-même recoB.ncit que
Jean de la Café étoit Nonce à Venife dès le com-
meacement du mois d'Août 1544»
504 Anti-Baillet. P. II.
c'eft lui dont a parle Fra Paolo dans fem
Hiftofre du Concile de Trente, lorfqu'il
a dit en 1546. parlant du Vergerio, Evê-
que de Capo d'Iftria: Ma giunto a Vene-
Zta ,gli fà proihito d'andar al Vefcovato dal
Noncto : quale aveva ricevuto ordine diRo-
ma di formar procejfb contro di lui : ce qui
a été véritablement remarqué par Mr. A-
melot de la Houffaye dans fa Note margi-
nale fur cet endroit de Fra Paolo. (1)
J'apprens de la Lettre 16. du Livre onziè-
me des Lettres Italiennes du Cardinal
Bembo, écrite à Girolamo Quirino, que
Monfeigneur de la Café fut envoyé Non-
ce à Venife la même année 1544. au com-
mencement du mois d'Août. Voyez ci-
defïus à l'article de Mr. de Balzac. Ce
que Thomas Harding a dit que Jan de la
Café avoit fait dans fon extrême jeunefTe
le Livre dont on le blâmoit , eft donc
très-véritable. Je l'ai démontré au chapi-
tre précédent. Et Mr. Jurîeu qui prêtent
que ce Livre fut fait en 1550. c'eft-à-dire
neuf ans feulement avant la mort du Cafa;
(car le Cafa (2) mourut en 15-5-9. & non
pas, comme l'a écrit Mr. Baillet, en
1 5-56.) s'elt encore trompé en cet article.
Et ce qu'il dit que Monfeigneur de laCa-
fe fe vante, dans le Poème dont eft ques-
tion , du plus exécrable de tous les cri-
mes : qu'il y dit que ce crime eft non feu-
lement
% 1. Pour citer nettement & exactement il faloit
dire; J'apprens du fécond Volume des Lettres Italiennes du
Bembo Lettre 16. du Livre II.
z % Jean Baprifte Cafotti , Académicien de la Crus-
ca,
A nti-Baillet. P. II. s°S
lement une bonne œuvre , mais une
œuvre divine: qu'il le lait par expérience:
& qu'il n'y avoît aucun plaiiïr de la chair
auquel il fe plût davantage qu'à celui-là:
qu'il avoit mis en pratique les éfroiables
théories de l'Arétin : & qu'après avoir
goûté de tout, il s'en tenoit à cet horri-
ble péché &c. ne fe trouve point dans le
Capitolo del Forno : ce qui fait voir que
Mr. Jurieu n'a point lu ce Poème: &
qu'il n'en a parlé que fur le témoignage
de Charles du Moulin: lequel a été réfu-
té cbdeiTus. Il eft d'ailleurs à remarquer
que Mr. Jurieu eft Proteftant, & ardant
Proteftanr ; & que ce qu'il a dit contre
Monfeîgneur de la Café, il l'a dit dans
un Livre fait pour décrier les Catholiques.
Et là-deiTus je renvoyé Mr. Baillet à fon
Traité des Préjugés. J'oubliois à remar-
quer que Mr. Juiieu s'eft encore mépris
en difant que l'édition des Poëfies de Be-
ze a précédé celle du prétendu Livre de
Jan de la Café. Voyez ci-defïus ce qui a
été dit de la première édition du Capitol*
<lel Forno.
Encore une fois: Mr. Baillet qui eft un
Prêtre, doit être bien déplaifant & bien hon-
teux d'avoir aidé aux Proteftans à diffamer
un Archevêque & un Nonce, & un des
plus honnêtes hommes du monde.
Il eft au relie à remarquer, que Mr.
Baillet
ca, qui a écrit la Vie du Cafa , Se examiné avec
foin l'époque dont il s'agit, dit que le Cafa né le
28. Juin 1503. mourut le 14. Novembre 1556.
rom. FIL Part. L Y
$-06 Anti-Baillet. P. Iî.
Baillet n'a lu dans les Originaux* aucun
paiFage de tous ceux qu'il cite dans Tes
Preuves pour la confirmation de ce qu'il
a dit contre Monfeigneur de la Café; à la
referve du pillage de Mr. Jurieu; & qu'il
a pris toutes fes autres citations de cet en-
droit de la France Orientale de Mr. Co
lomiez, page 142. Quod carmen è noftris
(le Poème prétendu de Jan de la Café)
culpant Job. Sleidanus ad annum 154S.
Carolus Mêlinceus in Oratiwe habita Tu-
bingce anno 1 5"^4- referente IVolphio Leéiio-
num Mentor abi Hum centenario 16. Simle-
rus in Epitome Bibliotkecœ Gefneri , Tho-
mas Naogeorçus ad finem Regni Papiftici:
Henri Ejîienne , chapitre 13. du premier
Livre de fon Apologie d? Hérodote . Cyprianus
a Paiera , in Tractât h Hifpanico de Papa,
pag. 234. Johannes Ivellus in Apologia
Ecclefice Anglican*.? , pag. 69. Andréas
Khetus fub finem capitis tertii Cajligatio-
num Notarum in Epiflolam Molinœi ad
Balzac um. Gisbertus Voetius in Difputa'
tionibus Seleèlis , Tomo I. pag. 205*. & a-
lii. Sed nemo , quod fciam , prater rêve*
rendum parentem , animadverth , idem
jPoëma cenfurâ notatum a Guillelmo Can-
tero , Pontifie io , Theodori fratre, qui in
hxc verba, Prœfatione in Propertium edi-
tionis Plamint ï 5-69. Quis ferat , quod
fuperioribus annis accidit Cafalem quem-
dam, fummum propè dignitatis in Hierar-
chia gradum obtinentem , carmin ibus tur-
pifïimis infanda flagitia publicè prasdicare?
En egregium familiae divinas columen : eu-
jus turpitudo latis per fe magna non duci-
tur,
Anti-Baillet. P.II. fZJ
fur, niiï ad cam impudentifîîma accédât
gloriatio. JJtcc , & dia ** Ubcilo nojlro
infcrtpto Raretez d'Etude. Mr. Baillet
n'eil qu'un Copilte.
Je finis ce long chapitre par un extrait
d'une Lettre de Monrïeur de la Mon-
noie à Mr. l'Abbé Nicaife, & par un au-
tre extrait d'une Lettre de Mr. Magliabe-
chi à Mr. Bigot. Voici l'endroit de la
Lettre de Mr. de la Monnaie: Il eft fur
que fi les emplois que le mérite de Monfei-
gneur de la Café lui procura , ne Cujfent o-
bligé ', en qualité de Nonce, à rechercher
les personnes qui de fon tems prévariquoicnt
dans la Religion, on ri * aurait non plus : fèu-
géà fon Capitol O qu'a ceux du Bernia , du
i o , du Molza , qui ne font pas moins
licentieux : çsf que le feul bonheur d'avoir
été faits par des Auteurs fans conféquay.ce ,
* fauve z de la cenfure des Proteflans. Les
Protefians fe voyant pourfuivis par cet Ar-
chevêque , après avoir examiné fa vie, ne
trouvèrent que ce petit péché de jeune [je a
lui reprocher. La même chofe cfl arrivée à
Beze. S'il fût demeuré Catholique : ou
même fi fe fefant Huguenot , /'/ fe fût moins
diftingué dais fon parti, CT qu'il ne nous
ût pas irritez par les Livres qzSil écri-
vait contre notre Religion , nous ne nout
fuffions pas écriez , comme nous avons fait ,
contre fon Epigramme de Candide £3? df Au-
debert. Voici celui de la Lettre de Mr.
Magliabéehi: Certo . che fit fua grandi ffi-
rna difgrazia (c'eft da Cafa dont parle Mr.
Magliabéehi) Paver per nemico PietroPao-
b Vergerio , uomo , toltane f empiéta , di
Y 2 gran*
$o8 Anti-Bai ll et. P. II.
grande ftima , fi per lettere , corne per al-
tri cap , corne V* S. llluftrijfima avrà po-
tuto vedere dalla Dedicatorta che gli fa
Andréa Divo , Giuftinopolitano , délia jua
Traduzzione cTOmero ; da Giorgio Logo,
Silejio , ne"* verfi indirizzati ad effo , che
fono in principio délia fua edizzione di
Grazzio , e degli altri Poëti de Venatio-
ne : e da cento e cento altri Scrittori noftri
Cattolici : per t râla fc tare i Preteftanti ; nel
numéro dé* quali il Vergerio per fua difgra-
zia entra , apoftatando dalla nuftra fanta
Fede. Io non intendo di far qui rApslogis-
ta del Cafa : troppo chiare fono Pinfamità
che fi leggono in quel fuo fporco Capitolo,
&c. Contuttocio, corne o detto , fit fua
gran dfgrazzia V aver per nemico il Verge-
rio. Ognvn vede le orribiïi infamità nel
medefimo génère che fi tro'vano nel Bernia
nel Capitolo a M. Antonio da Bibbiena^ e
neW altro Capitolo fopra un Garzone , ed
in mille altri luoghi : in Curzio da Mari-
gnoMe : nel Ruffoli : in Marco Lamberti :
nel Perfiani : ed in cento e mille altri nos-
tri Poêti Fiorentini ; per tralafciare altri
quafi infiniti di altre patrie. Ne"* foli So-
netti del nofiro Luigi Pulci, e del nojlro
Matteo Franco , fono , oltre aW ofcenità^
cofe tanto efjeciandamente empie , che un
ateo affatto non potrebbe fcrivere piit fcel"
leratamente di quel che fi facciam effi.
ISliuno ad ogni modo di effi parla: e con-
trat Cafa firide tutto il Mondo , perche eb-
be per nemico Pietro PaoU Vergerio. Ctrca
a quelh che V. S. llluflrijfima mi domanda,
cioè , fe niuno à faite Apologie fiel detto Ca-
Anti-Baillet. P. II. f09
fa, le rifpondero, che ejjo medefimo nel pri-
mo luogofi dtfende in alcunifuoi verfi La-
uni ad Germanosr cbefi trovano ftampati
a carte 25-4. e %ff. de/ primo Tomo di Car-
mina iilullrium Poctarum, &c Una al-
irafua Apologta contro il Verger io 0 10 ma~
nofcritta nella mia povera Librerinola : che
è anche cofa a (/'ai grande , e degna di ejfere
Jlampata.
CXXI.
Addition* au chapitre de Chalcondyle.
Quelques partie ularitez touchant
Melchior Volmar.
Tom. 2.
Part. 3.
Monsieur Baille t. Vojjîus
prétand que Chalcoxdyle eft plus plein
que Chryfolorc. Il ajoute, que Pierre Da- fa8' î39
nés Evcque de Lavaur avoit coutume de
cxcefjivement les Qjtejîioy/s ou les E-
r utime s de Chalcondyle , & que Bude les
fit mettre au jour par Melchior Volmar.
Me mage. La Préface que Melchior
Volmar de Rotville, Profeflèur à Tubi li-
ge, ou, comme Ta appelle JoachïmusCa-
merarius , Melior Volmar , eft un chef-
d'œuvre en matière de Préface. Et Mr.
Baiilet, qui eft un Grand Bibliothécaire &
un Savant, devroit l'avoir vue. Et il pa-
roît qu'il ne l'a point vue par ce qu'il
rapporte ici de VorTîus : qui fe trouve dans
cette Préface. Quoi que Melchior Vol-
mar fût un homme favant en Grec & en
Latin , il n'a pourtant jamais rien impri-
mé que cette Préface, 11 on en croit Be-
Y 3 it
jto Amti-Baillet. P. II.
ze dans le Portrait qu'il a fait de Volmar.
Fuit autem vir ifte omnibus tum corporis
tum animi dotibus exccllens , ac prccfertim
eximiâ in pauperes munificent! â infignis,
ÊlT ab omni ambitione tam remotus , ut ,
quamvis Grœcè, & Latine fcribendo excel-
ler et, nihil tamen prœter unicam père le*
gantera Priefationem , Grammaiiccs Grœcce
Demetrii Chalcondylœ prœpqfitam , edide-
rit. Mais il ne faut pas l'en croire: Vol-
mar ayant fait imprimer en 1513- à Paris
in-4- un Commentaire fur les deux pre-
miers Livres de l'Ilhde d'Homère. Il dit
dans la Préface de ce Commentaire, qu'il
a été Correcteur d'Imprimerie de Gour-
mont. Beze avoit vu ce Commentaire :
car c'e/ï far ce Commentaire qu'il a fait
cette Epigramme:
AUenidem ingrat! privârant lumine Dlvi , &c.
Laquelle a pour titre, De Commentants
D. Meîcbioi <is Volmarii , prœceptoris charis-
fimi, in Homeri Poêfim. Elle efl impri-
mée à la page 5-9. de la première édition
des Poé'lies de B^ze. Et il ell étrange que
Beze ne fefoit pas fouvenu de l'avoir vue.
BwZe dédia à Volmar cette première édi-
tion de les Poëfies , qui eft de Paris i^S.
Ec il a fait plusieurs vers à fa louange &
à la louange de fa femme, qui mourut le
même jour que lui en 15-61. à Ifne. Beze
avoit été fon difciple à Orléans. Car Vol-
mar avoit en feigne à Orléans les Lettres
Humaines. 11 les enfeigua enfuite à Bour-
ges : ou il ut Calvin pour difciple. J'ap-
prens
Anti-Baillet. P. IL Su
prens de Mr. Catherinot Avocat du Roi
de Bourges , qu'au fnjet de Volmar la
Ville de Bourges ordonna qu'à l'avenir.
aucun homme de la Religion pre'tendue
Rérbrmée ne régenteroit à Bourges.
CXXII.
Addition an chapitre de Ficin , C33 à celui
de Pajferat. Ignorance de Mr. Baillet
dans Jon métier de Bibliothécaire.
Monsieur Baillet. Nannim a Tom. 2.
écrit , que par la TraJ.uâion de F:- p^r- *
cm on voit ayez bien ce que F Auteur a dit, °'
ma' s qiion ne voit pas comment il C a dit :
•qu'il n'a point feeu exprimer , ni le mouve-
ment des pajjions , ni la grâce des figures ,
ni la force , ni la beauté, ni les agrément y
ni la dignité , ni Inélégance, ni les plaifan-
teries, ni les fubtilitez de [es Auteurs: Et
que quoique qu'on syapperçoive affez, far
exemple, dans la ver/ion de Platon, de ce
que ce Philosophe a voulu dire , néanmoins
ji Platon pouvait revenir au monde pour la
lire , /'/ ne lui feroit prefque pas pojjible de
s'y reconnaître lui-même. Car on ne trou-
ve point dans le Latin cette force héroïque %
cette fublimité , cette élévation du grand
ftyle, & cette heureufe abondance de P Ori-
ginal Grec.
M e n a G e. Pincianus a encore enché-
ri fur Nannius. Voici fes termes; qui
font de fes Rétractations fur Pomponius
Mêla, Livre 2. chapitre 1. Tu m Sta-
tion e atqie Morte. Emendavi-
Y 4 mus ,
f) 2 A N TI - B A I L L E T P. II.
mus, Tali ftatîone atque morte, teftimc-
nio multorum Auclorum.. Nec fubiit tune
Platonem citare in D:ahgo qui inferibitur :
Minos , vel de Lege. Ejus verba,. ex tra~
ïatione Marfilii Ficini funt : Eo plane, \t*
luti Legum Cuftode, per urbem ufus eft
Minos, ad reiiquam vero creatam eufto-
de Talo. Talus enim ter quotannis pa-
gos omnes lultrabat, Leges eorum obier-
vaturus,tabulis sereis Leges infculptas cir-
cumferens : unde sereas nominatœ funt.
Hœc Plato : cujus pojlrema il/a verba , un-
de aereos nominatae. funt, perperam vertit
Marfilitts : homo quidem mediocri ingénia
& éruditions , mediocri item Gracœ ac La*
tinte Linguœ cognitione prœditus , verkm
in humanis ftudtis parum verfatus , fuper-
que afper & durus nimis Interpres. Tram*
ferre igitur debuit Ficinus y Unde asreus
appellatus eft. Sic enim Graca praferunt
exemplaria. Et Talus ipfe , ut probavi y
ter eus a Poe fis fiel us , appellatufque eft,
non Leges, Sed de erroribus Marfilii in
Tralatione Plaionisyal'w loco diduri fumus
uberius.
Tom. a- Mr. Bail LE T. Pafferat a fait des
**"* T2;tf Commentaires fur Catulle , Tibulle & Pro-
perce, que Mr. de Thou e (lime fort accom-
plis & très- dignes des louanges de tout le
monde On en a auffi de lui fur Plaute ,
qui ne font pas moins ejlimez.
Ménage. Il n'eft point vrai qu'on ait
des
Ç r. Le I\ Lâbbe néanmoins pag. 371. de fa nou-
velle Biblieth. de MiT. dit qu'Ifaac Herauld fils de
Didier lui montra un jour uu Catalogue de MfT.
venus .
pag. istf.
Anti-Baillet. P. II. 5-13
des Commentaires de PaiTerat fur Plaute.
Ce que PaiTerat avoir fait fur ce Poète,
non feulement n'a jamais été imprimé ,
mais il n'a jamais paru écrit à la main.
Atque utinam quœ in Ctceroncm , Plaw
tum , çjf altos Linguœ Latinœ pnecipuos
Auéiures accuratè ac diïigenter adyiotav'ît ,
aliquando quoque prodeant , kcc diuùàs in
tenebris magno ftudiolorum incommodo Je-
pul'.a delttefcant , dit Scévole de Sainte
Marthe dans l'Eloge de PaiTerat. (1) Et
je mets en fait , qu'il n'y a préfentement
perfonne au monde qui ait vu ces Com-
mentaires.
Je ne faî au refte où Mr. Baillet a pris
cette grande eftime de Mr. de Thou pour
les Commentaires de PaiTerat fur Catulle,
Tibulle, & Properce. Il n'en eft parlé,
ni dans le 1 27. Livre de l'Hifloire de Mr.
de Thou , à l'endroit où Mr. de Thou a
écrit la mort & l'éloge de PaiTerat, ni dans
aucun autre endroit de fes Ouvrages; ni
dans l'Eloge de Pafferat de Sainte Mar-
the; ni dans fa Vie imprimée à la tête de
fcs Opufcules. Mr. Baillet devoit remar-
quer que les Commentaires de Pafferat
fur Properce font admirez par Schiopius.
Voici comme Schiopius en parle: InPro-
pertïum Commentarius Johannis Pajfera-
tii: quo numquam quicquam vifum fuit'
perfefiius. C'eft dans fon Syllabus Auç-
iorum Lingu* Latin* aîatis aureœ.
CXXIIL
venus d'Angleterre parmi kfquels , e'toient des
Commentaires de Paflerat fui trois Comédies de
yiauiCj Miltt gorwfHs , Ca/în*, & MojiilUria*
Y s-
5"i4 Anti-Baillet. P. IL
CXXIII.
Jujlificaîlon des vers que fat faits, après
avoir dit que je n^en fer ois plus.
J'Ai fait une Epigramme Latine, par la-
quelle j'ai dit adieu aux Mufes, en ces
termes :
Musis vale dicitMenagius
Hum mihi fervebat juvenïlï m corpore fangnis,
Et decuit , numeris lufimus mnumtris.
Turpe Jenex Vates : fenior , calamofque, ly-
ramque,
Ceteraque hic fono Ittdicra; Mufa vale.
Et depuis ce tems-là j'ai continué d'en fai-
re. Mr. Baillet fe déchaîne Ià-defîiis con-
tre moi avec fureur, comme fi j'ctois le
plus grand parjure du monde. Je répon-
drai ici à fon accufation quoique fon ac-
cufatîon ne mérite pas de réponfe. On a
dit que les fermens des Amans n'entroient
point dans les oreilles des Dieux: que Ju-
piter s'en mocquoit : qu'autant en empor-
toit le vent. Il en elt de même des fer-
mens des Poètes. Et j'ofe afïurer qu'il n'y
a jamais eu de Poète qu'il n'ait fait des
vers après avoir dit en public ou en par-
ticulier qu'il n'en feroit plus.
Horace a dit dans fa première Epitre,
Nunc itaque , v verfus , & cetera Indicra pono,
Et
Amti-Baillet. P. II. si?
Et depuis ce tems-là il a fait un grand
nombre de vers.
Bucanan , étant Régent à Paris au Col-
lège de Sainte Barbe, écrivit une Elégie
fur la mifére des Régents de Paris, dans
laquelle il dit adieu aux Mufes.
ke levés nug& flerilefqiu valete Camen&9
Grata-jue Phoebdo Ca/lalis unda Choro.
Ite : fat eft : prlmos vobïfcum ahfumpfimus
annos
Opùma pars vit a deperiitque tnet, &c.
Iteigitur, Muftfteriles, alïumque m'tniftyum
Qxiri-te: nos alto fors, ariimufquc vocat.
Et depuis ce tems-là il a fait un million
de vers.
Ronfard a dit, dans l'Ode cinquième
du Livre trolliéme de fes Odes :
Toi qui chantes l'honneur des Pvois
Polyhymnie, ma douce Mufe,
Ce dernier labeur de mes doits
Dcflus ton Luth ne me refufe.
J'ai fouvenance que tes mains
Jeune Garçon me couronnèrent.
Quand j'eus mâché les lauriers faints
Que tes compagnes me donnèrent.
Mais or, par le commandement
Du Roi, la lyre j'abandonne,
Pour entonner plus hautement
L'Airain enroué de Bellonne.
Y 6 Tou-
?i& Anti-Baillet. P. II.
Toutefois, ains que de tenter
L' Infiniment de telle Guerrière,
Encourage-moi de chanter
Pour adieu cette Ode dernière:
Et il a fait plusieurs Odes depuis cetems-là.
Malherbe avo^t fait de grands fermens,
entre les mains des Mines , de ne pîus
faire de vers après qu'il auroit célébré la
Reine Marie de Médicis :
Non , Vierges, non, je me retire
De tous ces frivoles difcours:
Ma Reine eft un but à ma lyre
Plus jufte que nulles amours.
Et quand j'aurai, comme j'efpére».
Fait ouïr du Gange à l'Ibère
Sa louange à tout l'Univers,
Permefle me foit un Cocytr-,
Si jamais je vous follicite
De m 'aider à faire des vers:
Et depuis ce tems là il a fait un nombre
infini de Vers.
Mr. Halle de Caen a dit dans un de fes
Poèmes, par lequel il invite les Poètes à
faire des vers fur l'immaculée Conception .
de la Vierge,
Hac Mariana Hwmtftm J*t EpmUm % noftris
Cantîbus emodulatfl9 oh fartai ai Styge pal*
Ctkatum cr Styji Çaput obtrùuwft Dra~
tonis*
Anti-Bait.let. P. II. 5-17
Jam me grandtvum t cejfare in car mina, tem-
pus,
Ato^ue voie cafits dtcrnum dicere Mujts»
Tejjusego hicpkftrum, citharamaue tartemqMg
repono :
Et depuis cetems-là il a fait un grand nom-
bre de vers fur le même fujet.
Mr. Saralin ayant été accu fé d'avoir fait,
des vers contre le Cardinal Mazarin, fit
de grands fermens de ne faire jamais de
vers. Oeft le fujet de l'Elégie Latine que
j'ai ad reliée à Mr. le Prince Louïs de
Bourbon. Voici l'endroit de cette Elégie
qui regarde cette particularité :
llie tuus VatâSy nojiri Saracenus amores , .
Cujus Amor verjus çr Venus ipja canit ,
Heu ! Solitam abjecit juratus Appolîims ar-
tem ,
Freftt cr irata plcëlra canora manu.
Ah auoties , er au& , mittebat carmim nobis ,
Per ludum reddens mutua , perçut jocum ?
Nunc canimtts Jurdc : fcopulis tactturnior ip*
Menagio reddit carmina nullafu*.
Si potui placmjje tibït jarantia verba
(Namque potes) foktum pondus habere vtîcl
bivim ce 1er es Vatis perjuria ventes
Per mare y per terras irrita ferre jubé:
Et depuis ce tems - là il a fait un grand
nombre de vers.
Y 7 Mîr
5*18 An ti-Baillet. P. II.
Mr. Corneille avoït protefté publique-
ment qu'il ne feroit plus de Pièces de Théâ-
tre: Et quelques années après, aiant été
prié par Mr. Fouquet, Surintendant des
Finances, de faire POedîpe , il le fît : &
il a fait enfuite plulîeurs autres Tragé-
dies.
Mr. Santeuîl, de Saint Vi&or, a pro-
tefté hautement dans la Dédicace de fes
Hymnes à Mr. PéliiTon qu'il neferoitplus
devers fur des matières profanes, & de-
puis ce tans -là il en a fait un très -grand
nombre.
Mr. de la Fontaine avoit juré haute-
ment qu'il ne feroit plus de Contes en
vers: & deux jours après il recommança
à en faire. C'eft ce que nous apprenons
de cet endroit de fon Conte de la Clo-
chette:
O combien l'homme eft inconflant, divers,
Foible, léger, tenant mal fa parole !
J'avois juré hautement en mes vers
De renoncer à tout conte frivole.
Et quand juré? C'eft ce qui me confond.
Depuis deux jours j'ai fait cette promefie.
Puis fiez-vous à Rimeur qui répond
D'un feul moment.
Encore une fois: il n'y a jamais û de
Poêle qui n'ait fait des vers après avoir
dit qu'il n'en feroit plus.
CXVIL
Anti-Baillet. P. II. 5-19
CXVII.
y ujlifi cation des Vers de Galanterie que 'fat
faits après avoir protejlé que je n'en fe-
rois plus.
MAis j'ai protefté dans une de mes
Elégies Latines , que je ne ferois
plus de Vers de Galanterie: & j'ai conti-
nué d'en faire. Nous voyons , dft Mr. Bail-
let, que Mr. Ménage ejl retourne' à fes pré"
miéres habitudes peu de tems après avoir
formé fa Componàion Chrétienne : (il parle
d'un de mes Madrigaux Italiens, intitulé
Chriftiana Compunzione) & qu'il eft re-
tombé dans les mêmes engagemens qu'il nous
avoit dépeints comme fort criminels* Cefh
ce qu'il nous apprend lui - même dans une
Elégie Latine , où le repentir V ayant re-
pris une fegonde fois, il témoigne pour ce
coup être entièrement converti : fe trouvant
chargé d'une nouvelle confufion de voir que
favieille/fe n'était pas moins ambarajfée dans
ce commerce que F avoit été fa jcuneffe. Il
demande enfuit e à fan Eve que, au Médecin
de (on ame , qu'il le réduife en pénitence z
qu'il le mette dans le fac & fous la cendre :
qu'il lui ordonne des jeûnes , des difciplines ,
Cjf tout ce qu'il voudra : qiî'il efl prépare à
tout. On s* imaginer oit peut-être que Mr.
Ménage a fait des crimes énormes, parce
que [on humilité lui fait demander d'être
confondu parmi les fcélérats. Cependant Mr.
Ménage a toujours mené une vie irrépro-
chable aux yeux des hommes. Il a toujours
vie h
fio Anti-Baillet. P. II.
vécu avec honneur. Et lui-même , tout
abandonné qu'il efl à la componction de [on
cœur , n'efl pas affez hardi pour ofer dire
qu'il ait jamais fait d'autre mal en public
que et avoir fait des vers trop libres & trop
galons ,ç«f d'avoir contrefait l'Amant. C'efl
donc de fes vers dont il s'aceufe, & dont il
veut faire pénitence : jugeant avec toutes
les perfonnes judicieufes, que ce ne font pas
toujours les Pièces les plus diffolues qui cor-
rompent davantage les mœurs : foit parce
qu'on efl en garde contre le poifon qu'elles
préfentent à découvert : foit parce qu'il n'y
a que ceux qui font déjà corrompus qui les-
lifcnt : mais que celles qui renferment le
poifon fous des expreffions chafles & inno-
centes , font beaucoup plus criminelles. De
forte -lue fi depuis cette déclaration publique
Mr. Ménage efl encore retombé dans je s an-
ciennes habitudes , qui efl celui qui aura le
cœur a/fez dur pour n'être point touché de
la foibleffe de l'homme ?
Quelle rage ? quelle fureur ?' Mais à
quel propGS Mr. Baillet dit -il de moi
toutes ces chofes injurieufes? Son deffein:
eft de faire un Livre des Jugemens des Sa-
vans fur les principaux Ouvrages des Au-
teurs. Il proteJte en plus d'un endroit de-
fon Livre qu'il n'y dit rien de fa tête. Ce
font fes termes: Y a-t-il û quelques Sa-
vans qui m'âyent aceufé dans leurs Ou»
vrages comme d'un crime , d'avoir fait'
des vers trop libres & rrop galands , &:
d'avoir contrefait l'Amant? Mr. Halle
de Caen au contraire a loué l'honnêteté
de. mes vers : -
ANTI-B AILLET. P.ll. 521
Vir faftus ad unguem
Mtnagiui : Mu/a Andino eut molle decorum^ut
Andïni annmrunt Vatis , tenerique pudicat
Nafonis icneres.
C'eft ce qu'il a dit de moi dans fon Poè-
me fur la mort du Père Bourbon. Mr.
Baillet dit que je demeure d'accord moi-
même de ce crime dans une de mes Elé-
gies Latines ; cette Elégie eft celle que je
fis, en retournant dans ma patrie, d'où
j'avois été abfent pendant vingt ans. Je
prans droit par les charges. Et pour cela,
je fupplie mes Lecteurs de trouver bon
que je produife ici l'Elégie dont eft ques-
tion. La voici:.
jJEgidius Menagius post annos XX»
Patriam revisens.
Salve , &c.
Où eft- il dit dans cette Elégie que c'eft
pour avoir fait des vers trop libres & trop
galans, & pour avoir contrefait l'Amant,
que j'ai demandé à mon Evéque d'être
mis en penitance? Ces vers,
Et mea non umquam nugari defùt âtas :
Et nondurn lufus , deferuique jocos :
comprennent une exprefîlon générale :
qui ne veut dire autre chofe , linon que
j'avois badiné toute ma vie ; & qu'à l'âge
où
Sii Anti-Baillet. P.IÏ.
où j'étois , qui approchoit de foixante ans ,
je n'avois pas même encore tout-à-fait re-
noncé aux badineries. Cette expreffion ne
A comprent pas plutôt mes écrits que mes
sciions : plutôt mes vers que ma pro-
fe: plutôt mes vers Erotiques, pour ufer
du terme de Mr. Baillet , que mes vers
Satiriques.
Que fi Mr. Baillet dit que j'ai protégé
dans cette Elégie de ne plus écrire fur des
fujets profanes,
Vit a quodcumque fejuetur,
Hec; ùbi ,Jumme furent , hoc tibi , Chrijle , dict.
Et que je n'ai pas îaifTé cependant depuis ce
tems-là , d'écrire des chofes galantes, je
lui demanderai, fi ayant promis à Dieu
de ne plus retomber dans quelque péché
mortel, il n'y eft point retombé: car qui
efi: l'homme qui ne pèche point? Il n'y a
•*«*'*■ guère de Poète Chrétien qui n'ait fait
Si^Marc' quelques vers de dévotion, dans lesquels
Améle. il n'ait promis à Dieu de ne plus faire de
vers profanes , & qui n'en ait fait nonobs-
tant cette promette. Monfieur Godeau ,
Evêque de GrafTe , que je nomme par
honneur ; après avoir protefté publique-
ment qu'il ne feroit plus que des vers de
dévotion , non feulement a fait un grand
nombre de vers profanes, mais il a même
fait des vers de galanterie, comme je le
ferai voir au chapitre dernier de ces Re-
marques. Monfignor délia Cafa, Arche-
vêque de Bénévent , après avoir fait ce
beau Sonnet de dévotion,
Anti-Baillet. P. II. 52.3
lo , che l'etk folea viver nelftngo,
Qg£'» mutaîo il cor da quel ch'ï foglio ,
D'ogni immondo penfer mi purgo e fpoglio ,
E'I mio lungo fallir correggo , e piango.
Di feguir falfo duce mi rimango.
A te mi dono , ad ogni altro mi togl'w.
Ne rot ta nave mai parti da fcogli»
Si penttta del mar , com io rimango.
E poicb' al mort al rijchio è gita invano ,
E fenza frutto i cari gwrni à fpefi
Que/la mi a vit a , in porto or mai ÏAccclgo.
Reggami per pieià tuafanta mai%o ,
Padre del Ciel: che poicb' a te mi volgt,
Tanto t' adorer 0 quant' io foffefi.
Il a fait en fuite un très grand nombre de
vers d'Amour.
Malherbe dans le Sonnet qu'il a fait fur
les Oeuvres Spirituelles de Mr. du Mai-
ne , a dit ,
Je renonce à l'amour , je quite fon em-
pire;
Et ne veux point d'excufc à mon impiété;
Si la beauté des Cieux n'eft l'unique beauté
Dont on m'orra jamais les merveilles écrire.
Et il a fait enfuite un nombre infini de vers
d'Amour.
Le Fcre VavafTeur de la Compagnie de
Jéfus avoit fait ferment de ne plus faire de
vers
j24 Anti-Baillet. P. IF.
vers fur des matières profanes, & fur des
performes vivantes: comme il paroîc par
cet endroit de fon Elégie fur la mort du
Père Bourbon:
Omihitotlongos traclari , Mufa, ptr annos
Défit a y jamque proculjujfa vaïere , reàu
S&pe ego vivorum juravi fafta filere :
Sipe loqui mftrisnïl, nififacra, moiïs.
Nec mut or: facer efi Vates, ç? mortum : huis-
me
Jufla, liât fer m, folven jujfît amâr.
Et depuis ce tems-là il a fait un nombre
infini de vers fur des matières profanes &
fur des perfonnes vivantes. 11 y a mille
autres femblables exemples dans les Poè-
tes Chrétiens de toute forte de matié-
res.
Je reviens à mon Elégie. Quoique je
n'aye pas fuivi ponctuellement la réfolu-
tion que j'avois prife de ne plus travailler
fur des fujets profanes , il ne s'en faut pour-
tant guère que je ne l'aye fui vie. J'ai fait
depuis ce tems-là une Epigramme pour
mettre fous l'image de St Bruno: j'ai fait
(i) un Epimphe Chrétien pour Guionne
Ménage ma fœur : j'ai fait une Hymne
à la Vierge: j'ai fait une Elégie à Aiade-
moifelle le Fêvre , qui eft aujourd'hui
Madame Dacier , pour la convier âe Ce
faire
^f r. On dit plutôt aujourd'hui Epiupbe Chrétienne..
M. Ménage a dit de même pag. 53.1. Epitapbe impri-
mé pour imprimée.
Anti-Baillet. P. IL fs%
faire Catholique. J'ai fait une Epïgramme
fur ma réconciliation Chrétienne avec
Monfieur Chapelain, j'ai fait des vers à
la louange du Pape, au fujet de la levée
du Siège de Vienne. J'ai fait des vers pour
le Roi au fujtt des Temples des Hugue-
nots qu'il a démolis. 11 eft à remarquer
que mes Poèmes n'ont pas été imprimez
par l'ordre du tans qu'ils ont été faits.
Mais quoique je ne me trouve pas cou-
pable du crime dont m'accule ici Mr.
Baillet, & que je fois comme afTuré que
jamais mes. vers n'ont fait pécher mes
Lecleurs du côté de l'amour , je demeu-
re d'accord que je fuis un grand pécheur,
& que je fuis coupable envers Dieu de
plufieurs crimes confidérables , & beau-
coup plus confidérables que celui dont
m'accufe ici Mr. Baillet.
CXXXIII.
Juftificat'îon des Vers que f \ù faits dans un
J'Ai dit dans la dernière de mes Epi-
grammes Latines , que c'eft une vilaine
chofe qu'un vieux Poê'te. Turpefenex Va-
tes. J'ai dit la même chofe dans mon Elé-
gie à Mr. de Sorbiere.
Dejine , Sorberi , nos pofcere define verfus :
Lu/ira decem Mufas erîpnêre m':hï.
Scilîcet Aonidum juvenes chorus il!e Sororum
Dïligit , çrfférda refpicit aure/enet.
Tr$n»
526 Anti-Baillet. P. II.
Trondibus Aternïs canos ornare capillos
Jpfe fugït fiavis pukher Apollo comis.
Dedecet incanum calamo trïvïjfe labellum.
Turpe ftnex Miles : turpe Vo'èta fcnex.
J'ai dît dans mon Elégie à Mr. Grsvius
fur la mort de Mr. Heiniius ,
Heinfiadi, mortem , Reinfixdn mihi funera nar-
ras:
Et tu me carmen fcribere, amice , jubés.
S'mgultus inter , gemhus ïnter , lacrimafque ,
Dulce qutat quifquam concinuijje melos ?
Cantatrix cœlum pofcit Philomela ferenum.
Turbati ripam flum'mis odit olor.
Et tuus horribilis , Gravi, mihi nuncius
omnes
Expulit ex omni pettcre Utitias , ctt.
Scribere me carmen jineret dolor , haud finit <£-
tas.
Jam mihi bis feptem lujfra pera5îa feni.
Scandere me prohibent divini culmina montis ,
Infirmique pedes , invalidumque latus.
Et j'ai dit dans mon Ode Anacréontîque
à Meilleurs de Court & Dacier,
K*Aj} <pt?i&iv Irai poil
gvvttptçt & ètxipot
'EpctG-nioi , wfinvoi ,
Micrw fte ■&ço7pé7Tte-6e l
JAè vvv yepovTU, v/u.7*
«or-
Anti-Baillet. P. II. P7
Tïpma.e, ù <Pi^h<n,
<bî<jyn Kcépwtt Xtvy.x.
Kci>.ov y.tÀoç -ZJ-et^c-nt
K.«cÀ4» vsotç ipxçxTç,
Ato-%çov , ytpuv îjiftiçi
A(T^/.ctj yéfat zrott;7ytç.
Mr. Baïlîet fe fert de ces deux premiers
endroits de mes Poèiies , pour me con-
vaincre par mon propre témoignage d'a-
voir fait ane vilaine action ; ou du moins
une action indécente; en fefant des Vers
dans un âge avancé. Je réponds à Mr.
Baillet, que dans un autre endroit j'ai loué
les Poètes vieillards : c'eft dans mon Elé-
gie à Mgr. le Daumi :
Tu vatem ne fperne fenem , maiura Seneftus
Cuîta magis condlt carmina, do5la magls,
Dulcior eccidui fulgei lux Linguida Pbxbi :
Dulciits V cantat mox moriturui olor :
Et que les Poètes & les Orateurs difent
fouvent en différents endroits des chofes
contraires les unes aux autres , félon ce
qui fait à leur propos. Nos , Poëtarum
more, uti fe res dederit , ita, vcl pop.'ili,
nieï eruditurum hrninum Çentenùam noftro
qwtdam jure fcquimur : atque alias , fi fit
optes , aliter de eadem dteimus , dit l'ex-
cellent Monlignor délia Gala, Archevê-
que
^it Anti-Baillet. P. II.
que de Bénévent, dans une de fes Lettres
i Vi&orius. Et Euftathius fur le vers 181.
du fegond Livre de l'Odyffée & fur le 243.
du douzième de l'Iliade, a remarqué qu'Ho-
mère avoit dit en ces endroits des chofes
touchant les augures , qui étoient contrai-
res à celles qu'il avoit dites ailleurs : ce
qu'il appelle to ùfj,(pOTSÇ)ô'y\u<r(rcv. J'ai donc
dit en ces premiers endroits de mes Poè-
lîes que je viens d'alléguer , que c'étoit
une vilaine chofe qu'un vieux Poète, par-
ce que cela fefoit à mon fujet: mais cela
n'empêche pas que je ne puifle dire ail-
leurs le contraire fi l'occafion s'en pré-
fante: & particulièrement étant véritable
qu'il y a un million de Poètes illuftres qui
ont fait des vers dans leur vieilleffe, avec
approbation de tout le monde. Tous les
anciens Poètes de profelïion, & Grecs &
Latins , ont fait des vers toute leur vie :
Mr. Baillet en demeure d'accord : Sopho*
cle étoit dans une extrême vieilleife , quand
il fit fon Oedipe Colonée. Saint Grégoi-
re de Nazianze, qui étoit un Père de l'E-
glife, a fait des vers toute fa vie. Pétrar-
que, le Bembe , le Molfa, l'Ariofte, le
TafTe, le Guarin ont fait des vers toute
leur vie: peu de tans avant ili mort Pé-
trarque fit ces vers pour fon Epitaphe.
Frigida Irancifci tegit hic lapis ojfa Petrarc*.
Sufcipe, Virgopartnsi animant; fate Virgint,
parce :
Tejfaquejam terris, eœli requiefcat in arce.
Mellin de St. Gelais a fait des vers tou
te
'
ànti-Baillet. P. II. 5*29
te fa vie : & il fît cette Epi^ramme en
mourant:
Barbite, qui varios lenifii peSioris &Jlus,
Dum juvenem nunc fors , nunc agit Abat <f-
mor ,
Perfice ad txtremutn ; rapid&que incendia Jebrh>
6}uâ potes y infirmo fac leviora feni,
Certe ego u faciarn, fuperas evetïus ad oras%
lnfignem ad Cithar&fidus habere locum.
Le Cafa a fait des vers toute fa vie. Par-
mi fes Lettres Italiennes que j'ai manus-
crites , il y en a une qui commence de la
forte, lo credo cby io faro Sonetti venti cin-
fue anni, 0 trenta, poi che io faro morto.
)orat, Ronfard, Baïf, Belleau ont fait
des vers toute leur vie. Et Ronfard, félon
le te'moignage de Binet & du Président de
Thou , en fît un moment avant fa mort.
Voyet ci delTous au chapitre dernier. Les
deux Scaligers ont fait des vers toute leur
vie : & Jules Scaliger en fît le jour même
de fa mort. Beze avoit 8i. ans qu'il fe-
foit encore des vers. Defportes a fait des
vers toute fa vie. Et ce qu'a écrit Mr.
Baillet fur le témoignage de la Croix du
Maine , qu'il renonça à la Poëfîe avant
que de pouvoir paiTer pour vieillard, eil
trcs-faux. Il fit fes Pfaumes dans un âge
avancé. Le Cardinal du Perron, fon in-
time, le dît en termes exprès dans le Per-
roniana. Voici l'endroit : La moindre
(hofe de tout ce que Mr. de Tiron a fait, ce
font fes Pfeaumes. Cela vient de ce qu'il
lom.VlLPart.l* Z éutt
Î06
,530 Anti-Baillet. P. IL
étoit en Ça vieillejfe. LePrelident.de Th
a fait des vers toute fa vie : & il en fit (ur
fa maladie un peu avant fa mort. Pafferat
a fait des vers toute fa vie: & il rit ion
Epitaphe un peu avant fa mort. Malher-
be a fait des vers toute fa vie, comme il
l'a témoigné lui-même par cette Stance û
célèbre,
-Les puiflantes faveurs dont Parnaflc m'ho-
nore ,
Non loin de mon berceau commencèrent
leur cours.
Je les poflédai jeune, & les pofleie encore
A la fin de mes jours. .
Mr. Maynard a fait des vers toute fa vie:
comme il paroi t par ce quatrain,
En cheveux blancs il me faut donc aller
Comme un enfant tous les jours à 1 Ecole.
-Que je fuis fou d'apprendre à bien parler,
Lorfque la Mort vient m'ôter la parole,
Abraham Ravaut, dit Rtmi , du Village
de Remî, lieu de fa naiflance , dens le
-voiiïnage de Gournai , au Diocéfe de
Beauvais; ce que Mr. Baillet a appris de
ceivx à qui je Pavois appris; fit fon £pi-
taphe en vers le jour de fa mort. Cet El
pitaphe eft imprimé dans fes Poclîes.
Gombaud a vécu près de cent ans: & il
a fait des vers jufqu'à fa mort. Mr. de
Racan, Mr. Godeau , Mr. Chapelain,
M.r, de Balzac , Antoine Halle , l'Abbé
de
1
Anti -Ba illet. P. II. 5-31
tte Boisrobert , le Perc Bourbon, Madele-
net, ont fait des vers toute leur vie. Le
Père V'avalfcur a fait des vers toute fa \ ;e.
Le Père Labbe fît des vers peu de tans a-
vant fa mort; au fujet defquels le Perc
Gommire a fait ces beaux Hendécafyl-
Jabes :
Dum venisfurit tfi-tofa febris,
Et lentis coqult ïimbus medulla:,
Labbeus Canif, çrfuos tendlls
Mulcet hendêcafyllabls labores ,
Mort if que immemor imminemii , cre
Kd mort aie fonat.
Le Père Pétau a prefque fini fa vie par
ces vers; qui .font de fan dernier Pocine
à Sainte Gtncvie've;
Dicebam , fuprema rmhi jam venitur &tas ,
Petavius &gir ,
Cantabat veteris qu&rens folatia morb'i.
J'allègue ces vers du Père Petau avec
ceux du Père Commire , pour répondre
aux railleries que Mr. Baillet fait de moi,
au fujet des vers que j'ai fait dans un âge
avancé: difant que je tiens bon contre la
vieillefïe, & que je veux mourir en chan-
tant. Germain Vaillant, Abbé de Pin>
pont, a fait des vers toute fa vie. Et
comme l'a écrit Sainte Marthe, dans fon
Eloge, ni ft dignité de Confeiller du Par-
lement de Paris, ni celle d'Evéque d'Or-
Z 2 Icans,
5*32 Anti-Baillet. P. II.
léans, ne l'empêchérent-point de cultiver
les Mufes. Sccvole de Sainte Marthe à
l'âge de 87. ans fit une Epigramme fur le
Livre de Théophrafre Renaudot du foin
des pauvres. Cette Epigramme eft impri-
mée dans les Oeuvres de àcévole de Sain-
te Marthe ; avec cette Note : propria ma-
nu : dum ammum ageret ottogefimum fep-
tïmum , II/. Januarii, M. DG. XX III.
Monfieur Patris a vécu So. ans, & il a
fait des vers toute fa vie. Et deux jours
avant fa mort il fit ces vers fi célèbres:
Je fongeois cette nuit que de mal confumé
Côte à côte d'un pauvre on m'avoit in-
humé,
Et que n'en pouvant pas foufrirle voiimage
En mort de qualité je lui tins ce langage :
Retire toi Coquin, va pourrir loin d'ici,
11 ne t'appartient pas de m'approcher ainfi:
Coquin ! ce me dit-il d'une arrogance ex-
trême,
Va chercher tes coquins ailleurs , Coquin
toi-même,
Ici tous font égaux, je ne te dois plus rien,
Je fuis fur mon fumier , comme toi fur le
tien.
Mais ma principale défanfe à l'égard de
l'aceufation qu'a formée ici contre moi
Mr. Baiilet, c'eft que la Poéfie a .toujours
été la moindre de mes occupations , com-
me il paroît par le grand nombre d'Ouvra-
ges que j'ai faits en profe, & que je n'ai
fait des vers que par divertuTement.
CXXXIV,
Anti-Baillet. P. IL 535
CXXXIV.
Ju/Hficatlon de ce que fat dit dans mei
Hendécafyllabes fur le Livre de Mr. Bail»
let , que Mr. Bail/et avoit maltraité U
Père Sirmovd.
J'Ai dit dans mes Hende'cafyllabes fur le
Livre de Mr. Bailkt qu'il avoit maltrai-
té dans Ton Livre les plus célèbres Ecri-
vains de France.
Queis aflurgert débet y eruditos
Carpit , vellicat , C71 UceJJtt omnes,
Pindi nomma magna GaUïcani
Ridet SalmafiGS , Valefeofque.
Ridet Petaviofque , Labbiofque.
Te ludos quoquejïcity HAiduiw.
N*# ? Sirmonde , tibï , 9 [ceins ! pepercit,
Mr. Baillet prêtant que je lui ai impofé à
l'cgard du Père Sirmond: car pour le Pè-
re Pétau, le Père Labbe , le Père Har-
douin y Mr. de Saumaife, & Mr. de Va-
lois, \\ ne dit point que je lui aye impofé.
Voici les chofes désobligeantes qu'il a
dites du Père Sirmond:
Page Z74- Tome 2. Partie 2. Comme le
Père Sirmond étoit homme auffi bien que
:s dur cli us , il lajffa échaper à fa mo-
destie quelques termes rudes & choquants ,
que la chaleur & le reffentiment lui déro»
bérent , y qui p enfer ent donner quelque
altemte k fa réputation^ & lui faire per-
Z 3 drs
f 34 Anti-Baillet. P. II
dre quelque chofe de la bonne opinion que le
Public avoit eue iurqu alors de Ja modéra'
tion rrf Je fon honnêteté.
Et page 275- Le Père Pétau était , fans
Contredit , le plus [avant homme de toute
la Société des J épates, il pajf oit non feu-
lement le LJere Sirmond , mati encore Mr.
de Saumaife de plu fleurs coudées. Remar-
quez qu'il fait ici Mr. de Saumaife plu*
lavant que le Père Sirmond , & qu'il a
traité ailleurs Mr. de Saumaife d'ignorant
en toutes fortes de Sciences. Voyez ci-*
deffus le chapitre 2. de ces Remarques.
Et page 277. Mr. le Premier Préfident
de Lamat^non faifant quelquefois réflexion
fur les défauts du Père Pétau, difo.t qu'il
auroit volontiers préféré la médiocrité du
Père Sirmond avec fon humeur facile &
commode , à la profondeur & la va/le éten-
due de V érudition du Père Pétau, accom-
pagnée de cette humeur auftere& farvuche,
qui le rendoit prefque inacceffible , & par
conséquent moins utile au Public que le
Père Sirmond. Mr. le Premier Préfidant
de Lamoignon fe connoiiïbit trop bien en
érudition, pour dire que celle du Père Sir-
mond étoit médiocre. Et je mets en fait
que Mr. le Premier Préfidant de Lamoi-
gnon n'a jamais rien dit de femblable du
Père Sirmond: ce qui feroir un blafphéme.
C'a été che2 le Père Sirmond que j'ai vu
la première fois, Mr. le Premier Préfidant
de Lamoignon. Il étoît en ce tems-là
Confeiller au Parlement. Et comme nous
avions fait connoiiTance chez le Père Sir
tnond , 6c fi je l'ofe dire, amitié, nou
nou
Anti-Bail le t. P.IÎ. £§f
nous entretenions fou vent du Père ^Sir-
mond. Et en me parlant du Père Sir-
.mond & du Père Pétau, Mr. le Premier
Prélidant de Lamoignon m'a dit plus a'u-
nc fois, que le Père Pétau avoit plus d'é-
tendue de favoir que le Père Sirmond,
mais que le Père Sirmond avoit plus de
jugement, & qu'il lavoit mieux ce qu'il
favoit : & qu'il afmeroit mieux être le
Père Sirmond que le Père Pétau. Il a dit
la même chofe au Père Rapîn : dont le
Père Rapin a rendu témoignage chez moi.
eu préfence de plusieurs perlonnes.
A la même page: Le Père Sif*môttd &
le Père Pétait étaient fokijent en différant
nble\ Et comme un -our un ae leurs
-ères (le Père Talon} fui aimoit à ri-
re ; les eut Jur pris au f oser public, difpu-
tant feuls, fans témoins, rjr/è querellant
tout de bon , il ne put s'empêcher de s'' écrier
qu'il avoit trouvé le Calepin £«f le Polyan-
fhée brouillés F un avec ï autre. Ce conte
rit ridicule: car il elt ridicule de traiter de
Grammairiens les deux premiers Thé »lo-
giens de l'Europe. Je remarquerai ici en
paffant, qu'il faut dire Polyanthéa^h non
pas Polyanthée.
Je prens la liberté de demander ici à mes
Lecteurs, fi toutes ces chofes désobligean-
tes que Mr. Bailler a dites du P. Sirmond,
n'ont pas pu m'engager à dire que R r.
Bailler n'avoit pas même pardonné au Pè-
re Sirmond. Nec , Sirmonde, tibi , S fee-
lus ! pepercit. Cependant Mr. Bail1- 1
me traite, au fujet de ces vers , de Vieil-
lard
f$6 Anti-Baillet. P. IL
lard qui radote Voici fes termes :
// n'y a point d'Auteurs dans tout mon
Recueil dont j'aye tâché de relever le mé-
rite avec plus d'inclination & de plaifir ^
que le Père Sirmond^ quelque T§me que
l'on en veuille ouvrir , on y découvrira ai-
fément le foin particulier que f ai eu démar-
quer en toutes rencontres les grands fenti-
ments d'eftime £g? de vénération dont j'ai
toujours été pénétré à [on égard, depuis que
j'ai commencé a lire Jes Ouvrages. Aies
Adverfaires qui prétendent que j'ai fait ce-
J a gratuitement & fans leur ordre, ne m'en
veulent pas tenir compte : CST1 Us ont raifony
puifque je n'ai rien fait pour eux en ce
point. Néanmoins je ne penfe pas qu'oie
puifje les excufer d'être tombez aans un des
vices les plus ordinaires aux mauvais Cri-
tiques , lorfqu'ils ont voulu me chicaner fur
un mot dont ils ont cru pouvoir employer
f ambiguïté pour me faire un procès. Mais
quoique je n'aye pas fongé à prendre des
précautions contr'eux ni contre les autres
chicaneurs quand j'ai dit que quelqu'un a-
voit jugé la médiocrité du Père Sirmond
préférable à la profondeur & à la vafte é-
tendue de l'érudition du Père Pétau, le
mot de médfocrité ne laiffe pas de fe trou-
ver à l'épreuve de leur Critique. Car fi
ces Meffteurs n'ont point encore oublié ce
point de leur Grammaire, il ne tiendra
qu'à eux de nous dire que la médiocrité n'eft
autre cbofe qu%un iufte milieu entre le trop
&f le trop peu. C'ejî une vertu fi rare par~
mi les Savant >. qu'il efl plus aifé de les
trou*
A nti-Bail le t. P. II. f37
trouver à quelqu'une des extrémitez de U
Science , que de les voir toucher ce milieu
qui ne confifie que dans un point. Cejl «•
ne vertu qui ejî le centre de toutes les au-
tres , & qui femble même en être la mefu-
re. Elle a toujours été en très-grande con-
fideration parmi les Anciens comme parmi '
nous : fort prix n'a point été moins connu,
des Païens que des Chrétiens. Ces Mes- -
fleurs qui font Gens de Lettres , pourroient
nous apprendre que Se fi cette médiocrité
dont Horace a fait de fi grands éloges ; que
c'efi elle qu' Aulugelle a louée dans Térence, -,
quand il l'a oppofée à V abondance de Pacu- •
vius & à la Jécherejfe de Lucilius , &
quand il a relevé l'avantage qu'il avoit d'en-
tre au milieu de ces extrémitez, : que c'eji
telle qui a tant fervi à diflinguer Virgile
d'avec Homère , & qui a porté le Père
Rap:n , & Jules Scaliger avant lue , i i
donner la préfé an-ce au Poète Latin fur le
Grec : que c'eft celle que Mr. de T$alz,aç
appelle toute d'or, toute pure , & toute
brillante, & qu'il eflime plus que le genre '
fublime dans les Comédies de 'Térence ,d' A-
riofle , &c. Ils ne trouveront donc pas
mauvais que ce [oit aujji celle qu'unMagis- -
trat qui n' et oit pas * ce me femble\ fufpeB
de mauvais goût, a jugé préférable dans le
Père Sirmond a toute l'immenfité du Père
Pétau, pour les ra'ifons que j'ai marquées
lorfqu'il en étoit question. Ainfi je n'ai pas
fujet de craindre que le plus capable de tous
mes Cexfeurs , avec toute fa fuffifrnce & '
toute fa préemption , puijfe venir à bout de
ferfuadtr au Public que ce que j'éii dit de
Z f la
J38 Anti-Baillet. P. lî.
ta médiocrité du P. Sirmond, foi* un éloge
médiocre , dès qu'elle l' } élevé au-deffus du
mérite du Père Péîau : qui partît infini
d'ailleurs lors qu'on le conjidére à part , ou
qt-iGn l'oppofe à d'autres qu'au P. Sirmond.
Après cela, je ne voi pas avec quelle con-
fiance un Poète plufque feptuagénaire s'e(i
imaginé pouvoir obtenir difpenfe d'âge &
de fagejje , pour dire à mon fujet,
Nec, Sirmonde, tibi, ôfcelus! pepcrcit.
La médiocrité du Père Sirmond , dans
ce que fait dire Mr. Baillet à Mr. le pre-
mier Prélidcnt de Lamoignon , étant op-
pofée à la profondeur & à l'étendue de l'é-
rudition du Père Pétau, doit s'entendre
incontefîablement d'une médiocrité d'éru-
dition. Et tout ce lieu commun que dé-
bite ici Mr. Baillet au fujet de la médio-
crité en général, eft li ridicule, fi imper-
tinent, & li puéril, qu'il ne mérite pas
de réponfe : & c'eft aflez l'avoir réfuté,
que de l'avoir produit.
cxxxv;
Contradiction de Mr. Baillet au fujet dî-
mes vers. Le Style des Eglogues ,peut
être quelquefois élevé.
MOnfieur Baillet, après avoir dit
que je n'ai pu m'élever dans mes
vers au-defius du caractère médiocre, dit
eji fuite, en parlant de mon Eglogue in-
litulée.- C H & I 5 TIN £ : Lesp-enfées y .font I
nobles:
A m ti- Bail le t. P. II. 5-39
KVbles & hautes , les vers pompeux £5* ma-
gnifiques : çjf plus même que cette forte de
Poe 11c ne le permet : par ce que le véritable ca-
ractère de F Eglogue doit être fvmple & pro-
portionné à la portée des Bergères & à la
bafj'effe des Cabanes : au lieu que Mr. Mé-
nage le rendfuperbe & fomptueux jufqu'à
le rendre propre pour les Héroïnes & pour
Ips Palaiy ; en quoi on prétend qu 'il a abufê 'de
V exemple de Virgile : parce qu'encore que
ce Poète, fait élevé dans fa lif.JaVI. &
fa X. Eglogue , /'/ y a toujours gardé une
médiocrité qui fe fait beaucoup difiinguer
■de r Enéide. Si Mr. Biillet m'avoit fait
cette objection de fon chef, je n'y répon-
drois pas : car j'ai protefté en plufîeurs en-
droits de ces Remarques- que je lui aban-
donne^ tous mes écrits, & que je demeu-
rons d'accord généralement de toutes les
choies qu'il y trouvoit à dire. Mais
comme il me fait cette objection fous
le nom de Monlieur Boileau, je veux y
répondre:
Il eft vrai que le ftyfe des Egîoguesdoit
être bas. Mais comme la Comédie élevé
quelquefois fa voix , l'EgJogue cleve
aufïi quelquefois la tienne; Panlo majora
canamus , dit Virgile, dans une de fes E-
glogues. ÎKè gia fuofna la mi a fampogna
Uftttl corne foleva : Ma di voce più altéra e
più [onora, Emula délie trombe , empie le
Selve, dit le Taffe dans fon Amynte. De
dix Eglogues que Virgile a faites, il y en
a trois de haut ftyle: Théocrite, Bion &
Mofchus ont aufîi fait des Idylles d'un ca-
ractère élevé. Sanna-^nr a frit une Eglo-
Z6 gu€
f4& A NT Ï-B AILLE T. P. II.
gue du mime fi y le. C'cft celle qui corn*
mence par ces mots ,
Nunc prlmum notas velis majoribus undat
Currimus.
Il faut voîr préfentement fi mon Eglo-
gue eft plus élevée que ces trois de Virgile
dont je viens de parier ; & fi j'ai abufé de
l'exemple de ce grand Poète comme le
dit Mr. Boileau. Pour cela , je fupplie
mes Lecteurs de conférer mes vers avec
ceux de Virgile. Voici ceux de Virgile,,
de PEglogue quatrième:
Sueîides Mufs, , pauïb majora cavamus , &C
Vltima Cum&i venit jam carminis dtas :
Magnus ab integro [eclorum nafcHur or do :
Jam redit or Virgo , redeunt Saturnia régna :
Jam nova progenies cœlo demittitur alto,
lu modo nafcenti puero , quo ferrea prlmum
Definet , ac toto furget gens aurea mundo ,
Cafia fave , Lucina : tuus jam régnât j4pcll$>
Teque adeo decus hoc &vi , te Confule >inibit
Pollio : z? ïncïpîent magni procedere menfes.
Te duce, fi qua marient [céleris vefiigia nojiri s
Irrita perpétua folvent formidine terras,
llle Deûm vitam accipiet , Divifqiu videbit
Permixtos Hercas , & ipfe videbitur Hits :
Pacatumque reget patriis virtutibus orbem. Scd
Pauca tamen Juherunt priÇcA vefiigia fraudis,
6Lu£ tentare Thet'm ratibus,qu& cingere mûris
pppida }%u£Jubeant tslluri infindçrt fulcos.
Alttr
Anti-Baillet. P.lî. f4t
jilter erit tum liphys , i? altéra qiu vehat
Argo
"Deleftos Heroas. Erunt etiam altéra bella,
Atque ïterum ad Jrojam magnus mittetur A-
ch'ûles.
Z-ilnc , ubi jam firmata vlrum te fecerit Atas9
Cedetçr ipfe mari veclor : ne- nautica pinus
Mutahit merces : omnis feret omnia telltii»
&c.
Aggredere 6 magnos (aderit jam tempus) hono-
res;
Cara Deûm /oboles , magnum Jovis incrément
tum!
Adfpi.e convexo nutantem pondère pfundum,
Terrafque, traclufque maris, cœlumque pre*
fundum :
Adfpice , venturo Uteniur ut omnia f&clok
Voici ceux de la fixiéme.
Nec tantum Phœbo gaudet Parnaffia rupesl
Nec tantum Rhodope m'irantur c? Ifmarus O/y
phea.
Namque canebat , uti magnum perinane coaSîa
Semina, tirrarumque^nimAque, marifquefufc-
[ent%
Et Yiquidi fimul ignis: ut his exordia primh
Omnia , c ipfe tentr mundi contrevent orbi£
Tum dur are folum , cr difcludere Nerea pont»
Coeperit , e? rerum paulaùm fumer e formas.
Jamque novum terr& (lupeant lucefcere Soleml
Aldus atque cadant fummotis nubibus imbrer.
é7 m
flï Ânti-Baillet. P. II.
Incipiant filvA tum primum furgere , cumque
Rara per ignotos errent animalïa montes.
Hmc lapides Pyrrha jaëlos , Saturnia régna ,
Cauca/eafque refert v&lucres , furtumque Pro-
mettiez
Bis adjungit Hylam , naut& quo fonte reliclkm
ClamaJJent. &c.
Voici ceux de la dixième.
Nunc infanus amer dur! me Marris in armis.
Tela inter média atque adverfos detinet hottes.
Th precul à patria (nec fit mthi creiere) ta,r-
tum
Alpinas , ah dura, nives <& frigera Rheni',
Me fine , fola vides. &o.
Inter ea mijiis luftrabo AUnala Nymphis ,
Aut acres venabor apros. Non me ulla veta-
bunt
Frigora Parthenios cantons circumdare faltus.
^am mihi per rupesvideor , lucofquefonzntes r
Ire: libet Part ho torquere Cydonia cornu
Spicula.
Y a- 1 il rien dans l'Eneïde de plus élè-
ve que tous ces endroits de ces trois
Eglogues de Virgile ? Voyons mainte-
nant les vers de mon Eglogue, où Mr.
Boileau trouve trop d'élévation. Les
voici :
Oui, je quite ces lieux pour ces nobles cli-
mats)
La,:
A nt i- Baille t. P. IT. 5-43
La demeure autrefois des vens & des fri-
mais,
Aujourd'hui le féjour de l'amoureufe Flore,
Plus riant que les lieux où fe lève l'Aurore.
Par fes divins appas , par fes attraits char-
mans.
Une Nymphe célefte a fait ces change mens*.
D A F H N I S.
Quelle eft donc cette Nymphe en charmes
fi féconde,
Et qui change à fon gré l'air, oc la terre, &
l'onde ?
M E N A L Q U E.
Ceft ce nouveau Soleil , ce chéd'œuvre des
Cicux ,
Si vanté des mortels & fi chéri des Dieux.
Cette jeune Beauté, cette Nymphe divine,
Ce miracle étonnant, l'adorable Chris-
tine:
Superbe rejeton du Monarque du Nort,
Qui fut des affligez l'afyle & le fupport:
De ce grand Conquérant, l'invincible G u s-
T AVE,
Qui fît & la Victoire & la Fortune efclave:
Et dont le bras fatal par cent combas divers,
Domtant la Germanie , étonna l'Univers.
Le Rhein vit fes combas, & jufque dans fa
fource
D'épouvante furpris en arrêta fa courfe:
Le Danube en trembla caché dans fes ro-
feaux ,
Et
f44 Anti-Baillet. P. IF.
Et faifi de frayeur précipita fes eaux,
Tu fais combien de fois le bruit de fa vail-
lance
De nos fombies vallons a troublé le filance ,
Et que du bruit tonnant de fes rares explois
Cent fois ont retenti les échos de nos Bois ,
&c.
Comme de fes Etats, de fa vertu guerrière
Tu fauras qu'aujourd'hui Christine eft
héritière.
Jamais du Thermodon le rivage écumeux
Ne vit tant de hauts faits, ni tant d'exploits
fameux ,
Qu'aux rivages bruians des ondes Germani-
ques
Qu'aux rivages Danois , qu'aux rivages Bal-
thiques,
Par les vaillantes mains de fes braves Guer-
riers,
Cette jeune Amazone a cueuilli de Lau-
riers.
Un jour , qui n'eft pas loin , fes fuperbes
Armées
Joindront à fes Lauriers les palmes Idumées:
Et l'on verra pâlir l'infidelle Croiflant
A l'afpeeY lumineux de cet aftre naiflant.
Mais fâche encor , Daphnis , que fa main
adorable ,
En adreiTe, en valeur, à nulle autre fem-
blable ,
Au milieu de la guerre & dans les champs
de Mars,
Cultive les yertus & fait fleurir les Arts.
Toat
Anti-Baillet. P.Iî. 54f
Des plus brillantes fleurs de Grèce & d'Italie,
Tout leNort étonné voit fon ame embellie*
Elle a de l'Orient pillé tous les tréfors :
Des Parleurs de Solyme elle entend les ac-
cords:
Et fon rare favoir , non moins que fon
courage
La fait nommer par tout la Pallas de nô-
tre âge.
Pour voir cette Pallas le favant Apollon
Quitte l'onde divine & le facré Vallon.
Les Filles de Mémoire abandonnant la
Grèce,
Et le double Sommet, & les flots de Per-
méfie ,
Vont habiter les monts & les rivesduNortg.
Et jouir en ces lieux d'un favorable fort.
De mille endroits divers mille doctes Or«j
phées
Y fuivent à l'envi ces neuf fa vantes Fées.
Mille cygnes fameux en mille endroits épar§.
Vers ces lieux fortunés volent de toutes parts,
Ceux qui le long des eaux Ôt de Loire 8c
de Seine
Soupirent doucement leur amour eufe peine:
Ceux qu'aux rives du Tibre on voit en cent
façons
Comme des roffignoîs varier leurs chantons:
Ceux qui parent les bords & de l'Ebre ôc du
Tage :
Ceux qui du Borifthéne habitent le rivage:
Ceux de qui le Danube entant les doux ac-!
cords ;
Eî
f^6 Anti-Bail le t. P. II.
Et ceux que la Tamife élevé fur fes borefs :
Et de tout les accens de tant de voix é-
tranges
. Se forme pour Christine un concert de
louanges.
Pour moi , de qui le chant n'a rien de gra-
cieux,
Je n'ulTe ofé, Daphnis, les fuivre dans ces
lieux,
Sans les ordres facrex de l'augure Caa 1 s-
T I NE>
Et les attraits puiffans de fa bonté divine.
Christine, pour ouïr mes trèfles chalu-
meaux,
Veut que dans fes vallons je garde fes trou-
peaux.
Qu'il me tarde, Daphnis, que je ne la con-
temple
' Cette Reine du Nort, des Monarques l'e-
xemple !
Animé par fa voix, é'chaufé par fes yeux,
On me verra porter fon nom jufques aux
d'eux.
Tant d'aimables appas, tant de rares mer-
veilles,
Seront le doux objet de mes pénibles veilles;
A fes hautes vertus, à fes fameux exploits,
Je confacre, Daphnis, & ma Mufe, & ma
voix.
Outre que ces vers font bien moins pom-
peux que ceux de Virgile que j'ai rappor-
tez, il e 11 à remarquer qu'ils ont été faits
pour une Reine, ci que la Maje-fté de ces
per-
An ti- Baille T. P. IL 5-47
perfonnes demande des vers majeftueux.
11 cfl à remarquer qu'ils font dits par un
Palruir qui a été décrit comme un Pas-
teur favant. Il eft à remarquer qu'ils font
remplis de termes de Paileurs. Et ainrl,
quoi qu'ils ibient de haut flyle,ils ne lais-
fent pas d'être bucoliques. Et c'eft ainfi
que Virgile dans la première de fes Eglo-
gnes a fait des vers pompeux avec des ex*
>ns de Berger:
Anù levés ergo pafcentur in £there cervi,
Aut fréta deftïtusnt nudos in litore fifcts.
Parlons maintenant des Idylles Grecs.
Il y a dans Théocrite , qui elt le Prince
des Poètes Bucoliques, plulîeurs Idylles
qui ne font point bucoliques: l'Idylle do
Ptolomce: celui des Syracuiiennes : celui
de Caftor & de Pollux: celui de l'Epitha*
lame d'Héleine. Bion dans fon Idylle de
l'Epirhalame dTAchille & de Deïdamée
fait dire à un Berger des vers, qui font
très-magnifiques & trèsfublimes :
' '- l%&>T6iTo 0' à Actxioaipav.
'Ovr$ Mvxwcc'uv t *V ''HXiiïeç t t*Tf Actxwm-
Axvêdve è' tv xâçcctç AvKofttjiïtrt ft£y«s \A;ç/A-
Aft/ç ,
'Etoix à' ù:6' ottA*» iotê'âc-xtTO , &C.
Qvuo* c'"Ap<ûç ù-^t , xx) tcvépoç iï%ti tpeirct,
Mos-
54^ Anti-Baillet. P. IL
Mofchus , dans fon Idylle feptiéme, fait
parler Tes Bergers d'un ton qui n'eft pas
moins haut.
Ec-Trepc , 7«?ç èpxTctçxçvviovdtueç'Apçeyeietccç,
XLff-TTf^f , xvxtexç iepov Çlte VVKTCÇ ccyxbftot,
Tevov à<pot.v pore pat /n^vetç otrcv V|«^oç ârçat
'AnTi <reX<*9<t,ix,s rv £ica Çccoç , &C.
Son Idylle fur la mort de Bion eft rem-
pli d'ailleurs d'une érudition au-ddius de
celle d'un Berger. Il y eft parlé de Villes
éloignées : de Poètes Epiques : de Poètes
Lyriques : de Fables Héroïques :de Mem-
non, d'Achille, de Ménélaus , d'Hercu-
le, & d'Orphée, defcendant dans les en^
fers.
J'ajoute à toutes ces considérations , que
cette grande lïmplicité de ityle bucolique
pratiquée par les Anciens , n'eft pas du
goût des François: ce qui a écé très-véri-
tablement remarqué par Mr. de Longe-
pierre dans fa belle Préface fur fes Idylles.
Et un Poète François qui fe ferviroît au-
jourd'hui dans fes Eglogues des termes de
Bouvier > de Vacher , de Chevr'ier , de
Porcher, feroit fîrlé.
11 paroît par toutes les chofes que je
viens de dire, que ce que le Père Rapin a
dit de l'Eglogue dans fes Réfrénions fur la
Poétique , doit être entend ut avec excep-
tion. L'Eglogue , dit- il , eft une image de
la vie des Bergers. A in fi fa maiiAe eft pe-
tite , Es3 fon génie n'a rien de grand. Elle
s'occupe à décrire les amours , les jeux , les
ani"
Anti-Baillet. P^II. $4$
unimo/itez , les jaloujies , les di/putes , Us
querelles, les intrigues , les p a/fions , /^J" a-
vantures , ^f toutes les petites affaires des
Bergers. De forte que fan caractère doit
être tendre ; [on ejprtt, aifé\ fon exprejfion,
commune. Elle ne doit avoir rien d'ex-
quis, ni dans Ces /entimens , ni dans fe 7 pa-
roles , 'ni dans aucune de [es manières. En
quoi les Italiens qui ont écrit en ce genre de
vers , fe font trompé). Car fis veulent tou-
jours avoir trop d'efprit , C£T dire les chafes
trop finement. Le véritable caractère de
PEglogue eft la /implicite, la pudeu , &
la modejhe. Ses figures font douces : fis
paffions tendres : Jès mouvemens tranquil-
les. Et quoiqu'elle pu j/e quelquefo s être
pa/fionnée, & avoir de petits emportemens
& de petits defef otrs qui ne vont à rien de
fâcheux, toutefois elle rfeft jamais ni fier e,
ni violente. Ses narrations font courtes: fe s
defcriptians font petites : fes penfées font
ingénues :fes mœurs font innocentes : fa dic-
tion, pure : fon vers, coulant : je s maniè-
res , unies , & tous fes difcours , naturels.
Car ce n'eft point une grande parleufe , qui
fe plaife à faire du bruit. Il paroit, dis-
je, par toutes les chofes que je viens de
dire touchant l'Ëglogue, que ce qu'en a
dit le Père Rapin dans le palfage allégué,
doit s'entendre de la plupart des Eglogues,
& non pas de toutes les Eglogues. Le
Père Rapin lui-même dans ce même Li-
vre des Réflexions fur la Poétique, à l'ar-
ticle 31. blâme les Eglogues de Mr. de
Lalane , pour être fans vigueur & fans élé-
vation. Et lui-même a fait des Eglo-
gues
$ço Anti-Baillet. P. II.
gués d'un ftyle très-pompeux «5c très-ma-
gnifique.
Ingens ad Uvatn tollit fe lucus : ubi omnis
XZ&de madet tellus , er rorant fanguine vêpres»
Hîc pafior pugnavit : e? hoc immane leonis
Cum jaculo viâîor fpolium fufpendit ab ulmo.
Cogite oves> pueri , filva dédit urfus ab ait a
Ingentem fcnitum , fe d qua vejl'-gla tcrquej
Bellua , Je tollit , contra, dtxtràque prehen*
jam.
împlkap , e? molli opprejjam difserfitinberba.
Stat pecus , attonitumque metu refpefttt , ty
horret
Hirfutumque fupercilium , villofaque terga.
Ducite* ut ante, grèges , e? reddite car mina
filv'is,
Paflores; mcttâ viclcrem ornât e coronâ:
Nam pat ri a fera monfira ifio fub monte père-
mit.
Parce tamen viclor procedere : gramme in alto
Ctruleuslatet anguis: habit fub dente venenum,
Ntc quidam pafior fugit avius avia ferpens
jîfflavit tabo Ute, infecitque veneno.
Et ce qui fuit. C'eft dans la première de
fes Eglogues.
Il eft à remarquer, que de huit Eglo-
gues que j'ai faites, je n'en ai fait qu'une
d'un ftyle élevé.
FIN de la première Partie du Tome VU
rweA
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